L'enveloppe nerveuse et l'être nerveux (Sri Aurobindo)
Lettres sur le Yoga
Si vous ne dormez pas assez, votre corps et votre enveloppe nerveuse s'affaibliront ; or le corps et l'enveloppe nerveuse sont la base même de la sâdhanâ.
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C'est l'enveloppe nerveuse qui est faible ; c'est cela que vous avez vu. Le fait que vous vous sentez faible quand vous parlez avec les gens montre que l'origine du problème est une force nerveuse amoindrie. C'est elle que vous devez fortifier. Vous devez éviter de parler beaucoup avec les autres ; vous pouvez aussi vous reposer, quand vous ressentez fortement ces symptômes. Mais la foi, la tranquillité et l'ouverture à la force supérieure sont le remède fondamental.
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Toutes les maladies passent par l'enveloppe nerveuse (ou vitale-physique) du corps subtil avant d'entrer dans le physique.
Si l'on est conscient du corps subtil ou si on a la conscience subtile, on peut arrêter une maladie en cours de route et l'empêcher d'entrer dans le corps physique.
Mais elle peut venir inaperçue, ou pendant le sommeil, ou à travers le subconscient, ou par une brusque poussée quand on n'est pas sur ses gardes ; dans ce cas, il n'y a rien d'autre à faire qu'à lutter pour la déloger du terrain déjà gagné dans le corps.
L'auto-défense par ces moyens intérieurs peut devenir si puissante que le corps acquiert pratiquement l'immunité, comme l'ont beaucoup de yogis.
Cependant, ce "pratiquement" ne veut pas dire absolument. L'immunité absolue ne peut venir qu'avec la transformation supramentale. Car au-dessous du supramental, l'immunité est le résultat de l'action d'une Force parmi beaucoup d'autres forces, et elle peut être dérangée par une rupture de l'équilibre établi ; dans le supramental, l'immunité est une loi de la nature : dans un corps supramentalisé, l'immunité contre la maladie sera automatique, inhérente à sa nouvelle nature.
Il y a une différence entre la Force yoguique sur les plans inférieurs (mental et autres) et la Nature supramentale. Ce qui, dans la conscience mentale et corporelle, doit être acquis et gardé par la Force du yoga, est inhérent au supramental et y existe, non par acquisition mais par nature, absolument et indépendamment.
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C'est ainsi que les maladies essaient de se propager d'une personne à une autre ; elles attaquent l'être nerveux par une suggestion comme celle-ci, ou d'une autre manière, pour essayer d'y pénétrer. C'est souvent le cas, même si la maladie n'est pas contagieuse, mais cela se produit plus facilement lorsqu'elle l'est. La suggestion ou le contact doit être rejeté aussitôt.
Il y a, autour du corps, une sorte de protection que nous appelons l'enveloppe nerveuse ; si elle conserve sa résistance et refuse de laisser entrer la force de maladie, on peut rester en bonne santé même au milieu d'une épidémie, peste ou autre ; si l'enveloppe est percée ou faible, la maladie peut pénétrer.
L'attaque que vous avez sentie n'était pas en réalité dirigée contre le corps physique, mais contre cette enveloppe nerveuse et contre le corps nerveux (prânakosha) dont elle est une extension ou un revêtement.
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Les forces subtiles de maladie commencent par affaiblir l'enveloppe nerveuse – l'aura – ou la transpercer. Si elle résiste et reste intacte, mille millions de microbes ne pourront rien contre vous.
L'enveloppe une fois percée, elles attaquent le mental subconscient dans le corps, parfois aussi le mental vital ou le mental proprement dit ; elles préparent la maladie par la peur ou la pensée de la maladie. Les médecins eux-mêmes disent qu'en Extrême-Orient, quatre-vingt dix pour cent des gens atteints de grippe ou de choléra tombent malades sous l'effet de la peur. Rien ne sape la résistance autant que la peur. Mais c'est pourtant le subconscient qui joue le rôle essentiel. Si la Force qui s'oppose à la maladie est vigoureuse dans le corps, on peut se promener au milieu d'une épidémie de peste ou de choléra sans être jamais contaminé.
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Si nous vivons seulement dans la conscience physique extérieure, d'habitude nous ne savons pas que nous allons tomber malades avant que les symptômes de la maladie ne se déclarent dans le corps.
Mais si notre conscience physique intérieure est développée, nous percevons une atmosphère subtile environnante et nous pouvons sentir les forces de la maladie venir vers nous à travers elle, nous les sentons même à distance et, si nous avons appris à le faire, nous pouvons les arrêter par la volonté ou autrement.
Nous avons aussi, autour de nous, la sensation d'une enveloppe physique-vitale ou nerveuse qui irradie autour du corps et le protège, et nous pouvons sentir les forces adverses essayer de la percer ; nous pouvons alors intervenir, les arrêter ou renforcer l'enveloppe nerveuse.
Ou nous pouvons sentir les symptômes de la maladie – d'une fièvre ou d'un rhume, par exemple – dans l'enveloppe physique subtile, avant qu'ils ne se manifestent dans le corps grossier, et les y détruire, les empêcher de se manifester dans le corps.
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Si vous voulez retrouver votre foi et la garder, vous devez d'abord tranquilliser votre mental et faire en sorte qu'il soit ouvert à la force de la Mère et y obéisse. Si votre mental est surexcité, à la merci de chaque influence et de chaque impulsion, des forces nuisibles continueront à s'affronter en vous et vous ne pourrez progresser. Vous commencerez à écouter votre ignorance et non la connaissance de la Mère, et naturellement votre foi disparaîtra, vous vous mettrez dans un état indésirable et vous adopterez une mauvaise attitude.
Votre maladie vient évidemment des nerfs et n'est pas une maladie physique ordinaire. Ces maladies sont engendrées par la pression de forces hostiles ; elles s'aggravent si quelque chose en vous leur donne son assentiment, les accepte, et plus le mental leur accorde d'importance et d'attention, plus elles se développent. La seule chose à faire est de rester tranquille, de s'en dissocier et de refuser de les admettre ou d'en faire grand cas, de laisser le calme et la force dont la Mère vous a entouré pénétrer votre mental et s'infiltrer dans votre système nerveux. Agir autrement reviendrait à prendre parti pour les forces hostiles qui vous tourmentent. La guérison prendra longtemps, parce que votre système nerveux a longtemps subi ces influences et lorsqu'on cherche à les évincer, elles reviennent avec violence pour rétablir leur emprise. Mais si vous pouvez acquérir et conserver la patience, le courage, la conscience juste et l'attitude juste à leur égard, leur emprise disparaîtra peu à peu.
Certains défauts, dans votre nature vitale, s'opposent à la régularité du progrès spirituel, mais vous pouvez les éliminer si, en abandonnant toute notion excessive de "péché" et d'incapacité, vous les regardez tranquillement, les identifiez et les rejetez. Tranquillisez en vous-même toute exigence et tout désir trop ardent, toute excitation, toute exagération des sentiments et des impulsions contraires au yoga, recherchez en premier lieu l'intensité de la dévotion, mais aussi le calme, la force, la pureté et la paix. Laissez s'installer en vous une volonté de progrès régulière et tranquille ; prenez l'habitude d'assimiler complètement dans le silence, avec persévérance, ce que la Mère infuse en vous. C'est la bonne manière d'avancer.
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Votre principale difficulté, semble-t-il, est que vous laissez trop facilement vos nerfs prendre le dessus ; c'est seulement en apportant la tranquillité et le calme dans l'être tout entier que vous serez assuré d'un progrès régulier dans la sâdhanâ. La première chose à faire, pour vous rétablir, est de cesser de céder à vos nerfs ; plus vous y cédez, plus vous vous identifiez à ces idées et à ces sentiments et plus ils augmentent. Vous devez prendre du recul et retrouver en vous-même quelque chose qui n'est pas affecté par les douleurs et les dépressions ; de là, vous pourrez vous débarrasser des douleurs et des dépressions.
Si vous écoutez ce que disent les autres et que vous agissez conformément à leurs idées, comment pourrez-vous garder l'attitude juste qui seule peut vous soutenir dans votre travail ? C'est pour la Mère que vous devez travailler, pour la trouver en vous-même par le travail, et non pour vous protéger des critiques des autres.
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S'intéresser aux événements extérieurs n'est pas mauvais en soi ; tout dépend de la nature de cet intérêt. Si on le fait comme une partie de la sâdhanâ, en regardant les choses du point de vue de la vraie conscience, cela devient un moyen de développer l'être. C'est ce qui importe : acquérir la vraie conscience, et c'est ce qui vient en vous lorsque vous avez ce sentiment de la Paix et de l'action de la Force en elle. Vous n'avez aucune raison d'être insatisfait ou mécontent de vous, puisque le progrès se fait en dépit de la résistance des forces inférieures. Il faut vous débarrasser de cette pression qui se traduit par une lourdeur d'estomac. C'est là que se trouve encore la principale résistance. La paix au-dedans, et extérieurement une confiance, une joie pleines de bonne humeur, voilà ce qu'il faut ; alors les pressions et les troubles nerveux de ce genre cesseraient.
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Indispensable à une bonne santé.
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Et puis, avec les extraits suivants, nous passons comme à toute autre chose. Jusqu'à présent il a été essentiellement question de l'enveloppe nerveuse qui nous protège des maladies, alors que maintenant il s'agit de notre être nerveux qu'il s'agit de pacifier, purifier...
La Vie Divine
Livre 1 – chapitre 12 – page 128 et suivantes
Dans le domaine mental, il n’est pas difficile de percevoir cette pure relativité des réactions habituelles de plaisir et de douleur. L’être nerveux en nous est en effet accoutumé à une certaine fixité, à une fausse impression d’absolu dans ce domaine. Pour lui, la victoire, le succès, les honneurs, toute bonne fortune, sont choses agréables en soi, absolument, et doivent susciter la joie, tout comme le sucre doit avoir une douce saveur ; la défaite, l’échec, la déception, la disgrâce, l’infortune sous toutes leurs formes, sont choses déplaisantes en soi, absolument, et doivent susciter le chagrin, tout comme l’absinthe doit avoir un goût amer.
Modifier ces réponses revient à s’éloigner des faits, c’est pour lui une chose anormale et morbide ; car l’être nerveux, esclave de ses habitudes, est lui-même le moyen imaginé par la Nature pour fixer la constance de la réaction, l’identité de l’expérience, le plan établi des relations de l’homme avec la vie.
L’être mental, par contre, est libre, car il est le moyen qu’a imaginé la Nature pour assurer la plasticité et la variation, le changement et le progrès ; il n’est soumis qu’aussi longtemps qu’il choisit de le demeurer, de perpétuer une habitude mentale plutôt qu’une autre, ou aussi longtemps qu’il se laisse dominer par son instrument nerveux. Il n’est pas obligé de s’affliger de la défaite, de la disgrâce, de la perte : il peut affronter ces choses, ainsi que toutes choses, avec une parfaite indifférence ; il peut même y faire face avec une parfaite sérénité.
L’homme découvre donc que plus il refuse d’être dominé par ses nerfs et son corps et, par son retrait, de s’impliquer vitalement et physiquement, plus grande est sa liberté. Il devient maître des réponses qu’il donne aux contacts du monde, et n’est plus esclave des contacts extérieurs.
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Il est plus difficile d’appliquer la vérité universelle au plaisir et à la douleur physiques, car il s’agit précisément du domaine nerveux et corporel, du centre et du siège de ce qui, en nous, est naturellement dominé par le contact et la pression extérieurs. Cependant, même là, nous avons des aperçus de la vérité. Nous voyons cela dans le fait que, selon l’habitude, le même contact physique peut être agréable ou douloureux, non seulement pour différents individus mais pour le même individu dans des conditions différentes ou à diverses étapes de son développement. Nous le voyons dans le fait que l’homme, aux heures de grande excitation ou de haute exaltation, demeure physiquement indifférent à la douleur ou n’en a pas conscience, au contact de choses qui, d’ordinaire, lui infligeraient une torture ou des souffrances terribles.
Dans de nombreux cas, c’est seulement lorsque les nerfs s’imposent à nouveau et rappellent au mental son obligation habituelle de souffrir, que revient le sens de la souffrance.
Mais ce retour aux contraintes de l’habitude n’est pas inévitable ; ce n’est justement qu’une habitude.
Nous voyons, dans les phénomènes de l’hypnose, que l’on peut non seulement arriver à interdire au sujet hypnotisé d’éprouver la douleur d’une blessure ou d’une piqûre lorsqu’il se trouve dans cet état anormal, mais qu’on peut l’empêcher, avec tout autant de succès, de retourner à sa réaction habituelle de souffrance lorsqu’il est réveillé. La raison de ce phénomène est parfaitement simple ; elle tient à ce que l’hypnotiseur suspend la conscience de veille qui est esclave d’habitudes nerveuses et qu’il peut faire appel à l’être mental subliminal dans les profondeurs, à l’être mental intérieur qui, s’il le veut, est maître des nerfs et du corps.
Mais cette liberté qui s’obtient anormalement par l’hypnose, rapidement et sans véritable possession par une volonté étrangère, on peut également la gagner soi-même normalement, graduellement, avec une véritable maîtrise, par sa propre volonté, afin d’obtenir une victoire partielle ou complète de l’être mental sur les réactions nerveuses habituelles du corps.
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La douleur mentale et physique est un moyen que la Nature, autrement dit la Force en ses œuvres, utilise pour effectuer une transition déterminée dans son évolution ascendante. Du point de vue individuel, le monde est un jeu et un choc complexe de forces multiples. Au cœur de ce jeu complexe, l’individu apparaît comme un être construit et limité, pourvu d’une somme limitée de force, exposé à d’innombrables chocs qui peuvent blesser, mutiler, démembrer, désintégrer la construction qu’il appelle lui-même.
La douleur est, en sa nature, un recul nerveux et physique devant un contact dangereux ou nuisible ; elle fait partie de ce que l’Upanishad appelle jugupsâ, le repli de l’être limité devant ce qui n’est pas lui ou ce qui n’est pas en affinité ou en harmonie avec lui, c’est son instinct d’autodéfense contre « les autres ». Vue sous cet angle, c’est une indication donnée par la Nature de ce que l’on doit éviter, ou, si l’on n’y parvient pas, qu’il faut soigner.
Elle n’apparaît pas dans le monde purement physique tant que la vie n’y entre pas ; car jusque-là les méthodes mécaniques suffisent. Sa tâche commence lorsque la vie, avec sa fragilité et sa maîtrise imparfaite de la Matière, entre en scène ; elle augmente avec la croissance du Mental dans la vie, et se poursuit aussi longtemps que le Mental reste enchaîné dans la vie et dans le corps dont il se sert, dépend d’eux pour sa connaissance et ses moyens d’action, est soumis à leurs limitations et aux impulsions et aux buts égoïstes qu’engendrent ces limitations.
Mais dans la mesure où le Mental en l’homme devient capable d’être libre, sans égoïsme, en harmonie avec tous les êtres et avec le jeu des forces universelles, l’utilité de la souffrance et son rôle diminuent, sa raison d’être finit par disparaître et elle ne peut se perpétuer que comme un atavisme de la nature, une habitude qui a survécu à son utilité, une persistance de l’inférieur dans l’organisation encore imparfaite du supérieur.
Son élimination finale doit être un point essentiel dans la victoire prédestinée de l’âme sur la sujétion à la Matière et à la limitation égoïste dans le Mental.
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Cette élimination est possible parce que la douleur et le plaisir sont eux-mêmes des courants de la joie d’être, même si l’un est imparfait, et l’autre perverti.
La cause de cette imperfection et de cette perversion est la division de l’être en sa conscience, effectuée par la Mâyâ qui mesure et limite, et c’est pourquoi l’individu reçoit les contacts de façon égoïste et morcelée, et non plus universelle.
Pour l’âme universelle, toute chose, et tout contact, porte en soi une essence de délice ; dans notre esthétique, rien ne saurait mieux l’exprimer que le terme sanskrit rassa, qui signifie à la fois la sève ou l’essence d’une chose, et sa saveur. C’est parce que nous ne recherchons pas l’essence de la chose qui entre en contact avec nous, mais considérons seulement la façon dont elle affecte nos désirs et nos craintes, nos appétits et nos répulsions, que le rassa prend la forme du chagrin et de la douleur, du plaisir imparfait et éphémère ou de l’indifférence, c’est-à-dire d’une neutralité incapable de saisir l’essence.
Si nous pouvions être entièrement désintéressés dans notre mental et notre cœur, et imposer ce détachement à l’être nerveux, il serait possible d’éliminer peu à peu ces formes imparfaites et perverses du rassa, et la vraie saveur essentielle de l’inaliénable délice de l’existence en toutes ses variations serait à notre portée.
Nous parvenons, dans une certaine mesure, à goûter ce délice variable mais universel lorsque nous devenons sensibles à la beauté des choses, telles que les représentent l’Art et la Poésie ; nous y trouvons la joie délicieuse, le rassa de l’émouvant, du terrible, voire de l’horrible et du repoussant1 ; et c’est parce que nous sommes détachés, désintéressés, parce que nous ne pensons pas à nous ni à nous défendre (jugupsâ), mais seulement à la chose et à son essence.
1. Dans la rhétorique sanskrite, ils sont appelés les rassa karuna, bhayânaka et bîbhatsa.
Certes, cette réception esthétique des contacts n’est pas une image ni un reflet précis du pur délice, qui est supramental et supra-esthétique ; ce dernier, en effet, éliminerait le chagrin, la terreur, l’horreur et le dégoût avec leur cause, tandis que celle-là les admet : mais elle représente partiellement et imparfaitement un stade du délice progressif dans la manifestation de l’Âme universelle en toutes choses et, dans une partie de notre nature, elle nous permet de nous détacher des sensations égoïstes et d’avoir cette attitude universelle par laquelle l’Âme unique voit l’harmonie et la beauté là où nous-mêmes, êtres divisés, nous éprouvons plutôt le chaos et la discorde.
La complète libération ne peut venir que par une libération similaire en toutes les parties de notre être, l’aesthesis universelle, le point de vue universel de la connaissance, le détachement universel de toutes choses et pourtant la sympathie envers tout en notre être émotif et nerveux.
Livre 2 – chapitre 27 – page 1042
La douleur et la souffrance ont pour cause
➡ l’insuffisance et la faiblesse de la Conscience-Force telle qu’elle est manifestée dans l’être mental, vital et physique,
➡ son incapacité à recevoir ou à refuser à son gré les contacts de l’Énergie universelle qui lui sont imposés,
➡ ou, si elle les reçoit, son incapacité à les assimiler ou à les harmoniser.
Dans le monde matériel, la Nature part d’une insensibilité complète, et c’est un fait reconnu qu’aux commencements de la vie, chez l’animal et chez l’homme primitif ou peu développé, on observe une insensibilité relative ou un manque de sensibilité ou, le plus souvent, une endurance et une résistance plus grandes à la souffrance. À mesure que l’être humain évolue, sa sensibilité grandit et il souffre plus vivement dans son mental, sa vie et son corps.
Car la croissance de la conscience n’est pas suffisamment soutenue par une croissance de la force ; le corps développe des capacités plus subtiles, plus raffinées, mais son énergie extérieure perd de sa solide efficacité ; l’homme doit alors faire appel à sa volonté, à son pouvoir mental pour dynamiser, corriger et maîtriser son être nerveux, pour le contraindre aux tâches épuisantes qu’il exige de ses instruments, et le cuirasser contre la souffrance et le malheur.
Avec l’ascension spirituelle, le pouvoir de la conscience et son influence sur ses instruments augmentent considérablement, de même que la maîtrise de l’esprit et du mental intérieur sur la mentalité extérieure, l’être nerveux et le corps.
Une vaste et tranquille égalité de l’esprit face à tous les chocs et à tous les contacts, s’établit au-dedans et devient l’équilibre habituel, et cette égalité mentale peut se transmettre aux parties vitales et établir, là aussi, une force et une paix d’une ampleur immense et durable ; même dans le corps, cet état peut s’installer et affronter intérieurement les chocs du chagrin et de la douleur et les souffrances de toutes sortes.
Il est même possible de faire intervenir un pouvoir d’insensibilité physique volontaire, ou d’acquérir le pouvoir de se dissocier mentalement de tout choc et de toute blessure, ce qui prouve que les réactions ordinaires du moi corporel et sa soumission défaillante aux influences normales de la Nature matérielle, ne sont ni obligatoires, ni immuables.
Plus fondamental encore est le pouvoir qui se manifeste au niveau du mental spirituel ou du surmental, et qui permet de changer les vibrations de douleur en vibration d’Ânanda ; même si ce pouvoir ne devait pas dépasser un certain niveau, il indiquerait néanmoins la possibilité d’un renversement total des règles qui gouvernent ordinairement les réactions de la conscience.
Ce pouvoir peut aussi s’associer à un pouvoir d’auto-protection qui détourne les chocs trop difficiles à transmuer ou à supporter.
À un certain stade de l’évolution gnostique, ce renversement et ce pouvoir d’auto-protection doivent devenir complets et satisfaire ainsi le droit du corps à l’immunité, à la sérénité de son être et à la libération de toute souffrance, et lui donner le pouvoir de goûter une félicité d’être intégrale.
Un Ânanda spirituel pourra alors se déverser dans le corps et inonder cellules et tissus ; la matérialisation lumineuse de cet Ânanda supérieur pourrait donc amener tout naturellement la transformation totale de la sensibilité déficiente ou rebelle de la Nature physique.
La Synthèse des Yogas
Introduction
Chapitre 2 – page 17 et 18
De même, les énergies vitales et nerveuses en nous sont d’une grande utilité ; elles demandent aussi la réalisation divine de leurs possibilités dans notre accomplissement ultime. Le rôle majeur assigné à cet élément dans le plan universel est puissamment souligné par la sagesse œcuménique des Upanishads : « Tels les rayons d’une roue dans le moyeu, toute chose est établie en l’Énergie de Vie : la triple connaissance et le Sacrifice, et le pouvoir du fort et la pureté du sage. Sous l’empire de l’Énergie de Vie est tout ce qui demeure dans le triple ciel. »1 Par conséquent, un yoga qui détruit les énergies vitales ou les contraint à un apaisement apathique, ou qui les extirpe comme une source d’activités nuisibles, n’est pas un yoga intégral. Il faut les purifier, non les détruire — les transformer, les maîtriser, les utiliser, tel est le but pour lequel elles furent créées et développées en nous.
1. Prashna Upanishad, II.6,13. Chaque « ciel » représente un plan de conscience, et le triple ciel comprend le plan de la Matière, le plan de la Vie et le plan du Mental.
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La vraie existence humaine, par conséquent, ne commence que quand la mentalité intellectuelle émerge de la mentalité matérielle et que nous commençons à vivre de plus en plus dans le mental, délivrés de l’obsession nerveuse et physique et de plus en plus capables, à mesure que cette liberté grandit, d’accepter correctement la vie du corps et de nous en servir correctement. Car la liberté, et non une habile soumission, est le vrai moyen d’atteindre à la maîtrise. Accepter librement, et non par obligation, les conditions — élargies et sublimées — de notre être physique, tel est le haut idéal humain. Mais au-delà de cette mentalité intellectuelle, existe une mentalité divine.
Chapitre 4 – page 43
En fait, obtenir le contact entre la conscience humaine individuelle et la conscience divine est l’essence même du yoga.
Le yoga est l’union de ce qui a été séparé dans le jeu de l’univers, avec le vrai moi, qui est son origine et son caractère universel.
Le contact peut avoir lieu en n’importe quel point de cette conscience complexe et compliquée que nous appelons notre personnalité.
Il peut s’effectuer dans le physique, par le corps ; dans le vital, par le jeu des fonctions qui déterminent l’état et les expériences de notre être nerveux ; dans le mental, par l’intermédiaire des émotions du cœur, ou par la volonté active, l’entendement, ou d’une façon plus large, par une conversion générale de la conscience mentale dans toutes ses activités.
Il peut aussi s’accomplir par un éveil direct à la Vérité et à la Béatitude universelles ou transcendantes quand l’ego central dans le mental se convertit.
Et selon le point de contact choisi, nous pratiquerons tel ou tel type de yoga.
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Le Yoga des Œuvres divines
Chapitre 2 – page 92
La découverte la plus déconcertante que l’on puisse faire est de voir que chaque partie de nous-mêmes — l’intellect, la volonté, le mental sensoriel, l’être de désir ou être nerveux, le cœur, le corps — a, pour ainsi dire, sa propre individualité complexe et une formation naturelle indépendante du reste ; aucune des parties de notre être n’est d’accord avec elle-même, ni avec les autres ni avec l’ego représentatif qui est l’ombre projetée sur notre ignorance superficielle par le moi central et centralisateur.
Nous découvrons que nous sommes composés, non d’une mais de multiples personnalités, et que chacune a ses propres exigences, sa propre nature distincte.
Notre être est un chaos grossièrement constitué dans lequel il nous faut introduire le principe d’un ordre divin.
Nous découvrons, en outre, qu’au-dedans comme au-dehors, nous ne sommes pas seuls dans le monde ; le séparatisme aigu de notre ego n’est qu’une puissante supercherie et une illusion.
Nous n’existons pas par nous-mêmes, isolés dans une retraite intérieure ou solitaires.
Notre mental est une machine à recevoir, développer, modifier, à travers laquelle un flot d’éléments étrangers passe constamment, sans interruption. C’est toute une masse de matériaux disparates qui se déversent d’en haut, d’en bas, du dehors. Beaucoup plus de la moitié de nos pensées et de nos sentiments ne sont pas nôtres, car ils prennent forme en dehors de nous ; en fait, il y a fort peu de choses qui aient vraiment leur origine dans notre nature.
Une grande partie de nos mouvements intérieurs proviennent d’autrui ou de notre entourage comme matières premières ou produits manufacturés, mais davantage encore de la Nature universelle terrestre, ou d’autres mondes, d’autres plans et de leurs êtres, de leurs pouvoirs et leurs influences, car nous sommes entourés par d’autres plans de conscience — les plans du mental, de la vie, de la matière subtile — qui nourrissent notre vie et notre action ici-bas ou au contraire s’en nourrissent, exercent une pression sur elles et les utilisent pour manifester leurs formes et leurs forces.
Cette complexité, ces innombrables ouvertures, cette sujétion au flot envahissant des énergies universelles augmentent énormément la difficulté pour ceux qui cherchent un salut individuel.
Nous devons tenir compte de tous ces éléments et les gérer correctement, connaître la substance secrète de notre nature et les mouvements qui la constituent et en résultent afin d’y créer un centre divin, une harmonie véritable, un ordre lumineux.
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Chapitre 8 – page 250
Agir et y trouver la joie est la loi normale et le droit de l’être nerveux ; mais choisir l’action et la jouissance par désir personnel est le fait de sa volonté ignorante, non un droit. Seule la Volonté suprême et universelle doit choisir ; l’action doit se changer en un mouvement dynamique de la Volonté divine, et la jouissance faire place au jeu d’un pur Ânanda spirituel.
Toute volonté personnelle est une délégation temporaire d’en haut, ou une usurpation de l’Asura ignorant.
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Le Yoga de la Connaissance intégrale
Chapitre 3 – page 372
La première cause d’impureté dans la compréhension est l’intrusion du désir dans les fonctions de la pensée ; le désir est lui-même une impureté de la Volonté qui se laisse entraîner par les parties vitales et émotives de notre être. Quand les désirs vitaux et émotifs s’immiscent dans la pure volonté de savoir, la fonction pensante devient leur servante et poursuit des fins qui lui sont étrangères ; ses perceptions sont obstruées et brouillées.
La compréhension doit donc s’élever au-dessus de l’assaut des désirs et des émotions, et, pour arriver à une parfaite immunité, obliger l’être vital et les émotions elles-mêmes à se purifier.
La volonté de jouissance est le propre de l’être vital, mais non le choix de la jouissance ni sa recherche qui doivent être déterminés par des fonctions plus hautes et leur appartenir ; par conséquent, l’être vital doit apprendre à accepter les gains ou les jouissances qui proviennent du juste fonctionnement de la vie, conformément à l’action de la Volonté divine, et se débarrasser du désir et de l’attachement.
De même, le cœur doit se délivrer de sa sujétion aux désirs des sens et aux appétits du principe de vie, et donc se débarrasser des émotions fausses, telles la peur, la colère, la haine, la luxure, etc., qui constituent la principale impureté du cœur.
La volonté d’aimer est le propre du cœur mais ici aussi le choix et la recherche de l’amour doivent être abandonnés ou tranquillisés et le cœur doit apprendre à aimer, avec intensité et profondeur, certes, mais aussi une calme profondeur et une intensité stable et égale au lieu d’une intensité tourmentée et désordonnée.
La tranquillisation et la maîtrise1 de ces éléments est la condition première pour immuniser la compréhension contre l’erreur, l’ignorance et la perversion.
Cette purification exige une égalité complète de l’être nerveux et du cœur ; et, par conséquent, l’égalité qui fut le premier mot clé sur la voie des œuvres est aussi le premier mot clé sur la voie de la connaissance.
1. shama et dama.
Chapitre 5 – page 395
L’enseignement de la Gîtâ nous fait voir toute la subtilité de la libération de l’égoïsme que l’on attend de nous. Arjuna est poussé à se battre, tout d’abord par l’égoïsme de la force, l’égoïsme du guerrier, du kshatriya ; puis il se détourne de la bataille par un égoïsme inverse — l’égoïsme de la faiblesse, par un mouvement de recul, un sentiment de dégoût, une fausse pitié qui s’empare de son mental, de son être nerveux et de ses sens —, non par la compassion divine qui fortifie le bras et clarifie la connaissance.
Mais sa faiblesse se présente toute vêtue de renoncement et de vertu : « Plutôt la vie du mendiant que le goût de ces jouissances tachées de sang ! Je ne désire point gouverner toute la terre, oh ! non, ni le royaume des dieux. »
Que l’Instructeur est sot, serions-nous tentés de dire, de ne pas confirmer ces bonnes dispositions, de perdre cette chance sublime d’offrir une grande âme de plus à l’armée des sannyâsins et de donner au monde un brillant exemple de plus de renoncement sacré.
Mais le Guide voit autrement, le Guide ne peut pas être trompé par des mots : « C’est la faiblesse, l’illusion, l’égoïsme qui parlent en toi. Regarde le Moi, ouvre tes yeux à la connaissance, purifie ton âme de tout égoïsme », et finalement : « Lutte, conquiers et possède un riche royaume. »
Ou encore, nous pouvons prendre un autre exemple dans l’ancienne tradition indienne et dire que c’est l’égoïsme, semble-t-il, qui poussa Râma, l’Âvatâr, à lever une armée et à détruire toute une nation pour délivrer sa femme prisonnière du roi de Lankâ. Mais eût-il été moins égoïste de se draper dans l’indifférence et d’invoquer abusivement les termes extérieurs de la connaissance pour dire : « Je n’ai point de femme, point d’ennemi, point de désir ; ce sont des illusions des sens ; je cultiverai la connaissance du Brahman, et Râvana fera ce qu’il voudra de la fille de Janaka » ?
Le Yoga de la Perfection de soi
Chapitre 21– page 327
Cette transformation, nous l’avons dit, est beaucoup plus aisée quand, par le yoga, on a préparé les instruments de la nature inférieure ; sinon, nous éprouverons une grande difficulté à nous débarrasser de la discordance ou de la disparité entre la supramentalité idéale et les instruments de transmission mentale : le canal mental, le cœur, les sens, l’être nerveux et l’être physique. La raison supramentale peut faire en grande partie un premier travail de transformation, mais non le travail tout entier.