Stimulation de l'intelligence
Je suis en train de relire l'introduction de la Synthèse des Yogas et quelque chose m'a frappé. À un endroit Sri Aurobindo écrit :
"En conséquence, un yoga qui ignore le corps et qui fait de sa suppression ou de son rejet la condition indispensable d’une spiritualité parfaite, ne peut pas être un yoga intégral. Au contraire, la perfection du corps devra elle aussi participer au triomphe final de l’Esprit, et la divinisation de la vie corporelle sera le sceau final que Dieu mettra sur son œuvre dans l’univers.'
Et un peu plus loin, il dit :
"Mais la vie corporelle de l’homme est une base et une condition première, non un but et une cause déterminante et finale."
L'apparente contraction invite à la réflexion. Nous pouvons commencer par rappeler un Agenda sans date de 1957 dans lequel Mère parle des vies antérieures.
"Si l’on voulait vraiment dire les choses, il faudrait tout dire, avec tous les détails, parce que, parmi les innombrables expériences que j’ai eues depuis quelque quatre-vingts ans, il y en a de si diverses, de si contradictoires en apparence, que l’on peut dire au fond: tout est possible. Alors, dire une chose sur les vies antérieures sans reprendre le fil de toutes les choses, c’est ouvrir la porte au dogmatisme. Ils diront un jour : "Mère a dit ceci, Mère a dit cela..." et c’est comme cela que se font les dogmes, hélas.
Donc, étant donné la multitude des expériences et qu’il est impossible que je passe ma vie à parler et à écrire, dites-vous bien que tout est possible et ne soyez pas dogmatiques. Je peux cependant vous donner quelques indications générales."
Nous pouvons en effet probablement supposer que le fait de ne pas être dogmatique est une consigne générale qui va bien au-delà du sujet des vies antérieures. Dans l'Agenda du 29 avril 1961, Mère nous donne une confirmation supplémentaire. Une disciple lui pose la question suivante :
"Beaucoup de gens disent que les enseignements de Sri Aurobindo sont une religion nouvelle. Est-ce que, Toi, tu appelleras cela une religion ?..."
Et l'Agenda continue ainsi :
"Tu comprends, j’ai commencé à fumer !
J’ai écrit (Mère lit sa réponse :)
"Ceux qui disent cela sont des sots qui ne savent même pas de quoi ils parlent ! Il suffit de lire tout ce que Sri Aurobindo a écrit pour savoir qu’il est impossible (souligné) de fonder une religion là-dessus, puisque, pour chaque problème, chaque question, il présente tous les aspects en montrant la vérité contenue dans chaque approche et il explique que pour atteindre à la Vérité, il faut effectuer une synthèse qui dépasse toutes les notions mentales et émerger dans une transcendance au-delà de la pensée."
Ma compréhension repose sur le sentiment que les deux citations ne s'adressent pas au même moment de notre sadhana. La première citation concerne la fin, quand les corps seront divinisés, alors que la seconde concerne notre corps actuel. Pour le dire autrement, si la première citation nous dit que le corps divinisé sera le sceau final cela n'implique pas pour autant que nous devons être soumis à notre corps actuel, avec toutes ses limitations et imperfections.
En outre, cette divinisation du corps n'est pas un but en soi, mais une conséquence : le but, c'est le Divin, le trouver, nous relier à Lui, nous y fondre, le devenir – d'abord dans notre conscience, notre mental, notre centre émotif, notre vital, et ensuite, à la fin, dans notre corps physique, matériel.
Maintenant, d'autres interprétations plus développées sont évidemment possibles ; elles seront les bienvenues dans les commentaires.