3. La grande Déesse
Suite de la retranscription de Mémoires d'un Patagonien de Satprem
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Ce jour-là, il ventait le feu. Du plein nord-est. « Les vents tournent », disait la petite mère. Notre vagabond est allé s’asseoir dans son coin préféré, qui aurait pu être le coin de tous les mondes et de tous les vents de la terre : le Rocher du Lion. Un cormoran battait des ailes, tout noir et perlé d’écume. C’était une mer blanche soudaine qui faisait une grande musique sauvage et les yeux se perdaient là-bas-là-bas comme si ce là-bas n’en finissait plus et il aurait voulu filer dans ce plus loin que là-bas, et où est-ce ? Ses yeux étaient une immense question sans mot, ils auraient voulu peut-être faire rouler de la musique aussi, être ce qui battait là-dedans sans mot, et qu’est-ce qui bat ? Ça remontait loin-loin comme des mers sans fond, c’était peut-être toujours. La gueule du Lion giclait de vague en vague, c’était peut-être une éternité de vagues, et tout était fondu comme en soi-même. Ce soi-même était comme tout et partout. C’était le vieil orage des fichus mondes qui rageaient de ne pas savoir où ils étaient dans ce monde, ni ce qu’ils faisaient là-dedans – de la musique peut-être, et pour qui ?
Notre vagabond d’ici-maintenant aurait aimer se noyer là-dedans, une fois pour toutes. La Grande Déesse l’aurait pris dans ses bras. Et puis quoi ? Il courrait peut-être partout avec elle et caresserait ses cheveux d’écume. C’était si intense là-dedans.
Alors elle est apparut lentement, doucement, comme de l’écume qui se condense, juste sous la gueule du Lion, et lentement, doucement, elle a grandi et enveloppé de ses bras ce battement de cœur si intense qu’on ne sait pas si c’était de la rage ou de l’amour, ce quoi de feu qui voulait être là-dedans.
– Enfin ! Tu es là. Je t’attendais depuis longtemps.
Ça c’était su depuis toujours, et ça ne se savait pas.
– Mais j’étais là toujours, petit ! et je t’aimais depuis longtemps.
Sa voix était douce et tendre, comme la musique de toutes les mers qui faisaient un grand ressac connu et reconnu.
– Pourtant, je ne t’entendais pas…
– Maintenant, tu m’entendras toujours, si tu m’appelles.
– Et je te verrai ? j’aimerais te caresser.
– Mais c’est pour ça que j’ai fait tous ces vagabonds de Vicki ! et ces lions ou ces bêtes qui hurlent parce qu’elles ne me trouvent pas. Et tous ces mondes. Tu verras ma main dans toutes les circonstances.
– Et qu’est-ce que je vais faire maintenant ?
– Tu feras un petit de moi.
Alors, tout s’est tu dans ce cœur sauvage, comme s’il devenait sourd et muet, tranquille comme un grand port lisse.
*
Il a remonté le sentier de la falaise, il se demandait…
Comment on fait pour apprendre ce petit-là,
cette autre vie ?
cette si douce écume blanche ?