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Hier soir, j'ai relu l'Entretien du 16 janvier 1957 sur la recherche de la Vérité de son être... avec cette conclusion de Mère :

Au fond, c’est seulement quand on a pris conscience de son âme, que l’on s’est identifié à son être psychique, qu’on peut voir d’un seul coup le tableau de son développement individuel à travers les âges. Alors là, on commence à savoir... mais pas avant. Alors là, je vous garantis que cela devient très intéressant. Ça change la position dans la vie.

Il y a une si grande différence entre sentir vaguement, avoir une impression tâtonnante de quelque chose, d’une force, d’un mouvement, d’une impulsion, d’une attraction, de quelque chose qui vous pousse dans la vie — mais c’est encore si vague, si incertain, c’est nuageux —, il y a une telle différence entre cela et avoir la vision claire, la perception exacte, la compréhension totale du sens de sa vie. Et c’est seulement à ce moment-là que l’on commence à voir les choses comme elles sont, pas avant. C’est seulement à ce moment-là que l’on peut suivre le fil de son destin et qu’on perçoit clairement le but et le moyen d’y atteindre. Mais cela, ça se produit par des éveils intérieurs successifs, comme des portes qui s’ouvrent tout d’un coup sur des horizons nouveaux — vraiment, une nouvelle naissance à une conscience plus vraie, plus profonde, plus durable.

Jusque-là, on vit dans le nuage, à tâtons, sous le poids d’un destin, qui quelquefois vous écrase, qui vous donne le sentiment d’avoir été construit d’une certaine manière et de n’y pouvoir rien. On est sous le fardeau de son existence, qui pèse, qui vous fait ramper par terre, au lieu de s’élever au-dessus et de voir tous les fils, les fils conducteurs, les fils qui réunissent les différentes choses en un seul mouvement de progression vers une réalisation qui devient claire.

Il faut jaillir de cette semi-conscience, que généralement on considère comme tout à fait naturelle — c’est votre manière d’être «normale» et vous ne vous reculez même pas assez pour pouvoir voir et vous étonner de cette incertitude, de ce manque de précision ; tandis que, au contraire, savoir que l’on cherche et chercher consciemment, volontairement, obstinément et méthodiquement, c’est cela qui est la condition exceptionnelle, presque «anormale». Et pourtant, c’est seulement ainsi que l’on commence à vivre vraiment.

Combien de fois dans ma vie et dans ce blog et dans les précédents me suis-je arrêté sur ce sujet ? Ce n'est pas cent fois qu'il faut se remettre sur son ouvrage, mais des milliers de fois... 

Quelque chose d'intéressant vient de se passer dans la méditation du matin et m'a rappelé un paragraphe de La vie divine.

L'expression "vie intérieure" a été citée 27 fois dans La vie divine, dont 19 fois dans le dernier chapitre, 3 fois dans l'avant dernier, et 5 fois dans tout le reste de l'ouvrage. Il est peu dire que plus nous avancerons sur le chemin, plus notre vie intérieure prendra de l'importance. À vrai dire, je n'avais jamais noté une telle disproportion dans les termes choisis par Sri Aurobindo, et cela pourrait être le sujet d'une prochaine compilation. Ne serait-ce pas intéressant de voir comment Sri Aurobindo décrit la vie intérieure future ? 

C'est ce paragraphe que j'avais déjà repéré et envie de relire :

Dans toute existence spirituelle, la vie intérieure est la chose de première importance. L’homme spirituel vit toujours au-dedans, et, dans un monde d’Ignorance qui refuse de changer, il doit, en un sens, s’en dissocier et protéger sa vie intérieure contre l’influence et l’intrusion des forces obscures de l’Ignorance. Il est hors du monde tout en vivant dans le monde ; s’il agit sur lui, c’est depuis la forteresse de son être spirituel intérieur où il est un avec l’Existence Suprême, et où, dans le sanctuaire le plus profond, l’âme et Dieu sont seuls, unis l’un à l’autre. La vie gnostique sera une vie intérieure dans laquelle l’antinomie entre l’intérieur et l’extérieur, entre le moi et le monde aura été résolue et dépassée.

Certes, l’être gnostique aura une existence intérieure profonde, en laquelle il sera seul avec Dieu, un avec l’Éternel, plongé dans les profondeurs de l’Infini, communiant avec ses sommets et avec ses abîmes lumineux et secrets, et rien ne pourra troubler ou envahir ces profondeurs ou le faire descendre de ces hauteurs, ni le contenu du monde, ni sa propre action, ni tout ce qui l’entoure. Tel est l’aspect transcendant de la vie spirituelle, et il est nécessaire à la liberté de l’esprit ; sinon, l’identité de nature avec le monde serait une entrave et une limitation, non une libre identité.

Mais en même temps, le cœur exprimera cette communion intérieure et cette unité par l’amour divin et la félicité divine, et cette félicité, cet amour s’élargiront jusqu’à embrasser l’existence tout entière. La paix divine intérieure s’élargira dans l’expérience gnostique de l’univers et deviendra le calme universel d’une égalité qui n’est pas seulement passive mais dynamique, le calme d’une liberté dans l’unité, qui domine tout ce qui vient à elle, tranquillise tout ce qui pénètre en elle et impose sa loi de paix aux relations de l’être supramental avec le monde où il vit. L’unité intérieure, la communion intérieure l’assisteront dans tous ses actes et influenceront profondément ses relations avec les autres — qui, pour lui, ne seront pas les autres, mais ses propres moi dans l’existence une, dans sa propre existence universelle.

C’est cet équilibre et cette liberté de l’esprit qui lui permettront de prendre toute vie en lui-même, tout en demeurant le moi spirituel, et d’embrasser même le monde de l’Ignorance sans lui-même entrer dans l’Ignorance. (Page 1026)

Pour cette honnête, cela dépasse infiniment mon expérience de ce matin ; j'avais seulement besoin de me rasséréner encore une fois avec l'idée sur l'importance primordiale de la vie intérieure.

🌹

Ainsi ce matin, sans doute encore sous l'influence de cet Entretien, pendant plus d'une heure, je suis resté en intériorisation, aspiration, concentration, observation... constante pour trouver la vérité de mon être. 

Autant le dire tout de suite, je ne suis pas arrivé à la réalisation escomptée, mais c'était suffisamment intéressant pour quelques confidences.  

Concentré d'emblée dans la zone du cœur, du psychique, j'ai été comme d'habitude traversé par plusieurs états psychologiques, émotionnels... mais ils ont été perçus d'une façon tout à fait différente.

Ces états intérieurs m'ont fait penser aux 12 travaux d'Hercule de la mythologie ou aux épreuves que les héros des contes rencontrent et doivent traverser pour aller délivrer la princesse enfermée dans le donjon du château.  

Si l'on ferme les yeux et que l'on essaye de décrire ce qui se passe en soi, ce n'est pas évident. Mais apparemment, il s'agissait plus que d'états psychologiques et émotionnels, car il se passait des choses que je ne voyais pas bien, mais il y avait BEAUCOUP de sensations, signe probable d'un travail intérieur TRÈS ACTIF.

En règle général le travail intérieur que j'observe me laisse assez perplexe : je ne sais même pas s'il s'agit de purification, d'harmonisation, de transformation ou d'autre chose encore. Cette fois-ci, par exemple, à un moment donné, des centaines de personnes semblaient avoir été réunies pour travailler dans un chantier à la rénovation de je ne sais quel château en ruine. Je ne voyais rien du château en lui même, ni du chantier, je ne voyais même aucun matériel de construction, mais c'était l'ambiance... une ambiance de travail en plein air, dans une bonne humeur, et TRÈS ORGANISÉE car chacun semblait savoir exactement ce qu'il avait à faire.

Alors je me suis demandé QUI avait organisé tout cela ? QUI avait donné les consignes ? Et c'est vers ce QUI que je me suis intérieurement tourné. Mais je n'ai reçu aucune réponse, aucune impression consciente, aucune indication... comme si ce QUI préférait rester dans l'ombre... peut-être dans la cachette de la Pleine Lumière. Mais c'est peut-être tout à fait autre chose. En tout cas, il n'est pas bavard et pas très facile d'accès...  

(...)

À d'autres moments, j'ai eu plusieurs fois la sensation d'être face à des énigmes à résoudre et interrogé par un gardien... 

Je me souviens aussi qu'à un moment donné je me suis dit que l'intérieur, nécessairement, devait être TRÈS FLUIDE, sous-entendu par rapport au monde matériel extérieur. Et aussitôt il y a eu la sensation que le travail intérieur devenait plus facile et plus dynamique. 

Cela fait des mois et des années que je m'intériorise et c'est l'une des premières fois que je ressens les choses de cette façon. C'était une ambiance intérieure tout à fait particulière, une ambiance de conte, de mythe, tout à fait charmante... et ma foi, très convaincante. Toutes ces images pour enfantines et naïves qu'elles soient étaient très vivantes. Soit dit en passant, je n'ai vu aucun film de ce genre depuis belle lurette et je précise que je revenais souvent à un appel à la Vérité, la vibration de la Vérité, la lumière de la Vérité...

🌹

Et puis mon attitude intérieure vis-à-vis de ces phénomènes a changé.

Au lieu d'accepter de bonne grâce ces épreuves sur ce chemin de la vérité...  

Cette Ascension de la Vérité
est peut-être aussi une plongée...

... je me suis demandé si elles n'étaient pas des leurres, des distractions, comme Ulysse avec les voix des sirènes, qui se laisse entraîner dans une nouvelle aventure. 

Alors j'ai repensé à ritam, l'aspect droiture, rectitude de la Vérité... et je me suis honnêtement posé la question s'il fallait s'occuper de ces épreuves apparentes, de ces difficultés intérieures rencontrées en chemin, ou bien.... BOOM !... s'il fallait aller direct, tout droit, droit au but...

Dans les Lettres sur le Yoga, Sri Aurobindo a expliqué qu'avant d'accéder au monde psychique, nous devions traverser le vital... et toutes ces choses rencontrées pendant l'intériorisation, ces états émotionnels, ces tensions, ces tentations diverses... cela pourrait ressembler à l'atmosphère vitale.

À y réfléchir, nous pourrions sans doute trouver des arguments pour essayer d'aller vite, direct et tout droit, de sortir au plus vite de cette dangereuse zone vitale... mais je ne suis pas sûr que cela soit possible. D'ailleurs, les faits semblent le confirmer et qu'un certain "nettoyage" au fur et à mesure soit nécessaire comme une première purification, consécration...

🌹

Et puis je me suis demandé une nouvelle fois pourquoi il était si long de découvrir la vérité de son être. Je me suis déjà posé la question et... je ne me souviens plus quelles ont été mes conclusions. C'est sans doute que la vraie réponse n'a pas été trouvée. Alors la vie représente la question... Ce matin, je me suis dit  c'était comme une vision intérieure – que nous manquions singulièrement de méthode, et surtout, de persévérance.  

Un exemple concret sera plus parlant.

Pendant plus d'une heure j'ai été assez intensément concentré sur ce chemin de la vérité intérieure et puis... je suis sorti de ma pratique pour faire cet article, et ensuite, je vais sans doute aller m'acheter des croissants, et dans la journée je ferai sans doute quelques parties de sudoku avant de regarder une vidéo ou un film etc. etc.

Je veux dire que dans une journée, nous faisons quantité de choses qui n'ont rien à voir avec le chemin. Nous sortons du chemin. Dans l'ambiance de conte de ce matin, je me suis rappelé un passage du Voyage du Hobbit quand Gandalf exhorte la petite troupe à NE PAS SORTIR DU CHEMIN ! Or, sans arrêt nous sortons du chemin de la sadhana, et après, on s'étonne de se perdre et d'avancer si lentement ! 

Et même si nous restons dans le large sentier de la sadhana, nous nous concentrons sur un sujet, puis un autre, puis un autre... 

C'est comme si nous avions décidé de faire une longue randonnée itinérante.... et que, tout le temps, nous changions la destination, ou revenions en arrière, ou faisions des détours ou des pauses de plusieurs heures, plusieurs jours dans un endroit joli, pour aller voir des amis, etc. etc. Mais à ce rythme-là, avec cette méthode-là, notre voyage n'en finira jamais ou il va mettre un temps fou – et précisément il met un temps fou.

À la fin de cette méditation matinale il y avait ce sentiment aigu de perdre beaucoup de temps et, par la même occasion, la résolution de rester plus centré sur l'objectif principal. 

Pour les gens qui ont une vie familiale, professionnelle, sociale... les circonstances de la vie étant différentes, la méthode de la sadhana elle aussi sera différente. En ce cas, j'imagine qu'il faudrait plutôt trouver comment garder vivant, toujours à l'arrière plan de tout ce que nous faisons, l'aspiration à...  ce qui vibre le plus en nous.

Mais pour moi qui ait la grâce d'avoir une grande liberté d'organiser ma vie comme je l'entends, ma vie tout entière pourrait être bien plus unifiée, alignée, centrée et concentrée sur cette recherche de la vérité de l'être.

Finalement, être concentré c'est oser rejeter le reste... 

Une question de méthode et une question de persévérance... 

J'insiste ! À un moment donné, il y avait presque une violence, une volonté violente... la vérité, la vérité de notre être, si nous la voulons, si nous la voulons vraiment, il faut être capable DE SE BATTRE pour ça. Et même de MOURIR POUR ÇA. D'ailleurs, pour la trouver, peut-être faudrait-il commencer par mourir à soi-même. C'est-à-dire qu'il faut être prêt à y consacrer, son temps, son l'énergie, cela doit être une recherche active, volontaire, déterminée... 

Ainsi, nous sommes face à deux attitudes opposées et complémentaires :

Prières et Méditations
Le 5 décembre 1912

Dans la Paix et le Silence, l’Éternel se manifeste ; ne permets à aucune chose de te troubler et l’Éternel se manifestera ; sois parfaitement égal en face de tout et l’Éternel sera là … Oui, il ne faut pas mettre trop d’intensité ni trop d’efforts à Te chercher ; cette intensité et ces efforts sont un voile devant Toi ; il ne faut pas désirer Te voir, c’est encore de l’agitation mentale qui obscurcit Ton Éternelle Présence.

C’est dans la Paix, la Sérénité, l’Égalité la plus complète que tout est Toi comme Tu es tout, et la moindre vibration dans cette atmosphère parfaitement pure et calme est un obstacle à Ta manifestation. Pas de hâte, pas d’inquiétude, pas de tension ; Toi, rien que Toi, sans analyse ni objectivation, et Tu es là sans aucun doute possible, car tout devient Paix Sainte et Silence Sacré.

Et cela est mieux que toutes les méditations du monde.

1er chapitre du Yoga des Œuvres divines

La puissance d’aspiration du cœur, la force de la volonté, la concentration du mental, la persévérance et la détermination de l’énergie mise en œuvre, donnent la mesure de cette intensité.

Le sâdhak idéal doit pouvoir dire à la façon biblique   : «   Le zèle du Seigneur me dévore.   » Et c’est ce zèle pour le Seigneur, utsâha — le zèle de la nature entière pour sa fin divine, vyâkulatâ, l’ardeur du cœur à atteindre le Divin — qui dévore l’ego, brise les limitations de son moule étroit et mesquin, et le rend apte à recevoir largement et pleinement ce qu’il cherche, car ce qu’il cherche est universel et transcendant, et par conséquent dépasse ou surpasse la nature et le moi individuels même les plus vastes et les plus hauts.

La première attitude renvoie à la paix, au premier chatusthaya et la seconde, à la shakti, à la force, et au second chatusthaya. Il est dit aussi qu'avant de devenir le lion de Dieu, l'homme doit être son agneau.... à ceci près que dans le sujet qui nous occupe, il s'agit exclusivement de notre vie intérieure.  

🌹

Pour finir, à d'autres moments donnés – peut-être au final que tous les moments nous sont donnés – il m'a semblé déboucher une fraction de seconde sur... quelque chose d'autre.

En me concentrant sur la recherche de la vérité intérieure, je pensais évidemment beaucoup à l'être psychique... et plus encore à "l'être central"....

Dans notre yoga, l'expression "être central" sert généralement à désigner la partie du Divin dans l'homme qui soutient tout le reste et qui survit à travers la mort et la naissance. Cet être central a deux formes : en haut, il est le jîvâtman, notre être véritable, dont nous prenons conscience quand vient la connaissance de soi supérieure ; en bas, il est l'être psychique qui se tient derrière le mental, le corps et la vie. Le jîvâtman est au-dessus de la manifestation dans la vie et y préside ; l'être psychique est présent derrière cette manifestation et la soutient.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

...et à un moment donné, j'ai eu le sentiment d'être en contact avec... quelque chose de vrai, mais ce n'était pas un être comme je m'y attendais, c'était une Force, c'était une Action d'en haut, c'était une vibration... Mais la perception n'a duré que quelques secondes. 

Plus fugace encore, à un moment donné, l'espace d'un éclair, j'ai été en contact avec une autre vibration, une vibration blanche, et aussitôt je me suis dit : "l'existence pure"

Multiple, impérieux, irrésistible dans sa douceur compréhensive.

L'âme de l'homme est l'Oiseau, le Hamsa, qui, en son essor, dépasse les brillants firmaments de la conscience physique et mentale, il est le voyageur, le combattant qui s'élève par-delà la terre du corps et le ciel du mental en suivant le sentier de la Vérité pour trouver ce Divin qui nous attend, se penche vers nous depuis les demeures secrètes du Suprême le plus haut.

Sri Aurobindo – Hymnes au Feu Mystique

🌹

Mais pour bien résoudre un problème, encore faut-il que celui-ci soit bien posé. Après tout, ma façon de poser la question n'est peut-être pas très correcte. En effet, dans un premier temps en tout cas, il ne s'agit peut-être pas tant de réaliser pleinement sa vérité intérieure que... d'apprendre à vivre avec elle, à son contact... 

L'avantage est qu'alors, cela repose moins sur une expérience intérieure en méditation, que d'une façon de vivre au quotidien...

Chaque seconde a son éternité et sa loi propre 
qui est une loi d’absolue vérité.

Agenda du 10 mai 1958

Alors si nous apprenons à nous aligner avec ça...

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