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Lettre à Dilip  Janvier 1935

Il me semble que vous vous faites de très étranges idées sur le psychique. Je ne sais pas pourquoi vous pensez que le psychique ne peut pas offrir ou donner, ou encore que la Mère est ou devrait être incapable d'apprécier les cadeaux. Tout l'Ashram devrait savoir que c'est l'inverse, je suppose. Donner est la toute première impulsion du psychique. En outre, si le vital donne avec générosité, librement et de lui-même, la Mère y a toujours été sensible.

J’ai toujours dit que le vital est indispensable pour l'action spirituelle ou divine – sans lui, il ne peut exister aucune expression complète, ni réalisation de la vie – et même quasiment pas de réalisation de la sadhana. Quand j'évoque la résistance vitale, les entraves ou les révoltes, etc. du vital, c'est du vital extérieur réfractaire, plein de désirs et d'ego, et des passions inférieures que je parle.

Je pourrais dire la même chose du mental et du physique quand ils font obstacle ou s'opposent, mais c'est précisément parce que le vital est si puissant et si indispensable que son obstruction, son opposition ou son refus de coopérer sont si remarquablement efficaces et que ses mélanges inappropriés sont plus dangereux pour la sadhana. C'est pourquoi j'ai toujours insisté sur les dangers du vital obstiné et sur la nécessité de la maîtrise et de la purification là. Ce n'est pas parce que j'estime, comme les Sannyasis, que le vital et ses pouvoirs de vie sont à condamner et à rejeter dans leur nature même.

L'affection, l'amour, la tendresse sont psychiques par essence : le vital les possède parce que le psychique essaie de s'exprimer à travers lui. C'est par l'être émotionnel que le psychique s'exprime le plus facilement, car il se tient juste derrière dans le centre du cœur. Mais il veut que ces choses soient pures. Non pas qu'il refuse l'expression extérieure à travers le vital et le physique, mais puisque l'être psychique est la forme de l'âme, il sent naturellement l'attraction d'âme à âme, et pour lui, l'intimité d'âme à âme, l'union d'une âme à l'autre, sont les choses plus durables et concrètes.

Le mental, le vital et le corps sont des moyens d'expression, et de très précieux moyens, mais la vie intérieure étant pour lui la première chose, la réalité plus profonde, ceux-ci doivent lui être subordonnés et être conditionnés par elle, ils doivent être son expression, ses instruments et son canal. Je ne pense pas qu'en insistant sur les choses intérieures, sur le psychique et le spirituel, j'énonce quelque chose de nouveau, d'étrange ou d'incompréhensible. Depuis le début, l'accent a toujours été mis sur ces choses, et plus l'être humain est évolué, plus elles prennent de l'importance. Je ne vois pas comment le yoga peut être possible sans cette insistance première sur la vie intérieure, l'âme et l'esprit. 

L'importance accordée à la maîtrise du vital, à sa soumission au spirituel et au psychique n'est pas non plus nouvelle, étrange ou excessive. On a toujours insisté sur cela, pour tout type de vie spirituelle ; même les yogas comme certaines formes de vishnouisme, qui cherchent le plus à utiliser le vital, recommandent pourtant sa purification et son abandon total au Divin : les relations avec le Divin sont une réalisation intérieure, l'âme s'offrant à travers l'être émotionnel. L'âme ou l'être psychique ne sont pas des choses inconnues ou incompréhensibles.

Je veux dire que je ne suis pas responsable de votre perte d'entrain dans le vital. Ce vairagya ou cette perte d'enthousiasme, comme vous l'avez décrit vous-même, a commencé avec que vous ne veniez ici. J'ai certes mis l'accent sur la conquête du sexe, pour des raisons évidentes ; mais je n'ai rien imposé d'autre. Je ne vous ai certainement pas encouragé  perdre votre joie de créativité vitale ; j'ai seulement présenté la [?] de la tourner vers le Divin et de la détourner de l'ego. Garder le vital plein de vie et d'énergie, faire surtout confiance à la croissance intérieure et à la descente d'une conscience supérieure pour opérer un changement, en utilisant aussi la volonté, mais pour la maîtrise de soi et non pour la répression, mais pour la subordination de l'inférieur au supérieur, tel a été mon enseignement.

[...]

Je ne dis pas que le vairagya et la tapasya ne soient pas des moyens d'atteindre le Divin, mais pratiquées ainsi, ce sont des méthodes longues et pénibles ; si on les adopte, on doit être déterminé, et aller jusqu'au bout. Cela ne marchera jamais si une partie écarte du vital tout entrain et si l'autre regrette et dit : pourquoi ai-je donc fait cela ? Et c'est dans ce genre de tapasya qu'on exige la perfection ou en tout cas une purification parfaite avant qu'une réalisation puisse avoir lieu.

Je n'ai jamais dit cela pour mon yoga ; la seule chose sur laquelle j'insiste est la foi, la consécration intérieure et l'ouverture de soi pour recevoir – pas absolues mais suffisantes. L'expérience doit commencer longtemps avant la purification parfaite, et d'expérience en expérience, on arrive à la réalisation, et à travers la réalisation, à davantage de perfection ; tout ce qui peut être appelé perfection véritable ne peut venir qu'à la fin. Mais quelque chose en vous s'impatiente de cette avancée progressive, des petits succès ; sa devise semble être "tout ou rien".

Si on veut Krishna, on obtient Krishna, mais c'est une divinité assez difficile, et il ne vient pas tout de suite, bien qu'il puisse arriver de façon soudaine  tout moment. Habituellement, on doit en avoir un besoin si urgent et si obstiné qu'on est prêt à payer n'importe quel prix. On doit apprendre à attendre aussi bien qu'à vouloir – continuer à insister sans relâche, sans tenir compte même des plus longues négations. Le psychique peut accomplir cela, mais le mental et le vital doivent aussi apprendre à le faire.

Question subsidiaire...

Sri Aurobindo nous fait cette surprenante révélation : "Si on veut Krishna, on obtient Krishna, mais c'est une divinité assez difficile...". Qu'est-ce que cela veut dire ? Comment Krishna, le dieu de la Guîtâ, censé être l'ami de toutes les créatures, celui en qui prendre refuge et abandonner tous nos dharmas, celui qui nous invite à ne pas nous affliger et nous promet qu'il nous délivrera de tout péché et de tout mal pourrait-il être une "divinité assez difficile" ?

La formule est décidément un peu étrange : est-ce a dire qu'il y a des divinités plus exigeantes encore et d'autre plus abordable ? Décidément, du monde des dieux, nous ne savons pas grand chose.

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