Droit au but !
Ce dessin de Mère pour expliquer la voie droite et directe du yoga est bien connu, je l'ai vu sans doute des dizaines de fois...
/image%2F7051723%2F20241024%2Fob_8fcede_capture-d-ecran-du-2024-10-24-08.png)
L'homme est en bas, le divin en haut. La ligne de chemin est le sentier de la vie ordinaire, la ligne droite du yoga.
🌸
...et c'est seulement ces jours-ci que, pendant une méditation, l'aspiration et la volonté se sont rassemblées dans le cœur d'où a jailli une série d'injonctions : "Ça suffit ! Assez de tergiverser ! Assez de tourner au tour du pot ! Pas de demi-mesures et droit au but : le Divin, la Mère divine, la vérité de l'être."
Il m'est aussi revenu en mémoire cette fameuse parole biblique : "Dieu vomit les tièdes". Ça a le mérite d'être clair ! Nous n'avons que trop traîné à chercher le Divin, maintenant il faut établir la jonction, claire et consciente.
Une détermination calme, une intensité d'aspiration, tantôt vers le psychique, tantôt au sommet de la tête enclencha un processus sur plusieurs jours.
C'est difficile de garder l'intensité initiale, mais nous pouvons régulièrement rallumer la flamme et nous pouvons au moins garder à l'arrière plan de notre conscience, l'intention et la direction.
Imprimer dans notre conscience le dessin de Mère et nous en souvenir aussi souvent que possible devrait nous aider. C'est tout un champ d'expérimentation.
J'ai utilisé l'occasion pour rechercher les passages où il est question d'aller droit au but.
🌸
Sri Aurobindo – La Synthèse des Yogas :
Mais ce que la Nature cherche pour la masse et par une lente évolution, le Yoga l’effectue pour l’individu par une révolution rapide. Il procède par une intensification de toutes les énergies de la Nature, une sublimation de toutes ses facultés. La Nature développe avec difficulté la vie spirituelle et doit constamment revenir en arrière afin de préserver ses réalisations inférieures ; en revanche, la force sublimée et la méthode concentrée du Yoga peuvent aller droit au but et inclure la perfection du mental et même, si elle le veut, la perfection du corps. La Nature cherche le Divin à travers ses propres symboles naturels ; le Yoga va au-delà de la Nature jusqu’au Seigneur de la Nature, au-delà de l’univers jusqu’au Transcendant, et il peut revenir avec la lumière et le pou- voir transcendants, et avec le fiat du Tout-Puissant.
🌸
Agenda du 20 avril 1956 :
Douce Mère,
Les difficultés des semaines passées m’ont appris que dès que l’on s’écarte, si peu que ce soit, de la conscience vraie, n’importe quoi peut arriver, n’importe quel excès, n’importe quel déséquilibre, égarement – et j’ai senti rôder autour de moi des choses très dangereuses. Mère, tu m’as dit à propos de Patrick [1] que la loi de la manifestation était une loi de liberté, même la liberté de choisir mal. Et j’ai la perception très profonde, ce soir, que cette liberté est presque toujours une liberté de mal choisir. Je garde une grande crainte de perdre à nouveau la conscience vraie. Je me rends compte combien tout est fragile en moi et que si peu de chose suffit à m’emporter.
[1] Un ami de Satprem, mort fou dans un hôpital japonais.
Aussi, douce Mère, je viens te demander une grande grâce, du fond de mon cœur : Prends ma liberté entre tes mains. Empêche-moi de retomber loin de toi. Je remets cette liberté entre tes mains. Garde-moi, Mère, protège-moi. Fais-moi la grâce de te charger de moi et de me prendre totalement entre tes mains, comme un enfant dont les pas sont mal assurés. Je ne veux plus de cette Liberté. C’est toi que je veux, c’est la Vérité de mon être. Mère, je te demande comme une grâce de me délivrer de ma liberté de mal choisir.
Je suis ton enfant et je t’aime.
Signé : Bernard
(Réponse de Mère)
Mon cher enfant,
C’est entendu – de tout cœur j’accepte le don que tu me fais de ta liberté de mal choisir... Et c’est de tout cœur aussi que je t’aiderai toujours à faire le choix qui conduit tout droit au but – c’est-à-dire vers ton vrai moi.
Avec toute ma tendresse et mes bénédictions.
Signé : Mère
🌸
Agenda du 15 mai 1963 :
Il y a un certain aspect de la création (qui est peut-être un aspect très moderne) : c'est un besoin de sortir du désordre et de la confusion – de la désharmonie, la confusion. Une confusion, un désordre qui prend toutes les formes, qui se change en luttes, en efforts inutiles, en gaspillage. Cela dépend du domaine où l'on se trouve, mais matériellement, dans l'action, ce sont les complications inutiles, le gaspillage d'énergie et de matériel, la perte de temps, l'incompréhension, la mal-compréhension, la confusion, le désordre – c'est ce que dans l'ancien temps on appelait la déformation, crookedness dans les Védas (je ne sais pas l'équivalent de ce mot ; quelque chose qui est tordu, qui au lieu d'aller droit au but, va par des zigzags inutiles et aigus). C'est l'une des choses les plus contraires à l'harmonie de l'action purement divine – qui est d'une simplicité !... qui paraît enfantine... directe – directe, au lieu d'être en circonvolutions absurdes et complètement inutiles. Eh bien, il est évident que c'est la même chose : ce désordre est une façon de stimuler le besoin de la simplicité pure et divine.
Le corps sent beaucoup-beaucoup que tout pourrait être si simple, si simple !
Et pour que l'être – cette espèce d'agglomérat individuel – puisse se transformer, il a justement besoin de se simplifier-simplifier-simplifier. Toutes ces complications de la Nature, que l'homme commence à comprendre maintenant et à étudier, qui sont tellement compliquées pour la moindre chose – le moindre de nos fonctionnements physiques est le résultat d'un système tellement compliqué que c'est presque impensable... certainement, il serait impossible à la pensée humaine de prévoir et de combiner toutes ces choses –, maintenant la science les découvre. Et on voit très clairement que pour que le fonctionnement puisse être divin, c'est-à-dire échapper à ce Désordre et à cette Confusion, il faut qu'il se simplifie-simplifie-simplifie.
(long silence)
C'est-à-dire que dans la Nature, ou plutôt la Nature dans sa tentative d'expression, a été obligée d'avoir recours à une complication incroyable et presque infinie pour reproduire la Simplicité première.
Et on revient à la même chose : c'est par cet excès de complication que vient la possibilité de la simplicité qui ne serait pas un vide – une simplicité pleine. Une simplicité qui contient tout, tandis que sans ces complications, la simplicité est un vide.
C'est mon expérience de ces jours-ci.
Ils sont en train de faire des découvertes comme cela. En anatomie, par exemple, ils font des découvertes pour les traitements par la chirurgie qui sont incroyables de complication ! C'est comme leur division des éléments de la Matière : c'est d'une complexité ! effroyable. Et ça, c'est tout avec le but, dans l'effort pour exprimer l'Unité, la Simplicité une – l'état divin.
(silence)
Peut-être que ça ira vite... Mais la question se réduit à ceci, à l'aspiration SUFFISANTE, suffisamment intense et efficace, pour attirer Ce qui peut transformer ça : la complication en Simplicité, la cruauté en Amour... et ainsi de suite.
Et ce n'est pas la peine de se plaindre et de dire que c'est dommage. Parce que c'est comme cela. Pourquoi c'est comme cela ?... Probablement, quand ce ne sera plus, on saura. On pourrait dire autrement : si on le savait, ce ne serait plus.
Alors, les spéculation s: «Il aurait mieux valu que ce ne soit pas», etc., tout ça, ce n'est pas pratique ; ça ne sert à rien du tout, c'est inutile.
Il faut se dépêcher de faire le nécessaire pour que ce ne soit plus, c'est tout, c'est la seule chose pratique.
Pour le corps, c'est très intéressant. Mais c'est une montagne, n'est-ce pas ! une montagne d'expériences, toutes petites en apparence, mais qui prennent leur place par leur multiplicité.
/image%2F7051723%2F20241024%2Fob_2b28ea_simplicite.jpeg)
Vittadinia cuneata – Simplicité intégrale
Entretien du 8 juin 1955
Cet Entretien est basé sur le chapitre I de Lumières sur le Yoga de Sri Aurobindo, « Le But ».
Alors ! maintenant ce sont des questions impromptues, improvisées, pas préparées.
(À un enfant) Tu en as ?
Douce Mère, ici, il est écrit : « ... cette libération, cette perfection, cette plénitude ne seront pas réalisées pour nous-mêmes, mais pour le Divin. » Mais la sâdhanâ qu’on fait, ce n’est pas pour nous-mêmes ?
Mais justement, il insiste. C’est simplement pour insister. Cela veut dire que toute cette perfection qu’on va acquérir, ce n’est pas dans un but personnel et égoïste, c’est pour pouvoir manifester le Divin, c’est mis au service du Divin. On ne poursuit pas ce développement avec une intention égoïste de perfection personnelle ; on le poursuit parce que c’est l’Œuvre divine qui est à accomplir.
Mais pourquoi est‑ce qu’on fait cette Œuvre divine ? C’est pour nous rendre...
Non, du tout ! C’est parce que c’est la Volonté divine. Ce n’est pas pour une raison personnelle du tout, ce ne doit pas l’être. C’est parce que telle est la Volonté divine et c’est l’Œuvre divine.
Tant qu’il se mélange là-dedans une aspiration personnelle ou un désir personnel, une volonté égoïste, cela fait toujours un mélange et ce n’est pas exactement l’expression de la Volonté divine. La seule chose qui doit compter c’est le Divin, Sa volonté, Sa manifestation, Son expression. On est là pour ça, on est cela, et pas autre chose. Et tant qu’il y a un sentiment du moi, de l’ego, de la personne, qui entre, eh bien, cela prouve que l’on n’est pas encore ce qu’on doit être, c’est tout. Je ne dis pas que cela peut se faire du jour au lendemain, mais enfin c’est ça la vérité.
C’est justement parce que même dans ce plan-là, dans le plan spirituel, il y a beaucoup trop de gens (je pourrais dire, même, la majorité de ceux qui adoptent la vie spirituelle et qui font un yoga), il y en a beaucoup trop qui le font pour des raisons personnelles, toutes sortes de raisons personnelles : les uns c’est parce qu’ils sont dégoûtés de la vie, les autres c’est parce qu’ils sont malheureux, les autres c’est parce qu’ils veulent savoir davantage, les autres c’est parce qu’ils veulent devenir grands spirituellement, les autres parce qu’ils veulent apprendre des choses qu’ils peuvent enseigner aux autres, enfin il y a mille raisons personnelles pour adopter le yoga.
Mais ce simple fait de se donner au Divin afin que le Divin vous prenne et fasse de vous ce qu’Il veut, et cela dans toute sa pureté et sa constance, eh bien, il n’y en a pas beaucoup qui le font, et pourtant c’est ça la vérité ; et avec ça, alors on va droit au but, et on ne risque pas de se tromper jamais. Mais tous les autres motifs sont toujours mélangés, teintés d’ego ; et naturellement, ils peuvent vous conduire ici et là, très loin du but aussi.
Mais cette espèce de sentiment qu’on n’a qu’une seule raison d’être, un seul but, un seul mobile, l’entière, parfaite, complète consécration au Divin au point de ne plus pouvoir se distinguer de Lui, être Lui-même entièrement, complètement, totalement, sans aucune réaction personnelle qui puisse intervenir, ça c’est l’attitude idéale ; et d’ailleurs, c’est la seule qui fasse qu’on puisse avancer dans l’existence et dans l’Œuvre, absolument protégé de tout et protégé de soi-même qui est de tous les dangers le plus grand pour soi — il n’y a pas de plus grand danger que le moi (je prends le « moi » dans le sens d’un moi égoïste).
C’est ce que Sri Aurobindo a voulu dire ici, pas autre chose.
Alors qui a trouvé une question ?
Ce n’est pas dans les mots du livre qu’il faut trouver la question, c’est dans la réaction que vous avez eue à ce que j’ai lu. Si vous avez écouté, cela vous a fait un certain effet, vous devez avoir eu certaines réactions : c’est ça, ce sont ces réactions qu’il faut élucider en vous, et si vous pouviez me dire un jour : « Tiens, j’ai senti comme ça, qu’est-ce que cela veut dire, cette sensation ? Pourquoi est-ce que j’ai pensé comme ça ? », celles-là, ce sont des questions ! Parce qu’alors, ce serait l’occasion d’élucider quelque chose dans votre conscience. [1] Quand je lis, vous devez bien avoir une réaction quelque part, même si c’est seulement dans votre tête. Eh bien, c’est ça qu’il faut noter, et demander : « Pourquoi, quand j’ai entendu cette phrase, tout d’un coup j’ai senti comme ça ? Pourquoi, quand ça a été dit, ça m’a fait penser à ça ? » Ce seraient des questions intéressantes.
[1] Dans l'article Transformation : commencer par le début je partageais un Entretien dans lequel Mère mettait en garde contre la prétention a commencer la transformation du corps trop tôt. Ce fut un peu une douche froide car j'ai l'impression d'être engagé depuis bien longtemps dans un processus de transformation, ce que j'évoque à-demi-mots dans l'article Où commence la transformation ? Je n'étais évidemment pas très à l'aise, comme si la vérité de Mère était en contradiction avec ce que je sens comme vrai en moi.
Asselineau a souvent raconté l'anecdote que depuis enfant il se disait que s'il ne comprenait pas quelque chose, c'est qu'il y avait quelque chose à comprendre. La formule est très parlante et très vraie. C'est en substance ce que dit Mère dans ce passage et c'est ce que j'ai aussi ressenti. Quand un passage des œuvres coince, nous remue ou nous reste en travers de la gorge... c'est précisément-là qu'il faut faire attention, et y regarder de plus près.
Je suis donc intérieurement resté en contact avec ce passage qui me gênais et je me suis tourné vers Mère et... quelques jours plus tard, ça allait très bien, et j'ai compris pourquoi Mère avait dit cela et trouvé comment les deux vérités pouvaient s’articuler et se compléter.