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Mon ami Luc que je remercie encore pour ces commentaires réguliers, me confiait à l'occasion d'une conversation par mail que David aimé, le directeur des Éditions Banyanlui avait dit avoir travaillé quelques temps à l'Institut de Recherches Évolutives et que selon lui, "il y avait seulement quelques centaines de personnes en France qui lisaient Sri Aurobindo / Mère / Satprem."

Notre première réaction est peut-être la déception... mais j'ai aussitôt repensé à ce fameux passage d'une lettre de Sri Aurobindo à son frère Barin, le 7 avril 1920 :

Je ne tiens pas à avoir des milliers de disciples. Si je peux trouver une centaine d’hommes développés sur tous les plans de leur être, dépourvus d’égoïsme mesquin, et qui soient les instruments de Dieu, cela me suffit. Je n’ai aucune foi dans le métier habituel de gourou, tel qu’il est pratiqué, et je ne veux pas être considéré comme tel. S’il en est qui parviennent à éveiller et à manifester la divinité qui sommeille en eux, et s’ils parviennent à vivre d’une vie divine, que ce soit à mon contact ou à celui d’un autre, je serai satisfait. (Sri Aurobindo – Lettre à Barin vers le 7 avril 1920)

Introduction à la lettre à Barin : page 47 à 53
Lettre à Barin : page 54 à 75
Notes : pages 76 et 77

Cela m'a rappelé aussi cette fameuse lettre de Sri Aurobindo du 2 octobre 1934 dans On Himself, sur la propagande spirituelle.

Je ne crois pas en la publicité, sauf pour les livres, ni en la propagande, sauf pour la politique et les produits pharmaceutiques. Mais pour le travail sérieux, c’est un poison. Cela signifie un coup de publicité ou la célébrité ; or, les célébrités ou les coups publicitaires épuisent ce qu’ils portent sur la crête de leur vague et l’abandonnent sans vie, brisé sur les rivages de nulle part.

Ou cela veut dire un “mouvement”. Un mouvement, dans le cas d’un travail comme le mien, signifie la fondation d’une école ou d’une secte, ou quelque autre damné non-sens. Cela veut dire des centaines ou des milliers de gens inutiles qui viennent se mettre de la partie et corrompre le travail ou le réduire à une farce pompeuse d’où la Vérité qui commençait à descendre se retire dans le secret et le silence.

C’est ce qui est arrivé aux “religions”, et c’est la raison de leur faillite.

Cela m'a rappelé enfin l'Agenda du 3 juillet 1957 où il est question d'une communauté gnostique selon Sri Aurobindo

Extrait de la classe du mercredi

Il m’a été demandé si nous faisions un yoga collectif et quelles sont les conditions du yoga collectif ?

Je pourrais d’abord vous dire que pour faire un yoga collectif, il faut être une collectivité! et vous parler des différentes conditions requises pour être une collectivité. Mais la nuit dernière (souriant) j’ai eu une vision symbolique de notre collectivité.

Je passe la description de cette vision pour en arriver directement à la conclusion qu'en a tiré Mère :

Cela veut dire qu’avant d’espérer réaliser cette collectivité gnostique, il faudrait que chacun devienne, d’abord (ou tout au moins commence à devenir) un être gnostique. C’est évident, le travail individuel doit marcher en avant et le travail collectif suivre ; mais il se trouve que, spontanément, sans aucune intervention arbitraire de la volonté, la marche individuelle est pour ainsi dire contrôlée ou enrayée par l’état collectif.

Il y a, entre la collectivité et l’individu, une interdépendance dont on ne peut pas se libérer totalement, même si l’on essaye.

Et même celui qui, dans son yoga, essaierait de se libérer totalement de l’état de conscience terrestre et humain, serait, dans son subconscient tout au moins, lié à l’état de l’ensemble, qui freine, qui tire en arrière. On peut essayer d’aller beaucoup plus vite, on peut essayer de laisser tomber tout le poids des attaches et des responsabilités, mais malgré tout, la réalisation, même de celui qui est tout en haut et le tout premier dans la marche de l’évolution, est dépendante de la réalisation du tout, dépendante de l’état dans lequel se trouve la collectivité terrestre. Et cela, ça tire en arrière, au point qu’il faut parfois attendre des siècles pour que la Terre soit prête, afin de pouvoir réaliser ce qui est à réaliser.

Et c’est pourquoi Sri Aurobindo a dit aussi quelque part ailleurs, qu’un double mouvement était nécessaire, et qu’à l’effort de progrès et de réalisation individuels, doit s’unir un effort pour essayer de soulever l’ensemble et lui faire faire un progrès indispensable pour permettre le progrès plus grand de l’individu : un progrès de la masse, pourrait-on dire, qui permettrait à l’individu de faire un pas de plus en avant.

Pour la confidence, sans doute en raison de mon histoire familiale et de mon histoire personnelle, je n'ai jamais été très doué pour le travail en groupe et la vie communautaire, et pour ce travail-là en particulier, je n'arrive toujours pas à y croire. Je ne dis pas que rien ne peut être fait, ou que toute tentative collective est vaine, vouée à l'échec... je ne me permettrais pas d'avoir un avis si tranché et si négatif. Et très probablement, des méditations collectives, des groupes de lecture et de réflexion entre sadhaks autour des textes de Sri Aurobindo, Mère, Satprem peuvent être utiles... mais en l'état actuel, j'ignore pourquoi, je ne sens pas que cela puisse aller beaucoup plus loin.

Peut-être parce que j'ai un sentiment assez fort – je me trompe sans doute, c'est bien possible – que je ne pourrais pas faire ma sadhana si je devais vivre en groupe. Même à Auroville, je n'y ai jamais réussi. 

Peut-être aussi parce que je considère que le seul qui peut vraiment aider les autres dans un domaine ou un autre, est celui qui a l'expérience de cette chose, qui l'a réalisé. Est-ce que j'ai réalisé le psychique, le moi supérieur, la conscience intuitive, etc. ? Non ! Est-ce que j'ai conquis mon mental, acquis le silence à volonté ? Est-ce que j'ai la maîtrise de mes émotions, de mes énergies vitales ? Non ? Alors, au mieux, je peux donner quelques conseils de lecture, partager ma compréhension des textes qui me touchent et – c'est peut-être le mieux que je puisse faire extérieurement – partager mes expériences, parce qu'elles montrent que ce processus intérieur de purification, conscientisation, transformation... est très concret. 

Ceci dit, pour un tel sujet, mon expérience personnelle n'a strictement aucune importance. 

Alors je me suis tourné vers les Carnets d'une Apocalypse de Satprem pour savoir ce qu'il en pense...  et j'y ai trouvé des textes très intéressants sur le sujet. Autre confidence : j'ai lu les Carnets et, une fois de plus, je m'aperçois que je n'ai aucun souvenir de ces textes, comme s'ils n'avaient laissé aucune trace, comme si, de ces Carnets, je n'avais pratiquement rien intégré. Je vais donc prochainement les relire, avec un tout autre état d'esprit, en essayant vraiment de m'immerger.

PETITE COMPILATION

1er novembre 1976

C’est au niveau du corps et de la Matière — et c’est toute l’histoire mondiale et évolutive de Mère et de Sri Aurobindo. Le Supramental, il est au fond de la Matière, la Conscience-de-Vérité, elle est dans l’atome et au cœur de la cellule. C’est l’histoire même et la question même dans laquelle nous sommes baignés, triturés, martelés de toutes les façons et dans tous les pays et dans chaque groupe, chaque Église, et le moindre recoin de conscience.

C’est cette grande Conscience Exacte, ou « Droite » comme disaient les Rishis, qui a été éveillée, mise en œuvre par Mère et Sri Aurobindo, évolution animale pour jaillir au grand jour du Monde. C’est seulement là que la vérité sortira, pure, dans chaque cellule restituée à son mouvement divin, et c’est seulement là que la vision divine, pure, dans un corps décrassé, nous fera toucher infailliblement la vérité des choses et le mouvement exact.

Jusque là, nous sommes tous dans le bain. Un bain sordide, de plus en plus sordide, il suffit de tourner un bouton de radio pour comprendre l’étendue du décrassage, de Capetown à Pékin sans oublier Pondichéry en route. On peut regarder aussi dans sa propre conscience.

Ma recherche dans les 16 PDF des Carnets m'a permis de constater que Satprem ne nie pas la dimension universelle, collective, du problème ET de la solution. Il en est très conscient et c'est même une préoccupation majeure très présente dans les Carnets, mais il ne s'agit pas du "collectif" au sens où nous l'entendons d'une communauté spirituelle. Nous le découvrirons dans les extraits suivants.

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21 décembre 1976

Nous pouvons partir de n’importe quel bout, ils mènent tous au même point. Il est très frappant qu’aucun d’entre vous ne semble avoir compris le fait fondamental qu’après tout, Mère et Sri Aurobindo voulaient établir un monde supra-mental, ce qui veut dire avant tout que le mental doit ou bien disparaître, ou être remplacé par autre chose.

Or vous êtes tous à vous vautrer dans le Mental, chacun avec son cri de guerre, sa « vérité », son idée — surtout cet « au service de la Vérité » qui est devenu une farce dégoûtante.

Ce n’est pas tout : chacun de vous fait de son mieux pour se saisir des paroles de Mère et pour les aligner gentiment, si possible en dix petits paragraphes secs et proprets, pour les accrocher à sa porte particulière, comme Moïse et ses Dix Commandements. Mais vraiment nous en avons assez de cette sorte de Sinaï, et Mère et Sri Aurobindo aussi en avaient assez.

Alors si vous espérez vous saisir de la Vérité de Mère par des mots et la livrer au monde et à Auroville, vous vous retrouverez exactement dans la sorte de gâchis où vous êtes tous à Auroville et de par le monde. Parce que la Vérité n’est pas une chose mentale, et Mère est en train de marteler cela sur la tête de toutes les nations, tous les groupements, tous les individus, jusqu’à ce qu’ils réalisent leur propre ineptie et le naufrage de leur panacée.

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11 septembre 1977

Il faudrait que dans les grands pays, en temps voulu, nous ayons (comme dans l’Inde) un Institut (américain, allemand, etc.) qui garde la distribution de l’Agenda. Le But, le grand But (à moins que le petit oiseau ne vienne tout changer en route), c’est de sortir Mère de leurs affaires spirituelles et ashramiques et de mettre cela sur un plan « scientifique » de recherches.

Et pas de business, sauf le minimum nécessaire pour faire rouler le travail.

Que les gens n’entrent pas là-dedans comme dans une église, ou même un « groupe ».

Au fond, il faudra dans chaque pays un homme vrai, un chevalier de Mère, disons (comme j’ai trouvé Boni en Italie, par exemple).

Se méfier de toutes les vieilles cliques « disciples » de Sri Aurobindo et de Mère — ce sont les pires.

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21 décembre 1976

Les hommes ont bâti autour d’eux une forteresse mentale, et ce qui se trouve au dehors de cette forteresse particulière est un « ennemi », un « rival », un Quelqu’un d’autre allemand ou français ou indien, un étranger de cette communauté-ci ou cette communauté-là, un suspect. C’est un énorme brouillard qui déforme tout, toute idée, toute tentative, et qui jette une ombre sur toute vibration honnête.

Ce passage n'est pas directement dans notre sujet, mais cela ressemble tellement à la division constante de la société que nous observons aujourd'hui, et entre autre, tout ce que l'on entend, par exemple, sur les "oppositions contrôlées", que j'ai trouvé utile de le partager. 

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19 janvier 1978

Qu’est-ce que c’est que ce « négatif » dans toutes les situations ? Est-ce à dire que rien ne répond, mais je ne crois pas. C’est plutôt que toutes les situations arrivent à une sorte d’impossibilité où il n’y a pas d’issue sauf une catastrophe ou un écrabouillage — dans les pays, les continents, les groupes, les partis, tout ? ? Je ne sais pas. Ça, ce sont mes commentaires impertinents probablement.

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5 octobre 1978

(Lettre à deux Auroviliens)

Vous vous méprenez tout à fait sur le sens de ma dernière lettre. Je n’ai jamais pensé que le sens d’Auroville consistait à vivre comme des sardines individuelles dans une boîte collective ni que l’unité d’Auroville consistait à vivre tous sur le même modèle, au même endroit en faisant sa génuflexion à la même heure — même les paradis égalitaires de Marx ne rêvaient pas d’un communisme ou communitarisme si intransigeant. Et si ça doit être cela, le Supramental et l’idéal d’une communauté gnostique, alors filons au Kamtchatka avec les petits ours polaires.

Je suis moi-même le plus individualiste des individualistes et fais soigneusement « bande à part », et pourtant (semble-t-il) je travaille parfaitement pour la communauté d’Auroville et celle du monde en essayant de communiquer par mes moyens le sens et la force de l’œuvre de Mère et de Sri Aurobindo.

L’unité, oui, dans une diversité infinie. Et chacun par ses moyens particuliers.

Sri Aurobindo lui-même disait que le plus haut état pour la communauté humaine à son apogée serait « l’anarchisme divin », et non, ouf ! le caporalisme mental. MAIS cet anarchisme supérieur ou ce suprême individualisme ne pouvait exister que sur une seule base : la disparition du petit individu égoïste dans la Personne divine qui est au centre — et qui est la Personne de tout le monde. Là on est parfaitement UN, et c’est le seul lieu où l’on soit UN, il n’y en a pas d’autre et aucun autre « truc » ne remplacera cette opération primordiale et chirurgicale. C’est le seul gouvernement possible et la seule communauté possible parce que c’est la seule chose qui communie et qui SAIT.

Il ne s’agit donc pas d’être à Aspiration ou à Snarga ou à Pantin, mais dans ce lieu unique du dedans où tout se rencontre, et de faire fondre là-dedans les petits et les gros ego. Je ne doute pas que B. donne ses vaches, son lait et que sais-je au restant de la Communauté, mais ce n’est pas la question. Je ne doute pas que B. et C. soient différents des X Y Z qui vivent à Aspiration ou à Pantin, et tant mieux ! Si tout le monde se ressemblait, ce serait une grande barbe ! Ce n’est pas la question.

Ce que j’ai senti dans votre coin (à part ses qualités et sa beauté et toutes les choses extérieures), c’est probablement un « je » individuel un peu plus fort que les autres, quelque chose qui se délimite fortement — et c’est une qualité aussi indispensable parce que, ce que le Divin demande, ce ne sont pas des petits moutons sages et bien adorants, mais des êtres forts, riches, doués de qualités actives.

Pour ceux-là, ces individus forts et bien constitués, il est plus difficile que pour d’autres de se donner au Divin et de faire fondre les limites. C’est plus difficile mais le résultat est plus riche.

Sri Aurobindo disait même qu’il faut avoir en soi « un peu du titan » — afin de mieux donner son titan et de n’en garder que le dynamisme purifié. Alors voilà, B. et C. se heurtent à cette partie forte d’eux-mêmes et bien constituée, ce « monument individuel » un peu violent et tempétueux, mais riche, qui doit fondre dans Autre chose. Les difficultés rencontrées avec les frères sont seulement là pour nous aider à mettre le doigt sur ce qui blesse — il n’y a jamais « de la faute » de personne : il y a un progrès à faire, c’est tout.

Mais appeler Kâlî, comme le fait C. c’est encore la violence égoïste qui appelle une autre violence plus forte. Il faut que tout cela FONDE DANS LA DOUCEUR. Cette Douceur, c’est Mère. Elle ne casse rien : elle fait fondre.

Ajoute à la vie sa note souriante, sans faire d'embarras.

11 novembre 1978

Z [un travailleur de l’Institut qui se plaint] ? Oui... C’est la « faute des forces adverses », c’est commode. Alors l’Agenda le martèlera jusqu’à ce qu’il comprenne que les forces adverses c’est le Seigneur qui veut nous faire progresser et casser nos petits murs — ou notre pied si l’on ne veut pas marcher droit. Et toutes ces histoires de « magie » aussi, c’est le Seigneur qui nous forge et nous en donne juste ce qu’il faut pour acquérir la conscience du Seigneur.

Si l’on était parfaitement pur, ÇA , on serait sans blessure et immortel. Il faut être comme un courant d’air... divin.

Non, pas de « chef de groupe » de l’Institut.

Chacun a son rôle, sa place, c’est tout, et tout marche ensemble — ils n’ont donc pas entendu Mère : « Je ne suis pas chef de groupe, c’est dégoûtant ! » Est-ce que tu me vois « chef de groupe » ? Que chacun fonctionne suivant sa compétence, et puis flûte, Mère s’occupera du reste…

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7 août 1981

(Lettre à Patrice, de la Coopérative d’Auroville)

J’ai lu ces statuts [d’une nouvelle organisation pour Auroville]. L’idée me paraît bonne. Il faut, en effet, établir le « gouvernement d’Auroville », c’est-à-dire que l’on en finisse de ces éléments douteux et subversifs qui disent représenter une « troisième position », ou que sais-je, et qui sous couvert d’être « sans parti pris » et « neutres » font simplement le jeu de l’adversaire. Il faut qu’Auroville ait une seule voix. Dans ce sens, l’idée du trust est très bonne, si elle est réalisable légalement. (...)

Le seul point qui m’ait paru flou ou faible dans la rédaction de ces statuts, et qui pourrait être un peu remanié, c’est le point 6 concernant le travail, « the freedom to work »... Le travail est la base essentielle, matérielle, d’Auroville. C’est par le travail que se développe la nouvelle conscience, non par les méditations. C’est dans le travail que se forge l’unité des consciences.

Dès 1910, lorsqu’il envisageait la formation de « communautés divines » (Deva Sangha), Sri Aurobindo insistait sur la nécessité première (pas seconde) que ces communautés deviennent « self-sufficient » [autonomes] par leur travail. Mère a insisté là-dessus d’innombrables fois. On ne peut donc pas laisser ce point 6 dans le vague où il est. À vous de trouver la rédaction satisfaisante, mais je suggère d’incorporer la citation suivante de Mère :

« Le travail, même manuel, est une chose indispensable à la découverte intérieure. Si l’on ne travaille pas, si l’on ne met pas sa conscience dans la matière, celle-ci ne se développera jamais. Laisser la conscience organiser un peu de matière à travers son corps est très bon. Mettre de l’ordre autour de soi aide à mettre de l’ordre en soi. »

Agenda XI, 6 juin 70

Cela éliminera toute une catégorie de paresseux et de bavards « spirituels ».

Satprem

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28 septembre 1981

En effet, tous les systèmes ont échoué dans notre monde : le communisme, le capitalisme, le socialisme, et même (ou surtout) le gandhisme — et c’est très bien ainsi, une prison sainte n’en est pas moins une prison. Le seul lieu libre est dans le cœur de chaque individu, et tant que ce lieu libre ne devient pas la loi du corps collectif, nous continuerons de trébucher et de tomber.

Autrement dit, il nous faut devenir des âmes vivantes, il n’y a pas d’autre « système », pas d’autre solution. En attendant…

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17 août 1983

Alors on est assis là, les dents serrées, à répéter le Mantra, t tout parait si ... futile . Je ne sais pas ce qui peut délivrer de cela une fois pour toutes.

Est-ce qu'il y a un nœud central ? une racine centrale ? un point définitif ?

Alors il suffit de n'importe quoi, n'importe quand – une rencontre dans le sommeil – pour raviver ou contaminer un vieux fil et tout se répand de fil en fil, et ça y est. C'est comme un pourrissement subit. Oui, Sri Aurobindo avait bien dit : « jusqu'au dernier atome». Il suffit d'une pointe d'aiguille.

Eh bien, à moins d'une super-grâce ...

Et si l'on regarde le «problème» terrestrement, c'est chaque individu, chaque famille, chaque groupe, chaque nation... qui est relié par un milliard de fils à la même toile collante. Alors ?

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20 mars 1984

Vision

Décidément je n'arrête pas de voir Auroville. Cette nuit on me mettait sur une sorte de table (d'opération ?) et on me coupait le nez ! ... avec une pince à ongles. Je regardais ça. Puis je me suis levé et je suis allé me laver la figure à grandes eaux, mais je remarquais que je ne saignais pas... (Le « chirurgien » = A.) Je crois bien que le vilain diable caché là va faire des remous et ils vont me tomber dessus, ou me défigurer, ou que sais-je. Et après ? ! Ils ne chercheront pas à voir où est leur cancer.

Je ne crois vraiment en aucun groupe, aucune collectivité, aucune Institution : seuls des individus – de rares individus – peuvent faire. Dès qu'il y a un groupe, tout est contaminé. Il faut d'abord que quelques isolés fassent le passage, la percée évolutive – après il pourra ou pourront essayer d'entraîner les autres (quelques autres) sans être réabsorbés par la boue générale.

Il faudra vraiment que l'être nouveau ait un pouvoir – un pouvoir suprême ou du Suprême – pour ne pas se faire déchiqueter par la vieille bande.

Je crois surtout en une action silencieuse, invisible, contagieuse – pas le saltimbanque qui va faire des tours de force de foire en foire.

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5 décembre 1984

Quand la vieille vie individuelle (ou collective) a terminé sa courbe, elle cherche son point de destruction. C'est tout à fait indépendant de ce que l'on pense, sent, conçoit ou désire – et même indépendant de l'état du corps et de son âge. Cela dépend probablement d'un type d'expérience évolutive qui s'achève et de la mise en demeure ou de la capacité de changer de type.

C'est une autre forme de la mécanique évolutive.

Quelquefois, c'est tout un type collectif ou spécifique qui doit changer et cherche son point de changement ou de destruction.

Encore une fois, on croirait une description de la situation actuelle. 

Il y a eu la fin de l'Empire romain, mais ce n'est même pas la fin de l'Empire scientifique qui est en question, c'est la fin de l'Empire humain.

La fin de l'Empire scientifique et humain est intimement liée à la découverte de la vie-sans-mort – ce que Mère appelait la « deuxième vie » dans cette dernière rencontre que j'ai eue avec elle. Étrange, la Science, qui voulait nous délivrer de tous les maux de l'humanité ( ! ), nous oblige à découvrir ce qui nous délivrera de sa machine infernale... et dégradante. (Son grand mérite a été surtout de rabattre un peu le caquet de la Religion.)

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7 juin 1985

Vision de Michel

Un long rêve : vous aviez fait venir chez vous une quinzaine ou vingtaine de jeunes (d'Auroville, peut-être, mais je ne les connaissais pas) que vous « prépariez » intérieurement en leur expliquant et montrant beaucoup de choses. Ils étaient vraiment très bien et il y avait une sorte de grand Espoir ou Promesse qu'ils allaient pouvoir former un noyau très solide et uni.

Puis, beaucoup de gens arrivaient (surtout des jeunes femmes), qui avaient comme des liens de famille avec ces quinze ou vingt jeunes (leurs « petites amies » par exemple, mais pas seulement), et qui avaient appris qu'ils étaient là et venaient les « rechercher» : c'était une foule de plus en plus hostile, qui envahissait tout l'endroit.

Vous et Sujata étiez dans une pièce, et j'étais à la porte à l'extérieur pour essayer de les empêcher d'entrer (car ils voulaient vous trouver). À un moment la porte s'ouvrait, et Sujata disait : non, le mieux c'est de sortir. Vous sortiez de la pièce et, très tranquillement, nous traversions toute cette foule et quittions l'endroit (la traversée était difficile mais sans réel danger).

Après, des quinze ou vingt jeunes, il n'en restait plus que trois ou quatre : les autres avaient été ravalés, « swamped », en dépit de leur préparation et réelle qualité.

Je me souviens que parmi ces trois ou quatre il y avait un garçon qui avait un turban (à la Sikh) bleu ciel très joli. Il avait un très joli visage.

Ça, c'est merveilleusement vu .

Oui, « ravalés ». C'est l'histoire de tous les groupements, toutes les religions, les Églises, les sectes, les Ashrams – toutes les utopies humaines. Les Rishis disaient bien : « Weave the inviolate work » [Tisse l'œuvre inviolable]. C'est ce que Sri Aurobindo avait vu : la prochaine espèce, c'est quelque chose qui ne pourra pas être ravalé. Pour cela, il faut faire le « trou » – jusqu'au fond. Quand on voit les petites gestapos qui grouillent au fond, on n'a plus du tout envie d'être un « surhomme » ( ! )

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4 octobre 1986

Il faut quelque chose qui ait le pouvoir d'ébranler les consciences terrestres, sinon tous ces farceurs – les Mother Térésa, Reagan, Kadhafi et papes & Co. – continueront indéfiniment leur besogne, sous un nom ou un autre avec une « révolution » ou une autre qui ne révolutionne rien parce que ce sont toujours les mêmes rats qui continuent.

Chaque fois que je regarde le problème de cette « transition » humaine, je ne vois pas d'autre solution que la manifestation de Mère dans son corps nouveau – cela seul aurait le pouvoir de tout ébranler et nettoyer, et de cristalliser ou regrouper les éléments capables de faire la transition. Sinon il y aura de moins en moins d'éléments capables et ils seront finalement tous engloutis dans cette marée d'obscurité.

Et même ces « éléments capables », je ne vois pas comment ils auront le courage de faire ce terrible trou à travers les couches évolutives, à moins qu'un Élément Divin ne se manifeste et ne fasse la besogne pour eux.*

*Je ne devrais pas dire les « éléments capables»
(car qui est capable ?) mais les éléments honnêtes.
La grâce fera le reste.

Il suffit de regarder Auroville, par exemple, qui se soucie de faire la Besogne ? – ils veulent faire un petit îlot de verdure agréable. Mais ils seront finalement submergés. C'est la loi du nombre. Même les cités grecques ont succombé à la Barbarie environnante.

Tout est ravalé par l'Obscurité, à moins que l'on ne déracine cette Obscurité en soi et que l'on ne devienne divin.

C'est cela, la Besogne.

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17 décembre 1986

Il faut qu'Il ait une base pour pouvoir continuer – continuer avec son vrai Plan, qui est l'Évolution nouvelle, où il n'y aura plus toutes ces horreurs, ces mélanges ; il y aura quelque chose qui sera pur et qui dominera automatiquement par sa pureté – automatiquement ; il n'y aura pas de pouvoir a exercer, c’est automatique. Personne ne peut s'approprier ça, hein, personne. Non seulement aucune personne, mais aucun groupe, aucun ... rien ! C'est inappropriable. Tu ne vas pas mettre le Suprême dans ta poche !

(...)

Mère disait que dans l'homme, la mort est entrée par le mouvement. Qu'est-ce qu'Elle a voulu dire ? 

Ça, je ne sais pas. C'est entré par la vie. Et la vie – ce que nous appelons « la vie » – qui est la mort, nous sommes dans la mort. Et on est bâti par la mort, on est plein de mort. Alors c'est pour cela que supporter la Cataracte du mort supporte ça? On en est PLEIN !

Alors c'est.. . c'est.. . toute la tapasya et l'héroïsme de Sri Aurobindo et de Mère.

Et puis ... ceux qui suivent, les quelques-uns, je n'en sais rien... dans aucun groupe, hein : des individus, des individus isolés, complètement isolés, pas des membres d'un groupe ou d'un autre.

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8 décembre 1987

Petit à petit j'ai compris : eh bien, non, il y a un bonhomme.

Je ne veux pas dire qu'il n'y en ait pas d'autres, mais que c'est le travail de chacun, individuel.

Les collectivités, tout ça, cela n'existe pas.

Toutes les histoires collectives, c'est voué au désastre.

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En conclusion ?

Que retenir de tout cela ?

Nous parlons volontiers de soumission à la Mère, de soumission à la Volonté divine mais il est bien connu que chacun de nous ne retient que ce qu'il a envie de retenir. 😊 Et on ne le fait même pas exprès, c'est tout à fait inconscient. 

Deux choses me frappent pour ma part dans ces extraits. 

1. Que Saptrem a parfois des propos très durs sur le travail collectif. Par exemple, dans le dernier extrait cité, il parle de "désastre". Le mot est fort. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé d'aider Auroville, c'est-à-dire qu'il n'ignore rien des nécessités et des difficultés du travail collectif. 

2. Mais surtout : le texte du 7 juin 1985 nous montre que l'intention d'ouvrir ce travail évolutif au monde peut s'avérer DANGEREUX !

Il me semble aussi que le travail collectif demande une grande quantité d'énergie, et je me demande alors ce qu'il reste de disponible pour le vrai travail, le travail intérieur. Je ne sais pas. Mère elle-même a confié que c'était TRÈS difficile de faire les deux en même temps. Alors je ne sais pas comment les gens font : ils sont sûrement très doués.

Mais pour terminer et nuancer mon propos, vu que nous sommes sur un processus évolutif, et que les textes qui nous servent de base ont tous plusieurs années, je me demande toujours, si nous en sommes toujours là. En 1987, Satprem parle de désastre. Mais aurait-il dit la même chose juste avant de quitter son corps en 2007 ? Et nous sommes en 2026 et la situation a beaucoup évolué en 19 ans. Nous pouvons au moins nous poser la question, et chacun y répondra selon sa conscience... 

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