Devenir un individu – La Mère
Le troisième chapitre de la compilation Le Moi multiple est exclusivement composé de ces extraits de Mère.
Mère, tu avais dit un jour qu’avant de pouvoir s’identifier avec le Divin, il faut d’abord devenir un individu.
Oui, eh bien, c’est exactement cela. Vous êtes dans la période où on devient un individu. Et tant qu’on est dans la période dans laquelle on devient un individu, eh bien, il faut attendre que cette période soit passée, c’est-à-dire, que vous soyez devenu un individu conscient. Parfaitement. C’est cela.
Mère, tu avais dit : « Il y en a très peu, un sur un million peut-être, qui soient conscients réellement. »
Oh, si tu prends l’humanité la plus large, certainement ; et la plus grande masse de l’humanité ne deviendra jamais un individu, ce sera toujours une masse amorphe qui est toute mélangée de l’un et de l’autre, là, comme ça...
Voilà une affirmation tout à fait surprenante...
Devenir un individu, c’est ce que Sri Aurobindo appelle devenir vraiment un homme mental.
Eh bien, si vous avez lu Le Cycle Humain, vous verrez que ce n’est déjà pas si facile de devenir un homme vraiment mental, qui pense par lui-même, qui est libre de toutes les influences extérieures, qui est une individualité, qui existe, qui a sa réalité ; ce n’est déjà pas si facile.
Mais, par une sorte de Grâce, il se peut qu’avant d’être devenu un individu, si on a au-dedans de soi une aspiration, si on sent le besoin de s’éveiller à quelque chose qui voudrait plus, qui voudrait mieux, qui sent que c’est tout petit d’être un individu, quelque chose qui vraiment cherche au-delà des limites ordinaires, eh bien, même avant de devenir un individu, on peut tout d’un coup avoir l’expérience d’un contact avec son psychique qui vous ouvre toutes les portes. Elles se referment après, mais une fois qu’elles se sont ouvertes, on ne l’oublie jamais. Le souvenir vous reste très vivant...
(…)
Douce Mère, pourquoi sommes-nous tellement attachés à notre ego ?
Comme j’ai dit tout à l’heure, probablement parce que vous en avez encore beaucoup besoin, non ? Pour devenir un être individualisé, conscient, on a besoin de son ego, c’est pour cela qu’il est là. Il n’y a que quand on a suffisamment réalisé son individualité propre, qu’on est devenu un être indépendant, conscient, qui a sa réalité propre, alors on n’a plus besoin de l’ego, à ce moment-là. Et à ce moment-là, on peut faire des efforts pour se débarrasser de lui. Malheureusement, la plupart des gens, dès qu’ils sont devenus une individualité propre, ils ont tellement le sens de leur importance et de leur capacité, qu’ils ne pensent même plus du tout à se débarrasser de leur ego. Mais ça, c’est une autre chose.
Ici, je ne vous laisse pas vous endormir. Je vous fais souvenir de temps en temps de la vraie chose. Mais vous êtes tous très jeunes, n’est-ce pas, et il faut un certain nombre d’années, de formation intensive intérieure, pour devenir un être pensant par lui-même, conscient de sa volonté propre, et conscient de son caractère propre, de sa raison d’être dans la vie, indépendant de la masse humaine.
Trouver sa raison d'être... c'était la grande question de Ghis : que suis-je venu faire dans cette galère ? Avant de trouver sa véritable raison d'être, SAVOIR que nous avons une raison d'être est un premier pas qui nous guérit de... je ne sais comment dire...
Il faut un certain temps. Il y a des enfants qui commencent très petits. Si l’on commence très petit, quand on a vingt ans, on peut être tout à fait formé. Mais il faut commencer très petit, et consciemment, très consciemment, il faut commencer avec un sens d’observation de tous les mouvements en soi, de leur relation avec les autres, de — justement —, de son degré d’indépendance, d’individualité propre, de savoir d’où viennent les impulsions, d’où viennent les mouvements : si c’est une contagion du dehors, si c’est quelque chose qui surgit du dedans de vous-même.
Il faut une étude très approfondie de tous les mouvements en soi pour arriver à simplement cristalliser un être un peu conscient, un peu conscient.
Mais quand on vit d’une façon fluide, n’est-ce pas, qu’on ne sait même pas ce qui se passe au-dedans de soi, qu’on a des sortes d’impressions vagues, et que, n’est-ce pas, si on s’interroge, au moins quatre- vingt-dix-neuf fois sur cent, si on se demande : « Pourquoi j’ai pensé comme ça ? Pourquoi j’ai senti comme ça ? », même : « Pourquoi ai-je fait comme ça ? », alors la réponse est presque toujours la même : « Je ne sais pas. C’est venu comme ça, c’est tout. » C’est-à-dire qu’on n’est pas conscient du tout.
Est-ce que vous êtes capable de savoir, quand vous êtes avec les autres, ce qui vient de vous et ce qui vient des autres ? Dans quelle mesure leur façon d’être, leurs vibrations propres, agissent sur vous ? Vous ne vous en apercevez pas du tout. Vous vivez dans une sorte de conscience approximative, à moitié éveillée, à moitié endormie, en quelque chose de très vague, où vous arrivez à tâtonner, comme ça, pour attraper les choses.
Mais une notion précise, claire, exacte de ce qui se passe en vous, pourquoi cela se passe en vous ? Et alors, ça : les vibrations qui vous viennent de dehors et celles qui viennent du dedans de vous ? Et alors, n’est-ce pas, ce qui peut venir des autres, changeant tout ça, donnant une orientation autre ? Vous vivez dans une sorte de fluidité floue. Il y a certaines petites choses, tout d’un coup, qui se cristallisent dans votre conscience, vous les avez juste attrapées pour une minute ; et c’est juste clair, comme ça, comme s’il y avait un projecteur, juste quelque chose qui passe sur l’écran, qui devient clair pendant une seconde : la minute d’après, tout est devenu comme ça, vague, imprécis, mais vous ne vous en apercevez pas, parce que vous ne vous êtes même pas posé la question, parce que vous vivez ainsi. Ça s’arrête là ; ça commence là, et ça finit là. Voilà tout. Vous faites de jour en jour, de minute en minute les choses que vous faites, comme ça... Ça se trouve être comme ça.
Entretien du 22 septembre 1954
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Ego veut dire quoi ?
Je pense que c’est l’ego qui fait de chacun un être séparé, de toutes les façons possibles. C’est l’ego qui donne le sens d’être une personne séparée des autres. C’est certainement l’ego qui vous donne le sens du « je », « je suis », « je veux », « je fais », « j’existe » ; même le très fameux « je pense donc je suis » qui est... je regrette, mais je pense que c’est une sottise (mais enfin c’est une célèbre sottise), eh bien, ça c’est aussi l’ego.
Ce qui te donne l’impression que tu es Manoj, c’est l’ego ; et que tu es tout à fait différent de celui-ci et de celui-là ; et ce qui empêche ton corps d’aller se fondre comme ça, de se diluer dans une masse générale de vibrations physiques, c’est l’ego ; ce qui te donne une forme définie, un caractère défini, une conscience séparée, le sens que tu existes en toi-même, indépendamment de tout autre, au fond, quelque chose comme ça ; si on ne réfléchit pas, on a spontanément le sens que, même si le monde disparaissait, on serait, on resterait ce que l’on est. Ça c’est le super-ego.
Certainement que si l’on perdait son ego trop tôt, au point de vue vital et mental, on redeviendrait une masse amorphe. L’ego est certainement l’instrument de l’individualisation, c’est-à-dire que jusqu’à ce qu’on soit un être individualisé, constitué en lui-même, l’ego est un élément tout à fait nécessaire. Si on avait le pouvoir d’abolir l’ego avant l’heure, on perdrait son individualité. Mais une fois que l’individualité est formée, l’ego devient non seulement inutile mais nuisible. Et alors seulement, c’est le moment où il faut l’abolir. Mais naturellement, comme il s’est donné beaucoup de mal pour vous construire, il n’abandonne pas son travail si facilement, et il demande la récompense de ses efforts, c’est-à-dire de jouir de votre individualité.
Entretien du 12 janvier 1955
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Alors il y a un long, long, long chemin à faire, avant de fondre son ego dans le Divin.
Fondre son ego dans le Divin ! Mais d’abord on ne peut pas fondre son ego dans le Divin avant d’être complètement individualisé. Savez-vous ce que cela veut dire d’être complètement individualisé ? Capable de résister à toutes les influences extérieures ?
Il y a quelques jours, j’ai reçu une lettre de quelqu’un qui m’a dit qu’il hésitait beaucoup à lire des livres, de la littérature ordinaire, par exemple des romans ou des pièces de théâtre, parce que sa nature avait une tendance presque insurmontable à recevoir les empreintes des personnages de ces livres, et à recommencer à vivre dans le sentiment, dans la pensée de ces personnages-là, les caractères de ces personnages.
Il y a beaucoup plus de personnes que l’on ne croit qui sont comme cela. Ils lisent un livre, et pendant le temps qu’ils le lisent, ils sentent en eux toutes sortes d’émotions, de pensées, de désirs, d’intentions, de plans, même d’idéals. Ils sont tout simplement absorbés par la lecture du livre. Ils ne s’en sont pas même aperçus, parce que, sur un individu, au moins quatre-vingt-dix-neuf parties de son caractère sont faites de beurre tendre, immangeable naturellement, mais sur lequel, si on presse le pouce, cela fait une empreinte.
Si nous pouvions être absorbés, ou nous laisser absorber par les livres de Sri Aurobindo-Mère-Satprem... il se passerait sans doute des choses très intéressantes.
Alors tout est un « pouce » : une pensée exprimée, une phrase lue, un objet regardé, une observation de ce qu’un autre fait, et puis la volonté du voisin... Et toutes ces volontés, n’est‑ce pas, quand on les voit, elles sont toutes là, comme ça, entremêlées (Mère fait des mouvements de doigts qui s’entrecroisent), chacune essayant d’avoir le dessus et faisant une espèce de conflit perpétuel dedans, dehors...
Cela entre et cela sort des gens comme ça, n’est-ce pas, comme des courants électriques. On ne s’en aperçoit pas du tout, et c’est un conflit perpétuel de toutes les volontés qui essayent de s’exprimer ; et c’est la plus forte qui réussira. Mais comme il y en a beaucoup, et que l’on est seul à lutter contre un grand nombre, ce n’est pas facile.
Et alors, on est ballotté comme un bouchon sur les vagues de la mer... Un jour on veut ceci, le lendemain on veut cela ; à un moment on est poussé de ce côté-ci, à un autre moment on est poussé par là ; tantôt on lève le nez au ciel, tantôt on est enfoncé dans le trou... Et puis voilà l’existence que l’on a !
D’abord il faut devenir un être conscient, cohésif, individualisé, qui existe en lui-même, par lui-même, indépendamment de tout son entourage, qui peut entendre n’importe quoi, lire n’importe quoi, voir n’importe quoi, que cela ne change pas.
Il ne reçoit du dehors que ce qu’il veut recevoir ; il refuse automatiquement tout ce qui n’est pas conforme à son plan, et rien ne peut laisser une empreinte sur lui à moins qu’il n’accepte de recevoir l’empreinte.
Alors on commence à être une individualité. Quand on est une individualité, on peut en faire don. Parce que, à moins qu’on ne possède quelque chose, on ne peut pas le donner. D’abord il faut être, et puis après, on peut se donner. Tant que l’on n’est pas, on ne peut rien donner.
Et pour que l’ego séparatiste, comme tu dis, disparaisse, il faut pouvoir se donner entièrement, totalement, sans restriction. Et pour pouvoir se donner, il faut d’abord exister. Et pour exister, il faut être individualisé.
Ainsi, avant même le surrender, il nous faut être suffisamment construit, c'est intéressant.
Si votre corps n’était fait rigide comme il est — parce que c’est d’une rigidité terrible, n’est-ce pas —, eh bien, si tout cela n’était pas si fixe, si vous n’aviez pas une peau, là, comme ça, solide, si vous étiez extérieurement l’expression de ce que vous êtes vitalement et mentalement, ce serait pire que des méduses gélatineuses ! Cela se fondrait l’un dans l’autre, comme ça... Oh ! quel gâchis ça ferait ! C’est pour cela qu’on a été obligé d’abord de donner une forme qui est très rigide. Après, on s’en plaint.
On dit : « Le physique est fixe, il est ennuyeux ; il manque de plasticité, il manque de souplesse, il manque de cette fluidité qui fait que l’on peut se fondre, justement, dans le Divin. » Mais c’était tout à fait nécessaire, parce que sans cela, si simplement vous sortiez de votre corps (la plupart d’entre vous ne peuvent pas le faire parce que l’être vital est à peine plus individualisé que le physique), si vous sortiez de votre corps, et que vous alliez dans le monde vital, vous verriez là toutes les choses qui s’entremêlent, qui se mélangent, qui se divisent, toutes sortes de vibrations, de courants de forces qui vont, viennent, luttent, essayent de se détruire, s’accaparent, s’absorbent, se rejettent, et tout ça...
Mais c’est très difficile de trouver une personnalité là-dedans. Ce sont des forces, ce sont des mouvements, ce sont des désirs, ce sont des vibrations. Il y a des individualités, il y a des personnalités. Mais ce sont des puissances. Les gens qui sont individualisés, dans ce monde-là, ce sont ou des héros ou des diables.
Et alors, mentalement... (silence) Si seulement vous devenez conscient de votre mental physique en lui-même... Il y a des gens qui ont appelé cela une place publique, parce que tout y entre, traverse, passe, vient... Toutes les idées vont, elles entrent par ici, elles sortent par là, il y en a ici, il y en a là, et c’est une place publique, pas très bien organisée, parce que généralement des idées se rencontrent, se choquent, il y a des accidents de toutes sortes. Mais là, on se rend compte : « Qu’est-ce que je peux appeler mon mental ? » ou : « Qu’est-ce qui est mon mental ?
Il faut des années de travail, d’organisation, de sélection, de construction, très attentives, très soignées, très raisonnables, très cohésives, pour arriver à se former simplement, oh ! simplement cette petite chose : sa propre manière de penser.
On croit qu’on a sa propre manière de penser.
L'idée de penser par soi-même est une idée très à la mode, et pourtant, d'après Mère, c'est une croyance. Et effectivement, la plupart des humains n'en est pas encore là et reste terriblement influençable par tout ce qui se dit.
La preuve, cela dépend totalement des gens avec qui l’on parle, ou des livres que l’on a lus, ou de l’humeur dans laquelle on se trouve. Cela dépend aussi de si vous avez une bonne ou mauvaise digestion, cela dépend de si vous êtes enfermé dans une chambre où il n’y a pas suffisamment de ventilation, ou si vous êtes en plein air, cela dépend de si vous avez devant vous un beau paysage, cela dépend de s’il y a du soleil ou s’il pleut ! Vous ne vous rendez pas compte, mais vous pensez toutes sortes de choses tout à fait différentes suivant des tas de choses qui n’ont rien à faire avec vous-même !
Et pour que cela devienne une pensée coordonnée, cohésive, logique, il faut un long, minutieux travail.
Et puis, le plus beau de l’affaire, c’est que quand vous êtes arrivé à une belle construction mentale, bien faite, bien forte, bien puissante, la première chose que l’on vous dira, c’est : « Il faut briser cela pour que vous puissiez vous unir au Divin ! »
Mais tant que vous ne l’avez pas fait, vous ne pouvez pas vous unir au Divin, parce que vous n’avez rien à donner au Divin qu’une masse de choses qui ne sont pas vous-même. Il faut d’abord exister pour pouvoir se donner. Je redis ce que j’ai dit tout à l’heure.
C'est vraiment très intéressant...
(…)
Tout cela... ce n’est pas pour vous noyer que je vous dis tout cela. C’est seulement pour vous dire qu’avant de parler de fondre son ego dans le Divin, il faut d’abord savoir un peu ce que l’on est soi-même.
L’ego est là. Sa nécessité, c’est que vous deveniez des êtres conscients, indépendants, individualisés — je veux dire, dans le sens indépendant ; que vous ne soyez pas, n’est-ce pas, la place publique où tout s’entrecroise, que vous puissiez exister en vous-même. C’est pour cela qu’il y a un ego. C’est comme cela, pour cela aussi qu’il y a une peau, comme ça… quoique vraiment, même les forces physiques passent à travers la peau. Il y a une vibration qui va à une certaine distance. Mais enfin, c’est cela qui fait que l’on ne se fond pas l’un dans l’autre. Mais il faut que le reste soit comme cela aussi.
(Après un silence) Et puis après, alors, on offre tout cela au Divin. Il faut des années de travail. Il faut non seulement (silence) devenir conscient de soi-même, conscient dans tous les détails, mais il faut organiser ce que vous appelez « vous-même » autour du centre psychique, du centre divin de votre être, pour que cela fasse un être unique, cohésif, pleinement conscient.
Et comme ce centre divin est lui-même déjà (Mère fait un geste d’offrande) entièrement consacré au Divin, si tout est organisé harmonieusement autour, tout est consacré au Divin. Et alors, quand le Divin le juge bon, quand le temps est venu, quand le travail d’individualisation est complet, alors le Divin donne la permission que vous laissiez votre ego se fondre en Lui, que vous n’existiez plus que pour le Divin.
Mais c’est le Divin qui prend cette décision. Il faut d’abord que vous ayez fait tout ce travail : devenir un être conscient, uniquement et exclusivement centré autour du Divin et gouverné par Lui.
Et après tout cela, il y a encore un ego ; parce que c’est l’ego qui sert à ce que vous soyez une individualité. Mais une fois que ce travail-là est parfait, qu’il est pleinement achevé, alors, à ce moment-là, vous pouvez dire au Divin : « Voilà, je suis prêt. Veux-Tu de moi ? » Et le Divin, généralement, dit : « Oui. » Tout est fini, tout est accompli. Et vous devenez un véritable instrument pour l’Œuvre du Divin. Mais il faut d’abord que l’instrument soit bâti.
Entretien du 28 juillet 1954
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Le pouvoir s'ouvrant à une conscience supérieure,
s'éveille au besoin d'être au service du Divin.
Douce Mère, quand est-ce que l’ego devient un instrument ?
Quand il est prêt pour le devenir.
Comment est-ce que cela arrive ?
Comment est-ce que cela arrive ?... Dans chacun je pense que cela arrive d’une manière différente. Ça peut arriver tout d’un coup, en l’espace d’une minute, par une sorte de renversement intérieur ; ça peut prendre des années ; ça peut prendre des siècles ; ça peut prendre plusieurs vies. Pour chacun il y a un moment où ça arrive : quand il est prêt.
Et je pense qu’il est prêt quand il est complètement formé.
La raison d’être de l’ego, c’est la formation de l’individu. Quand l’individu est prêt, l’ego peut disparaître. Mais avant ça, il ne disparaît pas parce qu’il a encore du travail à faire.
Entretien du 9 novembre 1955