Que le corps oublie qu'il a été malade...
Dans l'article précédent que si un sujet apparaissait, c'était sans doute le moment opportun d'en faire un article. Et voilà qu'à un jour d'intervalle, par deux sources différentes, je reçois un texte qui concerne la maladie et la guérison.
Le premier vient d'un ami qui me partage cet extrait de l'Entretien de Mère du 22 juillet 1953 :
"Mais presque tout ce qui arrive physiquement est comme ça. La première fois, cela peut être tout simplement un concours de circonstances; alors, le mental intervient et fait une construction. Alors si l’on accepte la construction, on est sûr que cela fonctionne avec une précision automatique de pendule. Mais même si l’on dit : « Oh, bah ! c’est seulement une idée ! », alors on fait comme ça (geste), et puis, l’idée, au lieu de s’en aller, elle entre dedans, dans le subconscient — le subconscient du mental simplement —, et puis elle reste tranquille.
Et puis, quand c’est le moment de se manifester, de dedans, comme ça, cela fait comme un... comme si ça chatouillait un petit peu le souvenir, pas plus que ça, simplement comme ça. Si ça gratte un petit peu le souvenir, comme ça, alors tout d’un coup, un jour vous vous rappelez : « Tiens, l’année dernière, à cette époque-ci, j’ai été malade... » Patatras! Ça y est, c’est entré ! C’est entré dans la zone de la conscience active, et quelques jours après, ça arrive.
Mais quand on a eu ou une expérience, ou, comme ça, un phénomène quelconque, ou une maladie (et surtout dans les cas de la maladie, ou même un accident), le corps se souvient pendant très longtemps. Si vous voulez tout à fait guérir, il faut guérir ce souvenir dans le corps, c’est absolument indispensable. Et en le sachant ou en ne le sachant pas, vous travaillez pour guérir le souvenir dans le corps. Quand le souvenir est effacé, le corps est vraiment guéri.
Mais malheureusement, au lieu de détruire le souvenir, on le repousse. La plupart du temps, on le repousse dans le subconscient, et quelquefois dans l’inconscient, plus profondément encore. Mais alors, s’il est repoussé, s’il n’est pas complètement effacé, comme ça, tout doucement, tout doucement, sans avoir l’air de rien, cela revient à la surface; et une chose pour laquelle on a pu être guéri pendant des années, si par hasard elle passe par votre cerveau, simplement comme ça, comme une petite flèche, pas plus longtemps que ça, comme une flèche qui passe : « Tiens, à cette époque-là j’ai eu ça... », vous pouvez être sûr que plus ou moins longtemps après — quelques secondes, quelques minutes, quelques heures, quelques jours —, cela reviendra.
Vous pouvez... Cela peut revenir sous une forme très atténuée, cela peut venir sous une forme identique, cela peut venir même plus fort. Ça, ça dépend de vos dispositions intérieures. Si vous êtes dans des dispositions pessimistes, cela reviendra plus fort. Si vous êtes dans des dispositions optimistes, cela sera beaucoup plus faible. Mais cela reviendra, et il faudra que vous recommenciez toute la bataille contre le souvenir de votre corps afin — si cette fois vous êtes plus attentif — de le détruire. Si vous pouvez le détruire, alors vous êtes guéri. Mais si vous ne le détruisez pas, cela reviendra. Cela prendra plus ou moins longtemps, ce sera plus ou moins total, mais cela reviendra. Cela peut revenir l’espace d’un éclair. Si vous êtes très éveillé, et, quand cela revient, que vous ayez assez de connaissance et assez, justement, de perspicacité pour vous dire : « Tiens ! Voilà ce maudit souvenir qui vient encore faire ses blagues... », alors on peut lui donner, lui asséner un coup violent et, n’est-ce pas, détruire sa réalité. Si vous savez faire cela, alors c’est une occasion de vous débarrasser de la chose tout à fait. Mais ce n’est pas très facile à faire.
(Pavitra) Comment faire?
Comment faire ? (Mère rit) Comment faire? C’est la même chose que... le même système que de savoir détruire une formation, n’est-ce pas.
C’est une certaine puissance dissolvante qui peut défaire les formations. Cela dépend de la nature de la formation. Si c’est comme ça, une formation de nature adverse, alors, c’est la force d’une lumière constructrice parfaitement pure. Si vous avez cela à votre disposition, alors il n’y a qu’à bombarder la chose avec ça, et vous pouvez la dissoudre. Mais c’est une opération qui doit se faire avec des forces intérieures ; cela ne peut pas se faire physiquement.
C’est pour cela que tous les remèdes physiques, ce sont simplement des palliatifs ; ce ne sont pas des guérisons, parce que cela ne suffit pas pour toucher le centre vivant de la chose.
(silence)
C’est le même phénomène avec les difficultés morales. Si l’on pouvait arriver à détruire leur souvenir, à détruire en soi le souvenir de l’état dans lequel on se trouve quand on est dans la difficulté, si l’on est sincère, ce serait la fin des difficultés pour toujours."
(long silence)
🔥
Pour le texte intégral de cet entretien voir le PDF ci-dessous, page 182 à 206
Le second vient du dernier texte d''Yves Lorand, qui enseigne le Zhineng Qigong et traduit en français les ouvrages de Pang He Ming. J'ai souvent parlé d'étonnants parallèles entre ce qi gong là particulièrement et l'action évolutive mise en mouvement par Sri Aurobindo-Mère. Et une fois de plus, à plusieurs endroits ce qui est dit m'a rappelé une parole de Sri Aurobindo ou de Mère.
Voici le début de l'article :
« Vous avez dit, il nous semble : « la maladie est vide ». Qu’est-ce que cela signifie ? »
Voici ce que Pang Heming répond, dans son ouvrage « L’Essence du Zhineng Qigong », dont la traduction en français est à paraître prochainement :
Je vous laisse découvrir par vous-mêmes... j'ai trouvé vraiment très intéressant, et par endroit, très beau... (Lorsqu'il est question du Hunyuan qi, il s'agit du Qi Originel, du Qi le plus pur... (Hun : chaos et yuan : origine)
Question - qigong hautes cevennes.com
Une question nous a été posée, et elle mérite réponse. La voici : (nous avons juste transformé le singulier en pluriel ; le " Tu " en " Vous ", etc.) " Vous avez dit, il nous semble : " la ma...
Vous aurez sans doute noté qu'aussi bien l'Entretien de Mère cité plus haut que le texte de Pang He Ming traduit par Yves Lorand évoque le fait d'oublier la maladie. 11 ans après cet Entretien, Mère reviendra sur le sujet.
Agenda du 10 octobre 1964
Au moment de partir, Mère parle de la santé du disciple :
... Maintenant, la dernière étape, c'est que le corps oublie qu'il a été malade, c'est très important.
Très difficile.
C'est très important.
Notons que Mère n'a pas dit que nous devions oublier que le corps a été malade, mais que le corps lui-même devait oublier... voyons la suite.
Je suis constamment à lutter contre des suggestions néfastes. J'ai beaucoup de mal avec ce mental physique – beaucoup de mal. Il a des craintes, des peurs, terribles.
Oh! absolument.
Tu comprends, il a reçu tellement de coups...
C'est cela !
... qu'il vit dans une anxiété qui abîme tout.
Oui-oui.
Qu'est-ce qu'on peut faire !
Il faut persister.
J'ai vu cela pour moi-même. C'était assez intéressant parce que, dès ma toute petite enfance, j'avais le contact avec la conscience supérieure (geste au-dessus de la tête) et un ahurissement véritable devant l'état de la terre et des hommes – toute petite. Tout le temps, j'étais dans un étonnement ahuri. Et j'ai reçu de ces coups !... constants. Chaque chose me venait comme un coup de poignard, ou un coup de poing ou un coup de massue, et je me disais : «Comment ? comment est-ce possible ?» N'est-ce pas, toutes les bassesses, tous les mensonges, toutes les hypocrisies, tout ce qui est tordu, tout ce qui déforme et défait le passage de la Force. Et je voyais ça dans mes parents, dans les circonstances, dans les amis, dans tout – un ahurissement. Ça ne se traduisait pas intellectuellement : ça se traduisait par cet ahurissement.
Et toute petite, il y avait déjà la Force, là (geste au-dessus de la tête), j'ai un souvenir clair à partir de cinq ans, il suffisait que je m'asseye un moment pour que je sente ça, cette Force qui venait. Et j'ai traversé toute la vie, jusqu'à l'âge de vingt ou vingt-et-un an (où j'ai commencé à rencontrer la Connaissance et quelqu'un qui m'a expliqué ce que c'était), comme cela, avec cet ahurissement : «Comment ? c'est ça, la vie ? Comment ? c'est ça, les gens ? Comment...?» Et j'étais comme moulue de coups, mon petit !
Alors, à partir de vingt ou vingt-cinq ans, a commencé cette habitude de pessimisme. Il a fallu tout ce temps-là, tous ces coups, pour que ça vienne.
Mais au point de vue santé, quand il y avait une maladie (ce n'était jamais, pour moi, une «maladie», ça faisait encore partie des coups), j'avais une confiance, une assurance complète que ça n'avait pas de réalité. Et très jeune (très jeune, peut-être vers treize ou quatorze ans), chaque fois qu'il y avait un coup, je disais à mon corps: «Mais à quoi ça sert d'être malade puisque tu dois guérir !» Et c'est resté jusqu'à plus de trente ans : à quoi ça sert d'être malade puisque tu dois guérir. Et ça s'est atténué seulement petit à petit, avec ce pessimisme croissant.
Maintenant, il faut que je défasse tout ce travail.
Mais toi, c'est la même chose, parce que tu étais déjà conscient quand tu étais petit (sans en être conscient) et quand il t'est arrivé toutes ces choses terribles,2 il y avait quelque chose qui restait conscient, mais ça a «cultivé» ce pessimisme – ce pessimisme du mental physique. Et maintenant, il faut défaire tout ce travail. Et c'est un travail, ouf !…
2. Mère fait allusion aux camps de concentration.
N'est-ce pas, il m'était impossible, impossible de croire (de croire : de comprendre même) tous ces mouvements de trahison, de jalousie, tous les mouvements de négation du Divin dans l'être humain et dans les choses – c'était impossible, je ne comprenais pas! Seulement, ça venait de tous les côtés et ça frappait-frappait-frappait... Alors, il fallait défaire tout ça.
Et pour toi, ça a été la même chose – je le sais très bien. Je le sais très bien. Et ça a pris des formes brutales pour toi.
Mais il n'y a qu'à tenir bon, c'est tout.
Il faut enlever l'empreinte petit à petit. Et le seul moyen d'enlever l'empreinte, justement, c'est de mettre en contact avec la Vérité. Il n'y a pas d'autre moyen – tout le raisonnement, toute l'intelligence, toute la compréhension, tout ça ne sert à rien du tout avec ce mental physique. La seule chose, c'est d'établir le contact. C'est justement ce que ces cellules apprécient : la possibilité d'établir le contact.
Établir le contact.
Au point de vue matériel, le japa est très bon pour cela. Quand on a la tête fatiguée et que l'on est un peu lassé de contredire et contredire tout le temps ce pessimisme, il n'y a qu'à répéter son japa, et on établit le contact, automatiquement. Établir le contact. Et ça, les cellules apprécient beaucoup. Beaucoup. C'est un très bon moyen parce que c'est un moyen qui n'est pas mental, c'est un moyen mécanique, c'est une question de vibration.
Voilà, mon petit, il faut durer.