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Entretien de Mère du 30 mars 1955 (Extraits)

Douce Mère, le vrai moi et le psychique, est‑ce que c’est la même chose ?

Non. Le vrai moi, c’est ce que l’on appelle aussi la vérité de l’être. C’est l’élément divin qui est votre réalité individuelle. C’est l’élément divin qui fait que vous êtes une individualité séparée, et c’est en même temps un fragment de l’Être unique et naturellement l’Être unique Lui-même ; c’est-à-dire que tout en étant un aspect particulier qui fait que vous êtes un individu, c’est une partie intégrante de l’Unique qui fait que vous êtes seulement une objectivation de l’Unique. Ça, c’est le vrai moi.

L’être psychique est d’une formation terrestre. Ce sont les êtres humains qui ont un être psychique qui s’est développé sur la terre et par la vie terrestre, et qui est une projection de la Conscience divine dans la Matière pour éveiller la Matière hors de son inertie afin qu’elle reprenne le chemin du Divin. Mais dans certains cas, ce vrai moi se trouve dans l’être psychique, c’est-à-dire qu’il loge dans l’être psychique, mais pas toujours.

Il y a toujours une présence divine dans l’être psychique, mais c’est la présence divine qui était à l’origine de la formation psychique, c’est une émanation de la Conscience divine. Tandis que le vrai moi n’est pas de formation terrestre. Il est antérieur à la formation terrestre.

Entretien de Mère du 6 juillet 1955 (Extraits)

Entretien est basé sur le chapitre II de Lumières sur le Yoga, «   Plans et parties de l’être   ».

Douce Mère, ici, il est écrit   : «   Enfin l’âme ou être psychique se retire dans le monde psychique pour s’y reposer jusqu’à l’approche d’une nouvelle naissance.   » Alors, Mère, qu’est‑ce qui arrive à l’être central après ?

Cela dépend absolument des cas. Nous avons dit que l’être central et l’être psychique c’est la même chose, mais la partie qui est et qui reste dans le Divin, est et reste dans le Divin. Le psychique est la délégation de ce Divin dans la vie terrestre, pour la croissance terrestre. Mais la partie de l’être central qui est identifiée au Divin reste identifiée au Divin, ne bouge pas.

Même pendant la vie il est identifié au Divin, et après la mort il reste ce qu’il était pendant la vie, pour lui cela ne fait aucune différence. C’est l’être psychique qui a des alternances d’expérience et d’assimilation, d’expérience et d’assimilation. Mais le Jivâtman est dans le Divin et reste dans le Divin, et il n’en bouge pas ; et il n’est pas progressif. Il est dans le Divin, il est identifié au Divin, il reste identifié au Divin, mais pas séparé. Cela ne fait pas de différence pour lui, qu’il y ait un corps terrestre ou qu’il n’y en ait pas.

Alors, Douce Mère, est‑ce que l’être central de tout le monde est le même ?

Non, puisqu’on nous a dit que c’est identifié dans la multiplicité. C’est la vérité éternelle de chaque être. D’une façon ils sont identiques, d’une façon ils sont multiples ; parce que la vérité de chaque être est une vérité individuelle, mais elle est identifiée au Divin. C’est hors de la manifestation, mais c’est l’origine de la manifestation. C’est une unité qui n’est pas une uniformité.

C’est encore la même chose que ce que j’expliquais la dernière fois ; chacun est différent et pourtant chacun est identique. Si vous abordez le Divin par des angles différents, Il vous apparaît différent, parce que c’est l’angle par lequel vous L’abordez. C’est la même chose pour le Manifesté. Mais sous cet angle c’est tout le même, si je puis dire   : l’unité complète du Divin que l’on atteint. C’est le point de rencontre qui est différent, mais au-delà du point de rencontre c’est une totalité unique.

C’est très difficile à mettre en mots. Mais c’est une expérience qu’on peut avoir. C’est comme s’il y avait une quantité innombrable de portes ou de chemins par lesquels on puisse arriver au Divin. Alors quand on s’approche, on s’approche sous un certain angle, on entre par une certaine porte ; mais dès qu’on a pénétré, on s’aperçoit que c’est une identité unique, c’est seulement le chemin qui y conduit, ou l’approche spéciale, qui est différent.

Douce Mère   : «   Le Jîvâtman [...] dès qu’il préside à la dynamique de la manifestation se reconnaît comme un centre d’un Divin multiple et non pas comme le Parameshwara.   »

C’est justement tout ce que je viens de dire. Je ne vais pas encore recommencer.

Ce petit dessin de Sujata illustre peut-être nos "3 Mois" : l'être psychique ou l'être central en nous, notre Moi supérieur ou jivatman au-dessus, et tout en haut, notre Moi suprême qui réside dans Satchidananda ?

Peut-être faut-il rappeler que Sujata ne dessinait pas des choses comme ça, au hasard, selon les fruits de son imagination créatrice, mais qu'elle dessinait ce dont elle avait intérieurement la vision ou l'expérience. Mais à ce niveau, la différence entre les deux est sans doute assez floue.

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En complément, cette Lettre sur le Yoga de Sri Aurobindo

Dans notre yoga, l'expression "être central" sert généralement à désigner la partie du Divin dans l'homme qui soutient tout le reste et qui survit à travers la mort et la naissance.

Cet être central a deux formes : en haut, il est le jîvâtman, notre être véritable, dont nous prenons conscience quand vient la connaissance de soi supérieure ; en bas, il est l'être psychique qui se tient derrière le mental, le corps et la vie.

Le jîvâtman est au-dessus de la manifestation dans la vie et y préside ; l'être psychique est présent derrière cette manifestation et la soutient.

L'attitude naturelle de l'être psychique est de se sentir l'Enfant, le Fils de Dieu, le Bhakta ; c'est une parcelle du Divin, une avec lui en essence, quoique dans la dynamique de la manifestation il existe toujours une différence, même dans l'identité.

Le jîvâtman, au contraire, vit dans l'essence et peut se fondre en une identité avec le Divin ; mais lui aussi, dès l'instant où il préside à la dynamique de la manifestation, se reconnaît comme un centre du Divin multiple et non comme le Paraméshwara.

Il est important de se rappeler cette distinction ; car autrement, si l'on a le moindre égoïsme vital, on peut commencer à se croire un Avatar, ou bien perdre l'équilibre, comme Hridaya21 avec Râmakrishna.22

21. Hridaya était le neveu de Râmakrishna et l'un de ses disciples.
22. Lumières sur le Yoga, chapitre 2. Traduction de la Mère.

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Paraméshwara : le Seigneur Suprême, l'ishwara transcendant qui "d'au-delà du cosmos autant qu'à l'intérieur du cosmos" gouverne les mondes, et "donne naissance, depuis son existence originelle la plus élevée... à l'univers et règne sur lui... avec une omisciente omnipotence".

Sri Aurobindo – Glossaire du Journal du Yoga

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