Tout le secret est là.
Agenda du 13 décembre 1969
(Mère prend soudain un bloc-note près d'elle et écrit la réponse à une lettre qu'elle avait lue au début de l’entrevue.)3
3. Il s'agissait d'une lettre où un disciple disait qu'il avait du temps libre entre 13h et 15h et demandait comment employer ce temps ?
Est-ce que ça peut se lire ? Parce que je ne suis pas sûre, je ne vois pas clair.
(le disciple lit)
«C'est une heure excellente pour lire, méditer et, petit à petit, entrer dans un silence réceptif qui permettra à la Conscience supérieure d'entrer dans le corps pour le transformer.»
C'est venu comme cela ; c'est comme cela que ça se produit : tout d'un coup, brff ! et puis ça reste, ça ne veut plus s'en aller jusqu'à ce que j'écrive. C'est amusant !
C'est amusant parce que ça ne correspond pas... (je ne peux même pas dire à «ce que je pense» parce que, à dire vrai, je ne pense plus), à mon expérience, mais à ce dont l'autre a besoin. La réponse est dictée pour l'autre. Les mots, les expressions, la tournure de phrase, la présentation diffèrent tout à fait suivant les gens à qui c'est écrit. Et cette conscience-là (celle de Mère) qui est là (geste au-dessus), n'y est pour rien du tout. Elle reçoit. Elle reçoit, et alors ça descend et puis ça fait comme ça (geste de martèlement) jusqu'à ce que j'écrive ! Ça ne veut pas s'en aller avant que ce soit écrit. C'est très amusant... Comme cela, on peut faire beaucoup de travail sans fatigue !
J'aimerais bien en prendre de la graine !
Tiens ! (Mère donne ses mains en riant)
Parce que, même dans un silence mental (je suis toujours habitué à écrire dans le silence mental), mais malgré tout, dans ce silence, je me méfie que ce ne soient pas de vieilles formations ou réactions qui viennent s'exprimer dans le silence.
Ah ! oui.
J'ai peur de cela.
Oui, de vieilles choses qui remontent. Mais tu ne sens pas que ça vient d'en haut ?
Je sens que la Force est là et que ça descend.
Oui, et alors ?
Eh bien, oui, mais après, quand j'ai écrit certaines choses, je me dis...
Ah ! ça se mélange.
Je me dis : peut-être n'aurais-je pas dû dire cela ?
Mais alors c'est le mental qui intervient.
Je ne sais pas.
Ça m'arrive aussi. Parfois, j'écris et puis j'envoie, et après, je me souviens de ce que j'ai écrit, je me dis : «Diable! je n'aurais pas dû dire cela !...» Et je m'aperçois, après, que c'est très bien – que c'est la réaction qui est une réaction mentale.
Ça m'est arrivé plusieurs fois. Par exemple l'autre jour, j'ai dû écrire à C.S. [un traducteur d'allemand]. Il m'avait écrit des choses... Très souvent, il écrit des choses inadmissibles, mais je ne dis rien ; et l'autre jour, j'ai écrit une lettre assez forte pour lui dire : «Qu'est-ce que ça signifie ?» Et après, je me suis dit : «Non, il ne faut pas bouger», et je n'ai pas envoyé ma lettre... Qu'est-ce qu'il faut faire, je ne sais pas ?
Ça, mon petit... (silence)
C'est difficile.
Oui... Mais quand tu te tournes vers le haut, ou que tu aspires ou que tu es comme cela, ouvert à la Conscience Suprême, c'est concret ?
Ah ! oui, c'est solide.
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C'est concret ? Il faudrait que... Tu comprends, il n'y a qu'UN moyen, c'est que l'ego s'en aille, voilà. C'est cela. C'est quand, là, au lieu de «je», il n'y a plus rien : tu sais, c'est tout à fait plan comme cela (geste immense, uni, sans une ride), avec une espèce de... pas même exprimé par des mots, mais une sensation très STABLE de : «Ce que Tu voudras, comme Tu voudras.» (Les mots deviennent tout petits.)
Vraiment avoir une sensation concrète que ça (le corps), ça n'existe pas, c'est seulement comme «utilisé» – qu'il n'y a que Ça. Ça qui fait comme cela (geste de pression). Cette impression de Ça, cette immensité consciente qui (Mère étend ses bras)... On finit par le voir, n'est-ce pas (le «voir», ce n'est pas une vision avec des images, mais c'est une vision... je ne sais pas avec quoi ! mais c'est très concret, c'est beaucoup plus concret que les images), vision de cette Force immense, cette Vibration immense, qui presse-presse-presse-presse... et puis alors, le monde qui gigote dessous (!) et la chose qui s'ouvre, et quand ça s'ouvre, ça entre et ça se répand.
C'est vraiment intéressant.
C'est la seule solution, il n'y en a pas d'autres. Tout le reste, c'est... des aspirations, des conceptions, des espoirs, des... c'est encore du super-homme, mais ce n'est pas du supramental. C'est d'une humanité supérieure qui essaye de tirer toute son humanité vers le haut, mais ça... ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien.
L'image est très claire, de toute cette humanité qui s'accroche pour grimper, qui essaye d'attraper comme cela, mais qui, elle, ne se donne pas – elle veut prendre ! Et ça, ça ne va pas. Il faut qu'elle s'annule. Alors autre chose peut venir, peut prendre sa place.
Tout le secret est là.
Par exemple, tout ce côté (tout ce qu'ici, à l'Ashram, Y représente), de cette humanité qui veut prendre par force les choses et qui les tire là (geste à hauteur du front)... C'est intéressant (on ne peut pas dire : c'est intéressant !), mais c'est pas ça ! C'est pas ça ! il faut que toutes ces possibilités soient épuisées pour que quelque chose dans l'humanité comprenne... qu'il n'y a que ça (Mère ouvre les mains dans un geste d'abandon), voilà, et puis se laisser aplatir jusqu'à disparition.
Au fond, c'est ça le plus difficile : apprendre à disparaître.
(silence)
Bien, mon petit (riant), on y arrivera !