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Avril 1934

C'est seulement l'amour divin qui peut supporter le fardeau que j'ai à porter, que doivent porter tous ceux qui ont sacrifié tout le reste pour le seul but de soulever la terre hors de son obscurité vers le Divin. Le "je-m'en-fichisme" à la Galilée ne me ferait pas avancer d'un pas : il ne serait certainement pas Divin. C'est tout à fait autre chose qui me permet d'avancer vers le but sans pleurer ni me lamenter. 

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15 avril 1934

Je n'ai pas lu les écrits de Ramdas26 et ne connais pas du tout sa personnalité ni ce que peut être le niveau de son expérience. Les mots de lui que vous citez pourraient être l'expression d'une simple foi ou d'une expérience panthéiste.

26. ramdas : un grand adepte de Ram et saint de Kanhangad, près de Mangalore, qui obtint l'inspiration spirituelle de Ramana Maharshi et atteignit des sommets spirituels en devenant sannyasin et en répétant le mantra de Ram. Dilip écrivit : "Il y a des années, j'ai visité l'ashram de Ramdas et j'ai été fasciné par sa rayonnante personnalité, sa sincérité sans faille et la pureté inaltérable de son caractère." (D.K. Roy et Indira Devi, Pilgrins of the Stars).

Évidemment, s'ils sont utilisés ou prévus pour établir la thèse que le Divin est partout, est tout, et donc que tout est bien, puisque divin, ils sont manifestement très insuffisants pour ce propos. Mais en tant qu'expérience, il est très courant dans la sadhana védantique d'avoir ce sentiment ou cette réalisation – en fait, sans cela, il n'y aurait pas de sadhana védantique. Je l'ai éprouvé moi-même à divers niveaux de conscience et sous de nombreuses formes et j'ai rencontré d'innombrables personnes qui l'ont ressenti de façon très authentique – non comme une théorie ou une perception intellectuelle, mais comme une réalité spirituelle trop concrète pour qu'elles la nient, quels que soient les paradoxes que cela puisse entraîner pour l'intelligence ordinaire.

Bien entendu, cela ne signifie pas que tout est bien ici-bas, ou que dans l'échelle des valeurs, un bordel est aussi bon qu'un ashram, mais cela veut dire que tous font partie d'une manifestation unique et que le Divin se trouve au plus profond du cœur du sage ou du saint. Son expérience, c'est qu'il existe une seule Force qui travaille dans le monde, dans son bien comme dans son mal – une Force Cosmique ; elle est à l'oeuvre dans le succès (ou l'échec) de l'ashram ainsi que dans le succès (ou l'échec) du bordel.

[...]

Le taoïste qui croît au Tao impersonnel est plus cohérent, et a théorie du Védantin qui croît que le Suprême se situe au-delà du bien et du mal, mais que la Force Cosmique déployée ici par le Suprême traille à travers les dualités et donc à travers le bien et le mal, la joie et la souffrance, tient au moins compte de la double réalité de l'expérience du Suprême, qui est Toute Lumière, Toute Béatitude et Toute Beauté, et d'un monde où se mêlent lumière et obscurité, joie et souffrance, beauté et hideur.

D'après lui, les dualités proviennent d'une Ignorance séparative, et tant que nous acceptons cette dernière, nous ne pouvons pas nous en débarrasser, mais il est possible de s'en retirer dans l'expérience et d'obtenir la réalisation du Divin en tous et partout, et alors nous commençons à prendre conscience de la Lumière, de la Félicité et de la Beauté derrière tout, et c'est l'unique chose à faire.

De plus nous commençons à prendre conscience de la Force unique et nous pouvons l'utiliser ou la laisser nous utiliser pour faire grandir la Lumière en nous et dans les autres – et non plus pour la satisfaction de l'ego et pour les œuvres de l'ignorance et de l'obscurité.

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29 avril 1934

Je constate que vous avez laissé les démons du doute de soi, du doute en général et de la mélancolie entrer de nouveau et s'asseoir à votre table. Vos problèmes n'ont aucune autre origine que cet empressement à les écouter frapper à ouvrir la porte.

Vous parlez de Harin28, mais voilà pourquoi Harin s'en sort : lorsqu'ils frappent à la porte, il les chasse tout de suite. Si vous faites cela résolument, vous arriverez pareillement à la sécurité et à une parfaite tranquillité – car il n'y a que deux choses qui créent l'insécurité – le doute et le désir. Si vous désirez seulement le Divin, vous avec la certitude absolue d'atteindre le Divin.

28. Harindranath Chattopadhay (1897-1990), poète et acteur de cinéma, frère de Mrinalini Chattopadhay et de Sarojini Naidu, mari de Kamala Devi Chattopadhay.

Mais tous ces questionnements et lamentations à chaque instant parce que vous n'êtes pas encore arrivé ne font que retarder et maintiennent un rideau d'entraves devant les yeux et le cœur. Car à chaque pas, lorsque vous ferez un progrès, les forces contraires jetteront le doute comme une corde dans vos jambes et vous arrêteront net en vous faisant trébucher – c'est leur métier.

Vous ne devez pas leur donner cet avantage. Au lieu de dire, "Je veux seulement le Divin, pourquoi n'est-il pas déjà là ?", vous devez affirmer : "Puisque je veux seulement le Divin, ma réussite est certaine, je dois juste marcher en toute confiance, et sa main sera là, me guidera en secret vers lui selon sa propre route et en son propre temps."

Vous devez faire cela votre constant mantra, et c'est, en outre, la seule chose raisonnable et logique à faire – car tout le reste est une auto-contradiction irrationnelle du type le plus flagrant.

On pourrait douter de tout : que le supramental descende, que ce monde puisse être jamais autre chose qu'un champ de bataille pour la masse des hommes, ce sont là, peut-être, des doutes rationnels – mais que celui qui désire seulement le Divin atteindra le Divin est une certitude beaucoup plus sûre que deux et deux font quatre.

C'est la foi que tout saddhak doit avoir au fond de son cœur, le soutenant à travers chaque faux pas, chaque coup et chaque épreuve. Ce qui vous empêche de l'avoir, ce sont seulement de fausses idées projetant leur ombre sur votre esprit. Écartez-les pour de bon et voyez cette simple vérité intérieure de manière simple et droite – la difficulté aura les reins brisés.

8 mai 1934

Je voudrais vous dire quelque chose à propos de la Grâce divine – car vous semblez penser qu'elle devrait être une sorte de Raison Divine agissant d'une manière peu différente de celle de l'intelligence humaine. Mais ce n'est pas cela. Ce n'est pas non plus une Compassion Divine universelle qui agit de façon impartiale sur tous ceux qui la sollicitent et accède à toutes les prières. Elle ne sélectionne pas les justes ni ne rejette les pêcheurs. La grâce divine est venue aider Saul de Tarse le Persécuteur, Saint Augustin le débauché, Jagai et Madhai à l'infâme renommée, Bilwamangal et de nombreux autres, dont la conversion pourrait très bien scandaliser le puritanisme de l'intelligence morale humaine. Mais elle peut aussi venir pour les justes – les guérissants de leur autosatisfaction et les conduisant à une conscience plus pure au-delà de ces choses.

C'est un pouvoir supérieur à toute règle même à la Loi Cosmique – car tous les voyants spirituels ont fait la distinction entre la Loi et la Grâce. Elle n'est pourtant pas sans discernement, mais elle possède un discernement qui lui est propre et qui voit les choses et les personnes, le temps opportun et les saisons, avec une autre vision que celle du Mental ou tout autre Pouvoir normal. Un état de Grâce se prépare dans l'individu, souvent derrière d'épais voiles, par des moyens qui ne peuvent être évalués par le mental, et quand l'état de Grâce vient, alors la Grâce elle-même agit.

Il existe ces trois pouvoirs :

1. la Loi Cosmique ou karma ou autre ;

2. la Compassion Divine, qui agit sur tous ceux qu'elle peut atteindre dans le filet de la Loi et leur donner leur chance ;

3. la grâce Divine, qui agit de façon plus imprévisible, mais aussi plus irrésistible que les autres.

La seule question est de savoir s'il existe derrière toutes les aberrations de la vie un quelque chose qui peut répondre à l'appel et s'ouvrir, quelle que soit la difficulté, jusqu'à ce qu'il soit prêt pour l'illumination de la Grâce Divine – et ce quelque chose ne doit pas être un mouvement mental et vital, mais un élément intérieur, qui peut très bien être vu par le regard intérieur. S'il est là, et lorsqu'il devient actif sur le devant, alors la Compassion peut agir, bien que la pleine action de Grâce puisse encore tarder dans l'attente de la décision ou du changement décisifs, ceux-ci pouvant être reportés à un moment futur parce qu'une partie ou un élément de l'être, quelque chose qui n'est pas encore prêt à recevoir, peut encore s'interposer. 

20 mai 1934

Si je dois répondre de façon détaillée à tous les points de votre longue lettre, je crains que cela ne m'amène jusqu'à la fin du monde 😀 – même si cet événement, selon certaines prévisions, n'est pas si lointain. Je vais essayer de le faire de manière relativement brève et insatisfaisante.

[...]

Premièrement, la Manifestation Divine, même lorsqu'elle se manifeste de manière mentale et humaine, a derrière elle une conscience plus grande que le mental et non liée par les mesquines conventions mentale et morales de cette race humaine très ignorante ; imposer ces critères au Divin équivaut donc à essayer d'accomplir ce qui est irrationnel et impossible.

Deuxièmement, la Conscience Divine derrière la personnalité apparente n'est fondamentalement concernée que par deux choses : la Vérité en haut et ici-bas, la Lila et le but de l'incarnation ou de la manifestation, et elle fait ce qui est requis pour cela de la manière que sa conscience, plus grande que la conscience humaine, considère comme nécessaire et voulue.

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Juin 1934

En ce qui concerne les dépressions, la première question est de savoir si ce sont les dépressions temporaires que presque tout le monde rencontre sur le chemin ou s'il s'agit, comme vous semblez le suggérer, d'un phénomène croissant et en un sens réducteur, un adieu à l'espoir et à la sadhana. Il est fort possible qu'il y ait une tentative généralisée de pousser les sadhaks à la dépression, car celle-ci constitue l'obstacle naturel à ce stade de la bataille contre l'Ignorance du subconscient, dont la nature humaine extérieure est une formation et où se trouvent les racines de son refus de changer.

Mais vous parlez de la dépression comme si elle était non seulement définitive et absolue, mais universelle ("les autres sadhaks"). Si c'était le cas, une retraite au Cachemire dans le sillage d'Anilkumar serait impérative. Le Cachemire est un endroit magnifique, ses rivières sont inoubliables, et sur l'une de ses montagnes, où se trouve un petit temple de Shankaracharya, j'ai eu ma deuxième réalisation de l'Infini (bien avant que je ne commence le yoga).

Mais je crois savoir qu'au moins quelques-uns des sadhaks font des progrès qui les satisfont entièrement, que certains ont ce qui leur semble une réalisation concrète, et que d'autres ont des expériences qui les font avancer et ne se plaignent pas parce qu'ils n'ont pas encore obtenu l'unique chose définitive. Et leur nombre me semble augmenter plutôt que diminuer. même parmi ceux qui ronchonnent, certains ne semblent pas disposés à fuir sous d'autres cieux, mais, après avoir libéré leur âme par un bon ronchonnement, reviennent à la tache du yoga. Tant qu'il en est ainsi, je ne vois aucune nécessité de débandade.

[...]

Dans un sens plus profond et plus spirituel, une réalisation concrète est une réalisation qui rend la chose réalisée plus réelle, plus dynamique, plus intimement présente dans la conscience que ne l'est n'importe quel objet matériel. Une telle réalisation du Divin personnel, ou du Brahman impersonnel ou du soi, n'advient généralement pas au début de la sadhana ou dans les premières années, ni avant de nombreuses années. Elle se produit ainsi chez quelques rares individus ; la mienne est venue quinze ans après ma première expérience pré-yoguique à Londres et cinq ans après que j'eus commencé le yoga.

Je considère cela comme extraordinairement rapide, presque à la vitesse d'un train express, bien que sans nul doute il ait existé des réalisations plus promptes. Mais l'espérer et la demander si tôt, s'agacer parce qu'elle ne vient pas et déclarer que le yoga est impossible, sauf pour deux ou trois personnes à travers les âges, serait le signe d'une impatience anormale et plutôt irréfléchie aux yeux de n'importe quel yogi ou sadhak expérimenté.

La plupart dirait que le développement lent est le mieux qu'on puisse espérer durant les premières années et que c'est seulement lorsque la nature est prête et totalement concentrée sur le Divin que l'expérience définitive peut venir. Pour quelques-uns, des expériences préparatoires rapides peuvent se produire comparativement tôt, mais même ceux-là ne peuvent échapper au labeur de la conscience, qui fera culminer ces expériences en une réalisation durable et complète.

La question n'est pas que j'aime ou n'aime pas votre demande ou votre attitude. il s'agit de faits, de vérité et d'expérience, non d'aimer ou de ne pas aimer, deux chose qui, en général, ne m'influencent pas. Il est de fait que les personnes reconnaissantes, joyeuses et prêtes à avancer pas à pas, même à pas lents si nécessaire, cheminent plus rapidement et plus sûrement que celles qui sont impatientes, pressées, et se désespèrent ou [gémissent ?] à chaque pas. C'est ce que j'ai toujours constaté – ils peut exister des exemples contraires, et je n'ai pas d'objection à ce que vous en soyez un – aucune. Je dis seulement que si vous pouviez maintenir "espoir, ferveur et foi", il pourrait y avoir une bien plus grande possibilité, c'est tout.

Ceci est juste une explication personnelle – une longue explication, mais que votre exaltation de ma gloire appelait, il me semble – et elle est dictée par l'espoir qu'après tout, une accumulation d'explications pourrait, à la longue, vous persuader de préférer le chemin ensoleillé au chemin gris, le seul objectif étant que vous vous frayiez une chemin et vous arriviez. 

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8 Juin 1934

"Je vais essayer de nouveau" n'est pas suffisant : ce qu'il faut, c'est essayer toujours – sans interruption, avec un cœur libre du découragement, comme le dit la Gîta, anirvinnacetasa. Vous parlez de cinq ans et demi comme s'il s'agissait d'une immense période pour un tel objectif, mais un yogi qui est capable, dans ce laps de temps, de changer radicalement sa nature et d'obtenir une expérience décisive et concrète du Divin devrai être considéré comme l'un des rares coursiers du Chemin spirituel. Personne n'a jamais dit que le changement spirituel était chose facile ; tous les chercheurs spirituels diront que c'est ardu, mais que cela vaut absolument la peine d'être tenté. Si notre désir pour le Divin est devenu le désir maître, alors nous pouvons certainement lui donner notre vie tout entière sans nous plaindre ni renâcler devant le temps, la difficulté ou le labeur.

Vous qualifiez de nouveau vos expériences de vagues et irréelles. Tout d'abord, le mépris des petites expériences de la vie intérieure ne fait pas partie de la sagesse, de la raison ou du bon sens. Au début de la sadhana et pendant longtemps, ce sont les expériences modestes qui se succèdent et qui, si on leur accorde leur vraie valeur, préparent le terrain, élaborent une conscience préparatoire, et un jour, ouvrent les murs pour grandes expériences. Mais si vous les dénigrez avec l'idée ambitieuse que vous devez avoir les grandes expériences ou rien, il n'est pas surprenant qu'elles apparaissent une fois tous les trente-six du mois et ne puissent accomplir leur travail.

En outre, toutes vos expériences n'étaient pas mineures. Certaines, comme la descente immobilisante d'un Pouvoir dans le corps – ce que vous appelez engourdissement – seraient considérées par quiconque possédant une connaissance spirituelle comme un premier pas vers l'ouverture de la conscience à la Paix et à la Lumière supérieures. Mais elles ne coïncidaient pas avec vos attentes, et vous ne leur avez pas accordé aucune valeur spéciale.

Quant aux expériences vagues et irréelles, vous les ressentez ainsi parce vous les regardez, de même que tout ce qui se passe en vous, du point de vue de l'intellect et du mental physiques, qui ne peuvent considérer comme vrais, importants et vivants que les phénomènes physiques, et pour lesquels les phénomènes intérieurs sont quelque chose d'irréel, de vague et mensonger.

L'expérience spirituelle ne méprise pas même les rêves et les visions ; elle sait que beaucoup de ces choses-là ne sont pas du tout des rêves mais des expériences qui se déroulent sur un plan intérieur, et si les expériences des domaines intérieurs conduisant à la percée du moi intérieur dans l'être extérieur afin de l'influencer et de le changer ne sont pas acceptées, ni l'expérience de la conscience subtile et de la conscience de transe, comment la conscience de veille pourrait-elle s'étendre hors de l'étroite prison du corps, du mental corporel et des sens ?

Car pour le mental physique non touché par la conscience intérieure éveillée, même l'expérience de la conscience cosmique ou du Moi Éternel pourrait très bien sembler purement subjective et peu convaincante. Il penserait : "Curieux, nul doute, assez intéressant, mais très subjectif, ne pensez-vous pas ? Des hallucinations, oui !" La première préoccupation du chercheur spirituel est de s'extraire de la vision du mental extérieur et de regarder les phénomènes intérieurs avec un mental intérieur, pour lequel ils deviennent très vite des réalités puissantes et stimulantes. 

Si l'on fait cela, alors on commence à voir qu'il se trouve là un vaste champ de vérité et de connaissance, dans lequel on peut aller de découverte en découverte pour atteindre la suprême découverte de tout.

Mais le mental physique extérieur, s'il a la moindre idée du Divin et de la spiritualité, a seulement des a priori conçus à la hâte et à mille lieues du terrain de la vérité et de l'expérience intérieures.

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