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La Mère a éprouvé des choses très profondes à la lecture de La Genèse du Surhomme...

Cet article rassemble ces magnifiques parole de 1970, le suivant dans quelques semaines sera pour celles de 1971.

Notons qu'à part Savitri, aucun livre de Sri Aurobindo ou de qui que ce soit d'autre n'a attiré plus d'éloges de la part de Mère, cela devrait inciter à le lire et le relire... 

Agenda du 22 août 1970

Tu as quelque chose à dire ?

J'ai commencé à écrire le nouveau livre.

Ça, c'est bien ! Et comment s'appelle-t-il ?

La Genèse du Surhomme.

(Mère approuve beaucoup de la tête 
puis reste longtemps concentrée sur le disciple)

🔥

 

Agenda du 3 octobre 1970

Tu n'as vraiment rien à me lire ?

Si tu veux, je pourrais te lire mon nouveau livre1... 
Ça me rassurera parce que je ne sais pas où je vais.

C'est bien. Je serais contente de l'entendre.

1. La Genèse du surhomme

🔥

Agenda du 7 octobre 1970

Tu as des choses à me lire ?

La dernière fois, nous avions parlé de ce livre... 
Tu veux que je te lise ? 

Oui, j'écoute.

C'est un premier jet.

Ce n'est pas le commencement du livre ?

Si-si, mais je veux dire que tout ce que j'ai écrit, vraiment j'ai l'impression de l'écrire presque automatiquement.

Oh !...

Alors vraiment, tu sais, c'est une... c'est un peu une angoisse pour moi, d'écrire ce livre. Non seulement quand j'écris un chapitre, je ne sais pas ce qui va venir ; quand j'écris un paragraphe, je ne sais pas ce qui va venir; quand je commence une phrase, je ne sais pas comment je la terminerai.

Bah ! C'est intéressant.

Mais c'est angoissant !

Non ! (Mère rit) Ça, c'est une condition béatifique !

J'ai dédié le livre «aux pieds de la Vérité.»

C'est bien.

Ça s'appelle «La Genèse du Surhomme» (essai d'évolution expérimentale). Pour l'introduction, je mets une citation de Sri Aurobindo.

Cette citation, c'est celle-ci :

«Et peut-être trouverons-nous, quand tout le reste aura échoué, 
cachée dedans, la clef du parfait changement.»

 

Où est-ce qu'il a écrit ça ?

Dans «Savitri», douce Mère.

Oh ! intéressant.

(le disciple passe à la lecture de l'introduction)

«Les secrets sont simples, parce que la vérité est simple.............deviendra comme un jeu d'enfant.»

C'est magnifique, mon petit, magnifique !

C'est la chose dont on a besoin.

Comment faire pour que ce soit répandu ?... Il faudrait que ce soit... (geste dans toutes les directions). Un livre, ce n'est pas suffisant. Il faudrait quelque chose qui aille partout.

(Mère reste à réfléchir)

Et c'est complet. C'est l'introduction et c'est complet en soi-même.

Il faudrait l'avoir traduit, sous ta supervision, en anglais, en allemand, en italien, et il faudrait en même temps le répandre dans un journal... un de ces journaux qui ont de grandes émissions. Mais il faut que les traductions soient prêtes et que ça aille comme ça (geste simultané dans toutes les directions). Les traductions, tu peux les avoir ici. Tu en as encore ?

J'ai écrit en tout neuf chapitres.

Oh !... Mais ça (l'introduction), ça se tient debout tout seul. Chaque fois, tu me liras un chapitre. On a le temps puisque tu n'as pas fini, mais c'est cette introduction qui doit être répandue (le livre, ce sera une étude). Il faut que ça aille partout. Qui peut traduire ça ?

En anglais, je ne sais pas... Il y a T qui avait traduit le premier livre.

T peut traduire. En anglais, c'est facile. En italien, il y a N. Il est très occupé, mais je le lui demanderai. Seulement l'introduction. Le reste on a le temps. C'est seulement l'introduction qu'il faut jeter comme cela sur le monde.

Pour l'allemand ?

Un jeune... (Mère cherche en vain)

Seulement l'introduction. Et il faudrait des milliers et des milliers d'exemplaires.

Il faudrait toucher les grandes revues.

Oui. Mais je veux que l'on fasse partout en même temps – pas que l'un sorte, et six mois se passent, et puis... Non : tout en même temps.

(silence)

Il faudrait que Shu-Hu le traduise en chinois. On pourrait lui envoyer un exemplaire français et un exemplaire anglais : les deux. Je lui demanderai de faire la traduction.

En principe, si tout va normalement, je pense que le livre sera terminé d'ici quatre mois, vers le mois de février.3 À ce moment-là, on pourrait lancer l'introduction partout en même temps.

3. En fait, nous avons mis trois mois en tout 
à écrire le livre et l'avons terminé en novembre.

Oui, c'est cela. En février.

(long silence)

Douce Mère, je prie pour que la transmission soit pure et fidèle... C'est cela qui est angoissant.

(Mère approuve de la tête) C'est bien.

(le disciple pose son front sur les genoux de Mère)

🔥

Agenda du 10 octobre 1970

 (Mère donne des fleurs de «transformation»,  en passe une à sa boutonnière,  puis reparle de la traduction de l’introduction à  «La Genèse du Surhomme».) 

J'ai pensé aussi demander à Shu-Hu de le faire en chinois. Ce serait bien.

Je lui demanderai pour toi ?

Oui, tu lui diras que je lui demande de le faire, s'il veut bien le faire. Si on pouvait l’envoyer en Chine... Il y a un Chinois à Shantini-ketan, mais je ne suis plus en rapport avec lui (il a donné tous ses biens à la Chine communiste, et il reste ici). C'est un philosophe, un homme très intelligent...

Mais en tout cas, pour traduire, c'est Shu-Hu qui doit le faire. l’allemand, je ne sais pas... Nous avons beaucoup d'Allemands, mais je ne sais pas.

Quant au livre lui-même, il fera comme l’Aventure, il se répandra peu à peu.

*

*    *

(Puis le disciple passe à la lecture du chapitre I : «La forteresse mentale». Mère s'arrête à la phrase suivante :)

«...Rien n'est inutile au monde, nous en sommes encore à chercher la douleur qui n'a pas sa secrète puissance d'élargissement.»

C'est magnifique ! magnifique.

(À la fin du chapitre, le disciple cite le début de «l’Heure de Dieu», de Sri Aurobindo)

«...il est des moments où l’Esprit se meut parmi les hommes..., il en est d'autres où il se retire et les abandonne à leurs actes selon la force ou la faiblesse de leur propre égoïsme. Les uns sont des périodes où même un léger effort suffit à produire de grands résultats et à changer la destinée...»

C'est fini ? Tu ne dis pas que nous sommes à un moment comme celui-là ?

Je peux ajouter une phrase : «En vérité, nous sommes à ce moment-là.»

Ah ! oui.

(Mère fait divers commentaires satisfaits, 
puis entre dans une contemplation très souriante)

C'est curieux, ça fait des images...

(Mère replonge)

🔥

Agenda du 14 octobre 1970

(Le disciple passe à la lecture du chapitre II de «La Genèse»: «Le Grand Processus.» Après quelques remarques satisfaites, Mère ajoute :)

Ça produit un curieux phénomène d'absorption: rien n'existait plus, que ça1.C'est curieux. Et j'ai su que ça allait finir parce que j'ai repris contact avec le monde. C'est vraiment intéressant. Oh! c'est très bien.

1. En effet, Mère a semblé «plonger» dès le début du chapitre, au point que le disciple se demandait si elle écoutait; puis vers la fin du chapitre, elle est revenue.

 

Où va-t-on le faire publier ?

En principe, ce devrait être celui qui a édité «L'Aventure de la Conscience».

Oui... Mais il a l'envergure?

Il a... Il profitera de «L'Aventure de la Conscience».

(Mère regarde le disciple en souriant.)

🔥

Agenda du 17 octobre

(Puis le disciple lit le chapitre III de «La Genèse» : «La Voie Ensoleillée.» Après la lecture, Mère reste longtemps à regarder le disciple avec un sourire charmant.)

Tu es entré dans un monde nouveau... Ceux qui pourront te suivre, c'est bien !

Oh ! c'est tout à fait nouveau... (Souriant et approuvant) C'est extraordinaire, tu comprends, c'est...

L'impression d'une nouvelle porte ouverte. L'impression que c'est comme si tu avais ouvert une nouvelle porte pour l'humanité.

C’est toi qui l’ouvres !

(silence)

Extraordinaire.

C'est comme si tu avais dit au revoir au vieux monde.

Oui.

Maintenant (riant), je voudrais bien entendre la suite ! Il y en a encore combien d'écrit ?

Je l’ai écrit en dix en tout.

Et c'est le troisième... Bah!

(Mère ne cesse pas de secouer la tête comme si elle était ravie)

Magnifique, c'est magnifique !

(silence)

Comment est-ce que ça vient ?

Oh ! douce Mère, je prie et puis je laisse venir.

C'est ça... C'est évidemment d'un autre monde.
Il ne faut pas qu'on te dérange jusqu'à ce que tu aies fini.

Oui, douce Mère... Justement, il y a beaucoup de choses qui essayent de me déranger.

Oui.

Dedans et dehors.

Dedans ?

Oui, aussi : des circonstances.

Il ne faut pas, il ne faut pas laisser. Et il ne faut pas que les gens lisent ça avant que ce soit fini.

Oui, douce Mère.

Pour l'introduction, nous gardons notre programme... Tu n'as pas encore trouvé un Allemand?

Non, douce Mère, je ne connais pas.

Moi, j'ai cherché et je ne trouve pas. Il faut quelqu'un qui soit un peu intelligent. Il faut que ce soit prêt pour février. Mais le livre, ne le montre à personne jusqu'à ce que ce soit fini.

Il n'y a que Sujata qui le lit et le tape.

(Riant) Sujata, c'est personne !

Tu sais, c'est magnifique.

Oh ! douce Mère, je n'y suis pour rien, je t'assure !

Je voudrais bien entendre la suite.

J'espère que ça ne te décevra pas.

Non-non.

Oh ! Je prie beaucoup pour recevoir purement.

(silence)

Ça, les éditeurs ordinaires sont incapables de... Ce qu'il faudrait, c'est faire une bonne édition ici (nous le pouvons; au point de vue du travail ça peut être bien), et puis préparer une publicité tout à fait générale, mondiale... Des articles dans les journaux littéraires : organiser une publicité. Je crois que ça vaudra mieux que de laisser ça à un individu qui... Il faudrait arranger la chose soi-même – on peut. Si l'on veut, on peut.

Le seul avantage des éditeurs, c'est qu'ils ont le nom de leur maison et ils ont les moyens de toucher la presse – et de faire la distribution. C'est cela, leur pouvoir.

Mais il y aurait moyen de toucher la presse. Il y a un moyen.

(silence)

Nous allons... (Mère fait le geste d'enfoncer un mur)

(silence)

J'attends ; je te dirai mon idée quand tu auras fini, quand tu m'auras tout lu.
J'ai une idée... Quand tu auras fini.
J'attends d'avoir lu le dernier chapitre! (rires) Voilà.
Parce que, avec ça, on peut faire quelque chose.

(silence)

J'ai eu l'impression d'aller là (geste au-dessus) et puis de ne pas en descendre. Ça prouve que... J'ai eu une impression extraordinaire, tu comprends : j'entendais LA (même geste au-dessus de la tête), et je n'ai pas eu à descendre.

(Riant) J'attends la suite !

🔥

Agenda du 24 octobre 1970

(Lecture du chapitre V de «La Genèse»: «La Nouvelle Conscience.»)

C'est tout à fait bien, c'est créateur de la condition.

(silence)

Peux pas parler (Mère secoue la tête).

🔥

Agenda du 28 octobre 1970

Je ne sais pas si c'est voulu ou si cela vient de moi, mais j'avance très vite dans ce livre, comme si je ne développais pas les choses : je les amenais; je les amenais sans vouloir les développer vraiment.

Oui, il ne vaut mieux pas.

Il ne vaut mieux pas? c'est voulu vraiment ?

Oui.

Parce que j'ai l’impression que ça va très vite – je me demandais si ça n'allait pas trop vite !

Non-non... Il faut toujours être en avant.

Par exemple, certaines choses que les gens, normalement, développeraient en deux pages, c'est là en deux lignes.

Oui-oui, c'est mieux. C'est beaucoup mieux!... Je trouve que les gens bavardent – ils bavardent. Non, c'est mieux. Je regrette de ne pas avoir entendu le chapitre3 !

3. L’élève avait refroidissement, et ne pouvait pas lire.

🔥

Agenda du 31 octobre 1970

Maintenant, je veux entendre ton chapitre.

(Le disciple commence à lire une demi-douzaine de pages du chapitre VI: «Le déchirement des limites», puis doit s'arrêter ayant encore mal à la gorge.)

Douce Mère, je ne peux pas continuer, c'est trop long pour moi.

Tu es fatigué. La prochaine fois.
C'est très bien... C'est très bien.

Moi, ça me fait sortir complètement... Je perds tout contact, c'est curieux. C'est la seconde fois que cela me fait ça. Tout disparaît: j'entre dans une formation de ça, et ça reste la seule chose. Un phénomène très bizarre. Tout le monde disparaît. Et quand tu as arrêté, tout d'un coup c'est comme si je TOMBAIS de quelque part. C'est curieux.

C'est très intéressant.

J'ai l'impression d'entrer dans ce qui remplacera le mental. Une atmosphère qui remplacera le mental, qui est l'atmosphère de la nouvelle création... J'ai eu cela très fort l'autre fois, mais c'était la première fois – j'étais tout à fait ahurie, et je croyais que ça dépendait de ma condition; mais aujourd'hui, j'ai écouté tout à fait comme d'habitude, et puis tout d'un coup, sans même m'en apercevoir, j'ai été transportée dans une atmosphère... une atmosphère de compréhension. Et quand tu as arrêté (riant: geste de tomber par terre)... Curieux.

C'est comme un monde en construction.
C'est très intéressant.

Je comprends AILLEURS, tu comprends ? Ce n'est plus la même chose. Je comprends ailleurs. Et «comprends», c'est merveilleusement clair et expressif. C'est curieux! C'est intéressant. J'avais oublié que c'était arrivé l'autre fois, et c'est arrivé exactement la même chose. C'est très intéressant.

C'est la moitié du chapitre ?

À peine : un tiers.

Oh! c'est tout à fait, tout à fait une expérience.

Parce que le mental n'est pas là, c'est... Au fond, c'est la compréhension psychique des choses.

Oh! c'est intéressant.

(Riant) Quand tu as arrêté, c'est comme si je retombais dans quelque chose – quelque chose d'habituel –, et que je venais d'un autre monde. Ça appartient à un autre monde.

C'est très-très-très intéressant.

(long silence respiration rauque.3)

3. Ce qui est très curieux, c'est que pendant toute la lecture du chapitre, 
la respiration de Mère était normale.

Tu penses que ce sera fini pour le mois de février ?

Je pense que j'aurai fini le mois prochain.

Oh !

Ça va très vite. Mais peut-être faudra-t-il quand même que je révise après.

Pourquoi ? Oh! NON.

Ce que je te lis là, c'est tel que je l'ai écrit.4

4. En fait, le disciple ne relit même pas ce qu'il a écrit 
et il le LIT pour la première fois devant Mère.

Moi, je trouve ça tout à fait bien, tout à fait bien. Ah! non, il ne faut pas changer.

Pas changer ?

Non, c'est quelque chose d'exceptionnel. C'est quelque chose qui semble venir comme ça (geste de descente en bloc).

Ah ! ça, j'ai l'impression que ça m'est donné.

Oui-oui, c'est tout fait. Il ne faut pas y toucher.

Oui, j'ai un peu l'impression que c'est «tout fait», c'est ça.

(Mère silencieuse secouant la tête)

Ah ! non, ça l'humaniserait – il ne faut pas.

Oui.

Ce n'est pas humain. Il ne faut pas l'humaniser, même-même si l'être extérieur pense qu'il y a des choses... (à modifier ou à clarifier ou à développer). Parce que je sais, je sais où je vais. Non.

La nuit, je vais là, et il arrive quelquefois des choses qui sont comme reflétées sur tout ce qui se passe dans la journée.

C'est très fort. C'est très fort, c'est vraiment un nouveau monde qui se prépare.
C'est très fort.

(silence)

Ça m'intéressera beaucoup de voir la fin, ton dernier chapitre.

(Mère reste longtemps à «regarder»)

🔥

 

Agenda du 4 novembre 1970

(Le disciple lit la deuxième partie du chapitre VI de «La Genèse du Surhomme»: «Le déchirement des limites.»)

C'est tout un monde nouveau.

(silence)

Moi, je resterais à écouter comme cela sans bouger pendant des heures ! C'est très reposant. Je ne sais pas comment expliquer... C'est très reposant.

C'est curieux... On n'a plus envie de bouger, plus envie de parler, plus rien.

 

(Mère hoche la tête et part en contemplation)

🔥

Agenda du 11 novembre 1970

Tu vas me lire ton chapitre.

Oui... Mais toi, tu ne parles plus

Moi, je n'ai rien à dire.
Quand tu auras fini ton livre, je parlerai.

Tu as fini ?

Presque. 

C'est cela qui m'intéresse, ce que tu as mis à la fin.

🔥

Agenda du 14 novembre 1970

Et alors, quoi de neuf ?

J'ai terminé mon livre.

Oh !... Bien ! ça, c'est bien.
Combien de chapitres restent à lire ?

Nous sommes à la moitié, je suis en train de te lire le huitième. Il y en a seize.

Ça va aller jusqu'en janvier.

Tu veux tout entendre ?

Oui, bien sûr ! (Mère rit)

(Le disciple passe à la lecture de la fin du chapitre VIII : «Le changement de vision.» Après la lecture, Mère reste longtemps absorbée, comme en profonde méditation.)

Je m'en vais toujours – c'est curieux – dans un... comme un pays nouveau. Chaque fois, cela m'arrive.

(silence)

Tu crois que des gens sauront traduire ça ?

(silence)

C'est calme (geste vaste), c'est lumineux – c'est magnifique, tu sais !

(silence)

Qu'est-ce qui traduit en anglais ?

C'est T.

Elle fait bien ?

Oui, elle comprend le rythme, elle comprend la vibration. En italien, c'est N.

Il faudrait quelqu'un qui...

(Mère plonge)

Ça, c'était très court.

(Mère reste à regarder longtemps, puis sourit soudain et replonge.)

🔥

Agenda du du 18 novembre 1970

(Le disciple lit le chapitre intitulé «Le Moi plus grand.»)

Qu'est-ce qui t'est arrivé !... Mon petit, c'est... (Mère a l'air tout émue). Ça, c'est vraiment le livre de demain.

C'est fini ?

Oui, j'ai fini le livre.

J'aimerais voir la dernière page !

(Mère reste longtemps les deux mains appuyées sur son visage)

C'est quelque chose comme un miracle.

C'est comme si demain avait été appelé d'avance !

(Mère secoue la tête et prend les mains du disciple)

Mon petit, c'est magnifique, magnifique ! (Mère a des larmes aux yeux).

Oh ! douce Mère, je n'y suis pour rien, tu sais, je n'y suis pour rien du tout.

Savoir ne pas mettre des obstacles sur le chemin, c'est déjà quelque chose.

(le disciple s'apprête à partir)

J'ai envie de te dire merci ! (Mère a des larmes aux yeux)

Oh ! douce Mère.

(le disciple pose sa tête sur les genoux de Mère)

🔥

Agenda du 21 novembre 1970

(Mère traduit quelques extraits de «Savitri»,  écoute la moitié du chapitre X de «La Genèse» et reste plongée ou absorbée la plupart du temps.)

Ça continue dedans.

*

*    *

(À Sujata, après le départ du disciple.)

5 et 9 décembre, nous aurons l’entrevue après la méditation [collective]. Je ne traduirai pas, mais je veux écouter La Genèse.

C'est très bien... 
C'est plus que très bien : ça ouvre la porte à l’avenir.

🔥

Agenda du du 25 novembre 1970

(Le disciple lit la deuxième partie du chapitre X : «l’harmonie.» Mère écoute les yeux clos.)

«...Quand le regard change, on peut refaire le monde.»

(Mère ouvre de grands yeux et replonge jusqu'à la fin)

C'est extraordinaire ! il y a une sorte... une sorte D’ÉMOTION là-dedans, qui n'appartient pas à ce monde. Ça met en contact avec une certaine... je ne sais pas comment l’appeler, mais c'est comme de l’émotion,1 qui est par-delà le mental – par-delà tout-tout, non seulement le mental, mais l’intellectuel. C'est une émotion nouvelle. Je ne peux pas décrire. C'est curieux.

1. En effet, Mère a l’air émue.

Et chaque fois, ça fait cela, et chaque fois je me dis : «Je vais faire bien attention et suivre pour voir...» et... J'essaye de garder ma conscience dans son état naturel, et alors, MALGRÉ MOI, c'est quelque chose qui... C'est comme une magie, mon petit !

C'est quelque chose comme de l’émotion, mais c'est de l’émotion qui sait, de l’émotion qui comprend. Ce n'est pas la pensée. C'est vraiment intéressant. Et chaque fois, ça devient de plus en plus conscient ; chaque fois, je me dis : cette fois, je ne me laisserai pas prendre ! (rires) Mais cette fois-ci, j'étais plus consciente de ce que c'était... Et ça, c'est une chose nouvelle qui est par-delà le mental, l’intellectuel et toute la compréhension, et c'est une façon d'être qui... (je ne sais pas comment l’appeler), c'est quelque chose comme une émotion, mais c'est très clair et TRÈS conscient.

Et c'est fort! Ça a une force extraordinaire.
C'est vraiment intéressant.

Il y en a combien encore ?

Il y en a encore six. C'est le dixième.

Peut-être qu'à la fin je saurai !
C'est vraiment intéressant.

Et ça a un curieux pouvoir de transformer les choses... N'est-ce pas, le Satprem de ce livre, pour moi, n'est pas le même Satprem qu'avant. Et tout prend une... une apparence nouvelle, je ne sais pas – un contact nouveau.

C'est intéressant.
Alors, j'en ai encore pour six fois ! J'attends cela avec... 
C'est vraiment comme une création nouvelle, comme un monde nouveau qui est mis en rapport avec ici.

(silence)

Et c'est par-delà les personnes. Il n'y a pas d'ego.

Oui.


C'est par-delà les personnes.
Il y a quelque chose d'autre – d'autre.

 

(Mère ferme les yeux)

Et ça ne me quitte pas, cette atmosphère ne me quitte plus. Et pour toutes les choses qui viennent, il n'y a plus la même façon de répondre.2

 

2. Nous regrettons de n'avoir gardé aucun des enregistrements de Mère sur La Genèse, les croyant trop personnels à l’époque. Nous avions encore assez de «personne» pour ne pas vouloir de «personnel».

🔥

Agenda du du 28 novembre 1970

(Puis le disciple lit le début du chapitre XI de «La Genèse»:) «Le changement de pouvoir.»

Ça crée une atmosphère qui dure toute la journée comme cela, et je ne peux plus parler.

 

(Mère plonge)

On peut aller indéfiniment.

Et c'est vaste – c'est vaste, c'est compréhensif –, et c'est comme si l’on mettait de la lumière sur le monde. C'est curieux, chaque fois ça me fait la même chose.Et il n'y a plus rien ici (Mère touche son front), il n'y a rien. Tu comprends, c'est comme si ça venait comme cela, et puis ça allait comme cela (geste continu qui monte du disciple vers Mère, puis, de Mère, se répand de chaque côté sur le monde).

 

C'est vraiment intéressant ! Il n'y a rien qui reste là (front),qu'une impression très agréable, très stable, comme cela, et puis rien : silence. Et ça va comme ça, comme ça (même geste continu qui se répand), comme ça... C'est vraiment intéressant.

Je me demande s'il y a des gens qui peuvent l’entendre?... Ce serait intéressant de savoir. Ça va dans une atmosphère... pas mentale, juste au-dessus du mental, mais c'est dans cette nouvelle conscience. Et c'est comme cela (même geste), ça s'en va vaste-vaste-vaste... comme si ça allait sur la terre.

C'est intéressant.

(Mère, souriante, plonge)

🔥

Agenda du 2 décembre 1970

(Après la lecture de la fin du chapitre XI de «La Genèse» : «Le changement de pouvoir.»)

C'est magnifique !...

T est en train de traduire en anglais ?
Ça l’intéresse ?

Sais pas.

Et l’allemand ?... S'il y avait quelqu'un...

(silence)

Ça me laisse toute la journée dans une atmosphère très confortable.
Nous avons encore du temps. Nous pouvons rester encore un petit moment tranquille.

(méditation)

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