De l'être intérieur à l'être psychique
Voici quelques extraits de l'Agenda qui semblent se compléter merveilleusement, comme si nous tournions autour de la question centrale de la vérité de notre être.
Cette conversation entre Mère et Satprem est censée s'adresser aux Auroviliens mais tous les chercheurs spirituels sont concernés.
Agenda du 3 juin 1970
Hier, nous avons commencé un travail pour Auroville, c'est-à-dire que l'on veut donner aux gens d'«Aspiration», au fond simplement l'idée de ce que veulent les Auroviliens : pourquoi ils sont ici et ce qu'ils veulent. Parce qu'il paraît que... au fond, ils n'en savent rien. Chacun est venu dans l'attente de quelque chose, mais tout cela n'est pas coordonné et n'est pas clair. Alors R m'a demandé d'exprimer clairement les choses importantes. Je me suis dit qu'il valait mieux le faire avec les gens pour savoir ce que, eux, veulent, et pour leur faire faire un effort pour trouver. Autrement... Alors nous avons commencé hier (Mère sort un papier).
Hier, j'ai demandé à C [l'un des habitants d'Aspiration] : «Mais pourquoi est-on à Auroville ? Pourquoi Auroville va-t-il être créé ?» Alors il m'a donné le premier paragraphe :
POUR ÊTRE UN VRAI AUROVILIEN
1) La volonté de se consacrer entièrement au Divin.
C'est ce que, lui, a dit. J'ai trouvé cela bien.
Après avoir écouté intérieurement, j'ai ajouté cela :
2) L'Aurovilien ne veut pas être l'esclave de ses désirs.
L'idée est celle-ci : «Nous venons à Auroville pour échapper aux règles sociales et morales qui sont pratiquées artificiellement partout, mais ce n'est pas pour vivre dans la licence de la satisfaction de tous les désirs : c'est pour s'élever au-dessus des désirs dans une conscience plus vraie.» Quelque chose comme cela... Il paraît qu'ils en ont grand besoin ! (Mère rit) Alors il faudrait ajouter cela.
On pourrait faire tout un programme, ce serait assez intéressant.
Je suis allé 4 fois à Auroville pendant environ trois mois et je crois n'avoir jamais pensé à cela. En tout cas, je ne me souviens d'aucune sadhana volontaire et délibérée pour sortir de l'esclavage des désirs. Je crois que la morale de l'histoire et que nous ne pouvons pas aller plus vite que la musique : quand ce n'est pas prêt, il n'y a rien à faire. C'est seulement depuis quelques semaines que je commence à m'intéresser un peu plus sérieusement à la question du désir. Peut-être parce que j'y ai été assez violemment confronté, alors il devenait compliqué 😊 d'ignorer le problème. On dirait la Nouvelle Conscience qui exerce sa pression pour qu'on voie les choses... un peu plus telles qu'elles sont :
Agenda du 23 mai 1970
C'est la période des découvertes... partout !... C'est comme quelque chose qui a pressé jusqu'à ce que les choses ne puissent plus prétendre – il faut que tout se montre tel que c'est. Alors (riant), ce sont des découvertes!
Et naturellement, si l'on entend les deux côtés, c'est une histoire presque contradictoire, alors... la réalité, on ne sait pas où elle est.
Mais ce n'est pas seulement ici (à l'Ashram) : c'est dans tout le pays. Et alors, on me raconte toutes les misères et on me demande d'intervenir (pas extérieurement naturellement).
C'est une bouillie...
Toute ressemblance avec les événements actuels…
Mais revenons à notre Agenda initial :
Oui, mais dans l'ordre pratique, tant que les gens ne seront pas passés un peu derrière les apparences, tant qu'ils vivront à la surface d'eux-mêmes, rien ne voudra rien dire.
Mais c'est justement tout cela qu'il faut dire !
Alors, la première nécessité est d'aller au fond d'eux-mêmes, un peu. Parce que même si tu leur dis «le Divin», qu'est-ce que cela veut dire dans leur conscience de surface ?
Oui... Pour lui, pour ce garçon-là, ça a un sens, mais pour la plupart des autres...
Oui, ça n'a aucun sens.
Alors il faudrait mettre : «La première condition est la découverte intérieure...»
Dans l'ordre idéal, la première condition est d'avoir besoin d'autre chose que des conditions terrestres et humaines actuelles.
Ça, c'est entendu.
Et puis, pour arriver là, la première condition est de descendre au fond de soi-même pour savoir ce qu'on EST derrière toutes ces apparences héréditaires, sociales, culturelles, etc. – ce qu'on est vraiment.
Alors, à partir de ce moment-là, les choses prennent un sens, mais avant, elles n'ont pas de sens. Avant, elles ont le sens qu'on leur donne dans la morale, dans la religion, dans la philosophie – ça n'a pas de sens.
La remarque de Satprem me donnerait presque envie de pleurer. On descend on fond de soi-même, et puis hop... on découvre qui l'on est, et voilà, ça a l'air SI FACILE. Depuis la première fois où j'ai lu cet Agenda sans date de 1958...
Comment voulez-vous savoir la chose vraie que vous avez à réaliser dans le monde aussi longtemps que vous n’êtes pas en possession de la vérité de votre être ?
...je n'ai toujours pas la réponse à la question de Mère. Et je n'ai toujours aucune idée de qui je suis... ou plutôt, des idées j'en ai : la vérité de ton être, c'est l'être psychique, c'est le jivatman, c'est le Soi, c'est le Divin... il y en même qui disent : "tu es Cela". La belle affaire ! À quoi ça sert de "savoir" tout ça si nous n'en avons pas l'expérience ?
J'ignore si cela est possible, mais cela doit être possible, il faudrait que l'être extérieur soit complètement remplacé par l'être psychique, ou complètement transformé, psychisé, et spiritualisé. Un don complet et constant de soi-même semble être la méthode la plus simple. Encore faut-il que ce don soit réel et sincère. Mais revenons à cet Agenda :
Alors, nous mettons (Mère écrit) : première condition essentielle...
C'est plus qu'une condition : c'est une nécessité.
1) La première nécessité est la découverte intérieure
pour savoir ce que l'on est vraiment
derrière les apparences sociales, morales, culturelles...
Raciales ?
Oh ! oui.
...raciales, héréditaires.
Mais alors, il faut leur dire qu'IL Y A une découverte à faire, parce que beaucoup ne le savent pas du tout !
(Mère écrit)
Au centre, il y a un être libre, vaste, connaissant,
qui s'offre à notre découverte et qui doit devenir
le centre agissant de notre être et de notre vie à Auroville.
Un être libre, vaste, connaissant qui s'offre à notre connaissance ??? Je vais dire une ânerie, mais les apparences donnent plutôt l'impression d'un être qui se planque dans des profondeurs apparemment inaccessibles pour l'immense majorité des êtres humain. Je rappelle que Mère a dit qu'il n'y avait pas un homme sur un million qui soit en contact avec son être psychique et que la tradition mentionnait qu'en général, il fallait 30 ans pour découvrir le Divin intérieur.
En outre, les apparences montrent aussi que si le psychique émerge, à la moindre erreur de notre part, de notre mental, de notre vital, il retourne vite à l'arrière plan se réfugier dans sa propre lumière immortelle.
Un être qui s'offre à notre connaissance ? En quoi s'offre t-il à notre connaissance ? Je nous laisse méditer la question. Peut-être, au prix d'une longue quête laborieuse.
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Ceci est possible seulement avec une grande sincérité.
Alors, après, est-ce que l'on met ça (Mère désigne l'ancien paragraphe 1 sur la consécration au Divin), ou bien on met autre chose ?... Il me semble que ça, c'est plutôt un accomplissement, quelque chose qui vient à la fin.
(long silence)
Il faudrait leur apprendre aussi à se libérer de l'idée de possession personnelle... N'est-ce pas, tout appartient au Divin, et le Divin, en même temps qu'il donne un centre (le centre de l'individualité), il lui donne la possibilité de l'usage personnel d'un certain nombre de choses ; mais il faut les prendre toutes comme cela, comme des choses qui sont prêtées par le Divin. Le Divin est éternel, n'est-ce pas, il est everlasting, dirait-on en anglais, et en même temps qu'il crée ce centre individuel, il y a un certain nombre de choses qui seront à la disposition pour Son travail, et alors ce sont des choses prêtées. C'est un fait tout à fait exact : vous en avez la possession pendant un certain temps.
C'est pour déraciner ce sens de la possession personnelle.
(silence)
Ce serait intéressant : «La description du citoyen de la cité de demain.»
Il y a le paragraphe 2 sur les désirs, et le 3 serait sur la possession personnelle.
Le seul moyen vrai de guérir les désirs, c'est le don de soi au Divin et accepter ce qu'il vous donne comme les seules choses nécessaires. Mais ça, c'est déjà très avancé.
Au début, tu as dit que les Auroviliens étaient venus «pour échapper à toutes les conventions morales, etc., mais que ce n'est pas pour donner libre cours à la licence...»
Oui, c'est cela.
(Mère écrit)
2) On vit à Auroville pour être
libre des conventions morales et sociales ;
mais cette liberté ne doit pas être un nouvel esclavage à l'ego,
à ses désirs et à ses ambitions.
C'est tout ? Ça suffit pour aujourd'hui !
Si tu veux rattacher ça à l'autre paragraphe, on peut dire quelque chose comme cela : le désir est le plus puissant déformateur de la découverte intérieure ?
Ah ! oui.
(Mère écrit)
L'accomplissement du désir
barre la route à la découverte intérieure,
qui ne peut s'accomplir que
dans la paix du parfait désintéressement.
Il y a un mot qui me vient, douce Mère : pas seulement la paix, mais la transparence.
Oui
(Mère écrit) :
...dans la paix et la transparence du parfait désintéressement.
Ça c'est très intéressant ! Mère et Satprem ont l'air de dire que le désir de se connaître empêche de se connaître. En quelque sorte il faudrait avoir une aspiration désintéressée à se connaître, ou une volonté désintéressée. Cela me rappelle cet Agenda d'avril 1954 très curieux sur la connaissance par identité :
Pour avoir la conscience parfaite et totale du monde tel qu’il est dans tous les détails, il faut d’abord n’avoir plus aucune réaction personnelle à l’égard d’aucun de ces détails, ni même aucune préférence spirituelle concernant ce qu’ils devraient être.
En d’autres mots, une acceptation totale dans une neutralité, une indifférence parfaite, est la condition indispensable à une connaissance par identité intégrale. S’il y a un détail, si petit soit-il, qui échappe à la neutralité, ce détail échappe aussi à l’identification. L’absence de réactions personnelles, dans quelque but qu’elles soient, même le plus élevé, est donc une nécessité primordiale pour une connaissance totale.
On pourrait donc dire, de façon paradoxale, que nous ne pouvons savoir que ce qui ne nous intéresse pas, ou plutôt, plus exactement, ce qui ne nous concerne pas personnellement.
Et cela cela me rappelle aussi cette Prière et Méditation du 5 décembre 1912 :
Prières et Méditations du 5 décembre 1912
Dans la Paix et le Silence, l’Éternel se manifeste ; ne permets à aucune chose de te troubler et l’Éternel se manifestera ; sois parfaitement égal en face de tout et l’Éternel sera là…
Oui, il ne faut pas mettre trop d’intensité ni trop d’efforts à Te chercher ; cette intensité et ces efforts sont un voile devant Toi ; il ne faut pas désirer Te voir, c’est encore de l’agitation mentale qui obscurcit Ton Éternelle Présence.
C’est dans la Paix, la Sérénité, l’Égalité la plus complète que tout est Toi comme Tu es tout, et la moindre vibration dans cette atmosphère parfaitement pure et calme est un obstacle à Ta manifestation.
Pas de hâte, pas d’inquiétude, pas de tension ; Toi, rien que Toi, sans analyse ni objectivation, et Tu es là sans aucun doute possible, car tout devient Paix Sainte et Silence Sacré.
Et cela est mieux que toutes les méditations du monde.
Pour en revenir à cet Agenda, je nous laisse méditer sur le fait que la Découverte intérieure s'obtient dans la paix et la transparence du parfait désintéressement...
Finalement, c'est comme s'il ne faudrait pas désirer la chose la plus désirable au monde ; ou qu'il fallait faire comme si la chose qui nous intéresse au plus au point... ne nous intéressait plus. Puissions-nous trouver cette articulation très subtile... et que cela produise un déclic suffisant pour ouvrir ENFIN la porte à cette Découverte.
Ça, c'est la base. Et il y a le troisième paragraphe. Tu avais dit : «L'Aurovilien doit se libérer de l'idée de la possession personnelle.»
Mais ce n'est pas l'«idée» ! C'est le «sens» !
(Mère écrit)
3) L'Aurovilien doit se libérer
du sens de la possession personnelle.
Pour notre passage dans le monde matériel,
ce qui est indispensable à notre vie et à notre action
est mis à notre disposition...
Tu ne dis pas par qui ?
(Mère rit)
Non!... Par le Tout-Possédant !
...suivant la place que nous devons occuper.
Douce Mère, j'aurais envie de rajouter : plus nous sommes en contact avec notre être intérieur, plus les moyens exacts nous sont donnés.
Ah ! c'est bien
(Mère écrit) :
Plus nous sommes CONSCIEMMENT
en rapport avec notre être intérieur,
plus les moyens exacts nous sont donnés.
Ça va devenir intéressant !
Ça leur donne la base.
Oh ! mais on pourra faire quelque chose d'intéressant !
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Remarque de Sujata à Mère dans l’Agenda du 22 avril 1970
(Sujata :) Après le départ de Satprem, je viens faire mon «pranam1»; à ce moment, devant ton regard, il me semble que mon être intérieur vrai sort devant.
1. Généralement, à la fin de l’entrevue et après le départ du disciple, Sujata reste quelques instants seule avec Mère.
(…)
Ça te donne une sensation particulière quand tu as cela ? Tu sens une chose particulière ?
(Sujata :) Pour l’instant, c'est comme très intériorisé, et en même temps c'est l’être intérieur qui est devant : les deux en même temps, comme ça.
Pourquoi Sujata n'a t-elle pas parlé de son être psychique ? Elle devait nécessairement connaître cette terminologie. Son être intérieur vrai ne serait pas son être psychique ?
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Agenda du 1er juillet 1970
J'ai eu une expérience qui était pour moi intéressante parce que c'était la première fois. C'était hier ou avant-hier, je ne me souviens plus, R était là juste en face de moi, à genoux, et j'ai vu son être psychique qui la dominait d'autant (environ 20cm), plus grand. C'est la première fois. Son être physique était petit, et l'être psychique était grand comme cela. Et c'était un être insexué : ni homme ni femme. Alors je me suis dit (il est possible que ce soit toujours comme cela, je n'en sais rien, mais là, je l'ai remarqué très nettement), je me suis dit : «Mais l'être psychique, c'est cela qui se matérialisera et deviendra l'être supramental !»
C'est évidemment une phrase d'une extraordinaire importance, mais continuons...
Je l'ai vu, c'était comme cela. Il y avait des particularités mais ce n'était pas très marqué, et c'était nettement un être qui n'était ni homme ni femme, qui avait la caractéristique des deux combinés. Et il était plus grand qu'elle, il la dépassait de partout, à peu près de ça (geste débordant le corps physique d'environ 20cm). Elle était là et il était comme ça (geste). Et il avait cette couleur... cette couleur... qui, si elle devenait très matérielle, serait la couleur d'Auroville [orange]. C'était plus atténué, comme derrière un voile, ce n'était pas d'une précision absolue, mais c'était cette couleur-là. Et il y avait des cheveux, mais... C'était autre chose.
Je verrai mieux une autre fois peut-être.
Mais cela m'a beaucoup intéressée parce que c'était comme si cet être me disait : «Mais tu es en train de chercher ce que sera l'être supramental – le voilà! Le voilà, c'est ça.» Et il était là. C'était son être psychique.
Alors, on comprend. On comprend : l'être psychique se matérialise... et ça donne une continuité à l'évolution.
Cette création donne tout à fait l'impression qu'il n'y a pas d'arbitraire, qu'il y a une espèce de logique divine qui est derrière, qui n'est pas comme notre logique humaine mais qui est très supérieure à notre logique (mais il y en a une), et celle-là était pleinement satisfaite quand j'ai vu cela.
C'est curieux, c'était aussi quand R était là que j'ai eu cette expérience de la lumière supramentale qui est passée dedans [en Mère] sans faire d’ombre.1 R a quelque chose qui est comme cela, je ne sais pas... Et cette fois-ci, c'est vraiment intéressant. J'étais tout à fait intéressée. C'était là, tranquille, et il me disait : «Mais tu cherches... eh bien, le voilà, mais c'est ça !»
1. Voir Agenda X, du 16 avril et du 3 mai 1969.
Et alors, j'ai compris pourquoi on a renvoyé le mental et le vital de ce corps, et on a laissé l'être psychique (naturellement, c'était lui qui gouvernait tous les mouvements avant, alors ce n'était rien de nouveau, mais il n'y avait plus de difficultés : toutes les complications qui viennent du vital et du mental, qui ajoutent leurs impressions, leurs tendances, c'était tout parti). Alors, j'ai compris : «Ah ! c'est ça, c'est cet être psychique qui doit devenir l'être supramental.»
Mais je ne m'étais jamais occupée de savoir comment était son apparence. Et quand j'ai vu ça, j'ai compris. Et je le vois, je le vois encore, j'ai gardé le souvenir. C'était presque comme si ses cheveux étaient roux, c'est curieux (mais ce n'était pas comme des cheveux roux, mais c'était comme cela). Et son expression! une expression si fine et doucement ironique... oh! extraordinaire-extraordinaire.
Et tu comprends, j'avais les yeux ouverts, c'était une vision presque matérielle.
Alors, on comprend ! Tout d'un coup, toutes les questions sont parties, c'est devenu très clair, très simple.
(silence)
Et le psychique, c'est justement ce qui survit. Alors s'il se matérialise, c'est la suppression de la mort. Mais «suppression»... il n'y a de supprimé que tout ce qui n'est pas selon la Vérité, qui s'en va – tout ce qui n'est pas capable de se transformer à l'image du psychique et de faire partie du psychique.
C'est vraiment intéressant.
🔥
Agenda du 4 juillet 1970
Il y a quelque chose que j'ai observé pour moi... Tu m'as dit, par exemple, l'autre jour, que la Force travaillait très activement dans mon corps, et tu me demandais : «Mais est-ce que tu ne sens pas ?» Et alors, il y a quelque chose que j'observe, c'est que j'ai l'impression de vivre constamment avec une espèce de conscience très solide et très forte de la Force qui est là, et j'ai l'impression que c'est cela qui me voile toutes les perceptions: tout est comme absorbé là-dedans.1 Et ça m'empêche de sentir tout le reste.
1. On pourrait dire : coagulé là-dedans.
Moi aussi ! (Mère rit) C'est comme cela! justement c'est comme cela: j'observais.
On parlait du psychique tout à l'heure ; je ne peux pas parler de psychique, je ne peux pas parler de choses matérielles ou vitales, parce que dès que je m'arrête une seconde, il y a cette Conscience qui est là, solide...
Oui-oui...
... Et tout le reste, je ne sais pas.
Exactement la condition ici (chez Mère).
Quand j'ai eu cette expérience pour le psychique (avec R), je me suis dit : «Où est-il, mon psychique ?...» Il est constamment actif, il est mêlé à tout, c'est lui qui parle ; quand les gens posent des questions, c'est à travers lui que je réponds... Mais je n'ai pas la «sensation» de sa présence.
Je crois que c'est quand l'identification est faite : ce n'est plus un être séparé, n'est-ce pas.
Mère n'avait pas la sensation de son psychique ? ? ? Presque, j'ai du mal à le croire. En tout cas, se pourrait-il que notre être psychique soi si près de nous que nous ne le sentions pas ? Comme le nez au milieu de la figure ? Il me semble que si l'identification avait été faite, c'est un accomplissement si extraordinaire, que nous en aurions le souvenir, nous en aurions conscience... Nous poser la question fait marcher notre discernement. Je me suis souvent demandé dans quelle mesure il était possible d'avancer, de réaliser... sans le savoir.
J'ignore ce que cela vaut mais mon amie Sandrine avait une autre hypothèse. Elle pensait que si nous avions réalisé le psychique dans une autre vie, dans celle-ci, il avait tendance à se maintenir, exprès, à l'arrière plan, pour obliger la conscience du corps de se développer et à trouver, par elle-même, la connexion directe avec le Divin.
Revenons à cet Agenda :
Oui, je m'inquiétais, je me demandais : est-ce quelque chose qui voile ?
Non! Je crois que c'est quand l'identification avec la conscience physique est faite. Parce que ça a toujours été comme cela pour moi : de la minute où il y a eu l'union, après c'était fini, il n'y avait pas «être psychique et le reste»... C'est lui qui vivait.
Pourtant, je n'ai pas l'impression d'en être là... Mais enfin, je ne sais pas où j'en suis, à vrai dire... Parce que dès que je m'arrête un tout petit peu, c'est puissant, là, c'est solide, et...
Oui-oui.
Et puis, il n'y a que «ça».
Oui, c'est ça, il n'y a que ça.
Mais, n'est-ce pas, plus l'identification avec l'être véritable se fait, moins on a le sentiment d'exister, d'être quelqu'un.
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En conclusion ?
Il me semble que le point central et décisif de tous ces extraits est qu'ils nous rappellent, une fois de plus, l'importance considérable de la découverte du psychique.
Si l'être psychique est amené à se matérialiser et à devenir l'être supramental... tout le reste paraît secondaire et presque sans importance.
Et le psychique, c'est justement ce qui survit. Alors s'il se matérialise, c'est la suppression de la mort. Mais «suppression»... il n'y a de supprimé que tout ce qui n'est pas selon la Vérité, qui s'en va – tout ce qui n'est pas capable de se transformer à l'image du psychique et de faire partie du psychique.
Cent fois remets-toi sur ton ouvrage... alors remettons-nous au travail d'unification de tout notre être autour du psychique.