Sexualité et procréation (suite)
Dans un article précédent j'ai partagé l'Entretien du 26 juin 1957 dans lequel Mère commençait par un extrait de La Manifestation supramentale sur la possibilité d'un nouveau moyen de procréation, occulte et spirituel. Or le début du texte de Sri Aurobindo apporte d'autres informations à notre sujet.
La sexualité pose un certain problème pour tous ceux qui veulent rejeter in toto les obligations qu’impose l’animalité du corps, et ce problème, l’animalité ne manque pas de le soulever obstinément chaque fois qu’elle veut barrer le chemin de l’aspirant à la vie supérieure : c’est la nécessité de la perpétuation de l’espèce, puisque l’activité sexuelle est le seul moyen que la Nature ait jusqu’à présent fourni aux êtres vivants et qu’il s’impose inéluctablement à l’espèce.
En fait, pour celui qui cherche individuellement la vie divine, il n’est pas nécessaire de se préoccuper de ce problème, ni même pour un groupe qui ne la recherche pas pour lui seul mais désire la faire accepter par l’humanité dans son ensemble, du moins comme un idéal. Il y aura toujours la multitude de ceux qui ne s’intéressent pas à la vie divine ou qui ne sont pas prêts à la mettre intégralement en pratique ; ceux-là peuvent prendre soin de la conservation de l’espèce.
Le nombre de ceux qui mènent la vie divine peut fort bien rester constant et même s’accroître par l’adhésion volontaire de ceux qui sont touchés par l’aspiration à mesure que l’idéal se répand, et, pour cela, il n’est pas nécessaire de recourir à des moyens physiques ni de s’écarter de la stricte règle d’abstinence sexuelle.
/image%2F7051723%2F20251203%2Fob_53266a_tranquillite-du-centre-sexuel-quand-i.jpg)
L'influence supramentale libère l'homme de ce qui le rattache à l'animal.
Cependant, il peut exister des circonstances où l’on trouverait peut-être souhaitable, d’un autre point de vue, de créer volontairement des corps pour certaines âmes qui cherchent à entrer dans la vie terrestre afin d’aider à la création et à l’expansion de la vie divine sur la terre. Dans ce cas, la nécessité d’une procréation physique à cette fin ne pourrait être évitée que si l’on découvrait et disposait de moyens nouveaux d’ordre supraphysique.
Ce genre de phénomène relève évidemment d’un domaine que l’on considère maintenant comme « occulte » et il implique l’usage de pouvoirs d’action ou de création cachés qui ne sont ni connus ni à la disposition du mental ordinaire de l’espèce.
En fait, l’occultisme est un usage des pouvoirs supérieurs de notre nature, de notre âme, de notre mental, de notre force de vie et des facultés de la conscience physique subtile qui, par la pression de leur loi secrète et de leurs potentialités, peuvent produire certaines manifestations ou résultats sur leur propre plan ou sur le plan matériel, dans le mental, dans la vie, dans le corps humain ou terrestre, ou parmi les objets et les événements du monde de la matière.
Déjà, certains penseurs réputés considèrent que la découverte ou l’extension de ces pouvoirs peu connus ou encore embryonnaires doit constituer la prochaine étape de l’humanité dans son évolution immédiate ; une procréation telle que nous l’envisageons ne figure pas encore parmi leurs prévisions, mais on pourrait fort bien l’inclure parmi les possibilités nouvelles.
La science physique elle-même s’efforce de trouver des moyens physiques pour se dispenser des méthodes et des procédés ordinaires de la Nature aux fins de la reproduction ou du renouvellement de la force de vie physique chez l’être humain ou chez les animaux, mais l’usage de moyens occultes et de procédés physiques subtils, s’il s’avérait possible, ouvrirait une voie plus vaste et permettrait d’éviter les limitations, les dégradations, les insuffisances et la lourde imperfection des moyens et des résultats accessibles aux seules lois de la force matérielle.
En Inde, depuis les temps les plus reculés, on a toujours très généralement cru en la possibilité et en l’usage effectif de ce genre de pouvoirs par des hommes très avancés en la connaissance des choses secrètes ou possédant une connaissance spirituelle, une expérience spirituelle développée et une force dynamique ; on trouve même dans les Tantra1 tout un système organisé exposant la méthode et la pratique de ces pouvoirs.
1. Tantra : système de yoga qui, à la différence de l’illusionnisme et de ceux qui poursuivent exclusivement la Voie de la Connaissance, fait du principe dynamique ou de la Force créatrice, Shakti, son principe central. Au lieu de rejeter le monde, il cherche à maîtriser ses pouvoirs. (Note de l’éditeur).
D’une façon courante, on croit que l’intervention d’un yogi, par exemple, peut provoquer la naissance de la progéniture désirée et l’on fait souvent appel à lui dans ce but ; on lui demande même, parfois, d’accorder sa bénédiction ou de faire acte de volonté afin que l’enfant ainsi conçu jouisse d’une réalisation spirituelle ou d’une destinée spirituelle. Des phénomènes de ce genre sont relatés non seulement dans la tradition du passé, mais par des témoins du présent. Mais tous ces cas supposent encore nécessairement un recours aux moyens normaux de procréation et aux méthodes grossières de la Nature physique.
Ce n'est pas très logique mais... la suite de ce texte à été publiée... dans l'article précédent. 😊
Rappelons que ce sujet de la procréation volontaire d'enfants dans le but de l'évolution de l'humanité a été évoqué par Mère dans un texte admirable de 1920.