"Sois conscient de tes cellules" : le corps est la révolution spirituelle !
J'attire votre attention sur la dernière vidéo d'Alexandre qui me paraît d'une grande importance. Sans doute sa meilleure vidéo car elle va droit à l'essentiel : le processus de transformation dans le corps. Cette vidéo m'a fait beaucoup de bien et je lui adresse toute ma reconnaissance....
On m'a fait voir d'une façon tout à fait objective, mais ténue, des effets qui sont insignifiants par leur dimension, et FORMIDABLES, tu entends, formidables par leur qualité. Et avec un sourire, comme si on se fichait de moi, en me disant : «Ah! tu veux des résultats, tiens, voilà ; tu veux des effets, tiens, les voilà.»
Et alors on ajoutait (tu sais ce que j'appelle «insignifiant», c'est ce qui concerne les toutes petites circonstances de toutes les minutes de la vie) : «Tu veux des résultats TERRESTRES ? Eh bien, ceux-là sont beaucoup plus considérables, dans leur qualité, que ce que tu vois.»
Et en effet, j'ai vu des petites, toutes petites choses, justement des mouvements de conscience dans la Matière, des toutes petites choses qui étaient... vraiment ahurissantes dans leur qualité, et que l'on ne remarque jamais parce qu'elles n'ont aucune importance (aucune importance extérieure) ; ce n'est que si l'on observe d'une façon tout à fait ténue que l'on s'en aperçoit, c'est-à-dire, justement, des phénomènes de conscience des cellules – tu es conscient de tes cellules ?
(Le disciple hoche la tête)
Non. Eh bien, deviens conscient de tes cellules et tu verras qu'il y a des résultats !
Tous ces jours-ci, ça vient comme... comme des preuves, des preuves accablantes pour le doute : des preuves de l'omniprésence du Suprême dans la Matière la plus inconsciente en apparence – quelque chose de tellement formidable que la raison raisonneuse peut à peine le croire. Mais elle est obligée.
Seulement, n'est-ce pas, on s'en aperçoit quand on est arrivé à ce degré d'attention tout à fait ténue et qu'au lieu de vouloir des grandes choses qui font beaucoup de bruit, beaucoup de mouvement et qui ont des apparences très éblouissantes, on se contente d'observer des toutes-toutes petites, toutes petites choses, qui pour notre prétentieuse raison sont tout à fait insignifiantes, mais qui pour le Suprême sont des preuves accablantes.
Mais dès qu'on descend dans ce domaine-là, le domaine des cellules et même de la constitution des cellules, comme ça paraît moins lourd ! Cette espèce de lourdeur de la Matière disparaît : ça recommence à être fluide, vibrant. Ce qui tendrait à prouver que la lourdeur, l'épaisseur, l'inertie, l'immobilité, c'est une chose qui est ajoutée, ce n'est pas une qualité essentielle à la Matière – c'est la fausse Matière, celle que nous pensons ou que nous sentons, mais pas la Matière elle-même telle qu'elle est.
Cette manière d'être, elle est encore très indéfinissable ; mais dans cette recherche, il y a une constante perception (qui se traduit par une vision) d'une lumière multicolore, de toutes les couleurs – de toutes les couleurs non pas par couches, mais comme si c'était (geste en pointillé) une association par points, de toutes les couleurs.
Il y a deux ans (un peu plus de deux ans, je ne me souviens plus), quand j'ai rencontré les Tantriques, que j'ai eu un rapport avec eux, j'ai commencé à voir cette lumière-là, et je pensais que c'était la «lumière tantrique», la façon tantrique de voir le monde matériel.
Mais maintenant, je vois ça constamment, associé à tout, et ça semble être ce que l'on pourrait appeler une «perception de la vraie Matière». Toutes les couleurs possibles sont associées sans être mélangées (même geste de pointillage), et associées par points lumineux. Tout est comme constitué de cela. Et ça paraît être le vrai mode d'être – je ne suis pas encore sûre, mais en tout cas c'est un mode d'être beaucoup plus conscient.
À noter qu'à trois reprises dans l'année 1962, Satprem s'interroge sur cette vraie Matière.
Agenda du 28 août 1962
Nous regrettons infiniment de n'avoir pas gardé le début de cette conversation dans nos notes, car son contexte éclaire singulièrement ce qui suit. Autant que nous nous souvenions, il s'agissait du sommeil du disciple et Mère semblait dire que nos «promenades au bord de la mer» se faisaient, pour nous, dans le sommeil et par un passage à un autre état, alors que pour Elle – et c'est ici que nos notes commencent –, il n'y avait plus de «sommeil» et plus de «passage» à un autre état, du physique ordinaire au physique subtil, comme si tout était devenu ou devenait une même Matière, continue. Sans doute la vraie Matière.
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Agenda du 6 octobre 1962
En fait, nous étions toujours à la poursuite de la même question : en quoi l'autre vision change-t-elle la vision de la Matière – comment apparaît la vraie Matière ?
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Agenda du 12 octobre 1962
Il est décidément très remarquable que ce soit la conscience du corps qui ait découvert la demeure de Sri Aurobindo... neuf ans après son départ (expérience du 24 au 25 juillet 1959).
Il s'agit donc d'un monde matériel et non d'un monde dit « intérieur » – l'autre Matière, la vraie Matière ?
Rappelons que dans sa toute dernière classe du Terrain de Jeu, le 28 novembre 1958, Mère avait dit :
« À travers chaque formation individuelle, la substance physique progresse, et un jour elle sera capable d'établir un pont entre la vie physique telle que nous la connaissons et la vie supramentale qui se manifestera. »
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Dans le corps et hors du corps ?
Finalement, il n'y a qu'un point qui reste pour moi encore délicat, incompris, confus... c'est la relation, l'articulation entre la sadhana hors du corps et la sadhana dans le corps.
Agenda du 20 novembre 1963
(...) Mais je ne sais pas, il est évident que ton cas intéresse particulièrement le Seigneur, parce qu'il m'a montré beaucoup de choses de ta vie corporelle, de tes réactions corporelles – Il doit être en train de s'occuper de toi ! (Riant) Peut-être que si tu lui fais crédit, tu t'en apercevras !
Je me mets plutôt en rogne, je me fâche, je L'attrape.
Oh ! tu rognes toujours – tu es un révolté de nature.
C'est ennuyeux, on perd son temps.
(silence)
Mais ce doit être le temps du changement, parce qu'il m'a été présenté le pire – ton état pire –, et puis ce que tu dois être. Au fond, je m'aperçois maintenant (riant) que je me suis beaucoup occupée de toi ces jours-ci.
Je dois dire que ce n'est pas joli, ce que je vois.
On est né avec... (comment dire ?) some special twist [une torsion spéciale], chacun est né (riant) tordu d'une façon spéciale – je le connais mon tordu, je le connais bien ! (Je n'en parle pas parce que ce n'est pas amusant.)
Mais c'est ce qui reste en dernier. Dans notre logique humaine imbécile, nous nous disons : «C'est ce qui devrait partir le premier», mais ce n'est pas vrai : c'est ce qui part en dernier ! Même quand tout cela devient clair-clair (geste en haut), même quand on a les expériences, l'habitude reste, et ça revient. Alors on le pousse : ça remonte du subconscient ; on le chasse : ça revient du dehors ; ou alors si une minute on n'est pas sur ses gardes, ça ressort comme cela – et c'est agaçant !
Mais Sri Aurobindo a écrit cela quelque part, je ne me souviens plus des mots, je l'ai lu tout dernièrement, et quand je l'ai lu, je me suis dit : «Ah! voilà! lui, il savait que c'était comme cela.» Alors ça m'a consolée et je me suis dit : «Bon.» Il disait que celui qui a purifié son mental, etc., etc., qui est prêt pour travailler à la Perfection (c'est dans La Synthèse, «La Perfection de soi»), «Il est prêt et patient pour les rechutes et la réapparition des vieilles erreurs, et il travaille tranquillement et attend patiemment que l'heure de leur départ soit arrivée.»
Je me suis dit : «Bien, maintenant c'est comme cela.» J'attends tranquillement que l'heure... (mais je ne manque pas une occasion de les attraper par le bout du nez, ou par le bout de l'oreille, et de dire : «Ah! tu es encore là...»).
La première chose, c'est de détacher sa conscience, c'est tout à fait important ; de dire: je-ne-suis-pas-ça, c'est quelque chose qui a été ajouté, mis pour pouvoir toucher la Matière – mais ce n'est pas moi.
Et alors si tu dis : «Ça, c'est moi» (geste en haut), tu verras que tu seras content, parce que c'est joli – c'est joli, c'est lumineux, c'est pétillant. C'est vraiment bien, c'est d'une qualité exceptionnelle. Alors ça, c'est toi. Mais il faut que tu dises : «Ça, c'est moi» et que tu sois convaincu que c'est toi. Naturellement, les vieilles habitudes viennent contredire, mais il faut savoir que ce sont de vieilles habitudes, c'est tout, ça n'a aucune importance – ça, c'est toi.
Et nous en arrivons à ce passage qui m'interpelle, qui me trouble, dont je ne sais pas quoi faire, que je n'arrive pas à mettre en pratique :
C'est un mouvement indispensable. Il y a un moment où il faut absolument se séparer de ça, parce que c'est seulement quand on s'est séparé et que l'on est bien conscient qu'on est là (geste au-dessus de la tête), qu'on est Ça, qu'alors on peut redescendre et le changer. Ce n'est pas pour l'abandonner : c'est pour être son maître.
Si je comprends correctement, avant de pouvoir faire le travail à l'intérieur du corps, il faut en être sorti... et ça ??? C'est d'autant plus troublant que Mère elle-même à l'air de se contredire.
Agenda du 18 février 1961
Mais est-ce qu’il est nécessaire de descendre au même niveau que toutes ces choses subconscientes ? On ne peut pas agir d’en haut ?
Mais agir d’en haut, mon petit, j’ai agi d’en haut pendant plus de trente ans ! mais ça ne change rien – ça change... Ça ne transforme pas.
Il faut descendre, alors, à ce niveau-là ?
Oui. Ça peut maintenir, ça peut tenir les choses en place, les empêcher de prendre des initiatives désagréables, mais ce n’est pas... Transformer, c’est transformer.
Tant que c’est, même la maîtrise, ça peut se faire, ça se fait même très bien d’en haut. Mais la transformation, il faut descendre ; et ça, c’est terrible... Autrement, ce ne sera jamais transformé, ça restera tel quel.
On peut, n’est-ce pas, on peut même faire figure de surhomme ! (Mère rit) mais ça reste comme ça (geste en l’air), ce n’est pas la vraie chose ; ce n’est pas la création nouvelle, ce n’est pas l’étape prochaine de l’évolution terrestre.
Ainsi, dans un Agenda Mère évoque l'importance de se séparer du corps et dans l'autre d'y descendre.
1. Il ne sert à rien de faire comme si ces contradictions n'existaient pas.
2. Elles nous interdisent toutes position dogmatique et nous obligent à considérer que selon le cas, les circonstances, telle réponse, telle attitude est plus appropriée.
3. Et puis, la contradiction n'est qu'apparente. Si nous lisons attentivement, dans un cas il est évoqué la maîtrise et dans l'autre la transformation, ce n'est pas la même chose.
Notons enfin que, tout au long de l'Agenda la Mère a évoqué un si grand nombre de fois le sommet de la tête, ou au-dessus, que c'est évidemment une zone de toute première importance dans ce yoga. Elle a même plusieurs fois expliqué que sa conscience n'était plus dans son corps au-dessus. Par exemple dans cet Agenda du 22 août 1964 :
Il m'est arrivé une drôle de chose... C'était l'autre jour, la dernière fois que tu es venu. J'avais l'air drôle ce jour-là, non?
Tu étais fatiguée.
Ce n'est pas cela ! Ce n'est jamais «fatiguée», ce n'est jamais «malade» – ce n'est jamais ça, c'est quelque chose d'autre. Mais il faut quelques jours pour que je sache ce que c'est.
C'est le centre de la conscience du corps qui s'est déplacé (d'habitude, c'est dans la tête, dans le cerveau). La conscience du corps, la conscience cellulaire, celle qui répond aux fonctionnements de la Nature et qui gouverne toute la marche – tout d'un coup, elle s'est déplacée, elle est sortie du corps.
Et puis, dans l'Agenda du 31 janvier 1968, Mère ajoute une information tout à fait intéressante :
Au lieu de la conscience à l'intérieur du corps, c'est le corps qui est à l'intérieur de la conscience, et pourtant c'est encore la conscience corporelle.
Ainsi, Il semblerait donc que, dans le processus de transformation, à un moment donné notre centre de conscience se déplace et n'est plus situé à l'intérieur du corps physique mais à l'extérieur. Et cela entraîne pour moi une difficulté concrète : je ne sais pas où me mettre, ou focaliser mon attention, ma conscience... comme si je n'avais pas encore trouvé de centre où me poser. Alors la conscience se pose et centre ici ou là ou encore là. Et parfois, elle ne se pose nulle part... et, ma foi, cela a l'air d'une solution intéressante – troublante mais intéressante, comme si cela ouvrait à une conscience non localisée.
Bah ! Tout ces éléments finiront par s'harmoniser, s'organiser, se mettre à leur juste place.
Et puisque ce yoga est intégral, si nous le suivons jusqu'au bout – et Sri Aurobindo nous a mis en garde contre LE DANGER d'arrêter en chemin – il est probable que nous finirons par faire l'expérience de "l'intégralité" des expériences, aussi bien celles hors du corps que celles dans le corps.
Quoiqu'il en soit, la vidéo d'Alexandre nous remet au cœur de processus, et pour ça, nous ne pouvons que le remercier.
🙏