Abdication de la petite personne
Lire, relire, et relire encore les textes de Sri Aurobindo, Mère, Satprem... beaucoup de chercheurs du yoga intégral font cela, et chaque foi nous les relisons, les redécouvrons avec une compréhension plus profonde.
À propos de compréhension... après l'étrange expérience du miroir j'ai prié pour la compréhension, la compréhension vraie, notamment sur ma vie à laquelle je ne comprends à peu près rien... et si je n'ai pas encore reçu d'éclaircissements, sitôt l'intention de la prière posée, un travail s'est enclenché. Imaginons qu'il y ait une sorte d'aimant au-dessus de la tête qui exerce une Force d'attraction... et qu'alors, les énergies mentales soient tirées vers le haut et, même que des éléments de notre substance cérébrale soient tirés vers le haut... hors de la tête. Eh bien, c'était ça la sensation à peu près constante pendant toute la méditation : quelque chose au-dessus de la tête tirait vers le haut, tirait vers le haut... Ce n'est pas douloureux mais ce n'est pas facile non plus... comme si les choses qui étaient tirées vers le haut résistaient et s'accrochaient pour rester en bas. Les pensées de tranquillisation, de lâcher prise, de détachement, d'abandon confiant au processus évidemment aidaient... mais seulement jusqu'à un certain point.
Ainsi, la réponse à ma prière n'a pas été de me donner une compréhension toute cuite, sous forme d'une image, d'une révélation... mais plutôt de préparer le terrain pour avoir plus tard moi-même un accès au niveau de conscience qui permet la vraie compréhension.
C'est intéressant de poser une prière, une intention, et de voir comment cela répond... en haut et en nous.
Ces confidences ayant été posées en introduction, voyons maintenant cet Agenda...
Agenda du 17 janvier 1970
Moi, tu sais, je ne crois pas aux décisions extérieures. Simplement, je ne crois qu'à une chose : la force de la Conscience qui fait une pression comme ça (geste écrasant). Et la Pression va en augmentant... Ce qui fait qu'elle va décanter les gens.
Autrement, ce serait sans issue, parce que, n'est-ce pas, dans le temps (il y a seulement dix ans de cela), j'allais, je venais, je voyais... Mais c'est fini. Ce n'est pas une décision que j'ai prise, je n'ai pas pensé que c'était fini du tout, ce n'est pas du tout cela : c'est quelque chose qui m'a obligée. Tu comprends ? Alors j'ai dit bon. Ce n'est pas une incapacité : ce corps est extrêmement docile, il fait tout ce qu'on lui demande de faire ; si on lui demandait de sortir, il s'arrangerait pour pouvoir sortir. Il est extrêmement docile. Mais c'est comme cela, il y a l'Ordre : non. Et je sais pourquoi...
Mais tu sais, je ne crois qu'à ça : la pression de la Conscience. Tout le reste, ce sont les choses que les hommes font ; ils les font plus ou moins bien, et puis ça vit, et puis ça meurt, et puis ça change et puis ça se déforme et puis... – tout ce qu'ils ont fait. Ce n'est pas la peine. Il faut que la puissance d'exécution soit d'en haut, comme cela, imperative (geste de descente).
Et alors, pour cela, il faut que ça (Mère désigne le front), ça reste tranquille. Pas dire : «Oh! il ne faut pas ceci, oh! il faut cela, oh ! nous devons faire...» Paix-paix-paix, Il sait mieux que vous ce qu'il faut. Voilà.
Alors, comme il n'y en a pas beaucoup qui peuvent comprendre, je ne dis rien : je regarde et j'attends.
Je regarde... N'est-ce pas, on me donne un papier comme tu viens de le faire quand tu m'as donné ce dessin, je regarde comme cela, et je vois très bien qu'est-ce qui, dans ce papier, est le résultat d'en haut et qu'est-ce qui s'est mélangé et qu'est-ce qui... Comme cela. Mais on ne va pas dire cela! – d'ailleurs ils ne me croiraient pas.
(silence)
Je comprends très bien – très bien – pourquoi Sri Aurobindo n'a pas dit «surhomme», pourquoi il a dit supramental. Il n'a pas dit surhomme parce qu'il ne voulait pas que ce soit «un homme qui se perfectionne», ce n'est pas cela. Il a dit supramental parce que... Il a dit : laissez tout ça.
Supramental – supra, tu comprends ?
J'ai vu ces jours derniers les photographies de ces gens qui sont allés à la lune... Tu les a vus ? Tu n'as pas vu comment ils étaient attifés?
Oui, j'ai vu.
Ah!... alors ils sont devenus des machines.
C'est cela : des robots.
Oui, alors (riant) les Russes ont dit : pourquoi ne pas envoyer des robots, ce n'est pas la peine!...
C'est cela.
(silence)
N'est-ce pas, N a passé son temps à dire autant de mal qu'il pouvait de R en disant que tous ses plans étaient mauvais et que son travail ne pouvait pas réussir. R a passé son temps à dire : «N a abîmé tout mon travail !» Et un autre dit «celui-là...» et celui-là dit «celui-ci...», et ils sont tous comme cela ! Et alors, je vois d'une façon certaine que si le travail doit être fait, il faut d'abord qu'ils surmontent cette toute petite mesquine humanité. Ils «voient», ils ont «des idées» (ils ont tous beaucoup d'idées), ils ont des idées, ils voient ; les autres voient autre chose et ont d'autres idées ; et alors : «Oh ! ça, ça ne vaut rien, c'est mon idée qui est bonne...» Ils sont comme cela
Et toute mon action est comme cela : une PRESSION sur eux pour leur faire abdiquer leur petite personne. Tant que ça n'abdiquera pas, le travail ne peut pas être fait.
Et ils cherchent effectivement toutes sortes de raisons pour ne pas voir la vraie.
Il faut que... ouf ! un peu d'air.
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Darshan du 21 février 1970
Le corps – ce corps-là – est en train de recevoir une discipline, tu sais, oh ! terrible... Mais il ne se plaint pas, il est content, il la demande. Et il voit à quel point on est plein de toutes petites choses qui sont tout le temps en train d'enrayer l'action de la Force. Eh bien, il faut commencer par se débarrasser de ça. Il faut être comme cela (geste d'abandon, ouvert) et recevoir la Force. Alors viendront toutes les inspirations, et non seulement les inspirations mais les moyens d'exécution, et la Vraie Chose. Autrement...
Et comme ils ne sont pas tous très prêts, je fais comme la Conscience : je mets la Pression et je ne dis rien – j'attends (Mère rit).
(silence)
Si tu savais tout ce qui se passe, ça t'amuserait beaucoup... Tout le côté agriculture, c'est la même chose ; tout le côté éducation, c'est la même chose ; partout, c'est la même chose... Côté international, c'est la même chose, partout-partout: l'Homme (Mère se rengorge), l'Homme qui se gonfle.
Il faut qu'ils comprennent d'abord : abdication. Après, on verra.
🔥
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On n'existe plus que par le Divin et pour le Divin.
En conclusion ?
Chacun retiendra les indications pertinentes pour lui. En ce qui me concerne, je n'ai pu m'empêcher de trouver dans la remarque de Mère sur les "hommes machines", un côté prémonitoire de ce que nous voyons aujourd'hui.
Et puis, à propos des hommes qui ont beaucoup d'idées... cela a résonné avec une petite phrase de Mère une semaine auparavant, toujours à propos des mêmes personnes, dans l'Agenda du 10 janvier :
Ils ne savent pas... ils ne savent pas qu'il ne faut pas penser. Moi, je n'y pensais pas du-tout-du-tout-du-tout – un jour, je l'ai vu comme cela, comme je te vois. Et encore maintenant, c'est tellement vivant qu'il suffit que je regarde pour que je le voie.)
Nous le savons que la Nouvelle Conscience a un fonctionnement DIFFÉRENT... Mère l'a dit et répété à de nombreuses reprises... mais notre nature humaine récalcitrante ne percute pas facilement.
Dans la façon habituelle de faire les choses, d'abord nous les pensons, et ensuite nous les faisons. Or, avec la Nouvelle Conscience, il semblerait que cela ne fonctionne pas ainsi.
Si... pour des toutes petites choses insignifiantes de notre vie ordinaire, nous arrivions à prendre conscience de ce nouveau fonctionnement, j'ai l'impression que l'effet serait plus considérable que la plus formidable action de philanthropie. Nous pouvons être beaucoup plus attentif...
Pour finir, quelque chose m'a interpellé. L'abdication de la petite personne me semblait être déjà un très haut niveau de réalisation, en quelque sorte que cela viendrait sans doute seulement vers la fin du processus. Or, dans cet Agenda... Mère à l'air de sous-entendre que cela doit venir au début :
Et alors, je vois d'une façon certaine que si le travail doit être fait, il faut d'abord qu'ils surmontent cette toute petite mesquine humanité.
(...)
Et toute mon action est comme cela : une PRESSION sur eux pour leur faire abdiquer leur petite personne. Tant que ça n'abdiquera pas, le travail ne peut pas être fait.
(...)
Il faut qu'ils comprennent d'abord : abdication.