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Deux extraits du Yoga de la Perfection de soi qui me semblent pouvoir enclencher un travail intérieur important, voir décisif :

Chapitre 3 – page 104

Ce pouvoir de l’âme sur sa nature a une importance capitale pour le yoga de la perfection de soi ; s’il n’existait pas, nous ne pourrions jamais, par l’aspiration et l’effort conscients, nous extraire des ornières de notre être humain actuel imparfait ; si quelque perfection plus grande était prévue, nous devrions attendre que la Nature la réalise à son rythme, tantôt lent, tantôt rapide, au cours de son évolution.

Dans les formes inférieures de l’être, l’âme accepte cette soumission complète à la Nature, mais à mesure qu’elle s’élève dans l’échelle évolutive, elle s’éveille à la perception de quelque chose en elle-même qui peut commander à la Nature ; mais c’est seulement quand elle arrive à la connaissance de soi que ce libre arbitre et cette libre maîtrise deviennent tout à fait réels.

Ce changement s’effectue suivant un processus naturel, et non par quelque magie capricieuse ; il suit un développement méthodique, un processus intelligible. Quand on parvient à la maîtrise totale, il se peut que le processus, par sa rapidité et son efficacité, apparaisse comme un miracle à l’intelligence, mais il n’en suit pas moins la loi de la vérité de l’Esprit   : le Divin en nous, par l’étroite union de notre volonté et de notre être avec lui, prend la charge du yoga et œuvre comme le maître omnipotent de la nature, car le Divin est notre Moi suprême et le moi de toute la Nature, le Purusha éternel et universel.

Chapitre – page 109/111

Dans ces conditions, l’idée fondamentale d’un yoga de la perfection consiste à opérer un renversement dans les relations actuelles de l’âme et de la nature humaine mentale, vitale et physique. À présent, l’être humain est une âme partiellement consciente d’elle-même, soumise au mental, à la vie et au corps et limitée par eux. Il doit devenir une âme entièrement consciente d’elle-même, maîtresse de son mental, de sa vie et de son corps. N’étant plus limitée par leurs revendications et leurs exigences, cette âme parfaitement consciente serait supérieure à ses instruments et les utiliserait librement. Cet effort de l’homme pour devenir le souverain de son être donne tout son sens à la plupart de ses luttes passées, qu’elles soient spirituelles, intellectuelles ou morales.

*

Pour être en possession de son être avec une liberté et une maîtrise suffisamment réelles et complètes, l’homme doit d’abord découvrir en lui-même son moi le plus haut, l’homme réel, le Purusha suprême inaliénablement libre et souverain de par son propre pouvoir.

Il doit cesser d’être l’ego mental, vital et physique, car cet ego est toujours le produit, l’instrument et le sujet de la Nature mentale, vitale et physique. Cet ego n’est pas notre moi réel, c’est l’instrument par lequel la Nature a développé la notion d’une existence individuelle limitée et séparée dans le mental, la vie et le corps. Ainsi l’homme agit comme s’il était une existence séparée dans l’univers matériel. La Nature a élaboré certaines conditions habituelles limitatives pour servir de cadre à cette action ; l’identification de l’âme avec l’ego est le moyen que la Nature emploie pour persuader l’âme de consentir à cette action et d’accepter ces conditions.

Tant que l’identification persiste, l’être est emprisonné dans la ronde habituelle de cette action restreinte, et tant qu’elle n’est pas transcendée, l’âme ne peut jouir librement de son existence individuelle, et encore moins se dépasser elle-même réellement.

Pour cette raison, l’un des mouvements essentiels du yoga consiste à se détacher du sens extériorisateur de l’ego qui fait que nous nous identifions à l’action du mental, de la vie et du corps, et à vivre intérieurement dans l’âme.

Cette libération est le premier pas vers la liberté et la maîtrise de l’âme.

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Quand nous nous retirons ainsi dans l’âme, nous constatons que nous ne sommes pas le mental, mais un être mental qui se tient derrière l’action du mental dans le corps, pas une personnalité mentale et vitale — la personnalité est une composition de la Nature — mais une Personne mentale, manomaya purusha. Nous prenons conscience d’un être au-dedans qui prend position dans le mental pour se connaître lui-même et connaître le monde et qui se conçoit comme un individu pour avoir l’expérience de soi et l’expérience du monde, pour agir intérieurement et extérieurement, tout en étant différent du mental, de la vie et du corps.

Ce sentiment d’être différent des actions vitales et de l’être physique devient alors très aigu ; le Purusha sent que son mental est enclos dans la vie et dans le corps, et pourtant il est conscient que même si la vie physique et le corps venaient à cesser ou à se dissoudre, il continuerait à exister en son être mental.

Mais le sentiment d’être différent du mental est plus difficile à percevoir et moins clairement délimité. Cependant, il existe ; il se caractérise par trois intuitions, ou l’une quelconque d’entre elles, en lesquelles vit le Purusha mental et par lesquelles il prend conscience de son existence plus vaste.

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1. Il a tout d’abord l’intuition de lui-même en tant qu’observateur de l’action du mental   : c’est quelque chose qui se déroule en lui, et en même temps devant lui comme objet de sa connaissance observatrice. Cette perception de soi constitue le sens intuitif du Purusha-témoin, sâkshî.

Le Purusha-témoin est une pure conscience qui observe la Nature et la voit comme une action qui se réfléchit sur la conscience, est éclairée par cette conscience mais demeure en elle-même autre que la conscience.

Pour le Purusha mental, la Nature est simplement une action — une action complexe faite de réflexion, de discernement et du jeu de la pensée, faite de volonté, de sensations, d’émotions, marquée par le tempérament et le caractère, par le sens de l’ego — qui opère sur un terrain d’impulsions vitales, de besoins et de désirs, dans les conditions imposées par le corps physique.

Mais le Purusha n’est pas limité par ces mouvements puisqu’il peut non seulement leur donner de nouvelles directions et une grande diversité, les raffiner et les élargir considérablement, mais agir également par la pensée et l’imagination dans un monde de créations mentales beaucoup plus subtiles et plus souples.

2. Le Purusha mental peut également avoir l’intuition de quelque chose de beaucoup plus vaste que son action dans l’existence présente   : des domaines d’expérience dont cette action n’est qu’une ébauche, une façade ou une petite sélection superficielle.

Par cette intuition, il arrive au seuil d’un moi subliminal dont les possibilités sont plus étendues que toutes celles que sa mentalité superficielle peut offrir à sa connaissance de soi.

3. La troisième intuition, et la plus grande, est la perception intérieure de quelque chose qui est plus essentiellement lui-même, quelque chose qui dépasse le mental autant que le mental dépasse la vie physique et le corps.

Cette perception intérieure est l’intuition qu’il a de son être spirituel et supramental.

Innombrable et vaste à explorer, elle est pure et parfumé

Je me trompe peut-être mais il me semble que les saddhaks du yoga intégral ont tous plus ou moins ressenti ces trois intuitions... mais j'imagine que nous ne les avons pas peaufinées, que nous ne les avons pas encore explorées dans toute leur profondeur, que nous ne les avons pas suivies jusque dans l'extrême limites de leurs conclusions, etc.

Pour le dire autrement, j'ai été traversé parfois par ces intuitions, mais sans savoir quoi en faire, sans savoir comment les laisser travailler, se réaliser. Et je ne suis sans doute pas le seul dans ce cas. 

Ces trois intuitions nous offrent trois possibilités, somme toute très simples, pour avancer vers la découverte de notre âme. Nous pouvons nous reconnecter à ces intutitions très accessibles et puis... laisser le travail s'enclencher. 

🙏 💓 🌅

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