La Flamme dans les Entretiens de 1954
Entretien du 21 avril 1954
[...] La réceptivité est le résultat d’une bonne passivité.
Mais Mère, pour pouvoir être passif, il faut faire un effort, n’est-ce pas ?
Pas nécessairement, cela dépend des gens. Un effort ? Il faut, oui, il faut le vouloir. Mais est-ce que la volonté est un effort ?... Naturellement il faut y penser, il faut le vouloir. Mais les deux choses peuvent être ensemble, n’est-ce pas ; il y a un moment où les deux — aspiration et passivité — peuvent être non seulement alternées mais simultanées.
Vous pouvez en même temps être dans cet état d’aspiration, de volonté qui appelle quelque chose — justement cette volonté de s’ouvrir et de recevoir, et cette aspiration qui appelle la force que vous voulez recevoir — et en même temps avoir cet état de complète immobilité intérieure qui se laisse pénétrer complètement, parce que c’est dans cette immobilité qu’on peut être pénétré, que l’on devient perméable à la Force. Eh bien, les deux peuvent être simultanés sans que l’un dérange l’autre, ou d’une alternance si proche que l’on peut à peine les distinguer.
Mais on peut être comme cela, comme une grande flamme qui monte dans l’aspiration, et en même temps comme si cette flamme formait un vase, un grand vase qui s’ouvre et qui reçoit tout ce qui descend.
Et les deux peuvent être ensemble. Et quand on est arrivé à avoir les deux ensemble, on peut les avoir constamment, quoi que ce soit que l’on fasse. Seulement il peut y avoir un tout, tout petit déplacement de la conscience, presque minuscule, qui s’aperçoit de la flamme et puis du vase de la réceptivité — de la chose qui cherche à être remplie et de la flamme qui monte pour appeler ce qui doit remplir le vase —, un tout petit mouvement de pendule et si proche qu’on a l’impression qu’on a les deux en même temps.
(silence)
C’est l’une des choses que l’on découvre à mesure que le corps est prêt pour la transformation. C’est un instrument assez remarquable dans le sens qu’il peut éprouver les contraires en même temps. Il y a un certain état de la conscience corporelle qui totalise les choses, qui dans les autres consciences alternent, ou même dans certaines se contredisent.
Mais si on est arrivé là-haut, dans le vital ou dans le mental, à un développement suffisant pour arriver à harmoniser les contraires (ça, c’est tout à fait indispensable), quand on est arrivé à cela, il y a des moments où cela alterne, n’est-ce pas, une chose vient après l’autre, tandis que ce qui est remarquable dans la conscience du corps, c’est qu’il arrive à sentir (à « sentir », est-ce qu’on peut dire sentir... à éprouver, c’est le mot aware en anglais qui exprime le mieux) toutes les choses simultanément, comme si vous aviez chaud et froid en même temps, comme si vous étiez actif et passif en même temps, et tout devient comme cela. Alors vous commencez à saisir la totalité des mouvements dans les cellules.
(??? Je me souviens avoir lu quelque chose de très ressemblant dans la théorie du Zhineng Qigong du Dr. Pang.)
C’est une chose qui est beaucoup plus concrète (naturellement), mais beaucoup plus parfaite dans le corps que dans aucune autre partie de l’être.
C’est-à-dire que si les choses continuent comme ça, il sera démontré que l’instrument physique, matériel, est de tous le plus parfait.
C’est peut-être pour ça qu’il est le plus difficile à transformer, à perfectionner. Mais c’est de tous celui qui est le plus capable de perfection.
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Entretien du 19 mai 1954
Quelle attitude doit-on prendre pour sortir de l’ego ?
L’attitude ? C’est plutôt une volonté, n’est-ce pas ! Il faut le vouloir... Ce qu’il faut faire, tu demandes ?
Le plus sûr moyen, c’est de se donner au Divin ; et non pas d’essayer d’attirer le Divin vers soi, mais essayer de se donner dans le Divin. Alors tu es obligé, au moins, de sortir un peu de toi-même pour commencer. Généralement, n’est-ce pas, quand les gens pensent au Divin, la première chose qu’ils font, c’est de « tirer » autant qu’ils peuvent au-dedans de soi. Et alors généralement ils ne reçoivent rien du tout. Ils vous disent : « Ah! j’ai appelé, j’ai prié et je n’ai pas eu de réponse. Je n’ai pas eu de réponse, rien n’est venu. » Mais alors si vous demandez : « Est-ce que vous vous êtes offert? » — « Non, j’ai tiré. » — « Ah ! oui, c’est pour ça que ce n’est pas venu ! » Ce n’est pas que ce ne soit pas venu, c’est que, quand vous tirez, vous restez tellement enfermé dans votre ego (comme je vous le disais tout à l’heure) que cela fait une muraille entre ce qui est à recevoir et vous-même. Vous vous mettez en prison, et alors vous êtes étonné que dans votre prison vous ne sentiez rien.
Prison, et encore sans fenêtres sur la rue !
Jetez-vous au-dehors (Mère ouvre les mains), donnez-vous sans rien retenir, simplement pour la joie de se donner. Alors là, il y a une chance que vous ressentiez quelque chose.
Mais si on essaye de sentir...
Si on essaye de sentir ? Est-ce que ce n’est pas encore un égoïsme, ça, essayer de sentir ?... Si on veut sortir de l’ego en restant égoïste, c’est très difficile, n’est-ce pas ! Les deux sont assez contradictoires.
« Essayer de sentir », pourquoi, pour ta propre satisfaction ?
Si l’on essaye de sentir que l’on n’existe pas, que c’est le Divin qui existe, est-ce que c’est un moyen de sortir de l’ego ?
On n’existe pas ? Ça, je ne sais pas si on réussit à quelque chose en essayant mentalement, parce que ça, c’est une espèce d’effort mental. Alors on fait des constructions mentales et on n’arrive pas à grand-chose. Non, il faut quelque chose qui soit spontané, intense, une flamme qui brûle dans l’être, une flamme d’aspiration, quelque chose... je ne sais pas comment dire ça.
Si ça se passe dans la tête, rien, rien n’arrive.
[...]
Je ne sais pas, moi, cela me paraît très difficile de faire le yoga avec sa tête — à moins qu’on ne soit saisi.
La volonté n’est pas dans la tête.
La volonté (ce que moi, j’appelle la volonté), c’est quelque chose qui est là (Mère désigne le centre de la poitrine), qui a une puissance d’action, une puissance de réalisation.
Ce que l’on fait dans la tête exclusivement, est sujet à d’innombrables fluctuations ; il n’est pas possible de construire une théorie, par exemple, sans qu’immédiatement viennent en travers des choses qui donnent tous les arguments contraires. Et alors, c’est le grand art du mental, n’est-ce pas : il peut prouver n’importe quoi, discuter n’importe quoi. Alors on n’avance pas d’un pas. Même si, à un moment donné, on attrape une idée qui a une certaine force, à moins qu’on ne soit dans cet état d’intensité, dès qu’il y a un relâchement, toutes les choses contraires arrivent, et toutes avec, n’est-ce pas, comme ça, le charme de leur expression. Alors c’est une bataille qui n’arrête pas.
C’est sans solution.
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Au lieu de rechercher sa propre satisfaction, avoir pour but de la vie de servir le Divin.
Entretien du 21 juillet 1954
Mère, pourquoi est-ce que les gens reçoivent de la force, puisque le Divin sait qu’ils ne sont pas sincères ?
Écoute, mon petit, jamais le Divin n’a des notions humaines dans ses façons d’agir. Il faut bien te mettre cela dans la tête une fois pour toutes. Il fait probablement les choses sans ce que nous appelons des raisons. Mais en tout cas, s’Il en a, ce ne sont pas les mêmes que les raisons humaines, et Il n’a surtout pas le sens de la justice tel que l’entendent les hommes.
Par exemple, vous concevez très bien qu’un homme qui est assoiffé de biens, et qui essaye de tromper les gens pour avoir de l’argent... dans votre idée de justice, cet homme devrait être privé de tous biens et réduit à la pauvreté. Il se trouve que, généralement, c’est le contraire qui se passe. Mais ça, ce sont seulement les apparences. Derrière les apparences, il y a autre chose... Il échange cela pour d’autres possibilités. Il peut avoir de l’argent, mais il n’a plus de conscience. Et au fond, ce qui arrive presque toujours, c’est que lorsqu’il a l’argent qu’il a désiré, il n’est pas heureux... Et plus il en a, généralement, moins il est heureux. Il est, n’est-ce pas, tourmenté par le bien qu’il a gagné.
Il ne faut pas juger les choses d’après un succès extérieur, ou un semblant de défaite. On peut — et en général c’est toujours ce qui se passe —, on pourrait dire que le Divin donne ce que l’on désire, et que de toutes les leçons, c’est la meilleure. Parce que si votre désir est inconscient, obscur, égoïste, vous augmentez en vous l’inconscience, l’obscurité et l’égoïsme, c’est-à-dire que cela vous éloigne de plus en plus de la vérité, de la conscience et du bonheur. Cela vous éloigne du Divin. Et pour le Divin, naturellement, il n’y a qu’une chose qui soit vraie, c’est la Conscience divine, l’Union divine. Et chaque fois que vous mettez en avant les choses matérielles, vous devenez de plus en plus matériel et vous vous éloignez de plus en plus du plein succès.
Mais ce succès, pour la Vérité, est une terrible défaite... Vous avez échangé la Vérité pour le Mensonge.
Juger selon les apparences et le succès apparent, c’est justement un acte de complète ignorance. Même chez celui qui est le plus endurci, même celui pour qui tout a apparemment réussi, il y a toujours une contrepartie. Et cette espèce de durcissement de l’être qui se produit, ce voile qui se construit, de plus en plus épais, entre la conscience extérieure et la vérité intérieure, devient, un jour ou l’autre, tout à fait intolérable. Cela se paye très cher, généralement, le succès extérieur.
Il faut être très grand, très pur, avoir une conscience spirituelle très haute et très désintéressée pour pouvoir réussir sans en être affecté. Rien n’est plus difficile que d’avoir du succès. Ça, c’est la vraie épreuve de la vie !
Quand vous ne réussissez pas, tout naturellement, vous vous retournez sur vous-même et au-dedans de vous, et vous cherchez au-dedans de vous la consolation de votre échec extérieur. Et ceux qui ont une flamme au-dedans d’eux, si le Divin veut vraiment les aider, s’ils sont mûrs pour être aidés, s’ils sont prêts pour suivre le chemin, les coups viendront l’un après l’autre, parce que cela aide. C’est l’aide la plus puissante, la plus directe, la plus efficace. Si vous réussissez, méfiez-vous, dites-vous : « À quel prix, de quel prix ai-je payé le succès ? J’espère que ce n’est pas un pas vers... »
Il y a ceux qui ont dépassé cela, ceux qui sont conscients de leur âme, ceux qui se sont donnés entièrement, ceux qui, comme je l’ai dit, sont absolument purs, désintéressés, et qui peuvent réussir sans que ça les atteigne et sans que ça les touche, alors, là, c’est différent. Mais il faut être très haut pour pouvoir supporter le succès. Et après tout, c’est peut-être la dernière épreuve que le Divin donne à quelqu’un : « Maintenant tu es noble, tu es désintéressé, tu n’as plus d’égoïsme, tu n’appartiens plus qu’à moi, je vais te faire triompher. Nous allons voir si tu tiendras le coup. »
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Entretien du 4 août 1954
Mère, ce qui est intéressant, c’est ceci : qu’est-ce qu’il y a en nous qui fait que nous sommes ici ?
Ah ! ça, c’est intéressant ! Qu’est-ce qui fait que vous êtes ici ? Eh bien, c’est à chacun de le trouver. Tu as trouvé, toi ? Non, pas encore ? Tiens, ça c’est une autre question très intéressante.
Si vous... (silence) Si vous vous êtes demandé cela, vous avez bien dû aller chercher la réponse quelque part, au-dedans ; parce qu’elle est au-dedans de vous, la réponse. « Qu’est-ce qu’il y a en nous qui fait que nous sommes ici ? » La réponse est au-dedans. Il n’y a rien au-dehors. Et si vous allez assez profond, vous trouverez une réponse très claire... et une réponse intéressante. Si vous allez assez profond, dans un silence assez complet de toutes les choses extérieures, vous trouverez au-dedans de vous cette flamme, dont je parle souvent, et dans cette flamme vous verrez votre destin. Vous verrez l’aspiration de siècles qui s’est concentrée petit à petit, pour vous mener à travers des naissances innombrables vers le grand jour de la réalisation. Cette préparation qui s’est faite pendant des millénaires, et qui va arriver à son aboutissement.
Et comme vous serez allé très profondément pour trouver cela, toutes vos incapacités, toutes vos faiblesses, tout ce qui nie en vous, et qui ne comprend pas, tout cela, vous sentirez que ce n’est pas vous-même, c’est simplement comme un vêtement qui va plus ou moins bien, et que vous avez mis pour l’occasion. Mais vous comprendrez que, pour que vous soyez vraiment capable de profiter pleinement de l’occasion, pour faire ce que vous vouliez faire, ce que vous aspiriez à faire depuis si longtemps, il faut que petit à petit vous ameniez la lumière, la conscience, la vérité dans tous ces éléments obscurs du vêtement extérieur, afin que vous puissiez comprendre intégralement pourquoi vous êtes ici. Et non seulement que vous le compreniez, mais que vous soyez capable de le faire. Il y a des siècles que cela se prépare en vous, pas dans ça... (Mère se pince la peau de l’avant-bras) ça, c’est tout à fait récent, n’est-ce pas... mais dans votre vrai vous-même. Et il y a des siècles que cela attend cette occasion.
Et alors, vous entrez immédiatement dans le merveilleux. Vous voyez à quel point c’est extraordinaire que des choses que l’on a espérées depuis si longtemps, des choses pour lesquelles on a tant prié, on a tant fait d’efforts, que tout à coup, il arrive un moment où elles se réalisent!
C’est le moment où les grandes choses se font. Il ne faut pas manquer l’occasion.
Entretien du 22 décembre 1954
Quand on recule du chemin, on recule pour la vie présente ou…
C’est-à-dire que, n’est-ce pas, il y a beaucoup de cas différents, et cela dépend de la nature du recul. Si vous avez un petit recul, ou un petit arrêt, vous pouvez repartir. Mais c’est dix fois plus difficile qu’avant.
Pourquoi ?
Pourquoi ? Parce que c’est comme ça. Parce que vous avez accumulé en vous les obstacles par votre lâcheté et votre faiblesse. Toutes ces difficultés qu’il faut vaincre, ce sont comme des examens spirituels que vous devez passer. Et si vous manquez votre examen, eh bien, le suivant sera beaucoup plus difficile. Ça, c’est une loi occulte générale. On ne peut pas y échapper. Si vous êtes en présence d’un effort à faire et d’un progrès à faire, si vous manquez... Et notez que dans les conditions actuelles vous n’êtes pas prévenu, ce qui fait que l’examen est beaucoup plus difficile à passer. Dans le temps, dans l’ancien temps, les candidats, on leur disait : « Maintenant, préparez-vous. On va vous faire passer par des épreuves terribles : on vous enfermera dans un cercueil, on vous mettra en présence de dangers terribles. Mais ce sont des épreuves, pour voir si vous avez les qualités requises. » Un homme prévenu, n’est-ce pas, en vaut dix, comme on dit. Une fois que l’on était prévenu que c’était une épreuve, on ne prenait pas cela sérieusement et c’était beaucoup plus facile.
Mais ce n’est plus la méthode. On ne fait plus comme ça. C’est la vie elle-même, les circonstances de chaque jour qui sont les épreuves par lesquelles il faut que vous passiez. Il y a des gens qui sentent instinctivement qu’ils sont en présence d’une décision à prendre, d’un effort spécial à faire, et qui font cet effort au-dedans d’eux-mêmes et franchissent ce pas. Ceux-là, ils ont une force beaucoup plus grande pour franchir le pas suivant. Quand on a remporté une petite victoire sur son être inférieur, la fois suivante on a une force beaucoup plus grande pour faire le pas suivant. Au contraire, si on est aveugle, ignorant ou stupide, ou de mauvaise volonté, et qu’au lieu de dire oui à l’épreuve qui se présente, on se révolte ou on la refuse, alors, n’est-ce pas, cela se traduit par « on n’a pas passé son examen, on a échoué à son examen ». Mais la fois suivante on est obligé, non pas seulement de faire un effort pour remporter cela, mais de faire encore un bien plus grand effort pour réparer le mal que l’on s’est fait à soi-même. Alors c’est beaucoup plus difficile.
Mais ça, ce sont des choses qui se passent pour tout le monde sur le chemin, tout le temps, peut-être même quotidiennement. Il y a des petites choses, il y a des choses un peu plus grosses. Les petites, on peut, n’est-ce pas, par chance tourner du bon côté. Les grosses, il faut d’abord avoir une sorte d’instinct. Il faut faire attention, et puis faire la vraie chose de la vraie manière. Mais il y a encore d’autres choses. Quand on est à un moment critique de son développement, et qu’alors il faut absolument franchir le pas pour pouvoir avancer, à ce moment-là, il y a toujours deux possibilités : celle de franchir le pas, et alors, immédiatement, on fait un progrès formidable ; ou bien de se laisser aller, et alors ça, c’est plus qu’un arrêt, c’est même plus qu’un recul, cela peut être une chute très grave dans un précipice. Il y a des précipices dont on ne se relève pas ; et alors, dans ce cas, c’est une vie perdue.
Mais si on a en soi, en plus de la partie qui a fléchi et qui est tombée, si on a quelque part une flamme très ardente, qu’on est prêt à tout, toutes les souffrances possibles, tous les efforts possibles, tous les sacrifices possibles pour réparer ce que l’on a fait, pour regrimper du fond du précipice, pour retrouver la route, on peut le faire. Cette flamme-là, elle a la capacité d’appeler la Grâce. Et avec la Grâce, il n’y a rien d’impossible. Mais il faut que ce soit vraiment une flamme, quelque chose de formidable, parce que quand on est au fond du trou, ce n’est pas facile d’en sortir.
Entre le premier qui, simplement, est un petit arrêt sur la route et qui fait que ça sera un petit peu plus difficile la fois suivante, et le dernier dont je parle, il y a beaucoup d’échelons ; et alors on ne peut pas dire que « si on quitte la route, c’est pour la vie ». Ça, c’est l’extrême.
Mais si on quitte la route, c’est même très difficile de la retrouver. Ce qui est étrange, c’est qu’en la quittant on la perd. Il y a des légendes, comme ça, dans tous les pays, de gens qui ont quitté la route, et puis après, qui ont été à sa recherche, et qui ne l’ont jamais retrouvée. C’était comme si elle s’était évanouie. Ils l’ont perdue, et ça, c’est vraiment une triste chose.
Mais quand on est sur la route, je l’ai dit — je viens de le dire —, quand on est sur la route, ne la quittez jamais. Hésitez, vous pouvez hésiter tant que vous voulez avant de la prendre ; mais de la minute où vous avez mis le pas dessus, c’est fini, ne la quittez pas. Parce que cela a des conséquences qui peuvent même s’étendre sur plusieurs vies. C’est d’une grande gravité. C’est pour cela, d’ailleurs, que je ne pousse jamais personne à prendre le chemin.
Vous êtes ici une quantité considérable d’enfants : je ne leur ai jamais demandé. Il n’y a que ceux qui sont venus à moi, et qui m’ont dit : « Je veux. » Et ceux-là, à moins que je ne sois absolument sûre d’eux parce qu’il est écrit dans leur destin qu’ils sont venus pour ça, je leur dis toujours : « Réfléchissez, réfléchissez, soyez bien sûr que c’est ça que vous voulez et pas autre chose. » Et quand ils ont réfléchi et qu’ils se sont décidés, c’est fini. On ne doit plus bouger, on doit aller jusqu’au bout. Je veux dire qu’on ne doit plus quitter le chemin. Il faut avancer coûte que coûte et essayer de ne pas s’arrêter trop souvent en route; parce que c’est plus facile de continuer même si c’est dur, que de recommencer quand on s’est arrêté. Il faut un effort beaucoup plus grand pour se relever que pour continuer le chemin.
Et, n’est-ce pas, logiquement je ne devrais pas le dire, mais j’ai déjà prévenu tous les gens qui sont ici, je leur ai dit : « Ne prenez jamais à la légère toutes les circonstances de chaque jour, toutes les toutes petites choses de la vie, tous les petits événements, n’est-ce pas ; ne prenez jamais ça légèrement. » Ne réagissez jamais avec votre être inférieur. Chaque fois qu’il vous est dit de faire quelque chose ou de ne pas faire quelque chose — on ne vous le dit pas très souvent, mais chaque fois qu’on vous le dit —, avant de réagir, réfléchissez, tâchez de trouver en vous-même quelle est la partie qui réagit. Ne réagissez pas comme cela avec ce qu’il y a de plus ordinaire en vous. Rentrez en vous-même, tâchez de trouver le meilleur de vous-même, et c’est avec cela qu’il faut réagir. C’est très important. C’est très important.
(J'ai déjà lu les Entretiens... et je n'avais aucun souvenir de ce passage. C'est pourtant les indications que nous donne Mère ici sont d'une grande importance non ?)
Il y a des gens qui piétinent pendant des années parce qu’ils n’ont pas fait ça. Il y en a d’autres, il semble qu’ils volent, tellement ils vont vite, parce qu’ils font attention à cela. Et ceux qui ne le font pas, ils jettent toujours le blâme sur le Divin. Ils accusent la Grâce. Ils lui disent : « C’est Toi qui m’as trompé, c’est Toi qui m’as mis en difficulté, c’est Toi qui m’as fait broncher, c’est Toi qui es un monstre. » Pas avec ces mots-là, mais leur pensée est comme ça. Et alors, naturellement, ils aggravent leur cas, parce qu’ils repoussent même l’aide qu’ils auraient pu avoir dans leur difficulté. Voilà.
Je pourrais vous dire beaucoup d’autres choses, mais cela viendra petit à petit. En tout cas, si vous pouvez garder en vous, justement, une confiance, une confiance candide qui ne discute pas, et le sens de... oui, c’est vraiment une sorte de confiance que ce qui est fait pour vous, malgré toutes les apparences, c’est toujours la meilleure chose pour vous conduire le plus vite possible hors de toutes vos difficultés et vers le but... si vous pouvez garder ça solide en vous, eh bien, vous faciliterez votre chemin d’une façon formidable.
Vous me direz que c’est très difficile à garder, mais les enfants le gardent bien. Il faut vraiment qu’ils soient tombés sur des parents particulièrement détestables pour le perdre ; mais si leurs parents sont simplement convenables vis-à-vis d’eux, ils gardent cela très bien. Eh bien, c’est cette attitude-là ; si vous pouvez vous dire : « Bien, peut-être que la Grâce divine mérite qu’on lui fasse confiance », simplement ça, pas autre chose, vous vous éviterez beaucoup de difficultés, beaucoup. En fait, cela évite beaucoup de difficultés même dans la vie ordinaire, et beaucoup d’ennuis. Et particulièrement ici, si l’on peut faire cela, eh bien, vous verrez des choses qui paraissaient formidablement difficiles et qui se dissolvent tout d’un coup comme des nuages.
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