Remplacer le mental
Suite aux deux articles précédents sur le mental intuitif, je souhaiterais partager maintenant les extraits de 4 Agendas dans lequel Mère parle de ce qui remplacera le mental.
Extrait de l’Agenda du 12 juillet 1969
J'ai l'impression que la clef qui me manque, c'est la clef du mental physique.
Physique ?
Physique, oui. Si ce mental physique, j'arrivais à l'accrocher de façon à ce qu'il marche spontanément sur des choses vraies au lieu de fonctionner sur des choses idiotes; si ça fonctionnait automatiquement, alors même la nuit, ce serait...
Oui-oui !
Mais comment faire ? Je ne sais pas... Tant que je mets une pression d'en haut sur lui, ça va très bien, mais de la seconde où il n'y a plus de pression...
Il recommence.
Ça continue.
Eh oui ! il obéit mais il n'est pas transformé.
Non, pas du tout. Il faut mettre la pression dessus.
C'est cela.
Mais comment l'attraper, je ne sais pas.
(après un silence)
Oh ! mais si c'est le mental physique... Parce que c'est le mental physique qui est en train de se développer2 (chez Mère) hors de toutes proportions prévues comme possibles, alors que Sri Aurobindo avait pensé, lui, que ce n'était pas possible ; il avait dit: il vaut mieux s'en débarrasser, on ne pourra pas.
2. Plusieurs fois, ces dernières années, nous avons eu l'impression que Mère disait «mental physique» mais qu'elle entendait «mental du corps», comme si la terminologie n'était pas très bien fixée (ce qui n'est pas surprenant quand on est «dedans»). Ainsi, par deux fois plus loin, elle dit: «Le corps répète le mantra...»
Mais je me suis aperçue que c'était transformable, parce que le mental et le vital sont partis, alors il y avait un besoin de remplacer le mental dans le fonctionnement, et ce mental physique s'est développé d'une façon très extraordinaire. Il est devenu... (comment dire?) beaucoup plus conscient d'abord, beaucoup plus organisé et méthodique dans son travail. Alors, peut-être, si c'est ton mental physique, on peut faire quelque chose – je vais essayer. Je peux essayer de faire quelque chose la nuit.
Mental, je ne peux plus rien, je n'ai plus de mental; mais mental physique, je peux.
Il faudrait qu'il soit touché.
Oui-oui.
Je me souviens, par exemple, il y a plusieurs années, la première fois où j'ai entendu au «Playground» ce mantra (c'était dans un film),3 eh bien, ce soir-là, ça m'avait tellement touché que, dans la nuit, je me suis réveillé répétant ce mantra.
3. Un film sur «Prahlad» (au Terrain de Jeu, le 27 avril 1956).
Oh !...
C'est quelque chose qui a besoin d'être touché. S'il était touché et qu'il accrochait la vraie vibration, eh bien, ça continuerait.
Oui.
Quand je faisais ce «japa» tantrique, souvent, la nuit, par exemple, je sentais qu'il y avait une activité de sâdhanâ à cause de ça.
Oh !...
Parce qu'on l'avait tellement manipulé et manié,4 ce mental physique, que même dans le sommeil, il y avait quelque chose qui restait.
4. Six ou sept heures de «japa» par jour.
Ah ! alors, ça avait de l'effet.
Ça avait de l'effet.
Mais pourquoi ne recommences-tu pas ?
Mais j'ai fini avec X.
Oui, mais tu n'as pas besoin de X.
C'est-à-dire qu'il faudrait que je me remette à faire cela pendant plusieurs heures ?
Oh ! c'était écrit ?
Non. Il y avait des «yantram» écrits, mais il y avait aussi du «japa».
Japa ? Tu répétais le japa ?
Je répétais le japa pendant... je ne sais pas, des heures tous les jours.
Mais je t'ai dit : le corps répète le mantra (qui est japa aussi) spontanément et absolument sans que la conscience intervienne ; il a pris l'habitude; dès qu'il a la moindre difficulté, il le répète. Alors tu pourras obtenir la même chose.
Mais oui, mais comment ? Il faudrait l'engrener.
Oui.
Mais comment ?
On va essayer.
Est-ce qu'il faut que je me remette à faire du japa méthodique comme je le faisais, ou quoi ?
Tu pourrais (peut-être simplement comme expérience, pour voir si ça a de l'effet), tu pourrais essayer. Peut-être pas comme tu le faisais ni tout cela, mais comme moi, je le faisais: répéter à la moindre activité, ou à la moindre difficulté, répéter le mantra ou le japa. Et alors presque le prononcer, n'est-ce pas.
Mais douce Mère, en fait je le fais presque tout le temps.
Ah ! tu le fais ?
Mais je le fais... comme ça, c'est une certaine partie de mon mental, avec un peu de psychique, qui doit le faire.
Ah !...
Ce n'est pas quelque chose de spontané, ce n'est pas ENGRENÉ dans la substance physique, tu comprends.
Mais on pourrait essayer.
C'est par une volonté que je le fais, ce n'est pas une spontanéité.
Oui-oui.
Une volonté qui est devenue très habituelle, mais qui est quand même une volonté.
Oui. Mais on peut essayer. Qu'est-ce que c'est, ton mantra?
C'est le mantra que tu m'as donné, douce Mère !
Ah ! c'est celui-là... oh !... C'est celui-là que le corps répète spontanément. Tout d'un coup, je l'entends qui est en train de le dire, tu comprends, tellement c'est spontané. On va essayer.
Commentaires
Cette première piste n'est pas très concluante, ce n'est pas du tout ce à quoi je m'attendais. 😊 D'une part, Mère décrit qu'elle n'a plus de mental... c'est-à-dire qu'elle vivait avec un fonctionnement qui échappe complètement à notre expérience. Et d'autre part, il n'est question que du mental physique.
Ceci dit, le sujet est tout de même très intéressant et me rappelle évidemment que la répétition, en marchant, pendant 7 ou heures par jour, du japa des prières de la conscience des cellules fut la méthode utilisée par Sandrine pour transformer son sang. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les effets furent assez spectaculaires, mais c'est une autre histoire.
Voyons si l'Agenda suivant apporte d'autres éléments à notre enquête. 😊
Agenda du 17 juin 1970
Tout le début de cet Agenda ne concerne pas notre sujet... mais c'est si intéressant, que j'ai trouvé que le détour valait vraiment le coup, d'autant que ce n'est pas très long. Ainsi, voici l'intégralité de cet Agenda.
(Mère écoute la lecture de quelques extraits de Sri Aurobindo pour le Bulletin du mois d'août.)
«Certainement, quand le Supramental touchera la terre avec une force suffisante pour s'implanter dans la conscience terrestre, la Mâyâ asourique1 n'aura plus aucune chance de succès ni de survie.»
18.10.1934
On Himself, XXVI.472
1. Les forces du Mensonge.
C'est très bien... C'est magnifique !
La «Maya asourique», c'est tout le Mensonge actuel ?
Oui. On sent en ce moment... (geste qui se débat). C'est vraiment un moment extraordinaire... mais pas positivement très agréable ! Ça se défend comme ça peut.
(le disciple lit un autre texte)
«Tous ces braves gens se lamentent et s'étonnent qu'eux-mêmes et d'autres braves gens, inexplicablement, soient affligés de pareilles souffrances et de pareilles infortunes dépourvues de sens. Mais sont-ils vraiment attaqués par un Pouvoir extérieur ou par la loi mécanique du Karma ? Ne se pourrait-il pas que ce soit l'âme elle-même – non le mental extérieur, mais l'esprit au-dedans – qui ait accepté et choisi ces épreuves comme une partie de son développement afin de passer par les expériences nécessaires à une allure rapide...
C'est admirable, c'est juste ce qui se passe !
«...pour frayer son chemin, durchhauen, fût-ce au risque ou au prix de grands dommages pour la vie extérieure et le corps ? Pour l'âme qui grandit, pour l'esprit au-dedans de nous, les difficultés, les obstacles, les attaques, ne sont-ils pas des moyens de grandir, d'accroître sa force, d'élargir son expérience, de s'entraîner à la victoire spirituelle ? Peut-être est-ce cela, l'arrangement des choses, et non une simple question de gros sous pour une distribution de récompenses et d'infortunes justicières.»
29.06.1932
Letters on Yoga, XXII.449, 450
On pourrait mettre sur le précédent et celui-là (je ne sais pas s'il y en a d'autres) : «Les prophéties de Sri Aurobindo», ou «Sri Aurobindo a dit prophétiquement.» C'est extraordinaire, extraordinaire ! C'est admirable, c'est exactement comme s'il parlait maintenant (Mère prend le ton de Sri Aurobindo) : All these good people... [tous ces braves gens...] (Mère rit)
(autre texte)
«Les voies du Divin ne sont pas les mêmes que celles du mental humain et ne suivent pas nos modèles, et il est impossible de les juger ni de Lui fixer ce qu'il fera ou ne fera pas, car le Divin sait mieux que nous ne pouvons savoir. Si nous admettons le Divin le moins du monde, la vraie raison et la bhakti me semblent toutes deux d'accord pour exiger une foi et une soumission implicites.»
Letters on Yoga, XXIII.596
Oh ! mais c'est admirable... C'est merveilleux ! (Mère répète d'un ton plein d'humour) : The ways of the Divine are not like those of the human mind or according to our patterns... [Les voies du Divin ne sont pas les mêmes que celles du mental humain et ne suivent pas nos modèles...]
(autre texte)
«Être libre de toute préférence et recevoir joyeusement tout ce qui vient de la Volonté divine, n'est pas possible au début pour n'importe quel être humain. Ce que l'on devrait avoir au début, c'est l'idée constante que ce que le Divin veut est toujours pour le mieux, même quand le mental ne voit pas comment il en est ainsi…
C'est exactement comme s'il répondait à tout ce que les gens disent maintenant !
«...et accepter avec résignation ce que l'on ne peut pas encore accepter avec joie, et arriver ainsi à une calme égalité qui n'est pas ébranlée, même si passent à la surface les mouvements d'une réaction momentanée aux événements extérieurs. Une fois ceci fermement établi, le reste peut venir.»
Ibid. XXIII.597
Vraiment intéressant, juste-juste ce qu'il faut.
(silence)
Il y a longtemps que tu ne dis plus rien...
(silence)
Je vis dans un constant émerveillement! à chaque minute, c'est ce qui est nécessaire qui vient : les circonstances, les réactions... tout-tout-tout, c'est une vision constante de la façon merveilleuse dont c'est organisé, dont le monde est organisé.
Et ce qu'il dit là, comment les choses sont organisées pour vous faire aller vite et vous donner le maximum, la condition maximum de progrès – c'est merveilleux. Et toujours, ça vient juste appuyer sur l'endroit. (Mère presse du pouce) où il y avait une faiblesse, une incompréhension... toujours.
C'est absolument merveilleux.
(Mère entre en contemplation)
Ça a été une longue période pendant laquelle le physique a remplacé le mental et le vital absents, et ça a été remplacé par quelque chose qui n'est pas pareil à ce qui était avant, et c'est très intéressant, mais il faut que ce soit fini [pour pouvoir en parler]. Il faut que le travail soit fini. Et c'est un long travail.
Commentaires
Encore une fois, je ne sais pas pourquoi, je ne m'attendais pas à cela. Il me semble pourtant vaguement me souvenir d'autre chose. Mère évoque une nouvelle fois ici le remplacement du mental et du vital parti en promenade, par le mental physique. À l'évidence, cette méthode radicale était faite pour Mère, parce qu'elle était dans des conditions particulières, et je doute fort que cela soit adapté à notre condition.
Les deux Agendas suivants évoqueront peut-être ce vague souvenir...
Extrait de l'Agenda du 31 octobre 1970
(Le disciple commence à lire une demi-douzaine de pages du chapitre VI :
«Le déchirement des limites», puis doit s'arrêter ayant encore mal à la gorge.)
Douce Mère, je ne peux pas continuer, c'est trop long pour moi.
Tu es fatigué. La prochaine fois. C'est très bien... C'est très bien.
Moi, ça me fait sortir complètement... Je perds tout contact, c'est curieux. C'est la seconde fois que cela me fait ça. Tout disparaît : j'entre dans une formation de ça, et ça reste la seule chose. Un phénomène très bizarre. Tout le monde disparaît. Et quand tu as arrêté, tout d'un coup c'est comme si je TOMBAIS de quelque part. C'est curieux.
C'est très intéressant.
J'ai l'impression d'entrer dans ce qui remplacera le mental. Une atmosphère qui remplacera le mental, qui est l'atmosphère de la nouvelle création... J'ai eu cela très fort l'autre fois, mais c'était la première fois – j'étais tout à fait ahurie, et je croyais que ça dépendait de ma condition ; mais aujourd'hui, j'ai écouté tout à fait comme d'habitude, et puis tout d'un coup, sans même m'en apercevoir, j'ai été transportée dans une atmosphère... une atmosphère de compréhension. Et quand tu as arrêté (riant : geste de tomber par terre)... Curieux.
C'est comme un monde en construction.
C'est très intéressant.
Je comprends AILLEURS, tu comprends ? Ce n'est plus la même chose. Je comprends ailleurs. Et «comprends», c'est merveilleusement clair et expressif. C'est curieux! C'est intéressant. J'avais oublié que c'était arrivé l'autre fois, et c'est arrivé exactement la même chose. C'est très intéressant.
C'est la moitié du chapitre ?
À peine: un tiers.
Oh! c'est tout à fait, tout à fait une expérience.
Parce que le mental n'est pas là, c'est... Au fond, c'est la compréhension psychique des choses.
Oh! c'est intéressant.
(Riant) Quand tu as arrêté, c'est comme si je retombais dans quelque chose – quelque chose d'habituel –, et que je venais d'un autre monde. Ça appartient à un autre monde.
C'est très-très-très intéressant.
Commentaires
Ah ! C'est ce passage dont je me souvenais. Et c'est là où je voulais en venir.
Résumons. Nous avons deux options.
1. Sri Aurobindo que le fonctionnement intuitif doit devenir le fonctionnement normal et naturel. Donc, cela me semble correct de dire que notre mental actuel doit être remplacé par le mental intuitif. Ou, c'est juste une autre façon de dire, que notre mental actuel doit être transformé en un mental intuitif.
2. Mais dans cet Agenda, Mère parle d'une autre option pour remplacer le mental.
Je trouve cela très intéressant...
Mais il ne faut pas opposer les deux approches, elles sont sans doute très complémentaires.
Voyons maintenant le dernier Agenda qui parle de ce remplacement du mental.
C'est un sujet important : c'est de l'évolution future de notre humanité qu'il s'agit !
Extrait de l’Agenda du 1er décembre 1971
Rien de nouveau de ton côté ?
Je suis en train de devenir une nouvelle personne... Mais...
C’est intéressant.
(Mère plonge)
Tu comprends, je suis en train d’assister à la transformation de la nature. Quand je n’ai rien et que je reste très tranquille, c’est très clair, je vois trois choses :
➡ la nature qui se transforme, ou plutôt la nouvelle nature, la façon que nous pouvons appeler supramentale de voir les choses (ça devient de plus en plus clair ; il reste le souvenir de la vieille nature qui va s’atténuant de plus en plus au point que parfois, c’est presque incroyable, ça paraît fantastique d’avoir été comme cela) ;
➡ et puis, il y a la déchéance physique qui vient de l’âge : par exemple, l’incapacité physique de faire ce que je faisais, le corps qui devient vieux ; mais cette vieillesse est purement physique, c’est-à-dire que je reste là assise toute la journée et j’ai de la difficulté à me déplacer, des choses comme cela, mais au point de vue perception, conscience, il n’y a pas de diminution, au contraire : ça devient de plus en plus clair et de plus en plus précis.
➡ Mais par exemple, j’ai de la difficulté à parler (Mère touche sa poitrine, elle est essoufflée), c’est difficile pour moi de parler ; je ne peux pas parler librement, c’est difficile. Des choses comme cela. Cela fait trois choses.
Mais quand je suis très tranquille (la nuit par exemple), la nouvelle conscience devient de plus en plus claire, mais elle ne peut pas encore s’exprimer facilement par des mots parce que... c’est une espèce de... (comment dire ?) c’est presque comme un nouveau mental qui se forme (mais ce n’est pas mental).
Et alors la parole, les mots... c’est un mauvais moyen, tandis que la communication directe devient de plus en plus précise et de plus en plus forte. C’est pour cela que je ne peux pas parler. C’est purement physique. Mais la base de l’équilibre, c’est-à-dire de la santé physique, est en train de changer, c’est-à-dire qu’elle se déplace : ce qui était la condition de bonne santé ne l’est pour ainsi dire plus et est remplacé par une autre condition qui commence à s’installer, mais qui n’est pas encore là ; alors tout est en... (geste instable), tout n’est plus ça, n’est pas encore ça. C’est comme cela. Et c’est inexprimable. C’est pour cela que je ne peux pas m’exprimer.
(silence)
Je le vois d’une façon très intéressante à ma façon de comprendre ; par exemple, ce qu’a écrit Sri Aurobindo est TRÈS différent... C’est un peu comme si, avant, on voyait à travers un rideau, et que, maintenant, le rideau est en train de s’en aller – ce n’est pas complètement parti, mais ce n’est plus complètement là.
Mais tu vois, parler m’essouffle – sans raison, simplement parce que... parce que ce n’est plus naturel.
(silence)
Et alors, la façon de percevoir le temps et l’espace devient très différente. C’est en train de changer totalement. Cette notion de temps et d’espace, et l’objectivité, la subjectivité – que les choses soient concrètes ou pas –, cela paraît avoir été des... devices [expédients], des moyens de préparer la conscience à une nouvelle façon d’être.
C’est le fonctionnement de la conscience qui commence à être différent. Mais je ne peux pas expliquer.
(silence)
Et alors, pour la vue, par exemple, quelquefois je vois plus clair avec les yeux fermés qu’avec les yeux ouverts, et c’est la MÊME vision : c’est la vision physique, purement physique ; mais un physique qui paraît... plus complet, je ne sais pas comment dire. Par exemple, quand j’écris ; parfois les yeux fermés, je vois plus clairement ce que j’écris, où j’écris, qu’avec les yeux ouverts – et c’est la même chose que je vois, mais je la vois... (comment dire ?... on peut faire des phrases, mais les phrases, je n’aime pas ça). N’est-ce pas, c’est comme si ce que l’on voyait était plus complet, et c’est la même chose, mais ça contient plus que la vision purement physique.
J’écris des cartes de birthday [anniversaire], et Sri Aurobindo me... J’allais dire, j’ai l’impression que Sri Aurobindo me fait écrire, mais ce n’est pas comme cela, c’est beaucoup mieux que ça !... Mais quand je me mets à écrire, par exemple, je ferme les yeux, et je vois mieux ce que j’écris. C’est Champaklal qui me fait écrire les cartes, et il m’a dit que quelquefois j’écris trois ou quatre cartes avec les yeux tout à fait fermés, et alors l’écriture est beaucoup plus droite et c’est beaucoup plus exactement à l’endroit où ça devrait être.
Mais il n’y a pas de volonté personnelle, d’effort personnel, c’est... c’est spontané. Alors...
Et puis il y a une espèce de «quelque chose» qui s’est formé dans le corps pour remplacer le mental qui est parti, et ça a ses manières mentales de dire, mais c’est très imparfait. Et pour ce «quelque chose», les perceptions mentales paraissent si minces, comme l’écorce, l’écorce de quelque chose – c’est desséché, il n’y a pas, derrière, la vraie vie.
Mais c’est surtout cette difficulté de parler (Mère touche sa poitrine). Je ne sais pas, j’ai la même difficulté pour manger. Je ne crois pas que ce soit l’effet de l’âge parce que je me sens forte : je sens la force, ce n’est pas une fatigue, je ne me sens pas fatiguée du tout – c’est... un changement. Mais alors il y a l’âge qui fait que ça donne l’apparence de... de la raison (!) Et alors (riant) je ne sais pas si c’est ces jours-ci (hier ou avant-hier), tout d’un coup j’ai compris, comme si Sri Aurobindo me faisait comprendre que c’est venu à cet âge avancé pour donner une apparence de raison, mais que c’est pour... pour me donner (vis-à-vis de mes relations avec les gens) le maximum de tranquillité possible.
Je ne peux pas expliquer.
Les choses sont essentiellement ce qu’elles doivent être et c’est cette conscience humaine si... (comment dire ?) si mince : il lui manque quelque chose qui fait qu’on ne voit pas les choses comme elles sont et qu’on ne les sent pas comme elles sont.
Pour cette question d’entendre, j’ai observé une chose : par exemple, quelqu’un peut me dire quelque chose sur un ton de voix très élevé, en faisant beaucoup de bruit – je ne comprends rien ; tandis que d’autres fois, un bruit que les autres n’entendent même pas, je l’entends trèsclairement1... C’est une certaine atmosphère consciente dont j’ai besoin pour entendre, et cette atmosphère n’est pas perçue par la plupart des gens.
1. Ici, la bobine magnétique est arrivée au bout et le disciple a eu un mouvement d’anxiété, qui a été immédiatement perçu par Mère (elle parle les yeux clos) et presque instantanément, Mère a interrompu la conversation. En fait, Mère ne pouvait parler que quand il y avait une transparence totale. (Il existe un enregistrement de cette conversation.)
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Le mental sent que sa complexité est impuissante et demande à une plus grande lumière de l'éclairer.
Commentaires
Cela devient difficile de dire quoi que ce soit, parce que l'on sent bien que cela devient presque poignant et que Mère entre dans un fonctionnement nouveau qui nous échappe encore à peu près totalement.
Que pouvons-nous retenir ? Que la "nouvelle chose", le "nouveau fonctionnement" est très difficile à expliquer. Que c'est difficile de parler avec les gens. Que la tranquillité semble être une condition INDISPENSABLE. Que cette fois, pour notre sujet, le remplacement du mental est lié, associé à la Nouvelle Conscience, descendue en 1969. Mais que ce "remplacement du mental" n'est qu'un aspect de ce changement de conscience.
En tout cas, la leçon de l'histoire la plus à notre portée pour le moment est de nous montrer pour le moins aussi détaché que possible par rapport à notre fonctionnement actuel car, à défaut de pouvoir le faire maintenant, il est bon de savoir que ce fonctionnement DOIT CHANGER.
Moins nous serons attaché à notre façon de penser, de voir... mieux cela sera.
Notre mental lui-même peut s'offrir au Divin et à Sa shakti et aspirer à... se laisser changer.