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Dans un article précédent – je ne sais plus exactement comment je l'ai formulé – je disais que lorsque nous avions une longue expérience d'une pratique corporelle, nous développions une sorte de sensation intime des mouvements. J'ajoutais qu'un phénomène très curieux s'était produit, que c'était comme si ces sensations intimes avaient été retirées. Ce n'est pas qu'il n'y avait plus de sensation du tout, mais que des sensations très habituelles avec certains mouvements avaient disparu. 

Hier, lors d'une pratique de 1 h 30 de la deuxième méthode du zhi neng qi gong, le phénomène était toujours présent – bien que j'y ai prêté moins d'attention. 

Et puis, je suis tombé sur un passage de l'Agenda qui pourrait expliquer ce phénomène. 

Agenda du 21 août 1971

(…)

Mais j’ai des activités la nuit maintenant, tout à fait nouvelles, comme je n’en avais pas, qui sont extrêmement concrètes et où sont mélangés les gens vivants et ceux dont on dit qu’ils sont morts – et ils sont les MÊMES, ils sont les mêmes là.1

1. Mère veut dire que les «vivants» et les «morts» sont pareils.

Par exemple, cette nuit, il y a eu une très longue activité où il y avait beaucoup de gens, et parmi ces gens, il y avait Pourani (je le vois très souvent), Pourani qui avait un rôle prépondérant, et M et... (comment s’appelle-t-il?) D – D et M se disputaient!2 (rires) Et une chose... une chose... Et j’étais comme eux, avec un costume bizarre.

2. Pourani est décédé en décembre 1965, M et D sont «vivants».

Je suis en train de découvrir un monde que je ne connaissais pas, qui est le monde... je ne sais pas si c’est le vital physique ? Il y avait des danses, des mouvements... C’est-à-dire, pour le dire d’une façon ordinaire : j’ai des rêves comme je n’en avais jamais ; mais ce ne sont pas des «rêves» : c’est une activité. C’est un monde que j’ignorais tout à fait et qui est comme cela (Mère entrelace ses doigts pour montrer une sorte d’interfusion du physique et de ce monde-là).

Il y a beaucoup-beaucoup de choses à apprendre.

Oui !

(silence)

Seuls les gens qui ont un corps physique ont le genre de réactions – plaisir, déplaisir – que l’on a dans la vie physique. Les autres ne l’ont plus. Ça paraît disparaître avec la conscience purement physique.

(silence)

J’ai de plus en plus l’impression qu’on ne sait rien. Voilà. Qu’il y a une variété infinie de choses, et qu’on ne sait rien.

Mais la nuit, je me plains souvent parce que j’ai l’impression, à partir de deux heures ou trois heures du matin, d’avoir une quantité d’activités qui me semblent complètement idiotes, avec toutes sortes de choses ou de gens ou...

C’est ça.

Et ça me paraît idiot, tu comprends, dénué de sens, et fatigant par-dessus le marché. Qu’est-ce que c’est ? Je n’en sais rien du tout.

C’est peut-être ça. C’est peut-être ce monde-là.

Qu’est-ce qu’on fabrique là-dedans !

(silence)

Pour notre conscience physique, c’est idiot.3

3. Mais que signifierait, pour quelqu’un de l’autre côté,
un homme qui ouvre un robinet et qui se brosse les dents ?

Oui, ça a l’air idiot.

C’était cela justement que j’avais cette nuit. Et c’était tout à fait naturel et... sans réaction.4

4. Plaisir, déplaisir.

Je crois que c’est le mental qui donne un sens aux choses, et que sans mental les choses sont, sans qu’on leur donne un sens – elles sont parce qu’elles sont. Et alors, pour nous, pour la conscience telle qu’elle est développée ici, c’est tout à fait imbécile. Et là, ça paraît tout à fait naturel.

Ce doit être cela qui fait que les gens «déménagent». S’ils n’ont pas dedans ce qu’on pourrait appeler le «support divin», une espèce de foi inébranlable en la Vérité et la Grâce divine, si on n’a pas cela...

(Mère plonge jusqu’à la fin)

C’est un moment à passer. Il faut aller… go through [traverser].

Tu flamboies et triomphes.

Premier sujet 

Je crois que c’est le mental qui donne un sens aux choses, et que sans mental les choses sont, sans qu’on leur donne un sens – elles sont parce qu’elles sont.

C'est cette phrase-là qui m'a fait sursauté et qui a enclenché une réflexion. Je me suis demandé si le mental ne faisait que donner un sens au chose, s'il ne faisait pas bien davantage encore. 

Je me suis demandé, pour revenir à ma pratique et à la disparition des sensations habituelles, si les sensations que nous ressentons pendant nos pratiques, ne sont pas liées AUSSI à la croyance que nous en avons. Pour le dire autrement, si ces sensations ne sont pas liées au mental. 

Et j'en suis venu à me dire que, ce qui avait disparu, c'était ce qu'ajoute le mental de croyance, de conceptions qu'en faisant tel geste, il va se passer ça etc. 

Je n'en suis pas sûr, je n'en ai pas la preuve, c'est un ressenti très très fin, mais... cela se pourrait bien que cela soit ça. Pour le moment, ça sonne plutôt juste en moi.

Cette impression est peut-être amplifiée par les lectures des Agendas précédents où ce thème est présent avec une certaine force. Par exemple avec ces propos de Satprem le 17 juillet 1971 : La nuit, je me promène sur des chemins de terre qui s’effondrent. Oui, des effondrements. Et Mère répond qu'il s'agit des vieilles conceptions.

Dans un vieil Agenda, la Mère nous dit que nous ne sommes JAMAIS en relation avec la vérité des choses, mais avec CE QUE L'ON PENSE des choses... et ce que l'on pense induit automatiquement un certains nombre de sensations.

Maintenant, avant mon qi gong, je n'ai fait aucun effort particulier pour ne pas penser ou pour penser différent... rien du tout... cela s'est fait tout, cela s'est préparé à mon insu, sans que je m'en rende compte.

Et il y a encore un passage dans l'Agenda du 28 août 1971 qui va dans le même sens :

Tu m’as demandé l’autre jour (ta question est restée), tu m’as demandé : quand je suis comme cela, silencieuse et immobile, qu’est-ce qu’il y a ?... C’est justement un essai (je ne peux pas dire une aspiration, on ne peut pas dire un effort – c’est le mot urge en anglais) : la vérité telle qu’elle est. C’est ça. C’est ça. Et non pas essayer de la savoir ni de la comprendre (tout cela est tout à fait indifférent) : être – être – être... Et alors... (Mère a un sourire plein de douceur)

En tout cas, l'idée que la façon de voir et de comprendre du mental est complètement erronée et que l'on ne sait rien revient souvent dans ces Agendas de 1971 que je suis en train de lire.

Si nous observons ce qui se passe dans la société, nous constatons que pour beaucoup : plus rien n'a de sens. Or, cette perte de sens vient peut-être du fait que le mental est en train d'être balayé par la Nouvelle conscience. Alors tous les repères que donnaient le mental sont balayés, la société devient folle et les gens pètent les boulons. 

C'est ce que nous dit Mère :

Ce doit être cela qui fait que les gens «déménagent». S’ils n’ont pas dedans ce qu’on pourrait appeler le «support divin», une espèce de foi inébranlable en la Vérité et la Grâce divine, si on n’a pas cela...

On comprend son insistance constante dans ces Agendas – j'allais dire son obsession – à nous accrocher au Divin. Dans ce chaos généralisé, dans ce monde en effondrement, c'est la seule chose qui soit stable, éternelle, immortelle, la seule chose qui tienne debout, qui tienne la route...

🔥

Deuxième sujet

 Je suis en train de découvrir un monde que je ne connaissais pas, qui est le monde... je ne sais pas si c’est le vital physique ? Il y avait des danses, des mouvements... C’est-à-dire, pour le dire d’une façon ordinaire : j’ai des rêves comme je n’en avais jamais ; mais ce ne sont pas des «rêves» : c’est une activité. C’est un monde que j’ignorais tout à fait et qui est comme cela (Mère entrelace ses doigts pour montrer une sorte d’interfusion du physique et de ce monde-là).

Sur le moment, je n'ai pas relevé... et puis avec le recul, j'ai commencé à me dire que c'était extraordinaire et méritait quelques remarques. 

Rappelons-nous que Mère avait la capacité de sortir douze fois de son corps en tout conscience et de visiter tous les mondes... et pourtant, elle découvre un monde qu'elle ne connaissais pas ! ! ! 

Agenda du 7 novembre 1961

Madame Théon avait eu cette expérience et c’est elle qui m’a, pas positivement appris, mais indiqué comment faire : elle sortait de son corps, puis elle était consciente dans le monde vital (avec beaucoup d’états intermédiaires, mais cela, c’était quand on voulait faire des investigations) ; du vital, on sortait dans le mental (on sortait du corps vital consciemment ; on laissait son corps vital, qu’on voyait, et on sortait dans le mental); puis on laissait son corps mental et on sortait dans... ils employaient d’autres mots, une autre classification; enfin les mots étaient différents (je ne me souviens plus) mais l’expérience est identique.

Et successivement, comme cela, elle sortait douze fois de son corps – douze corps l’un après l’autre. Elle sortait d’un corps et entrait dans la conscience du nouveau plan où elle se trouvait (elle était extrêmement «formée», n’est-ce pas, c’est-à-dire individualisée, organisée) et elle avait toute l’expérience de l’entourage et de ce qui se trouvait là, elle pouvait le décrire – et ainsi de suite, douze fois.

J’ai fait la même chose. J’arrivais même à le faire avec beaucoup de dextérité : je pouvais m’arrêter à n’importe quel plan, faire ce que j’avais à y faire, circuler là, voir, étudier, puis dire, noter ce que j’avais vu.

Mais ma dernière étape, ce qui était juste avant le Sans-Forme (Théon employait presque la terminologie juive, du Suprême qui est sans forme : il l’appelait le «Sans-Forme», la dernière étape (de là on passait au Sans-Forme, c’est-à-dire qu’il n’y avait plus de corps à laisser : on était en dehors de la forme, même de toutes les formes de pensée – toutes les formes possibles étaient finies), et ça, il l’appelait le «pathétisme.» Un mot très barbare mais qui était très expressif.

Dans ce domaine-là, on avait l’expérience de l’unité totale – l’unité dans quelque chose qui était l’essence de l’Amour ; l’Amour étant une manifestation plus... il appelait toujours cela «dense» (il y a toutes sortes de «densités» différentes, et l’Amour était une expression plus dense de Ça). Ça, c’était le sens de l’Unité parfaite – unité parfaite, identité – et Ça n’avait plus du tout aucune forme qui corresponde aux mondes inférieurs. C’était une Lumière ! une lumière presque parfaitement blanche, mais avec quelque chose qui ressemblait à un rose-doré (les mots sont grossiers). Cette Lumière-là et cette Expérience-là étaient vraiment merveilleuses – c’est inexpressible avec des mots.

Sri Aurobindo – On Himself (13 janvier 1934)

Question : Je me demandais si la Mère a pu établir un contact direct avec Mars ou quelque autre planète lointaine qui serait probablement habitable et habitée.

Sri Aurobindo : Il y a longtemps, la Mère allait partout dans le corps subtil, mais elle a trouvé que cela présentait un intérêt tout à fait secondaire. Notre attention doit rester fixée sur la terre, car c’est ici que se trouve notre travail. De plus, la terre est une concentration de tous les autres mondes et l’on peut les toucher en touchant quelque chose qui leur correspond dans l’atmosphère terrestre.

🔥

Quel est donc ce monde que Mère a découvert ? 

Elle évoque la possibilité que cela soit le vital physique... avec un point d'interrogation. 

Cela m'a rappelé cet article publié il y a bientôt 2 ans sur les 7 niveaux de la matière :

Extrait :

Mais ces cinq éléments ne constituent que la part la plus grossière du plan physique.

Immédiatement derrière est le physique-vital, l’élément de la vie ensevelie dans la matière. J. C. Bose entra en contact avec cet élément dans ses expériences.

Par-delà est le mental dans la matière. Ce mental est très différent du mental chez l’homme, mais reste une manifestation du même principe d’organisation. Et plus profond, il y a deux autres niveaux cachés...

Telle est la connaissance occulte concernant seulement le plan physique. La science est très en retard sur cette connaissance.

Je m'aperçois à cette occasion d'une erreur avec le titre. En effet, Sri Aurobindo évoque :

➡ les 5 éléments traditionnels qui constituent la matière 

➡ + le physique vital et le mental dans la matière

➡ et il ajoute que plus profond encore, il y a deux autres niveaux cachés.

Ainsi nous arrivons à 9 niveaux et non 7... 

Le plus extraordinaire peut-être est que Mère a quitté son corps il y a 53 ans, et qu'on a l'impression que son Agenda a encore des siècles d'avance... 

Je ne sais pas : peut-être qu'avec personne cela ne fait rien, mais j'ai l'impression que nous relier, nous accrocher à cet Agenda nous tire vers l'Avenir, que l'Agenda nous entraîne avec lui dans son aventure du monde de demain... 

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