Participier consciemment à la Nouvelle Évolution
Parmi les 8 milliards d’individus sur terre, combien connaissent Sri Aurobindo ? Parmi ceux qui entendu son nom, combien l'étudient ? Et parmi ceux qui l'étudient combien s'efforcent de mettre en pratique la dynamique évolutive qu'il a enclenché ? Pour ne donner qu'un exemple, Nolini lui-même, au moment du départ de Mère s'est empressé de dire que l'expérience de la transformation entreprise par Mère était désormais arrêtée. Ainsi, les disciples de Sri Aurobindo EUX-MÊMES peuvent :
- ne pas y croire,
- et/ou ne pas comprendre,
- et/ou penser que tout est fait, tout est accompli et que nous n'avons plus rien à faire.
Inversement, il est tout à fait probable qu'il existe des personnes n'ayant jamais entendu parler de Sri Aurobindo et qui sont pourtant très conscient que l'espèce humaine est arrivé à un point de transition et qui œuvrent pour faciliter ce passage évolutif en insistant sur un nécessaire changement de conscience, individuel et collectif. Le "hasard de la vie" m'a fait connaître Pang He Ming, mais il y en a certainement d'autres.
Cette brève introduction pour attirer l'attention sur L'EXTRAORDINAIRE PRIVILÈGE que nous avons de connaître Sri Aurobindo et de participer, de notre mieux, à cette EXTRAORDINAIRE AVENTURE de l'espèce nouvelle.
Est-ce que nous mesurons LA GRÂCE que cela représente ? L'ÉNORMITÉ DU CADEAU qui nous est présenté ?
Et c'est sans doute précisément parce que je ne le saisis pas encore que je ressens les choses ainsi. Pour le moment, mes prières sont bien courtes...
Puissions-nous être dignes, puissions-nous être dignes...
Et que parfois, au moins parfois, notre cœur se remplisse de reconnaissance et laisse couler des larmes de gratitude...
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Dans l'une de ces vidéos consacrées à l'explication du premier chapitre de L'Évolution spirituelle – L'homme et l'évolution – Sraddhalu rappelle que le saut évolutif précédent de l'animal à l'homme s'est déroulé de façon inconsciente, porté essentiellement par la Nature universelle. Que désormais, l'homme puisse participer à la nouvelle évolution de façon consciente, fait une différence absolument considérable.
Si cette transition évolutive n'est pas le cœur de l’œuvre de Sri Aurobindo, alors je n'ai rien compris.
Et Sraddhalu ajoute, que même si notre compréhension du processus évolutif reste tâtonnante, approximative, avec des erreurs et des imperfections, cela reste tout de même d'une grande importance par rapport à l'inconscience du précédent passage évolutif.
L'idée sous-jacente de ce premier chapitre de L'Évolution spirituelle est que si nous comprenons mieux le processus des évolutions passées alors nous pourrons d'autant mieux y participer – car Sri Aurobindo nous explique que certains principes qui ont présidé à l'évolution précédente sont les mêmes pour l'évolution en cours. C'est extraordinairement intéressant. Je publierai prochainement un article sur ce premier chapitre.
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En attendant, j'ai ressenti le besoin de rassembler quelques textes de l'Agenda sur le sujet (avec quelque commentaires ici et là – dans cette couleur de police :
Agenda du 2 mai 1956
Extrait de la classe du mercredi.
Douce Mère, tu as dit: «Le Supramental est descendu sur la terre.» Qu’est-ce que cela veut dire exactement ? Aussi, tu as dit : «Les choses promises sont accomplies.» Quelles sont ces choses ?
Ah ! ça alors, c’est de l’ignorance ! Cela a été promis depuis très longtemps, cela a été dit depuis très longtemps – pas ici seulement : depuis le commencement de la terre. Il y a eu toutes sortes de prédictions, par toutes sortes de prophètes; on a dit : «Il y aura de nouveaux deux et une nouvelle terre, une race nouvelle naîtra, le monde sera transformé...» Des prophètes ont parlé de cela dans toutes les traditions.
Tu as dit : «Elles sont accomplies.»
Oui. Et alors ?
Où est la race nouvelle ?
La race nouvelle ? Attends quelque chose comme... un certain nombre de milliers d’années, et tu la verras !
Quand le mental est descendu sur la terre, entre le moment où le mental s’est manifesté dans l’atmosphère terrestre et le moment où a paru le premier homme, il s’est passé à peu près un million d’années. Alors cela ira plus vite, parce que l’homme attend, il a une vague idée ; il attend d’une façon quelconque l’arrivée du surhomme. Tandis que, certainement, les singes n’attendaient pas la naissance de l’homme, ils n’y avaient jamais pensé. Pour la bonne raison que, probablement, ils ne pensent pas beaucoup ! Mais l’homme a pensé à cela et s’y attend, alors cela ira plus vite. Mais plus vite, cela veut dire encore des milliers d’années probablement. Nous en reparlerons dans des milliers d’années !
🌸
Agenda du 18 juillet 1964
(Mère traduit une lettre de Sri Aurobindo :)
The one safety for man lies in learning to live from within outward, not depending on institutions and machinery to perfect him, but out of his growing inner perfection availing to shape a more perfect form and frame of life...
(Traduction intégrale de cette lettre ci-dessous)
Ça m'a fait voir quelque chose de si intéressant... Automatiquement, la pensée humaine est toujours convaincue (enfin automatiquement) qu'il faut que les choses «suivent le mécanisme». Pour le corps, pour se guérir, pour changer quelque chose, on a instinctivement l'impression qu'il faut que ça suive le mécanisme.
Par exemple, j'ai eu une expérience intéressante ces jours derniers à propos d'une question : «Comment sera la forme du surhomme ?»... Toutes les conceptions parlent d'un homme d'une forme plus parfaite ; mais ça ne constitue qu'une amélioration. Et l'homme représente vraiment un changement radical par rapport au singe – à quel point de vue ? Pas tant par la forme de son corps que par son POUVOIR SUR LE MÉCANISME DE LA VIE.
Alors en suivant cette idée, j'ai eu une confirmation de ce que j'avais vu, que la Matière devenait plastique et obéissait à la volonté. Alors chacun avait une certaine quantité de matière à sa disposition et lui donnait les formes qu'il voulait.
Et j'ai vu que l'imagination humaine a une grande difficulté à se sortir d'une sorte d'esclavage à la mécanique physique. C'est cela que Sri Aurobindo veut dire ici.
Traduction :
La seule sécurité pour l'homme est d'apprendre à vivre du dedans vers le dehors ; il ne doit pas dépendre des institutions et des mécanismes pour se perfectionner mais employer sa croissante perfection intérieure à façonner une forme de vie et un cadre plus parfaits ; par cette intériorité, nous pourrons non seulement voir mieux la vérité des choses supérieures, dont maintenant nous parlons des lèvres seulement et faisons des constructions intellectuelles extérieures, mais nous pourrons aussi appliquer sincèrement leur vérité à toute notre existence extérieure.
Si nous devons fonder le royaume de Dieu dans l'humanité, d'abord il nous faut connaître Dieu, voir et vivre en nous-mêmes la vérité divine de notre être ; autrement, comment de nouvelles manipulations de la raison et des systèmes scientifiques de rendement, qui ont échoué dans le passé, pourraient-ils y prétendre ?
Il y a abondance de signes montrant que les vieilles erreurs continuent et que seule une minorité de guides – des guides en lumière, peut-être, mais pas encore en action – s'efforce de voir plus clairement, plus intérieurement et plus vraiment ; c'est pourquoi nous devons nous attendre, pour le moment, au dernier crépuscule qui sépare l'âge mourant de l'âge qui doit naître, plutôt qu'à l'aurore véritable.
Puisque le mental de l'homme n'est pas encore prêt, le vieil esprit et les vieilles méthodes peuvent encore être puissants pendant quelque temps et sembler momentanément prospérer, mais l'avenir appartient aux hommes et aux nations qui les premiers verront les dieux du matin au-delà du faux éclat et des ténèbres et se prépareront à être les instruments appropriés du Pouvoir qui pousse vers la lumière d'un idéal plus grand.
Sri Aurobindo
Oh ! comme c'est beau, comme c'est puissant...
🌸
Agenda du 24 juin 1967
(Puis Mère passe à la traduction de deux textes de Sri Aurobindo, qu'elle veut publier.)
«Le grand secret de la sâdhanâ, c'est de savoir faire faire les choses par le Pouvoir qui est derrière ou au-dessus, au lieu de tout faire par l'effort du mental.»
C'est exactement cela. Et puis :
«L'importance du corps est évidente ; c'est parce que l'homme a développé ou a été doté d'un corps et d'un cerveau capables de recevoir et de servir une illumination mentale progressive qu'il s'est élevé au-dessus de l'animal. De même, c'est seulement en développant un corps, ou tout au moins un fonctionnement de l'instrument physique, capable de recevoir et de servir une illumination encore plus haute, que l'homme s'élèvera au-dessus de lui-même et réalisera non seulement dans sa pensée et dans son être intérieur, mais dans la vie, une humanité parfaitement divine. Sinon, ou bien la promesse de la Vie est démentie, sa signification annulée et l'être terrestre peut seulement réaliser Satchidânanda (1) en s'abolissant lui-même, en rejetant le mental, la vie et le corps, et en retournant au pur Infini, ou bien l'homme n'est pas l'instrument divin, une limite est prévue au pouvoir de conscience progressif qui le distingue de toutes les autres existences terrestres, et, de même qu'il les a remplacées en tête du monde, de même un autre être doit éventuellement le remplacer et assumer son héritage.»
(La Vie Divine, XVIII.231)
(1) Satchidânanda : le principe éternel
Je comprends ! J'étais occupée de cela tout le temps.
(silence)
Mais la conclusion de Sri Aurobindo, c'est que ce n'est pas ça (le corps) qui peut changer : ce sera un nouvel être.
Non ! il dit «si» il ne peut pas, ce sera un nouvel être.
Non, je ne veux pas dire là, dans ce texte : je veux dire dans les choses qu'il a écrites après.
?...
D'ailleurs c'est la même chose, parce que... Qu'un corps puisse changer ?... Et encore, cela paraît très difficile – ce n'est pas impossible. Ce n'est pas impossible, mais... c'est un si formidable labeur que la vie est trop courte ; alors même là, il y a quelque chose à changer, n'est-ce pas, cette habitude d'usure est une chose terrible.
Oui, mais un «nouvel être», d'où est-ce qu'il viendrait ? Il tombera du ciel !
Mais non, c'est justement cela ! Plus on regarde... Ça ne va pas venir comme cela (Mère rit), ça va venir évidemment d'une manière analogue à la manière dont l'homme est venu de l'animal. Mais les échelons entre l'animal et l'homme, ils nous manquent – on le pense, on l'imagine, on a retrouvé des choses, mais à vrai dire on n'y a pas assisté ! on ne sait pas comment cela s'est passé. Mais cela ne fait rien... D'après certains, on peut consciemment commencer à faire la transformation intérieurement en formant l'enfant. C'est possible, je ne dis pas non. C'est possible. Et alors, il faudra que celui-là encore en fasse un autre plus transformé, et ainsi de suite, plusieurs échelons comme cela qui disparaîtront comme ont disparu les échelons entre le singe et l'homme ? (*)
Eh bien, oui, c'est toute l'histoire du perfectionnement humain.
On peut appeler cela comme on veut, n'est-ce pas. Mais un ÊTRE NOUVEAU... Nous, nous concevons comme tu dis un être nouveau qui descend tout fait, tout fabriqué !... Ça, c'est du roman-feuilleton.
C'est bien ce que Sri Aurobindo dit aussi. Il faut le fabriquer.
Ce serait après deux ou trois – ou quatre ou dix ou vingt, je ne sais-pas – êtres intermédiaires, que viendrait la nouvelle manière, la manière supramentale de créer... Mais est-ce qu'il sera nécessaire d'avoir des enfants ? Est-ce que cela ne supprimera pas la nécessité des enfants pour remplacer ceux qui ne seront plus, puisqu'ils continueront à être indéfiniment? Ils se transformeront eux-mêmes assez pour s'adapter aux besoins nouveaux.
Tout cela est très concevable à longue échéance.
Oui, longue échéance.
Mais justement vous êtes là pour que ce soit à brève échéance !
Non, Sri Aurobindo n'a pas conçu cela à brève échéance.
(*) Ce point rappelle une explication apportée par Sraddhalu selon laquelle, d'après Mère, la Nature évolutive pousse très fort pour l'émergence d'un nouveau type, d'une nouvelle espèce, et à partir du moment où celle-ci émerge, est crée, la poussée évolutive, la pression évolutive de la Nature retombe.
C'est très intéressant et très important car cela peut expliquer pourquoi, tout partout dans le monde, des gens s'excitent le bulbe avec le Surpramental, avec le Nouveau monde, avec une efflorescence de pratiques spirituelles, etc. c'est parce qu'il y a une extraordinaire pression de la Force pour le changement évolutif.
Mais les personnes qui n'ont pas réellement, en eux, cette aspiration, ce feu de l'aspiration pour l'évolution et la transformation, et qui en réalité portés par la Nature universelle, parce que c'est dans l'air du temps, alors ils redescendront à leur niveau de conscience ordinaire.
La morale de l'histoire est d'être vigilant et de veiller à utiliser au mieux ce moment privilégié de cette "Heure de Dieu", de cultiver "notre propre aspiration" – ou plutôt, de nous relier et de nous fondre dans l'aspiration vraie, celle du psychique.
Je ne sais pas... cela me semble un point très important !
🌸
Agenda du 22 novembre 1967
C'est le démenti à toutes les assurances spirituelles du passé : «Si vous voulez vivre pleinement conscient de la vie divine, quittez votre corps – le corps ne peut pas suivre.» Eh bien, Sri Aurobindo est venu et a dit : «Le corps, non seulement peut suivre, mais peut être la base manifestant le Divin.»
Le travail reste à faire.
Mais maintenant, il y a une certitude. Le résultat est encore très loin. Très loin, il y a beaucoup à faire pour que la croûte – l'expérience de la surface la plus extérieure telle qu'elle est – manifeste ce qui se passe au-dedans (pas «au-dedans» dans les profondeurs spirituelles : au-dedans dans le corps). Pour que ce soit capable de manifester ce qui est dedans... Ça viendra en dernier, et c'est très bien parce que si ça venait avant, on négligerait le travail ; on serait tellement content que l'on oublierait de finir son travail. Il faut que tout soit fait dedans, que ce soit bien-bien changé, alors le dehors le dira.
Mais c'est toute UNE SEULE substance, toute pareille partout, et qui partout était inconsciente ; et alors, ce qui est remarquable, c'est qu'AUTOMATIQUEMENT, il y a des choses qui se passent (geste indiquant des points éparpillés à travers le monde), tout à fait inattendues, ici et là, chez des gens qui ne savent même rien.
(silence)
Il fallait que la capacité de recevoir et de manifester la conscience soit obtenue par ces cellules matérielles ; et alors, ce qui permet une transformation radicale, c'est qu'au lieu d'être une ascension pour ainsi dire éternelle, indéfinie, c'est l'apparition d'un type nouveau – c'est une descente d'en haut. La descente précédente était une descente mentale, et ça, c'est ce que Sri Aurobindo appelle une «descente supramentale» ; l'impression, c'est : une descente de la Conscience suprême qui s'infuse dans quelque chose de capable de la recevoir et de la manifester.
Et alors, de cela, quand ce sera bien trituré (combien de temps cela prendra ? on ne sait pas), il va naître une forme nouvelle, qui sera la forme que Sri Aurobindo appelait supramentale – qui sera... n'importe quoi, je ne sais pas comment ces êtres s'appelleront.
Quel sera leur mode d'expression, comment vont-ils se faire comprendre, tout cela...? Chez l'homme, ça s'est développé très lentement. Seulement le mental a beaucoup trituré et, au fond, a fait marcher les choses plus vite.
Comment va-t-on arriver là ?... Il y aura certainement des stades dans la manifestation, avec, peut-être, un échantillon "qui viendra dire : voilà comment c'est (Mère regarde devant elle). On voit cela.
Seulement, quand l'homme est venu de l'animal, il n'y avait aucun moyen d'enregistrer – de noter et d'enregistrer le processus –, maintenant c'est tout à fait différent, alors ce sera plus intéressant.
(silence)
Mais encore à l'heure qu'il est, l'immense majorité – l'immense majorité – de l'intellectualité humaine est parfaitement satisfaite de s'occuper d'elle-même et de ses petits progrès comme cela (Mère dessine une ronde microscopique). Elle n'a même pas – elle n'a même pas envie qu'il y ait autre chose !
Ce qui fait qu'il se peut que l'avènement de l'être surhumain... ça peut très bien passer inaperçu, ou ne pas être compris. On ne peut pas dire parce qu'il n'y a pas d'analogie ; il est évident que si un singe, un des gros singes, avait rencontré le premier homme, il aurait simplement dû sentir que c'était un être un peu... étrange, c'est tout. Mais maintenant, c'est différent parce que l'homme pense, raisonne.
Mais pour tout ce qui est supérieur à l'homme, l'homme a été habitué à penser que c'étaient des êtres... des êtres divins ; c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas de corps, qu'ils paraissaient dans la lumière, enfin tous les dieux tels qu'ils les conçoivent – mais ce n'est pas du tout cela !
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Agenda du 3 janvier 1970
Il y a eu toutes ces sortes de singes qui ont servi d'intermédiaires entre l'animal et l'homme...