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Satprem

La Genèse du Surhomme

Chapitre 7 : Le Feu du Nouveau Monde (Extraits)

Et nous avons dit que l’homme avait un moi de feu, au centre de son être, une petite flamme, un cri d’être pur sous les décombres de la mécanique. C’est ce feu-là qui clarifie. C’est ce feu-là qui voit. Parce que c’est un feu de vérité au centre de l’être et c’est un même Feu partout, dans tous les êtres, toutes les choses, tous les mouvements du monde ou des astres, et dans ce caillou au bord du chemin et dans cette graine ailée qu’emporte un souffle.

Il y a cinq mille ans déjà les Rishis védiques le chantaient :

« Cette splendeur de toi, ô Feu ? qui est dans les cieux et dans la terre et dans les plantes et dans les eaux… est un vivant océan de lumière qui voit avec une vision divine1

Il est le fils des eaux, le fils des forêts, le fils des choses stables et le fils des choses qui se meuvent. Même dans la pierre il est là pour l’homme, il est là au milieu de sa maison2

Ô Feu, tu es le nœud ombilical de toutes les terres et de leurs habitants3.

Ce feu-là, les Rishis l’avaient découvert cinq mille ans avant les savants – même dans les eaux ils l’avaient découvert, ils l’appelaient le « troisième feu », celui qui n’est ni des flammes ni des éclairs : saura agni, le feu solaire4, ce « soleil dans l’obscurité5 ».

Et ils l’avaient trouvé par le seul pouvoir de vision directe de la Vérité, sans instruments, par la seule connaissance de leur propre Feu au-dedans – de l’identique à l’identique.

1. Rig-Véda, III.22.2

2. Rig-Véda, I.70.2

3. Rig-Véda, I.59

4. En effet, il a fallu attendre1938 et le cycle de Bethe pour découvrir ce « troisième feu », celui qui accompagne les réactions nucléaires ; et c’est bien le feu du soleil, dont l’énorme radiation est libérée lors de la fusion des noyaux d’hydrogène en hélium. Avant cela, la science ne connaissait que les deux premiers feux : le feu des réactions chimiques, où se détruisent et se reconstruisent des molécules sans que changent les atomes constitutifs, et le feu qui provient de modifications dans les niveaux périphériques de l’atome (ceux des électrons), modifications qui sont à la source de tous les phénomènes électro-magnétiques. (Note établie par P.B. Saint Hilaire)

5. Rig-Véda, III.39.5

Mais sous leurs microscopes, les savants n’ont découvert que le revêtement matériel atomique, de ce Feu fondamental qui est au centre des choses et au commencement des mondes. Ils ont trouvé l’effet, non la cause. Et parce qu’ils ont trouvé seulement l’effet, les savants n’ont pas la maîtrise, ni la clef qui pourrait transformer la matière – notre matière – et lui faire rendre le vrai miracle qui est le but de toutes les évolutions, le « point d’autre chose » qui ouvrira la porte d’un nouveau monde. C’est ce Feu-là qui est le pouvoir des mondes, l’ignition première de l’évolution, la force du caillou, la force de la graine, la force « au milieu de la maison ». C’est lui, le levier ; lui, le voyant ; lui qui peut rompre le cercle, et tous les cercles de nos envoûtements successifs, matériel, animal, vital, mental.

Nulle espèce, même poussée à son maximum d’efficacité et d’intelligence et de lumière, n’a le pouvoir de dépasser ses limites – ni le caméléon ni le singe ni l’homme –simplement par le fiat de ses chromosomes améliorés. C’est ce feu-là qui peut. C’est le point d’autre chose, le moment d’imagination suprême qui met le feu aux vieilles limites, comme un jour, un même moment d’imagination suprême mit un même feu au cœur des mondes et jeta sur les eaux du temps cette semence solaire, et toutes ces ondes, ces cercles autour d’elles pour l’aider à mieux grandir, jusqu’à ce que chaque radicelle, chaque rameau, chaque brindille de la grande efflorescence, puisse toucher son infini, délivré par sa propre grandeur.

Dans ce chapitre, il est aussi question de la Nouvelle Conscience, celle que Mère a appelée la conscience du surhomme et qui est descendue dans l'atmosphère terrestre en 1969 pour aider l'humanité à évoluer. Un jour, il faudrait rassembler les textes qui l'a concerne et en relever les différentes caractéristiques  cela aiderait sans doute à mieux reconnaître son action dans nos vies. 

Ne craint aucun obstacle.

En attendant, Satprem fait le lien entre cette Nouvelle Conscience et ce Feu. Voici ce qu'il écrit :

Et nous revenons à notre question : qu’est-ce que cette nouvelle conscience, d’où est-elle sortie, si elle n’est pas le fruit de nos précieux cerveaux ?…

(… /…)

En vérité, elle n’est pas mystérieuse, bien qu’elle soit pleine de mystères ; elle ne dépend pas d’instruments compliqués, elle ne se cache pas sous des connaissances secrètes ni ne tombe du ciel pour les élus – elle est là, presque visible à l’œil nu, elle est toute simple, toute naturelle. Elle était là depuis le commencement des temps, dans cette semence qui couvait un feu : un besoin de s’étendre et de prendre ; elle était là, sous cette grande nébuleuse qui amassait ces grains d’atome : un besoin de grandir et d’être ; sous ces eaux endormies qui grouillaient déjà d’un feu de vie impatient : un besoin d’air et d’espace.

Et tout s’est mis à bouger, poussé par un même feu : l’héliotrope vers le soleil, la colombe vers sa compagne et l’homme vers on ne sait quoi. Un immense Besoin au cœur des mondes et jusque dans les galaxies, là-bas, aux confins d’Andromède, qui s’embrassent dans l’étreinte d’une gravitation mortelle. Ce besoin, nous le voyons à notre niveau, il est petit ou moins petit, il demande de l’air ou du soleil, il demande une compagne et des enfants, il demande des livres, des arts ou de la musique, des objets et des millions d’objets – mais il n’y a qu’un objet vraiment, il ne demande qu’une musique, un seul soleil et un seul air. C’est un besoin d’infini. Parce qu’il est né de l’infini.

Et tant qu’il n’aura pas touché son unique objet, il ne cessera point, ni les galaxies de s’entredévorer, ni les hommes de se battre et de peiner pour saisir l’unique chose qu’ils croient ne pas avoir et qui pousse, qui pousse dedans, qui tisonne son feu insatisfait jusqu’à ce que nous ayons touché l’ultime satisfaction – et la plénitude en même temps des millions d’objets vains et de cette rose d’un instant et de ce petit geste de rien.

C’est ce Feu-là qui est la clef, parce qu’il est né du suprême Pouvoir qui mit le feu au monde ; c’est ce Feu-là qui voit, parce qu’il est né de la suprême Vision qui conçut cette semence ; c’est ce Feu-là qui connaît, parce qu’il se reconnaît partout, dans les choses et dans les êtres, dans ce caillou et les étoiles. C’est le Feu du nouveau monde qui brûle dans le cœur de l’homme, « c’est lui qui est éveillé dans ceux qui dorment », dit l’Oupanishad1. Et il n’aura de cesse que tout soit restitué à sa vérité ronde, et le monde à sa joie, parce qu’il est né de la Joie et pour la Joie.

1.Katha Oupanishad, V.8

Mais ce moi de feu, il est tout d’abord mélangé à ses obscures besognes ; il peine et désire, lutte et se tend ; il rampe avec le ver, cherche l’odeur de sa proie dans le vent. Il doit se conserver et survivre. Il palpe le monde avec ses petites antennes, il voit des fragments, il voit selon son besoin. Et dans l’homme – l’animal conscient – il élargit sa ronde, il palpe encore, il additionne ses morceaux, systématise ses données : il fait des lois, des recueils de connaissance, des évangiles.

Mais derrière, il y a ce moi de feu qui pousse, ce quelque chose qui ne s’arrête pas, qui s’impatiente des lois, des systèmes, des évangiles, qui sent le mur derrière chaque vérité saisie, chaque loi conçue, qui sent le piège se refermer sur chaque découverte, comme si, saisir, c’était être saisi, piégé ; il y a ce quelque chose qui dirige l’antenne, qui s’impatiente même de l’antenne, s’impatiente des leviers et de toute cette mécanique pour appréhender le monde, comme si cette mécanique et cette antenne et ce regard jetaient un dernier voile sur le monde et l’empêchaient de toucher sa réalité nue.

Il y a ce cri d’être au fond qui veut voir, qui a tellement besoin de voir vraiment et de jaillir enfin à l’air libre : le maître de l’antenne et non l’esclave de l’antenne. Comme si, vraiment, depuis toujours, un maître était emprisonné là, qui tant bien que mal avait lancé ses pseudopodes, lancé ses tentacules et tous ses réseaux multicolores pour tenter de rejoindre le dehors.

Puis, un jour, sous la pression de ce feu de besoin, la mécanique commence à craquer. Tout craque : les lois, les évangiles, les connaissances et toutes les jurisprudences du monde, on n’en veut plus ! Même du meilleur on ne veut plus, c’est encore un emprisonnement, un piège – les pensées, les livres, les arts et dieu-le-père –autre chose, autre chose ! Oh ! quelque chose dont on a tellement besoin et qui n’a pas de nom sauf son aveugle besoin…

Et l’on démécanise avec la même rage que l’on avait mécanisé. Tout brûle, il ne reste rien, sauf ce feu pur. Ce feu qui ne sait pas, qui ne voit rien, plus rien du tout, pas même les petits bouts de fragments qu’il avait soigneusement amassés. C’est un feu presque douloureux : il se tend et peine et cherche et se cogne ; il veut la vérité, il veut l’autre chosecomme autre fois il voulait les objets, les millions d’objets du monde, et se tendait pour saisir. Et peu à peu tout est consumé. Même le désir de l’autre chose, même l’espoir d’étreindre jamais cette impossible vérité pure, même l’effort se dissout, tout nous glisse des mains.

Il reste une petite flamme pure.

Une flamme qui ne sait pas, qui ne voit pas, mais qui est ; et c’est comme une douceur d’être simplement cette flamme, cette toute petite flamme sans objet – elle est, simplement elle est, purement. On dirait même qu’elle n’a pas besoin d’autre chose. On coule dedans, on vit dedans, c’est comme un amour pour rien, pour tout.

Et parfois, on plonge très profondément dedans ; alors, là-bas, tout au bout de ce feu tranquille – si tranquille – il y a comme un sourire d’enfant, quelque chose qui regarde le monde dans une transparence, et puis, si l’on ne fait pas attention, voilà que ce regard s’éparpille, il coule avec les choses, respire avec la plante, s’en va dans l’infini partout, sourit dans celui-ci, sourit dans celui-là, et tout est immédiat. Il n’y a plus rien à prendre, rien à saisir, rien à vouloir : c’est là, c’est tout là ! C’est partout là !

C’est un regard sans mur, une vision qui n’enchaîne pas, une connaissance qui ne prend rien – tout est connu, immédiatement connu, et ça passe au travers, ça file comme une anguille, c’est léger comme du pollen, libre comme le vent, ça sourit partout comme si l’on se souriait à soi-même derrière tout. Et où est l’« autre », où est le non-moi, le dehors, le dedans, le près, le loin : ça fusionne avec tout, ça communique instantanément, comme si c’était la même chose partout.

Et voici que cette petite flamme commence à reconnaître son monde : cette nouvelle géographie commence à prendre des reliefs, des teintes, des variations. C’est une même chose, et pourtant chaque chose est comme unique ; c’est un même feu, mais chaque feu a une intensité particulière, une fréquence spéciale, une vibration qui domine et comme une musique toute différente. Chaque être a sa musique, chaque chose a son rythme, chaque moment sa couleur, chaque évènement sa cadence, et tout commence à se relier. Tout prend un autre sens, et c’est comme un sens total où chaque infime exécutant a son irremplaçable position, sa présence unique, sa note unique, son geste indispensable.

Alors, un vaste déroulement miraculeux commence à se révéler à nos yeux. Le monde est un miracle – une découverte à chaque pas, une révélation du microscopique, un voyage infini dans le fini. On est dans la nouvelle conscience, on a saisi le feu du nouveau monde : « Ô Feu, tu es la suprême croissance de notre être et sa suprême expansion, toute gloire et toute beauté sont dans ta couleur désirable et dans ta vision parfaite. Ô Vastitude, tu es la plénitude qui nous porte au bout du chemin, tu es une multitude de richesses répandues de tous côtés1. »

1. Rig-Véda, II.1.12

🔥

Voilà... c'est si magnifiquement écrit, si puissamment évocateur, que je n'ai pas résisté à le partager.

Puisse ce texte nous aider à trouver notre propre "moi de feu"... 

OM

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