L'Homme de Vitruve
Dans sa vérité fondamentale, l’art n’est rien de moins que l’aspect de beauté dans la manifestation divine. Peut-être, si on regarde de ce point de vue, ne pourra-t-on trouver que fort peu de vrais artistes ; mais cependant il y en a, et ceux-ci peuvent très bien être appelés des yogis. Car, de même qu’un yogi, un artiste digne de ce nom entre en profonde contemplation pour atteindre et recevoir son inspiration. Pour créer une chose vraiment belle, il doit d’abord la voir avec les yeux intérieurs, composer son ensemble dans sa conscience profonde. C’est seulement après l’avoir ainsi trouvée, vue, possédée au-dedans de lui, qu’il peut l’exécuter extérieurement ; sa création est l’épanouissement objectif de sa vision conceptive interne.
C’est aussi un genre de discipline yoguique ; car ainsi l’artiste entre en communion intime avec les mondes intérieurs. Un homme comme Léonard de Vinci n’était rien autre qu’un yogi. Et il était, sinon le plus grand, du moins l’un des plus grands peintres, quoique sa production ne s’arrêtât pas à la peinture seule.
Entretien de Mère du 28 juillet 1929
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Ce que Léonard de Vinci portait en lui, c'était toute la nouvelle ère de l'Europe dans ses aspects variés. Mais il n'était pas question d'Avatar, de conscience d'une descente ou de pression de forces spirituelles. Le mysticisme n'avait aucune part dans ce qu'il avait à manifester.
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
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Mais il est tout à fait évident que, dans l’usage de l’intuition, le poète et l’artiste ne peuvent pas procéder exactement de la même manière que le savant ou le philosophe. Les remarquables intuitions de Léonard de Vinci en science et ses intuitions créatrices en art partaient de la même puissance, mais les opérations mentales environnantes ou subordonnées étaient d’un caractère et d’une couleur différents.
The Renaissance in India and Other Essays on Indian Culture
Section : A Defence of Indian Culture → Indian Art – 1
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« On dit que la Mère ou vous-même avez déclaré qu’une descente divine avait été tentée pendant la Renaissance, avec Léonard de Vinci pour centre — un rapport très crédible puisque nous croyons que vous étiez Léonard et la Mère la Joconde. Je serais très intéressé de connaître quelque chose du côté intérieur de ce phénomène. Léonard était-il conscient d’être un semi-avatar ou d’une pression des plans spirituels ? »
Je n’ai jamais entendu auparavant que j’aie déclaré ou que quiconque ait déclaré une telle chose. Ce que Léonard de Vinci portait en lui-même était tout le nouvel âge de l’Europe sous ses multiples aspects. Mais il n’était pas question d’Avatar ou de conscience d’une descente ou d’une pression de plans spirituels. Le mysticisme ne faisait pas partie de ce qu’il avait à manifester.
Sri Aurobindo – 15 juillet 1937
Letters on Himself and the Ashram
Section : Speculations about His Past Lives [4]
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Léonard et Einstein
Je ne sais pas si, par hasard, la théorie de la relativité d’Einstein pourrait aussi se trouver dans l’un des livres de Léonard encore indéchiffrés. Peu probable. L’âge de l’art et de la science que Léonard a mis en mouvement est celui qui s’est clos avec le XIXᵉ siècle. La relativité appartient à un nouveau mouvement de la connaissance.
Sri Aurobindo – 11 décembre 1935
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Auguste César organisa la vie de l’Empire romain et c’est cela qui constitua le cadre de la première transmission de la civilisation gréco-romaine à l’Europe – il vint pour accomplir ce travail et les écrits de Virgile, d’Horace et d’autres contribuèrent grandement au succès de sa mission. Après l’interlude du Moyen Âge, cette civilisation renaquit sous une nouvelle forme dans ce qu’on appelle la Renaissance, non pas dans ses aspects de vie mais dans ses aspects intellectuels. Ce fut donc un suprême intellectuel, Léonard de Vinci, qui reprit le travail et résuma en lui-même les germes de l’Europe moderne.
Sri Aurobindo – 29 juillet 1937
Section : Augustus Caesar and Leonardo da Vinci
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Pourquoi les peintres d’aujourd’hui ne sont-ils pas aussi bons que du temps de Léonard de Vinci ?
Parce que l’évolution humaine se fait en spirale. J’ai expliqué cela1. J’ai dit que l’art était devenu une chose tout à fait mercantile, obscure et ignorante depuis le commencement du siècle dernier jusqu’au milieu. C’était devenu une chose très commerciale et tout à fait éloignée du sens véritable de l’art. Et alors, naturellement, l’esprit artistique ne vient pas ! (…)
1. Voir l’Entretien du 28 juillet 1929.
Entretien de Mère du 28 octobre 1953
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Il m'est arrivé de regarder quelques documentaires sur Léonard de Vinci, mais je n'en ai gardé que de vagues souvenirs car ils étaient remplis la plupart du temps de détails biographiques qui ne m'intéressent pas beaucoup. Je me suis donc tourné vers Grok pour cette petite conversation.
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Est-ce que Léonard de Vinci a fait des commentaires sur son Homme de Vitruve ?
Oui, le texte au-dessus du dessin commence ainsi (traduction usuelle) :
« Vitruve, l’architecte, dit dans son ouvrage sur l’architecture que les mesures du corps humain sont distribuées par la nature de la manière suivante : 4 doigts font une paume, 4 paumes font un pied, 6 paumes font une coudée ; 4 coudées font la hauteur d’un homme. Et 4 coudées font un pas, et 24 paumes font un homme ; et il a utilisé ces mesures dans ses constructions. Si vous ouvrez les jambes de façon à abaisser votre hauteur d’un quatorzième, et si vous étendez vos bras de façon que le bout de vos doigts touche la ligne du sommet de votre tête, sachez que le centre des membres étendus sera au nombril, et que l’espace entre les jambes formera un triangle équilatéral. »
Le texte en dessous énumère ensuite une série de proportions (longueur des bras étendus égale à la hauteur, mesures du visage, des épaules, des membres, position des organes génitaux au milieu, pied = 1/7 de la hauteur, etc.). Certaines de ces mesures s’écartent légèrement de Vitruve et reflètent les recherches empiriques de Léonard (il a mesuré de jeunes hommes).
On trouve aussi, dans un coin, une mention indiquant qu’il avait emprunté un exemplaire de Vitruve à Ottaviano Pallavicino (« Messer Ottaviano Pallavicino pel suo Vetruvius »).
Nature de ces commentaires
Ce sont des notes de travail techniques, destinées à son usage personnel (comme la plupart de ses carnets). Elles montrent comment il a résolu le problème géométrique posé par Vitruve (inscrire un homme à la fois dans un cercle et un carré) en décalant les centres : nombril pour le cercle, organes génitaux pour le carré. C’est à la fois une illustration fidèle du texte antique et une correction/amélioration fondée sur l’observation.
En résumé : oui, Léonard a commenté son Homme de Vitruve, et ces annotations font partie intégrante de l’œuvre.
J'ai entendu dire que l'Homme de Vitruve était un symbole de l'homme cosmique, ou universel.
Oui, cette interprétation est très répandue et bien fondée. L’Homme de Vitruve est souvent vu comme un symbole de l’homme cosmique (ou microcosme), c’est-à-dire de l’être humain conçu comme un petit univers reflétant l’ordre du grand univers (le macrocosme).
L’idée chez Léonard lui-même
Léonard partageait l’ancienne conception selon laquelle l’homme est un « monde mineur » (mondo minore). Il l’écrit explicitement dans ses carnets (notamment dans le Codex Atlanticus) :
« L’homme est appelé par les anciens un monde mineur, et cette appellation est très juste, car, tout comme le corps terrestre est composé de terre, d’eau, d’air et de feu, de même le corps humain est formé de ces mêmes éléments. L’homme a en lui des os qui sont comme les rochers, une chair qui est comme la terre, les veines comme les rivières, le sang comme la mer… »
Il concevait ses études anatomiques (dont l’Homme de Vitruve) comme une cosmografia del minor mondo — une « cosmographie du microcosme ». Autrement dit, comprendre les proportions et le fonctionnement du corps humain permettait, selon lui, de mieux saisir les lois de l’univers.
Le cercle et le carré
Cette lecture est renforcée par la géométrie du dessin :
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Le cercle (centre au nombril) symbolise traditionnellement le divin, le céleste, l’infini ou le spirituel.
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Le carré (centre aux organes génitaux) renvoie à la terre, au matériel, au stable.
L’homme qui s’inscrit parfaitement dans les deux figures incarne l’harmonie entre le céleste et le terrestre, entre l’esprit et la matière — une idée centrale de l’humanisme de la Renaissance (influencée par le néoplatonisme, l’hermétisme et la redécouverte de Vitruve).
L’« homme universel »
Dans ce contexte, l’Homme de Vitruve est devenu l’emblème de l’homo universalis (l’homme universel) : l’être humain placé au centre de l’univers, mesure de toutes choses, capable d’embrasser les arts, les sciences et la nature. C’est aussi pourquoi le dessin est souvent présenté comme une icône de l’humanisme, du rationalisme et de « l’homme au centre de l’univers ».
En résumé : le dessin est d’abord une étude technique des proportions, mais sa portée symbolique (homme = microcosme de l’univers) est solidement ancrée dans la pensée de Léonard et dans l’esprit de la Renaissance. L’idée d’« homme cosmique » ou universel que vous avez entendue correspond donc bien à cette interprétation classique.
Est-ce que l'on sait pourquoi Léonard de Vinci a dessiné 4 bras et 4 jambes ?
Oui, on le sait clairement. Les « quatre bras et quatre jambes » ne sont pas une anomalie ou un symbolisme mystérieux : c’est une solution technique ingénieuse pour illustrer en une seule image deux positions distinctes.
Les deux poses superposées
Léonard superpose :
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La pose du carré (homo ad quadratum) : bras tendus horizontalement et jambes jointes. Dans cette position, le corps touche les côtés du carré, dont le centre se situe au niveau des organes génitaux.
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La pose du cercle (homo ad circulum) : bras levés et jambes écartées. Dans cette position, les extrémités des membres touchent le cercle, dont le centre est le nombril.
En doublant les membres, il conserve un seul tronc, une seule tête et un seul cou, tout en montrant comment le même corps peut s’inscrire parfaitement dans les deux figures géométriques.
Pourquoi cette solution ?
Vitruve (dans le De architectura, Livre III) affirme qu’un homme peut être inscrit à la fois dans un cercle (nombril au centre) et dans un carré, mais il ne fournit aucun dessin. Pendant la Renaissance, plusieurs artistes (Francesco di Giorgio Martini, Giacomo Andrea, etc.) ont essayé de le représenter, souvent en plaçant les deux figures géométriques sur le même centre (le nombril), ce qui faussait les proportions ou rendait la pose peu naturelle.
Léonard résout le problème en :
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décalant les centres (nombril pour le cercle, pubis pour le carré),
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et en montrant les deux positions simultanément.
Il le précise d’ailleurs dans le texte qu’il a écrit au-dessus du dessin : il explique comment ouvrir les jambes (en réduisant la hauteur d’1/14) et lever les bras pour que le centre des membres étendus soit le nombril, avec un triangle équilatéral entre les jambes.
En résumé : les quatre bras et quatre jambes sont simplement les deux poses (carré + cercle) superposées sur un même corps. C’est à la fois une réponse précise au texte de Vitruve et une démonstration visuelle de l’harmonie des proportions humaines.
Diaporama
De Léonard de Vinci, nous connaissons surtout les tableaux. Peu de gens n'ont jamais entendu parler de la Joconde, de son autoportrait, de sa Cène ou de son Saint Jean Baptiste. De même, l'image de ces dessins, dont cet Homme de Vitruve sont célébrissime. Pourtant, je ne saurais donner aucune citation de Léonard de Vinci. N'aurait-il rien dit d'intéressant qui ai traversé l'histoire ?
Oui, Léonard a beaucoup écrit, et des choses intéressantes ont bien traversé l’histoire. Ce qui explique que ses citations soient moins célèbres que ses tableaux, c’est surtout le caractère de ses écrits : ce ne sont pas des œuvres destinées à la publication, mais des notes personnelles, fragmentaires, écrites en écriture spéculaire (miroir), dispersées dans des carnets.
Les carnets
On estime à plusieurs milliers de pages les notes qui nous sont parvenues (Codex Atlanticus, Codex Leicester, Codex Arundel, etc.). Elles portent sur la peinture, l’anatomie, la mécanique, l’hydraulique, la géologie, l’optique, les machines, mais aussi sur la vie, le temps, la connaissance, la nature. Léonard y défend constamment l’expérience contre l’autorité des livres.
Ces carnets n’ont été systématiquement rassemblés et étudiés que bien plus tard (notamment à partir du XIXᵉ siècle, avec l’édition de Jean Paul Richter). Pendant sa vie, Léonard n’a pas publié de traité achevé.
Quelques citations authentiques
Voici des formulations qui apparaissent dans ses notes (traductions usuelles) :
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« Comme une journée bien employée procure un bon sommeil, une vie bien employée procure une mort paisible. » / « Une vie bien vécue est longue. »
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« Alors que je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir. »
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« L’expérience ne trompe jamais ; seuls vos jugements errent, qui se promettent des résultats étrangers à notre expérimentation personnelle. »
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« Le fer s’oxyde par manque d’usage, l’eau stagnante perd sa pureté et gèle par le froid ; de même l’inaction sape la vigueur de l’esprit. »
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« Dans la nature, point d’effet sans cause ; comprends la cause et tu n’auras que faire de l’expérience. »
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« La nature ne produit rien de superflu ni de manque ; dans ses inventions, rien n’est excessif. »
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« Rien ne peut être aimé ou haï s’il n’est d’abord connu. »
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« La plus grande tromperie que subissent les hommes vient de leurs propres opinions. »
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« L’œil, qu’on appelle la fenêtre de l’âme, est le principal moyen par lequel le sens commun peut apprécier le plus complètement et abondamment les œuvres infinies de la nature. »
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« L’homme a été appelé par les anciens un monde mineur, et ce nom lui convient bien… » (passage sur le microcosme, déjà évoqué précédemment).
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« Pauvre est le disciple qui ne surpasse pas son maître. »
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« Celui qui ne châtie pas le mal ordonne qu’on le fasse. »
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« Qui néglige de punir le mal, le sanctionne. »
On trouve aussi des réflexions sur le temps, la vertu, etc. et des observations scientifiques très précises.
Pourquoi moins de citations « célèbres » que de tableaux ?
Les tableaux (Joconde, Cène, etc.) et certains dessins sont des œuvres achevées, visibles, reproductibles et immédiatement spectaculaires. Les carnets, eux, sont restés longtemps privés, difficiles à lire (écriture miroir), et leur contenu est souvent technique ou aphoristique plutôt que « littéraire ». Pourtant, une fois compilés, ils révèlent un penseur extrêmement moderne dans sa méthode (observation, expérience, rejet de l’autorité pure) et riche en réflexions sur la connaissance, la nature et la condition humaine.
En résumé : Léonard n’a rien dit d’intéressant au sens où ses paroles auraient circulé de son vivant comme des maximes publiées, mais ses carnets contiennent bel et bien de nombreuses pensées qui ont traversé les siècles et qui continuent d’être éditées et citées.
Est-ce qu'il existe un petit livre sur ses pensées et aphorismes ? Je me souviens avoir entendu dire que tout ce qu'il savait, il l'avait appris en observant la nature. Est-ce exact ?
Oui, il existe des recueils. Ce ne sont pas toujours de tout petits livres, mais des sélections accessibles de ses maximes, aphorismes, fables et réflexions tirées des carnets.
Livres recommandés
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Maximes, fables et devinettes (Léonard de Vinci) : un volume relativement court et accessible qui rassemble des textes brefs, des maximes et des fables. Idéal pour une première approche.
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Textes choisis : pensées, théories, préceptes, fables et facéties (traduction de Joséphin Péladan, 1907) : disponible gratuitement sur Wikisource. Il organise les extraits par thèmes (morale, nature, science, etc.).
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Les éditions Gallimard des Carnets (plus volumineuses, mais très complètes, avec préface de Paul Valéry dans certaines éditions).
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En anglais : Thoughts on Art and Life (sélection classique).
Sur la phrase dont vous vous souvenez
Elle n’est pas une citation mot à mot, mais elle est très fidèle à l’esprit de Léonard. Il a répété sous diverses formes que la vraie connaissance vient de l’expérience et de l’observation directe de la nature, et non de l’autorité des livres.
Formulations authentiques proches :
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« La sagesse est fille de l’expérience. » (Forster III, 14 r.)
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« L’expérience ayant été la maîtresse de ceux qui écrivent bien, je la choisis pour maîtresse. »
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« Toutes les sciences sont vaines et pleines d’erreurs qui ne sont pas nées de l’expérience, mère de toute connaissance. »
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« L’expérience ne trompe jamais ; seuls vos jugements errent… »
Il se présentait volontiers comme un « omo sanza lettere » (homme sans lettres) qui s’appuie sur l’observation plutôt que sur les auteurs.
Aurait-il dit quelque chose sur la connaissance, la connaissance de soi, la vie intérieure et spirituelle... ?
Oui, Léonard a écrit sur ces sujets, mais de façon fragmentaire, comme tout le reste de ses carnets. Ce ne sont pas des traités systématiques de spiritualité ou de psychologie intérieure. Ses notes restent ancrées dans l’observation, l’expérience et une certaine éthique pratique. Il parle de l’âme, de la connaissance, de la maîtrise de soi et de la condition humaine, sans développer une mystique élaborée.
Sur la connaissance
Pour lui, la connaissance commence par les sens et l’expérience. Il écrit notamment que « toute notre connaissance a son origine dans les sens » et que « la sagesse est fille de l’expérience ». Il insiste aussi sur le fait que les sciences non fondées sur l’expérience sont vaines. La connaissance véritable passe par l’observation attentive de la nature (et du corps humain), puis par le raisonnement.
Sur la connaissance de soi et la maîtrise de soi
L’une de ses maximes les plus claires sur ce point est :
« On ne peut avoir ni plus grand ni moindre domaine que celui qu’on a sur soi-même. »
(ou : « Nul ne peut avoir de domination plus grande ni plus petite que celle sur soi-même. »)
Il parle aussi de la nécessité de se gouverner : « La modération réfrène tous les vices. » Il valorise l’effort, la persévérance et le fait de ne pas se laisser distraire par des désirs vains. Pour lui, la vraie force est intérieure.
Sur l’âme et la vie intérieure
Léonard s’intéresse au siège et au fonctionnement de l’âme, surtout en lien avec l’anatomie et les sens :
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Il situe le « sens commun » (le jugement où convergent les sens) dans le cerveau, et le décrit comme le siège de l’âme.
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« L’âme ne peut jamais se corrompre avec la corruption du corps ; elle agit dans le corps comme le vent qui fait sonner l’orgue. »
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« Si quelqu’un veut voir comment l’âme habite son corps, qu’il observe comment ce corps use de son habitation quotidienne : s’il est sans ordre et confus, le corps sera maintenu dans le désordre par son âme. »
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L’œil est « la fenêtre de l’âme » et le principal moyen par lequel l’intellect contemple les œuvres de la nature.
Il laisse parfois les définitions ultimes de l’âme « aux imaginations des moines » et reconnaît la suprématie des Écritures, tout en restant très attaché à ce qui est observable.
Sur la vie, le temps et une forme de spiritualité
Ses réflexions ont souvent un ton lucide, parfois mélancolique :
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« Alors que je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir. »
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« Comme une journée bien employée procure un bon sommeil, une vie bien employée procure une mort paisible. »
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Il compare le sommeil à une image de la mort et invite à faire en sorte que l’œuvre survienne après la mort comme une forme de vie parfaite.
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« Ne cherche pas la richesse qui se peut perdre ; la vertu est notre vrai bien. »
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Il évoque le désir de l’âme de rester avec le corps (pour pouvoir agir et sentir) et une certaine aspiration vers une unité plus grande.
En résumé : Léonard n’a pas écrit un guide de vie spirituelle intérieure au sens monastique ou mystique. Ses notes révèlent plutôt un esprit qui cherche à connaître le monde (et l’homme) par l’observation, qui valorise la maîtrise de soi, et qui voit dans l’âme quelque chose de distinct du corps et lié à la perception et au jugement. La dimension « spirituelle » est surtout présente dans sa vénération pour l’ordre et la beauté de la nature, et dans quelques maximes éthiques sur la vertu et la vie bien menée.
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