Wu Wei
Avoir le discernement suffisant qui nous permette de reconnaître les différences, et les points communs. Le deux sont nécessaires à la clarté de notre compréhension.
D'un côté Sri Aurobindo-Mère ont ancré sur terre une Nouvelle conscience et enclenché un processus de création, d'évolution, de transformation tout à fait nouveau. Et d'un autre côté, tout n'est pas entièrement nouveau côté et nous pouvons aussi trouver des liens avec les religions et sagesses traditionnelles. Ainsi dans ces extraits des Entretiens, la Mère évoque le wu wei, le non-agir de la tradition taoïste.
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Entretien du 30 novembre 1955
Comment devenir indifférent à la critique ?
Monter quelque part sur l’échelle — dans sa propre conscience —, regarder les choses d’une façon un peu plus vaste, un peu plus générale.
Par exemple, si à un moment donné il y a quelque chose qui vous tient, qui vous grip comme ça, qui vous tient serré, et que vous voulez absolument que « ça soit », et vous êtes en train de lutter contre un obstacle terrible, n’est-ce pas, quelque chose qui fait que « ça n’est pas », si simplement, à ce moment-là, vous commencez à sentir, à réaliser les milliards de milliards d’années qu’il y a eues avant ce moment présent, et les milliards de milliards d’années qu’il y aura après ce moment présent, et comment ce petit événement-là a une importance par rapport à tout ça — il n’y a pas besoin d’entrer dans une conscience spirituelle, ou n’importe quoi, simplement entrer en rapport avec l’espace et le temps, de tout ce qui est avant, de tout ce qui est après et de tout ce qui se passe en même temps —, si on n’est pas un idiot, immédiatement on se dit : « Oh bien, je suis en train d’attacher de l’importance à quelque chose qui n’en a pas. » C’est forcé, n’est-ce pas. Ça perd toute son importance, immédiatement.
Si on peut visualiser l’immensité simplement de la création — je ne suis pas en train de parler de monter dans des hauteurs spirituelles —, simplement l’immensité de la création dans le temps et l’espace, et ce petit événement sur lequel vous vous concentrez avec une importance (comme si c’était quelque chose qui a de l’importance)... immédiatement, ça, ça fait comme ça (geste), et ça se dissout, si vous le faites sincèrement. Si, naturellement, il y a une partie de vous-même qui vous dit : « Ah, mais pour moi, ça a de l’importance », alors, là, vous n’avez qu’à abandonner la partie et garder votre conscience telle quelle. Mais si sincèrement vous voulez voir les choses dans leur vraie valeur, c’est très facile.
Il y a d’autres procédés, n’est-ce pas. Il y a un sage chinois qui vous conseillait de vous coucher sur les événements comme on fait la planche sur l’océan, en imaginant cette immensité de l’océan et que vous vous laissez aller sur cette... n’est-ce pas, sur les vagues, comme quelque chose qui contemple le ciel et qui se laisse emporter. En chinois, ils appellent ça wu weï. Quand vous pouvez faire ça, tous vos tourments s’en vont. Je connaissais un Irlandais qui, lui, se couchait sur le dos, et il regardait dehors, autant que possible un soir où il y avait des étoiles au ciel, il regardait, contemplait le ciel et s’imaginait qu’il flottait dans cette immensité innombrable de points lumineux.
Et immédiatement, tous les tourments se calment. Il y a beaucoup de manières. Mais sincèrement, vous n’avez qu’à... le sens de la relativité entre votre petite personne et l’importance que vous donnez aux choses qui vous concernent, et l’immensité universelle, ça suffit. Naturellement, il y a un autre moyen, c’est de se dégager de la conscience terrestre, et de monter dans une conscience supérieure où, alors là, ces choses terrestres prennent leur vraie place — c’est-à-dire qu’elle est toute petite.
Mais... justement, une fois, il y a fort longtemps, quand j’étais encore à Paris et que je voyais Mme David-Néel presque tous les jours, elle, n’est-ce pas, elle était en plein dans son idée et elle me disait : « Vous ne devriez pas penser à une action, c’est de l’attachement pour l’action ; quand vous voulez faire quelque chose, cela veut dire que vous êtes encore liée aux choses de ce monde. » Alors je lui disais : « Non, il n’y a rien de plus facile. Vous n’avez qu’à vous imaginer tout ce qui a été fait auparavant et tout ce qui se fera après et tout ce qui est en train de se faire, et alors vous vous apercevez que votre action, c’est un souffle, comme ça, une seconde dans l’éternité, et vous ne pouvez plus y être attachée. » À ce moment-là, je ne connaissais pas le texte de la Gîtâ. Je ne l’avais pas encore lu complètement, n’est-ce pas (quelques mots inaudibles)... pas ce texte-là, celui que je traduis à ma manière : « Et détaché de tout fruit de l’action, agis. » Ce n’est pas comme ça, mais enfin c’est ce que ça veut dire. Ça, je ne le savais pas, mais je disais exactement ce qui est dit dans la Gîtâ.
Mais ce n’est pas parce que vous croyez à votre action, que vous devez agir ; vous agissez parce que vous devez agir, c’est tout. Seulement, c’est une condition qui peut être quelquefois un peu dangereuse au point de vue extérieur, parce que, au lieu de vouloir avec une autorité souveraine que la pluie cesse, on regarde ce qui se passe. Voilà. Mais je vous dis : « Si vous voulez prier, priez. »
On peut prier maintenant. (rires)
Il a de l’esprit !
Bon, alors, pas de lumière. Nous prions.
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Ce texte de Mère m'a rappelé un aspect de l'enseignement du Zhineng Qigong qui expliquait que la maladie était liée à notre notion d'espace temps, ou inversement, que la guérison s'obtenait quand quelque chose se modifiait dans notre référentiel espace-temps. Il y avait quelque chose de très profond qui était expliqué sur le processus de guérison. Mère a l'extraordinaire avantage de savoir dire les choses les plus profondes tout à fait simplement.
Et effectivement, nous pouvons facilement faire l'expérience, dans nos pratiques, dans nos concentrations, méditations, nous aspirons à nous relier à ce qui dépasse, transcende, sort des notions d'espace-temps, il se passe quelque chose, cela fait une différence. L'Infini, l'Immensité, l'Universel, l'Éternité... sont des pouvoirs vers lesquels nous pouvons nous tourner.
Lorsque le contact est établi, l'étape suivante est d'apprendre à s'ouvrir toujours plus profondément, à se laisser immerger, à se fondre, à s'oublier, s'identifier...
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Entretien du 15 août 1956
J’ai ici une collection formidable de questions. J’en ai reçu encore une aujourd’hui. C’est une question qui soulève peut-être le problème le plus difficile pour le monde ; alors, je ne sais pas trop si, justement dans cette atmosphère de Darshan, il est très approprié de toucher à un problème pareil. C’est pourtant une chose infiniment intéressante. On voudrait trouver une solution pleinement satisfaisante, parce que du même coup on aurait la clef qui ouvre la dernière porte.
L’homme s’est toujours trouvé en présence de deux attitudes possibles quand il a voulu trouver une solution au problème de l’existence de l’univers. On pourrait dire qu’au point de vue pratique, puisque l’univers existe et qu’il existe tel qu’il est, le plus sage est de le prendre tel qu’il est, et si on n’en est pas satisfait, eh bien, d’essayer de le rendre meilleur. Mais même si l’on prend cette attitude tout à fait pratique, reste le problème : « Comment le rendre meilleur ? » Et de nouveau on est en présence d’un même fait, qu’il semble impossible de résoudre.
Voilà : La Volonté divine (et la Grâce qui la manifeste) est toute-puissante et rien ne peut être qui ne soit l’expression de cette Volonté divine et de cette Grâce qui la manifeste... Attitude logique (celle qui est justement décrite dans ce petit livre que je vous lis le vendredi maintenant, qui s’appelle Wu Wei1) : une paix parfaite, un abandon total, laisser tout effort et toute volonté personnelle de côté, s’abandonner à la Volonté divine et la laisser agir à travers soi.
1. Wu Wei : fiction basée sur la philosophie de Lao Tseu, par Henri Borel.
Notez que ce n’est pas du tout facile, ce n’est pas aussi simple que cela en a l’air. Mais enfin, si l’on adopte sincèrement cette attitude, il est certain qu’il s’ensuit immédiatement une paix intérieure parfaite, une béatitude sans mélange, et que, quels que soient les événements de votre existence, cela vous laisse totalement indifférent.
C’est toujours ce que l’on a préconisé pour le salut individuel ; et je peux remarquer en passant que dans ce petit livre, qui est d’ailleurs fort joli et fort bien écrit, le sage compare l’état d’abandon dont il parle à cette mer, calme, bleue, paisible, vaste, qui est mue par la force profonde, se gonfle au moment où il faut, se retire au moment où il faut — enfin c’est une description idéale.
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Mais un esprit pratique et un peu objectif, immédiatement vient vous dire : « Eh bien, oui, mais il y a aussi des ouragans sur la mer, il y a aussi des orages effroyables, des raz de marée, des îles qui sont englouties. Et alors cela, c’est peut-être un autre aspect du Divin, mais il n’amène plus la paix, du moins de la façon dont le sage la décrit. Il faudrait être dans un autre état de conscience pour avoir la paix dans des cas comme ceux-là, il ne faut pas se comparer à la mer ! » Alors, le problème se repose de nouveau.
Sri Aurobindo, dans La Vie Divine, a étudié tout cela, et il nous dit qu’il y a des signes certains d’une évolution progressive. Une évolution tend naturellement vers un but, et si c’est une évolution progressive, on peut continuer de concevoir que tout est l’expression de la Grâce et de la Volonté divines, mais en même temps que tout n’est pas comme cela devrait être.
Tout est selon la Volonté divine, mais tout n’est pas comme cela devrait être, autrement cela ne bougerait pas. Et nous voilà de nouveau en face du problème.
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Wu Wei - Le Tao, l'Art, l'Amour d'après Lao Tse, Henri Borel
Paru le 8 décembre 2020 chez Discovery Publisher - Broché d'Occasion ou neuf - Comparez les prix en ligne et achetez ce livre moins cher. ISBN 9781788944847 / 978-1-78894-484-7.
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Entretien du 29 août 1956
Je suppose que la plupart d’entre vous viennent le vendredi écouter la lecture de Wu Wei. Si vous avez écouté, vous vous souviendrez qu’il y est question d’être « spontané » et que la vraie façon de vivre la vraie vie, c’est de vivre spontanément.
Ce que Lao Tseu appelle spontané, c’est ceci : au lieu d’être mû par une volonté (mentale ou vitale, ou physique) personnelle, on doit cesser tout effort extérieur et se laisser guider et mouvoir par ce que les Chinois appellent Tao et qu’ils identifient à la Divinité (ou Dieu, ou le Principe suprême, ou l’Origine de toutes choses, ou la Vérité créatrice, enfin toutes les notions humaines que l’on peut avoir du Divin et du but à atteindre).
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Être spontané, cela veut dire ne pas vouloir personnellement combiner, organiser, décider et faire effort pour réaliser.
Je vais vous donner deux exemples pour vous faire comprendre ce qu’est la vraie spontanéité. L’un, vous le connaissez tous sans doute, c’est quand Sri Aurobindo a commencé à écrire l’Ârya1, en 1914.
Ce n’était ni une connaissance mentale, ni même une création mentale qu’il transcrivait : il faisait le silence dans sa tête et il se mettait à sa machine à écrire, et d’en haut, des régions supérieures, tout ce qui devait être écrit descendait, tout prêt, et il n’avait qu’à faire mouvoir ses doigts sur la machine, cela se transcrivait. C’est dans cette condition de silence mental, qui laisse passer la connaissance (et même l’expression) d’en haut, qu’il a écrit tout l’Ârya, qui avait soixante-douze pages imprimées par mois. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a pu le faire, parce que, si cela avait dû être une œuvre mentale de construction, ç’aurait été tout à fait impossible.
Cela, c’est la vraie spontanéité mentale.
1. Rappelons que c’est dans la revue Ârya, en l’espace de six années (1914-1920), que Sri Aurobindo a publié la majeure partie de son œuvre écrite : La Vie Divine, La Synthèse des Yogas, Le Cycle Humain, L’Idéal de l’Unité Humaine, Essai sur la Gîtâ, Le Secret du Véda, La Poésie Future, Les Fondements de la Culture Indienne, pour ne citer que les œuvres principales.
Et si l’on pousse cela plus loin, on devrait ne jamais penser et combiner à l’avance ce que l’on doit dire ou ce que l’on doit écrire. Il faudrait simplement être capable de faire le silence dans son mental, de le tourner comme un réceptacle vers la Conscience supérieure, et d’exprimer au fur et à mesure, dans le silence mental, ce qui vient d’en haut. Ce serait la vraie spontanéité.
Naturellement ce n’est pas très facile, cela demande une préparation.
Et si l’on descend dans le domaine de l’action, c’est encore plus difficile ; parce que normalement, si l’on veut agir avec quelque logique, généralement il faut penser d’avance à ce que l’on veut faire et le combiner avant de le faire ; autrement, on peut être ballotté par toutes sortes de désirs et d’impulsions qui seraient fort éloignés de l’inspiration dont il est question dans Wu Wei ; ce seraient tout simplement les mouvements de la nature inférieure qui vous pousseraient à agir. Par conséquent, à moins que l’on ne soit arrivé à l’état de sagesse et de détachement du sage chinois dont il est question dans cette histoire, il est préférable de ne pas être spontané dans les actions quotidiennes, parce que l’on risquerait d’être le jouet de toutes les impulsions et de toutes les influences les plus désordonnées.
Mais une fois que l’on entre dans le yoga et que l’on veut faire le yoga, il est très nécessaire de ne pas être le jouet de ses propres formations mentales. Si l’on veut pouvoir se fier à ses expériences, il faut faire bien attention de ne pas bâtir au-dedans de soi, par exemple, la notion des expériences que l’on veut avoir, l’idée que l’on s’en fait, la forme que l’on attend ou que l’on espère. Parce que la formation mentale, comme je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, est une formation réelle, une création réelle, et qu’avec votre idée vous créez des formes qui sont quelque peu indépendantes de vous et qui vous reviennent comme du dehors, et qui vous donnent l’impression d’être des expériences. Mais ces expériences, qui sont ou voulues ou recherchées ou prévues, ne sont pas des expériences spontanées et risquent d’être des illusions — parfois même de dangereuses illusions.
Par conséquent, quand on suit une discipline mentale, il faut être particulièrement soigneux de ne pas imaginer ou vouloir à l’avance avoir certaines expériences, parce que vous pouvez vous créer ainsi l’illusion de ces expériences. Dans le domaine du yoga, cette très stricte et sévère spontanéité est tout à fait indispensable.
Pour cela, il ne faut naturellement ni ambition ni désir, ni excessive imagination, ni ce que j’appelle « romantisme spirituel », le goût du miraculeux — tout cela doit être éliminé très soigneusement pour être sûr d’avancer sans crainte.
Maintenant, après cette explication préliminaire, je vais vous lire ce que j’avais écrit et que l’on m’a demandé de commenter. Ce sont des aphorismes, qui peut-être appellent des explications. J’avais écrit cela, inspirée peut-être par la lecture dont je vous parlais tout à l’heure, mais c’était surtout l’expression d’une expérience personnelle :
« Il faut être spontané pour pouvoir être divin. »
C’est ce que je vous ai expliqué juste maintenant. Alors se pose la question : comment être spontané ?
« Il faut être parfaitement simple pour pouvoir être spontané. »
Et comment être parfaitement simple ?
« Il faut être absolument sincère pour pouvoir être parfaitement simple. »
Et maintenant, que veut dire être absolument sincère ?
« Être absolument sincère, c’est n’avoir aucune division, aucune contradiction dans son être. »
Si vous êtes fait de morceaux, qui sont non seulement différents, mais souvent tout à fait contradictoires, ces morceaux nécessairement créent une division dans votre être.
Par exemple, vous avez une partie de vous-même qui aspire à la vie divine, à connaître le Divin, à s’unir à Lui, à Le vivre intégralement, et puis vous avez une autre partie qui a des attachements, des désirs (ce qu’elle appelle des « besoins ») et qui non seulement recherche ces choses, mais est tout à fait bouleversée quand elle ne les a pas. Il y a d’autres contradictions, mais celle-là est la plus flagrante.
Il y en a d’autres, comme celle-ci, par exemple, de vouloir se soumettre complètement au Divin, s’abandonner totalement à Sa Volonté et à Sa Direction et, en même temps, quand vient l’expérience (qui est une expérience courante sur le chemin quand on essaye sincèrement de s’abandonner au Divin), la notion qu’on n’est rien, qu’on ne peut rien, qu’on n’existe même pas en dehors du Divin, c’est-à-dire que s’Il n’était pas là on n’existerait pas et on ne pourrait rien faire, on ne serait rien du tout...
Cette expérience vient naturellement comme une aide sur le chemin du don de soi total, mais il y a une partie de l’être, quand l’expérience vient, qui entre dans une terrible révolte et qui dit : « Mais pardon ! je tiens à être, je tiens à être quelque chose, je tiens à faire les choses moi-même, je veux avoir une personnalité. » Et naturellement, la seconde défait tout ce que la première avait fait.
Ce ne sont pas des cas exceptionnels, c’est très fréquent. Je pourrais vous donner d’innombrables exemples de contradictions comme cela dans l’être : quand l’une essaye de faire un pas n avant, l’autre vient et démolit tout. Alors, on a tout le temps à recommencer, et tout le temps c’est démoli. C’est pour cela qu’il faut faire ce travail de sincérité qui fait que si l’on aperçoit dans son être une partie qui tire de l’autre côté, la prendre soigneusement, l’éduquer comme on éduque un enfant et la mettre en accord avec la partie centrale. Cela, c’est le travail de sincérité qui est indispensable.
Et c’est naturellement quand il y a une unité, un accord, une harmonie dans toutes les volontés de l’être, que l’on peut avoir un être simple, candide, et uniforme dans son action et dans sa tendance. C’est seulement quand tout l’être est groupé autour d’un mouvement central unique que l’on peut être spontané.
Parce que si, au-dedans de vous, il y a quelque chose qui est tourné vers le Divin et qui attend l’inspiration et l’impulsion, et qu’en même temps il y ait une autre partie de l’être qui recherche ses propres fins et qui travaille à réaliser ses désirs, on ne sait plus où l’on en est, et on ne peut pas non plus être sûr de ce qui arrive, parce qu’une partie peut non seulement défaire, mais contredire totalement ce que l’autre veut faire.
Et bien sûr, pour être en accord avec ce qui est dit dans Wu Wei, après avoir vu très clair ce qui est nécessaire et ce qui doit être fait, il est recommandé de ne mettre ni de violence ni trop d’ardeur dans la réalisation de ce programme, parce qu’un excès d’ardeur est au détriment de la paix et de la tranquillité, et du calme nécessaire pour que la Conscience divine puisse s’exprimer à travers l’individu.
Et cela revient à ceci :
L’équilibre est indispensable, le chemin qui évite soigneusement les extrêmes opposés est indispensable, la trop grande hâte est à redouter, l’impatience vous empêche d’avancer ; et en même temps, l’inertie vous met des boulets aux pieds. Alors pour toutes choses, c’est le chemin du milieu, comme l’appelait le Bouddha, qui est le meilleur.
(silence)
Il y a deux autres questions ici, qui sont corollaires. La première question est comme ceci :
Qu’entendez-vous par ces paroles :
« Quand vous avez une difficulté, élargissez » ?
Je parle naturellement des difficultés sur le chemin du yoga, des incompréhensions, des limitations, des choses qui sont comme des obstacles, qui vous empêchent d’avancer. Et quand je dis « élargissez », je veux dire élargissez votre conscience.
Les difficultés proviennent toujours de l’ego, c’est-à-dire de la réaction personnelle, plus ou moins égoïste, que vous avez vis-à-vis des circonstances, des événements et des gens qui vous entourent, des conditions de votre vie. Elles viennent aussi de ce sentiment d’être enfermé dans une sorte de coque, qui empêche votre conscience de s’unir à des réalités plus hautes et plus vastes.
On peut très bien penser qu’on veut être vaste, qu’on veut être universel, que tout est l’expression du Divin, qu’il ne faut pas avoir d’égoïsme — on peut penser beaucoup de choses —, mais ce n’est pas nécessairement une guérison, parce que très souvent on sait ce que l’on doit faire, et puis on ne le fait pas, pour une raison ou une autre.
Mais si, quand on a à faire face à une angoisse, une souffrance, une révolte, une douleur, ou un sentiment d’impuissance — n’importe, toutes les choses qui vous arrivent sur le chemin et qui sont justement des difficultés —, si vous pouvez physiquement, c’est-à-dire dans votre conscience corporelle, avoir l’impression de vous élargir, on pourrait dire de vous déplier (vous vous sentez comme quelque chose qui est tout replié, un pli sur l’autre, comme une étoffe, n’est‑ce pas, qui est pliée et repliée et encore pliée), alors si vous avez cette impression que ce qui vous tient et qui vous serre et qui vous fait souffrir, ou qui vous immobilise dans votre mouvement, est comme une étoffe qui serait pliée trop serrée, trop étroitement, ou comme un paquet qui serait trop bien ficelé, trop bien fermé, et que lentement, petit à petit, vous défaites tous les plis et que vous vous étalez, comme on déplie justement une étoffe ou un papier et qu’on le répand à plat, qu’on se fait plat et très large, aussi large que l’on peut, en se répandant aussi loin que l’on peut, en s’ouvrant et en s’étalant dans une attitude de complète passivité, avec ce que je pourrais appeler « la face à la lumière » : ne pas se recroqueviller sur sa difficulté, se replier sur elle, l’enfermer pour ainsi dire dans votre personne, mais au contraire vous déployer autant que vous pouvez, aussi parfaitement que vous pouvez, en présentant la difficulté à la lumière — la lumière qui vient d’en haut —, si vous faites cela dans tous les domaines, et même si mentalement vous n’y arrivez pas (parce que c’est quelquefois difficile), si vous pouvez imaginer que vous faites cela physiquement, presque matériellement, eh bien, quand vous aurez fini de vous déplier et de vous étaler, vous vous apercevrez que plus des trois quarts de la difficulté sont partis. Et alors, juste un petit travail de réceptivité à la lumière, et le dernier quart disparaîtra.
C’est beaucoup plus facile que de lutter contre une difficulté avec sa pensée, parce que si vous commencez à discuter avec vous-même, vous vous apercevrez qu’il y a des arguments pour et contre qui sont tellement probants qu’il est tout à fait impossible de s’en tirer sans une lumière supérieure. Là, vous ne luttez pas contre la difficulté, vous n’essayez pas de vous convaincre vous-même, ah ! simplement, vous vous étalez devant la lumière comme si vous vous étendiez sur le sable devant le soleil. Et vous laissez la lumière faire son œuvre. Voilà.
(silence)
Et voici l’autre question :
Quelle est la façon la plus aisée de s’oublier soi-même ?
Naturellement cela dépend de chacun ; chacun a sa manière spéciale de s’oublier, qui est pour lui la meilleure. Mais évidemment, il y a une manière assez générale qui peut s’appliquer sous des formes diverses : c’est de s’occuper de quelque chose d’autre. Au lieu de s’occuper de soi, on peut s’occuper de quelqu’un d’autre, ou des autres, ou d’un travail, ou d’une activité intéressante et qui demande de la concentration.
Et c’est encore la même chose : au lieu de se replier sur soi et de se contempler, ou de se choyer pourrait-on dire, comme la chose la plus précieuse au monde, si l’on peut se déployer et s’occuper d’autre chose, de quelque chose qui n’est pas exactement vous-même, alors c’est la manière la plus simple et la plus prompte de s’oublier.
Il y en a beaucoup d’autres, mais celle-là est à la portée de tout le monde. Voilà, mes enfants. Maintenant, si vous n’avez rien à dire sur ce sujet ou sur autre chose, nous pouvons nous taire.
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Il nous reste à apprendre à mettre en pratique cette méthode d'élargissement, déploiement... et à en observer les effets. 😊
Mère. Entretiens (1955-58): Tape recordings
Mère Entretiens Le 29 août 1956 Je suppose que la plupart d'entre vous viennent le vendredi écouter la lecture de Wu Wei. Si vous avez écouté, vous vous souviendrez qu'il y est question d'êtr...
https://aurobindoru.auromaa.org/workings/ma/playground_audio/56-08-29.htm
Texte et enregistrement audio
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Une des conséquences de la confiance parfaite dans le Divin.
Fleurs liées à la spontanéité
Aspiration spontanée de la Nature vers le Divin
Pour terminer, voici trois extraits des Lettres sur le Yoga où Sri Aurobindo évoque le Tao :
Le Nirvana du Bouddha est le même que le Nirvana du Brahman dont parle la Guîtâ. Mais la Guîtâ le décrit comme le Nirvana dans le Brahman, alors que Bouddha préférait ne lui donner aucun nom ou ne rien dire de ce en quoi réside le Nirvana. Certaines écoles bouddhistes plus tardives l'ont décrit comme Shoûnya, l'équivalent du Tao chinois, décrit comme le Rien qui est toutes choses.
*
Il y a toutes sortes de bouddhismes et l'espèce entièrement nihiliste n'en est qu'une variété. La plupart des bouddhismes reconnaissent un Permanent au-delà du royaume du Karma et des samskâra. Même le Shoûnya des shoûnyapanthî est décrit, à la manière du Tao de Lao Tseu, comme un Rien qui est Tout. Ainsi, comme il admet un état supérieur "au-dessus du mental" que l'on essaie d'atteindre par une discipline puissante de la conscience, on peut le qualifier de spiritualité.
*
(…) Quand Yâjnavalkya dit qu'il n'y a pas de conscience dans l'état du Brahman, il parle de la conscience telle que l'être humain la connaît. L'état du Brahman est celui d'une existence suprême suprêmement consciente d'elle-même, swayamprakâsha – c'est Satchidânanda, Existence-Conscience-Béatitude. Même s'il est décrit comme au-delà de Cela, parâtparam, cela ne signifie pas qu'il est un état de Non-existence ou de Non-conscience, mais qu'il est au-delà même du substrat spirituel le plus élevé (la "fondation au-dessus" selon le paradoxe lumineux du Rig-Véda) de l'existence et de la conscience cosmiques.
Selon la description du Tao chinois et du Shoûnya bouddhiste, il s'agit de toute évidence d'un Néant qui contient tout ; il en est de même ici de la négation de la conscience.
Les termes supraconscient et subconscient ne sont que relatifs ; à mesure que nous nous élevons dans le supraconscient, nous voyons que c'est une conscience plus grande que la plus haute que nous ayons déjà atteinte, et par conséquent, dans notre état normal, elle est pour nous inaccessible ; si nous pouvons descendre dans le subconscient, nous y trouvons une conscience autre que la nôtre à sa limite mentale inférieure, qui par conséquent nous est d'ordinaire inaccessible.
L'inconscient lui-même n'est qu'un état involué de conscience qui, comme le Tao ou le Shoûnya, bien que d'une manière différente, contient toutes choses comprimées en lui, de sorte que sous une pression d'en haut ou du dedans, tout peut évoluer hors de lui – "Âme inerte dotée d'une Force somnambule".
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En conclusion
À titre indicatif, voici une bibliographie conseillée par Grok :
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