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Agenda du 21 mai 1969 (Extraits)

(À propos d'une photo qui a été prise juste avant le moment 
où l'on allait mettre le couvercle sur le cercueil de Pavitra 
et le descendre en terre. 
Satprem se tenait près du cercueil, à la droite de Pavitra.)

(…)

C'est curieux. Je ne m'y attendais pas, on m'a donné les photos, je regarde les photos ; tout d'un coup j'ai senti quelque chose (même geste au cœur)... Ça m'a beaucoup frappée. Parce que tu avais demandé : «Est-ce qu'il va se fondre ?» Alors, même cela, ce contact-là, il l'a gardé. De temps en temps, quand quelqu'un dit quelque chose concernant le travail, il a sa réflexion à faire (ça, je l'ai noté), mais là, c'était très fort, c'était presque comme un oh ! de joie, tu comprends : «Oh! Satprem.» Alors j'ai pensé : c'est bien, puisque ça lui a fait vraiment plaisir.

Je me demande si la conscience (de Pavitra) a été spécialement conservée intacte parce que c'est entré ici (en Mère), ou si c'est toujours comme cela ?... Quelqu'un de conscient, où est-ce qu'il va ? Est-ce qu'il reste là ?...1

1. Mère veut dire «là, conscient des choses de la terre.»

Je t'ai dit pour Amrita, c'est une espèce de forme pas très-très précise, mais qui est tout le temps là, qui se repose, qui s'éveille, mais il n'a pas l'air d'être particulièrement intéressé par les choses matérielles. Mais Pavitra, d'après ce que je vois, est comme cela : il semble en être conscient. C'est une chose assez remarquable, je crois.

J'ai vu des cas de gens qui s'intéressaient et qui continuaient à s'intéresser à ce qui se passe, mais alors ils ont une forme indépendante. Mais Pavitra, c'est autre chose.

Ça m'a frappée parce que c'était fort, comme cela (même geste au cœur).

Tous ces temps dernier, depuis quelques semaines, il y a toujours une sorte de... je ne peux pas dire préoccupation, mais comme un besoin de savoir : dans quelle mesure et comment ceux qui sont partis, restent conscients des choses qu'ils faisaient, par exemple, et s'y intéressent, s'en occupent – s'ils en ont les moyens ?

Un cas comme celui de Sri Aurobindo, c'est tout à fait différent : c'est comme si ça l'avait multiplié. Il a une présence constante dans le physique subtil, et puis il va, il visite une quantité de gens et il est conscient de beaucoup de choses, il intervient dans beaucoup de choses, mais une quantité considérable – ça a multiplié son action. Mais ça, c'est exceptionnel.

Il est probable que pour Mère, le moindre "incident" était propice à un travail occulte, mais tout de même, il semblerait bien que le départ si particulier de Pavitra ait enclenché en Mère quelque chose de nouveau, et ce n'est là qu'un premier exemple. Nous verrons les autres par la suite. 

Dans le paragraphe suivant, Mère répond à une question de Satprem et en vient à évoquer ce qui se passe à la mort. Elle y parle du repos assimilateur d'une durée plus ou moins longue selon les cas. Elle raconte aussi le cas très singulier ou certains entrent dans des arbres. Elle raconte aussi l'anecdote savoureuse de quelqu'un qui était si avare qu'il était resté à côté du magot qu'il avait planqué. Je laisse le lien de cet Agenda pour ceux qui voudraient le lire. 

Et puis Mère en revient à Pavitra. 

Mais le cas de Pavitra, vraiment je le crois exceptionnel.

Pour que Mère le répète encore et encore, cela a dû être vraiment quelque chose d'important.

C'est la première fois que cela m'arrive à moi – personne-personne avant. Je t'ai dit, quand Sri Aurobindo est parti, pendant des heures toute la force et la conscience supramentales qu'il avait concentrées dans son corps, il me les a passées. C'était tout de suite, dès qu'il est parti. Je sentais qu'il m'avait appelée ; je me tenais là debout près de son lit à le regarder, et puis... je le voyais, n'est-ce pas : la force, toute la force supramentale qu'il avait concentrée dans son corps, il me l'a passée, et je le sentais partout qui entrait comme cela, avec une friction. Et ça a duré des heures.

Mais ça, c'est un cas tout à fait exceptionnel, je te l'ai dit. Mais ce qui est arrivé avec Pavitra, vraiment... vraiment c'est... Ce n'est pas la même chose : il est simplement sorti volontairement de son corps (et pas son être psychique : aussi matériel qu'il a pu), et je le sentais, je sentais partout, dans tout mon corps, ça entrait, ça entrait...

C'est peut-être ça qui est si exceptionnel, que ça soit, je ne sais pas ce que Mère entent par... "aussi matériel qu'il a pu", c'était peut-être sa conscience corporelle, sa conscience physique. C'est-à-dire que le cas de Pavitra nous montre qu'il existe une possibilité que ce genre de chose se fasse. Et peut-être plus étonnant encore, c'est que, malgré le fait qu'il soit consciemment entré en Mère, il n'a pas disparu, il est resté en Mère quelque chose de lui. 

Et alors, maintenant, si je regarde dedans, je ne peux pas dire que je voie une forme, mais... ce n'est pas complètement fondu. Et pour certaines choses – certaines choses qui concernent les gens, l’École2 –, il y a une réaction personnelle très claire. Et puis ces photos... Ça, je crois que c'est tout à fait exceptionnel.

2. Pavitra était le directeur de l'École et le Secrétaire général de l'Ashram.

J'ai senti quelque chose dans le cerveau (tu sais que c'était tout à fait immobile depuis que Sri Aurobindo m'avait donné le silence mental ; ça ne s'était jamais remis en marche comme avant, et la conscience était là – geste au-dessus de Mère – et elle travaillait de là), mais alors, depuis que Pavitra est là, il y a quelque chose (geste au front) qui a fait que j'ai demandé (j'ai demandé à ce qui était dedans) : «Est-ce que je pourrais avoir la connaissance mathématique que tu avais ?» Je le lui ai demandé. Et alors, lui, sa réponse était : «Mais oui, ce serait facile si tu remettais ça en mouvement !» Alors ça, je ne veux pas. Mais enfin...

Mais enfin c'est comme cela, c'est comme si je parlais à quelqu'un qui est dedans !

Comme il était content ! Je crois qu'il t'aimait beaucoup. Il ne disait jamais rien de tout cela. Ça lui a fait vraiment plaisir.

Moi, je me tenais toujours en retrait de Pavitra, parce qu'il y avait deux côtés : il y avait ce côté lumineux que j'aimais bien, et puis tout un autre côté... qui ressemblait à mon père : un côté mental un peu rigide. Alors je me tenais en arrière, ça empêchait la communication.

Oui, il était rigide.

Il avait un côté comme cela.

(long silence)

Mais ce qu'il y a de curieux, ça a donné un complet sens d'irréalité à la mort – tout de suite. Et alors, ce corps (riant), il est drôle (!) de temps en temps, il se demandait : «Est-ce que je suis en vie ou je suis mort ?!» Comme cela. «Est-ce que je suis en vie ou... je ne suis pas sûr!» Il a eu une très forte fièvre,3 il était tout à fait mal en point, et il ne savait pas bien si c'était lui!... Ça n'a pas duré. Et je ne sais pas... c'est comme si tout cela était une démonstration pour nous faire comprendre les secrets de l'existence. C'est curieux.

3. Pavitra avait une très forte fièvre avant de quitter son corps.
Peut-être est-ce cela que Mère a senti dans son corps ?

"une démonstration pour nous faire comprendre les secrets de l'existence"... Quel plus bel hommage de Mère à Pavitra ? 

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