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Cela faisait plus de 15 ans que je ne l'avais pas relu et j'avais oublié à quel point c'est un livre formidable pour présenter et expliquer de manière aussi simple que possible l’œuvre évolutive de Sri Aurobindo, et la part que nous y prendre. 

 

Ce sont des centaines d'extraits que j'aurais pu partager, je me contenterai d'une dizaine.

Ce qu’on appelle communément la réincarnation n’est pas particulier à l’enseignement de Sri Aurobindo ; toutes les sagesses anciennes en ont parlé, de l’Extrême-Orient à l’Égypte et aux néoplatoniciens*, mais Sri Aurobindo lui donne un sens nouveau. Car dès l’instant où l’on sort de la petite vision momentanée d’une vie unique coupée par la mort, deux attitudes sont possibles ; ou bien l’on peut penser, avec les spiritualistes exclusifs, que toutes ces vies sont une chaîne douloureuse et futile dont il importe de se libérer au plus tôt pour se reposer en Dieu, en Brahman ou en quelque Nirvana ; ou bien l’on peut croire avec Sri Aurobindo — une croyance qui repose sur une expérience — que l’ensemble de ces vies représente une croissance de conscience qui culmine dans un accomplissement terrestre ; autrement dit, qu’il y a évolution, une évolution de la conscience derrière l’évolution des espèces, et que cette évolution spirituelle doit aboutir à une réalisation individuelle et collective sur la terre.

* Il est curieux de noter que les Pères de l’Église, au concile d’Alexandrie, s’étaient aussi demandé s’ils devaient admettre la réincarnation.

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Plus on s’élève dans l’échelle de la conscience, plus l’échéance de la vision est lointaine et plus sa portée est universelle, mais moins les détails d’exécution sont visibles, comme si le fait vu était inéluctable certes (à condition que notre vision soit assez pure de tout égoïsme), mais avec une marge d’incertitude quant aux modalités de réalisation — cette marge d’incertitude représente, en un sens, les péripéties ou les déformations de la vérité d’en haut quand elle descend de plan en plan pour se réaliser terrestrement.

Toutes sortes de conclusions intéressantes peuvent se dégager de cette observation, mais, notamment, le fait que plus on est conscient sur la terre, c’est-à-dire capable de monter haut dans l’échelle de la conscience et de se rapprocher de l’Origine, plus on rapproche aussi la terre de l’Origine en annulant les déterminismes déformants des plans intermédiaires. Ceci peut avoir non seulement des conséquences individuelles considérables pour la maîtrise et la transformation de notre propre vie, mais des conséquences générales pour la transformation du monde.

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La nescience de la Matière est une conscience voilée, involuée ; c’est une conscience somnambule qui contient d’une manière latente tous les pouvoirs de l’Esprit. En chaque particule, chaque atome, chaque molécule, chaque cellule de la Matière vivent et agissent, cachés et inconnus, l’omniscience de l’Éternel et la toute-puissance de l’Infini24.

24. The Hour of God, 17-15

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Sans cette involution, il n’y aurait pas d’évolution possible, et comment quelque chose pourrait-il sortir de rien ? pour qu’il y ait évolution, il faut qu’il y ait quelque chose qui pousse dedans ! Rien ne peut sortir de la Matière qui n’y soit déjà contenu26. Mais au fond de cette stupeur muette qui s’éveille, derrière l’explosion évolutive des formes, c’est Agni qui pousse et qui tisonne, la Force en quête de la Conscience, Elle à la recherche de Lui et de formes de plus en plus capables de Le manifester. Elle qui sort de sa Nuit inconsciente et qui tâtonne avec ses millions d’œuvres et ses millions d’espèces comme pour retrouver partout la beauté de la Seule Forme perdue, innombrablement la joie qui était une — une béatitude aux millions de corps27 , au lieu d’une blanche extase. Et si nous avons cette « oreille de l’oreille » dont parle le Véda, peut-être entendrons-nous ce cri partout de la Nuit vers la Lumière, de la Conscience murée vers la joie, ce grand cri spirituel au fond de tout ce qui est28 — c’est cela qui pousse au fond ; c’est un Feu dedans, une flamme dans la Matière, une flamme de Vie, une flamme dans notre Mental, une flamme dans notre âme. C’est ce Feu-là qu’il faut attraper, c’est lui le fil et le levier, la tension évolutive secrète, l’âme et la flamme du monde.

26. La Vie Divine, 18-87
27. La Synthèse des Yogas, 20-151
28. Savitri, 28-90

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En quoi consistera cette race nouvelle ? comprendre le but est déjà une grande étape sur la voie de la transformation, car si peu que nous comprenions et que nous aspirions à ce Futur, nous ouvrons une porte invisible par où des forces plus grandes que la nôtre peuvent entrer et nous commençons à collaborer. En vérité, ce ne sont pas nos forces humaines qui opéreront le passage au supramental, mais un abandon de plus en plus conscient à la Force d’en haut.

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Sommeil, nourriture, pesanteur ; causes et effets, Sri Aurobindo vérifiait une à une toutes les soi-disant lois naturelles pour s’apercevoir qu’elles ne tiennent que dans la mesure où nous croyons qu’elles nous tiennent ; si l’on change de conscience, le « sillon » change aussi. Toutes nos lois sont seulement des « habitudes » :

Les habitudes invariables de la Nature qui singent la Loi

dit Savitri15 , car il n’y a qu’une Loi vraie, celle de l’Esprit, qui peut modifier toutes les habitudes inférieures de la Nature : Il les a faites, Il peut les dépasser ; mais il faut d’abord ouvrir les portes de notre prison et apprendre à vivre moins dans la Nature que dans l’Esprit16. Sri Aurobindo n’a pas de recettes miraculeuses, pas de trucs fantastiques ; tout du long, son yoga repose sur une double certitude très simple, la certitude de l’Esprit qui est en nous, et la certitude de la manifestation terrestre de l’Esprit — c’est le seul levier, le vrai levier de son travail : En chaque homme, Dieu habite ; le rendre manifeste est le but de la vie divine. Cela, nous pouvons tous le faire17.

(Alors n'attendons plus et faisons-le 😊)

Certain disciple ayant protesté qu’il était bien facile pour des êtres exceptionnels comme Sri Aurobindo et la Mère de défier les lois naturelles tandis que les pauvres bougres d’hommes disposaient seulement de leurs moyens ordinaires, Sri Aurobindo s’était élevé très énergiquement : Ma discipline spirituelle n’est pas un tour de force ni une monstruosité ni un miracle en dehors des lois de la Nature et des conditions de la vie ou des conditions de la conscience terrestre. Si j’ai pu parvenir à tel ou tel résultat ou s’ils peuvent se produire dans mon yoga, cela veut dire qu’ils sont possibles et, par conséquent, que ces développements et ces transformations sont possibles dans la conscience terrestre... Je n’avais pas d’inclination pour la spiritualité, je suis devenu spirituel. J’étais incapable de comprendre la métaphysique, je suis devenu philosophe. Je n’avais pas d’yeux pour la peinture, ces yeux se sont ouverts par le yoga. J’ai transformé ma nature de ce qu’elle était en ce qu’elle n’était pas. Je l’ai fait d’une manière spéciale, pas par miracle, et je l’ai fait pour montrer ce qu’on pouvait faire et comment on pouvait le faire. Je ne l’ai pas fait par besoin personnel ni par un miracle sans processus. Et je dis que s’il en était autrement, mon yoga serait inutile et ma vie une erreur — un absurde tour de force de la Nature sans signification et sans conséquence18.

16. Pensées et Aphorismes, 17-93
17. Life of Sri Aurobindo, 173
18. Correspondance with Sri Aurobindo, I,135, 148-149

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Ce qui m’a sauvé d’un bout à l’autre, c’est un équilibre parfait. D’abord, je croyais que rien n’était impossible et, en même temps, je pouvais tout mettre en question20. Comme on le pressait, un jour, de reprendre sa lutte politique, Sri Aurobindo répondit promptement : Il ne s’agit pas de se révolter contre le gouvernement britannique — n’importe qui peut faire cela aisément — mais de se révolter contre la Nature universelle tout entière21.

20. Evening Talks, 163
21. Ibid

(Pourrais-on paraphraser Sri Aurobindo et dire : il ne s'agit pas de se révolter contre le gouvernement Macron — n’importe qui peut faire cela aisément — mais de...)

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Jusqu’ici, nous avons tous les indices, tous les fils pour parvenir nous-mêmes au changement de conscience supramental et nous connaissons le principe de base de la transformation. C’est Agni « qui fait le travail », dit le Rig-Véda (IV.1.14). Mais comment, pratiquement, cet Agni va-t-il procéder pour modifier la Matière ? nous ne pouvons pas le dire encore, nous ne connaissons que des petits bouts : Si nous connaissions le processus, dit la Mère, ce serait déjà fait.

Toutes les autres réalisations ont été minutieusement inventoriées par la tradition indienne avec un luxe extraordinaire de précision ; nous savons tous les processus pour parvenir au Nirvana, réaliser l’Esprit cosmique, trouver l’âme, vaincre la pesanteur, la faim, le froid, le sommeil, les maladies, sortir à volonté de son corps et prolonger la vie — tout le monde peut y parvenir, les voies sont connues, les étapes décrites par les sages ou les shâstra hindous, depuis des millénaires. C’est une question de discipline et de patience — de « moment » aussi. Mais la transformation, personne ne l’a jamais faite, c’est une voie totalement inconnue, comme si l’on avançait dans un pays qui n’existe pas encore.

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Si le silence est la condition de base de la transformation mentale, si la paix est la condition de base de la transformation vitale, l’immobilité est le fondement de la transformation physique — non pas une immobilité extérieure, mais intérieure, dans la conscience cellulaire. Dans le silence mental et dans la paix vitale nous avons démêlé les innombrables vibrations du monde, les influences secrètes qui nous font agir, sentir, penser ; dans l’immobilité de la conscience physique, de même, nous commençons à démêler un étrange pullulement de vibrations et à voir de quel grain nous sommes faits.

Cellulairement, nous vivons dans un chaos complet ; c’est un maelström de sensations, fortes, agréables, douloureuses, aiguës, des pointes en haut, des flèches en bas, et, dès que le tourbillon s’arrête, c’est comme un trou d’angoisse qu’il faut combler à tout prix par d’autres sensations et toujours plus de sensations. On ne se sent vivre que quand on bouge. La base du travail est donc d’amener une immobilité complète dans ce chaos — pas une égalité d’âme, mais une égalité de cellules. Alors le travail de vérité peut commencer.

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Dès avant son arrestation au Bengale, à une époque où il ne songeait même pas à fonder un Ashram, Sri Aurobindo disait déjà : C’est dans l’homme qui vit la vie ordinaire des hommes par la force du yoga, que la vie spirituelle trouve son expression la plus puissante... C’est par l’union de la vie intérieure et de la vie extérieure que l’humanité sera finalement soulevée et qu’elle deviendra puissante et divine37.

Son Ashram est donc tout mélangé à la vie ordinaire, au beau milieu de la pâte collective, puisque c’est là que doit s’opérer la transformation, non sur quelque cime himalayenne. En dehors du bâtiment principal où vit la Mère et où se trouve le tombeau de Sri Aurobindo, les quelque 1 200 disciples, de toutes nationalités et de tous milieux, femmes et hommes, dont quatre ou cinq cents enfants, sont éparpillés à travers la ville de Pondichéry, dans plus de trois cents maisons différentes. Il n’y a pas de murs protecteurs, sauf la lumière intérieure ; on est tout de suite dans le bazar.

L’Occidental qui arrive avec l’idée de trouver la paix et d’apprendre le « yoga », est donc déçu. D’abord on ne cherche pas à lui apprendre quoi que ce soit (c’est désapprendre qu’il faudrait plutôt), il n’y a pas de « classes », pas d’enseignement, sauf les œuvres de Sri Aurobindo et les Entretiens de la Mère, qui sont à la disposition de tout le monde (ainsi que les autres enseignements, d’ailleurs, traditionnels ou non).

Il n’y a pas de règles non plus. Le disciple doit tout découvrir par lui-même, en lui-même, au milieu d’une vie extérieure extraordinairement active. Il est livré à lui-même. Au reste, comment pourrait-on faire des règles pour une œuvre qui embrasse tous les niveaux de l’évolution, mentale, vitale et psychique, tous les types humains, toutes les traditions (certains disciples ont été élevés dans le christianisme, d’autres dans le taoïsme, l’islam, le bouddhisme, l’athéisme etc.) ? chacun doit découvrir sa vérité, qui n’est pas celle du voisin.

37. Karmayoga, 3, 3-43

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Un disciple ayant demandé à la Mère, un jour, quelle était la meilleure façon de collaborer à la transformation supramentale, il lui fut répondu ceci : C’est toujours la même chose : réaliser son propre être, sous n’importe quelle forme, par n’importe quel chemin — cela n’a aucune importance — mais c’est le seul moyen. Chaque individu porte en soi une vérité, et c’est à cette vérité qu’il doit s’unir, c’est cette vérité qu’il doit vivre ; et comme cela, le chemin qu’il suivra pour joindre et réaliser cette vérité, est aussi le chemin qui le mènera le plus près possible de la Transformation. C’est-à-dire que les deux sont absolument unis : la réalisation personnelle et la transformation. Qui sait ? peut-être même est-ce cette multiplicité d’approches qui donnera le Secret et qui ouvrira la porte.

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Chaque individu, nous le savons, a une ombre qui le talonne et semble contredire le but de sa vie. C’est la vibration particulière qu’il doit transformer, son champ de travail, son point impossible. C’est à la fois le défi de sa vie et la victoire de sa vie. C’est sa part de progrès dans l’évolution collective de la terre.

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Le Subconscient et l’Inconscient d’aujourd’hui sont moins subconscients et moins inconscients qu’ils ne l’étaient voilà deux mille ans, c’est évident, nous avons tous payé pour ce faire. Cette précipitation du Futur dans le présent est toute la clef de la transmutation du monde. Le yoga est le lieu d’accélération du Futur, et le pionnier de l’évolution, l’instrument qui tire en bas des vibrations de plus en plus puissantes.

Le travail du chercheur n’est donc pas tant un travail négatif de récurage du Subconscient, qu’un travail positif d’appel de lumière ; il précipite en bas les vibrations du Futur afin d’accélérer le processus d’assainissement. C’est ce que Sri Aurobindo appelle la « descente », c’est la caractéristique de son yoga, nous l’avons dit : S’il a jamais été question de descente dans les autres yoga, ce n’était qu’un incident sur le chemin ou un résultat de l’ascension : pour eux, l’ascension est le vrai but. Ici, l’ascension est la première étape, mais ce n’est qu’un moyen de la descente. C’est la descente de la conscience nouvelle atteinte par l’ascension, qui est le sceau véritable de la discipline. Ici, le but est l’accomplissement divin de la vie43.

43. On Himself, 26-109

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Le yoga est un processus d’évolution concentrée, et la progression est géométrique : Le premier mouvement de la Force évolutive dans la Matière s’étend obscurément sur des âges ; le mouvement de la Vie progresse lentement, mais déjà à un rythme plus rapide, il se concentre en millénaires ; le Mental peut comprimer encore davantage la lenteur nonchalante du temps et faire de grandes enjambées en quelques siècles ; mais quand l’Esprit conscient intervient, une rapidité évolutive suprêmement concentrée devient possible45. Nous en sommes là. Les soubresauts du monde actuel sont sans doute le signe que la Pression descendante s’accélère et que nous approchons d’une vraie solution.

45. La Vie Divine, 19-932

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Toutes les difficultés ne sont pas d’ordre subconscient. Il en est une, très consciente, qui s’oppose comme une porte de bronze au monde nouveau, et ce n’est pas notre matérialisme comme on se plaît à le dire — les savants, s’ils sont sincères, seront peut-être les premiers à déboucher dans la Vérité — mais l’énorme carapace spirituelle sous laquelle nous avons enseveli l’Esprit.

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Si nous voulons guérir ce Déséquilibre, et tout ce qui est en déséquilibre périt, dans nos corps, nos sociétés ou nos cycles cosmiques, il faut voir clair. Nous avons perdu le Mot de passe, c’est le bilan de notre ère ; nous avons remplacé le vrai pouvoir par des trucs, la vraie sagesse par des dogmes. C’est le règne des gnomes, sur tous les plans. Et ce sera de plus en plus le règne des gnomes si nous n’en finissons pas de ces demi-vérités mortifiantes, d’en haut ou d’en bas, pour plonger à la vraie source, Dedans, et retrouver le secret pratique de l’Esprit dans la Matière. « Immortel dans les mortels... il est le dieu établi dedans, il est l’énergie qui élabore nos pouvoirs divins » (Rig-Véda IV.2.1).

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La clef de l’énigme n’est pas l’ascension de l’homme au ciel, mais son ascension ici-bas dans l’Esprit et la descente de l’Esprit dans son humanité ordinaire, une transformation de la nature terrestre ; c’est cela que l’humanité attend, une naissance nouvelle qui couronnera sa longue marche obscure et douloureuse, et non quelque salut post mortem3.

3. Le Cycle humain

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