Ni homme – ni femme ?
Le questionnement sur les polarités masculines et féminines intéresse et pour peu qu'un célibataire de très longues dates puisse se prononcer sur le sujet, j'aimerais attirer l'attention sur un tout petit détail, qui apportera peut-être quelque chose.
Nous pouvons observer dans la société une féminisation du masculin et une masculinisation du féminin, avec sans doute en réaction, une réaffirmation de la nécessité de se réapproprier son identité sexuelle.
Il y a aussi l'idée que l'humanité future sera de plus en plus androgyne. La question est de savoir si cela signifie devenir à la fois homme et femme ou si cela signifie devenir quelque chose qui est d'une autre nature : ni homme ni femme.
Peut-être que je chipote mais vaut poser une question bête que le rester toute sa vie... Pour moi, il y a peut-être là une nuance subtile digne d'intérêt.
Je note à cet effet qu'à 8 reprises dans l'Agenda, voir ci-dessous, Mère a employé cette expression "ni homme ni femme"... ainsi, la question serait peut-être moins de réunir les polarités que de trouver en nous ce qui est d'une autre nature, ni masculine-ni féminine.
25 mars 1972 Ce qui était très différent, c'était le tronc, depuis la poitrine jusqu'à la taille: 9 mai 1970 Mère s'interrompt) Ah! et cette partie que je montrais était insexuée, c'est-à-...
C'est juste une proposition. Terminons par un passage de l'Entretien du 13 juillet 1955, qui a priori, n'a rien à voir, mais qui est fort savoureux.
Mère, quand on comprend, qu’est-ce qu’il y a en nous qui comprend ?
C’est le semblable qui comprend le semblable. Alors c’est seulement parce que tu portes en toi la chose, que tu la découvres. Parce que tu comprends bien que mon histoire, c’est une image, n’est-ce pas, que tout ça c’est une image ; cela correspond bien à quelque chose, mais c’est tout de même une image, parce qu’on peut trouver aussi bien au-dedans qu’en haut, n’est-ce pas. Ça, c’est seulement parce que nous avons des notions physiques des différents plans matériels, des dimensions matérielles ; parce que quand on comprend, c’est dans un autre ordre de dimensions, tout à fait ; alors cet autre ordre de dimensions ne correspond pas à l’espace.
Mais tu ne peux comprendre et être quelque chose que parce que c’est en toi d’une façon quelconque, ou tu es en cela — c’est la même chose, n’est-ce pas ; mais enfin, pour que tu comprennes plus facilement, je peux dire : « parce que c’est en toi, parce que cela fait partie de ta conscience, quelque part » ; autrement tu ne pourrais jamais en prendre conscience. Si l’on ne portait pas le Divin en soi, dans l’essence de son être, jamais on ne pourrait prendre conscience du Divin ; ce serait une entreprise impossible. Et alors si tu renverses le problème, de la minute où tu conçois et tu sens d’une façon quelconque, ou même, pour commencer, tu admets que le Divin est en toi, aussi bien que toi tu es dans le Divin, déjà cela ouvre la porte à la réalisation, un tout petit peu, pas beaucoup — entrebâillée.
Alors si, après, vient cette aspiration, cet intense besoin de savoir et d’être, alors l’intense besoin augmente l’entrebâillement jusqu’à ce qu’on puisse se faufiler. Et quand on s’est faufilé, on prend conscience de ce que l’on est. C’est justement ce que dit Sri Aurobindo : c’est qu’on a oublié, c’est que, par ce fait de séparation de Sat, Chit, Ânanda, vient l’oubli, l’oubli de ce que l’on est ; on se croit, n’est-ce pas, n’importe qui, un garçon, une fille, un homme, une femme, (1) un chien, un cheval, n’importe quoi, une pierre, la mer, le soleil, on se pense tout ça, au lieu de se penser l’Un Divin — parce qu’en fait, si on avait continué à se penser l’Un Divin, il n’y aurait pas d’univers du tout.
C’était ce que je voulais lui dire [à l’enfant], que ce phénomène de séparation semble être indispensable pour qu’il y ait eu un univers, autrement ce serait toujours resté comme c’était. Mais si nous rétablissons, après avoir passé par cette courbe, n’est-ce pas, si nous rétablissons l’unité en ayant bénéficié de la multiplicité, de la division, alors on a une unité de qualité supérieure, une unité qui se connaît elle-même au lieu d’être l’unité qui n’a pas à se connaître elle-même parce qu’il n’y a rien qui puisse connaître l’autre. Quand l’Unité est absolue, qui est-ce qui peut connaître l’Unité ? Il faut tout de même pouvoir avoir un semblant, une apparence de quelque chose qui ne l’est pas pour comprendre ce que cela est.
Je crois que c’est le secret de l’univers. Peut-être que le Divin voulait vraiment se connaître Lui-même, alors Il s’est jeté au-dehors et puis Il s’est regardé, et maintenant Il veut jouir de cette possibilité d’être Lui-même avec la pleine connaissance de Lui-même. Cela devient beaucoup plus intéressant.
(1). C'est évidemment là l'intéressant pour le sujet qui nous occupe. On se pense homme ou femme, nous focalisons notre attention, notre conscience sur cet aspect extérieur de notre identité, et ce faisant, nous lui donnons de l'importance, nous le renforçons, nous augmentons cette identification... au lieu de se penser l'Un, au lieu de rechercher au-dedans et/ou au-dessus, son identité réelle, la vérité de son être, qui n'est ni homme-ni femme.
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Mais c'est juste une façon de voir. Les concepts de Yin et Yang sont peut-être moins "sensibles", plus neutres.