Quelques extraits des Lettres à Dilip (6)
29 octobre 1932
En ce qui concerne la paix yoguique ou divine, qui n'est pas quelque chose de neutre mais d'intense, de bouleversant et de concret (le calme neutre n'est qu'un premier stade ou un stade préparatoire) il existe en outre cet inconvénient que vos millions moins un n'ont jamais connu la paix yoguique, et que vaut alors le fait qu'ils se détournent de ce qu'ils n'ont jamais expérimenté et ne pourraient comprendre même si on le leur décrivait ?
L'homme du monde ne connaît que l'excitation et le plaisir du vital ou ce qu'il peut en obtenir, mais ne connaît pas la paix et la joie yoguique et ne peut pas comparer ; le yogi, lui a connu les deux et peux comparer. Je n'ai jamais entendu parler d'un yogi qui a atteint la paix de Dieu et s'en soit détourné comme de quelque chose de pauvre, de neutre et de pâle pour se jeter de nouveaux sur les gâteaux et la bière. Si la satisfaction dans l'expérience doit constituer le test, la paix yoguique l'emporte de cent longueurs.
Pourtant, vous écrivez comme si j'avais prétendu que la paix était la seule et unique chose à obtenir par le Yoga. j'ai dit que c'était une base, la seule base sûre possible pour une pleine intensité de bhakti et d'Ananda. Tout cela juste en passant.
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1er novembre 1932
Vos rêves étaient très beaux et très vrais sur le plan symbolique. D'ailleurs laissez-moi vous le redire, ce n'étaient pas vraiment des rêves ; l'état entre le sommeil et l'éveil, ou qui ni ne sommeil ni l'état de veille, n'est pas une somnolence mais une conscience rassemblée à l'intérieur, tout à fait aussi éveillée que le mental de veille, mais éveillée sur un plan d'expérience différente.
1er novembre 1932
(de Mère)
Vous pouvez être rassuré – il est tout à fait certain que Sri Aurobindo ne peut commettre une telle erreur ! Puisqu'il dit qu'il est certain que vous réussirez, cela veut dire que vous réussirez et deviendrez un très bon yogi en fin de compte.
Ne laissez pas les problèmes et les difficultés vous déprimer. Plus grandes sont les difficultés, plus grande par la suite sera la victoire.
2 novembre 1932
Je peux dire aussi que je n'ai pas abandonné la politique parce que je sentais que je ne pouvais rien faire dans ce domaine ; une telle idée était bien loin de moi. Je me suis retiré parce que je ne voulais pas que quoi que ce soit interfère avec mon Yoga et parce que j'ai reçu à ce sujet un très distinct adesa [ordre, injonction].
J'ai entièrement coupé tout lien avec la politique, mais avant de le faire, je savais intérieurement que le travail que j'avais entrepris dans ce domaine était destiné à être poursuivi par d'autres selon les lignes que j'avais prévues, et que le triomphe final du mouvement que j'avais initié était certain, sans mon action ou ma présence physiques. Il n'y avait pas le moindre motif de désespoir ou d'impression de futilité derrière mon retrait.
Pour le reste, je n'ai jamais vu qu'une seule de mes volontés concernant un seul événement majeur dans la conduite des affaires du monde ait échoué à la fin, même si les forces universelles peuvent mettre un long moment à les réaliser.
Quant à la possibilité d'un échec dans mon travail spirituel, je traiterai le sujet une autre fois. Des difficultés, il y en a, mais je ne vois pas de motif de pessimisme ni de constat d'échec.
16 novembre 1932
Se débarrasser des pensées erratiques du mental physique de surface n'est pas facile. Cela s'accomplit parfois par un soudain miracle, comme ce fut mon cas, mais c'est rare. Certains y parviennent par un lent processus de concentration, mais cela peut prendre très longtemps.
Il est plus facile d'obtenir un mental tranquille avec des choses qui passent à la surface, comme les gens passent dans la rue, et l'on est libre de leur accorder notre attention ou pas – c'est-à-dire qu'il se développe une sorte de mental double, l'un intérieurement silencieux et concentré lorsqu'il lui plaît de l'être, un calme témoin quand il choisit de voir les pensées et les choses – l'autre consacré au dynamisme de surface.
Dans votre cas, il est probable que cela viendra dès que ces descentes de paix, d'intensité ou d'Ananda deviendront assez fortes pour occuper tout le système.
19 novembre 1932
Quant à tuer le vital, ce serait en absolue contradiction avec tout le principe de la sadhana, et nous n'imaginerions jamais de demander à quiconque de faire une chose pareille. Nous avons toujours dit que le vital était absolument indispensable à toute réalisation et que sans lui, rien – ni le Divin ni quoi que ce soit d'autre – ne pouvait s'établir dans la vie.
Tout ce que j'ai hasardé à suggérer, c'était que les mouvements vitaux qui conduisent à des problèmes, à de la souffrance et du dérangement, soient éliminés et transformés dès que possible, et dans votre cas, je n'aurais pas même insisté sur cela, si vous n'aviez pas eu ces violents accès de tristesse et de découragement et ce qui m'a paru être une inutile souffrance.
Vous pouvez sûrement comprendre que je n'aime pas vous voir souffrir et que, sachant par une longue expérience que ce sont les désirs et l'imagination de la conscience vitale inférieure qui incitent les hommes à se torturer eux-mêmes, j'ai voulu vous libérer de la cause.
[...]
Puis-je glisser un plaidoyer pour mon pauvre Supramental, contre lequel vous semblez nourrir une sorte de rancune ? J'aimerais dire que le Supramental n'est pas quelque chose de froid, de distant et de lointain ; au contraire, quand il descendra dans le physique, cela signifiera le plein déversement, l'entière plénitude et expression de l'amour dans le vital et le physique ainsi que sur tous les autres plans. Et c'est parce que je sais qu'il signifie cela et bien d'autres choses désirables que j'insiste pour le faire descendre aussi vite que possible.
Et laissez-moi ajouter qu'en ce qui concerne l'amour humain et l'amour divin, j'ai admis le premier comme point de départ pour arriver à l'autre, qui n'élimine pas l'amour humain, mais l'intensifie et le transforme à son image.
L'amour Divin, tel que je le vois n'est pas, je le répète, quelque chose d'éthéré, de froid et de lointain, mais un amour d'une intensité absolue, intime et plein d'unité, de proximité et de ravissement, qui utilise toute la nature pour s'exprimer. Assurément, il n'a pas les confusions et les désordres de l'actuelle nature vitale inférieure, qu'il changera en quelque d'entièrement chaleureux, profond et intense ; mais ce n'est pas une raison pour supposer qu'il puisse perdre quoi que ce soit de ce qu'il y a de vrai et de joyeux dans les éléments de l'amour.
[...]
Je n'ai encore rien dit sur la maladie de la Mère ; car en parler aurait exigé une longue réflexion sue ce que doivent être ceux qui se trouvent au centre d'un travail tel que celui-ci, ce qu'ils doivent prendre sur eux de la nature humaine ou terrestre et de ses limitations et de ce qu'il leur faut endurer des difficultés de la transformation.
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22 novembre 1932
Je ferai certainement tout mon possible pour vous aider, mais ce sera plus facile si vous faites ce que la Mère vous a demandé – "effacer tout cela" de votre mental au lieu de l'y laisser revenir constamment. Il est inutile de faire d'une bagatelle passagère un obstacle sérieux.
Pour le reste, je ne sais pas si je peux vous dire quoi que ce soit de nouveau ; j'ai essayé d'expliquer quelle était la difficulté de votre chemin, mais mes explications ne mènent pas à grand chose ; il faut voir par soi-même.
Vous avez raison de prier pour prendre conscience de la difficulté, mais si vous pouviez en devenir conscient sans être emporté par le mouvement de dépression, la voir avec calme et détachement, avec le recul – il serait alors plus facile pour vous d'en sortir ou du moins de l'empêcher de revenir violemment chaque fois qu'il se produit un mouvement vers l'expérience.
Mais le découragement, la dépression qui s'emparent de vous et trouvent leurs propres justifications pour durer viennent de votre prise de conscience avec le calme et le détachement nécessaires.
[...]
J'espère que vous aller rejeter ces nuages noirs et passer rapidement dans la lumière du soleil. La route peut être longue et plus difficile que vous ne l'aviez escompté, mais n'existe aucune raison réelle de désespérer.
Sri Aurobindo & Dilip Kumar Roy - Correspondance (1929-1933)
Voici le premier des quatre volumes de correspondance entre Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, chanteur, musicien, poète et écrivain bengali. En 1928, Dilip devint le disciple de Sri Aurobindo, qu...
https://www.editions-banyan.com/produit/sri-aurobindo-dilip/
Tome 1
À noter la parution du tome 2
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Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy - Editions Banyan - Littératures de l'Inde
Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, correspondance, spiritualité, yoga, conscience, doute, ashram, fils, ami, persévérance, compassion, joie, aide, volonté
https://www.editions-banyan.com/produit/sri-aurobindo-et-dilip-kumar-roy-correspondance-1934-1935/
Tome 2