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Nouvelle vidéo de notre ami Diksha sur l'une des plus grandes énigmes de notre existence terrestre. Nous pouvons saluer son effort d'apporter quelques clartés sur un sujet vaste, complexe, avec de nombreuses ramifications très profondes... 

 

Synchronicité : en préparant mon article précédent, j'ai trouvé un 1er texte de Mère sur la Transformation, et je me suis aperçu que le texte suivant concernait la peur de mourir. Alors, sachant que Diksha préparait cette émission, je suis donc allé dans ma boite mail pour lui transmettre l'info, au cas où cela lui serait utile : trop tard, il y avait un message de sa part avec le lien vers sa vidéo ! Voici donc le texte en question dans Éducation, le tome 12 des œuvres complètes. 

La peur de la mort et les quatre méthodes pour la conquérir

D’une façon générale, le plus grand peut-être des obstacles qui entravent le progrès humain, est la peur, la peur multiple, innombrable, contradictoire, illogique, irraisonnée et souvent déraisonnable. Et de toutes les peurs la plus subtile et la plus tenace est la peur de la mort.

Elle a ses racines profondes dans le subconscient, et ce n’est pas facile de l’en déloger. Elle est évidemment faite de plusieurs éléments entremêlés : l’esprit de conservation et le souci de la préservation pour assurer la continuité de la conscience, le recul devant l’inconnu, le malaise causé par l’inattendu et l’imprévisible, et peut-être, derrière tout cela, caché dans les profondeurs des cellules, l’instinct que la mort n’est pas inéluctable et que, si certaines conditions sont remplies, elle peut être conquise ; quoique à dire vrai, la peur en elle-même soit un des plus grands obstacles à cette conquête. Car on ne peut vaincre que ce que l’on ne craint point. Ainsi celui qui craint la mort est déjà vaincu par elle.

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Comment surmonter cette peur ? Plusieurs méthodes peuvent être employées à cet effet. Mais tout d’abord, certaines notions fondamentales sont nécessaires pour nous aider dans notre entreprise.

Le premier point, le plus important, est de savoir que la vie est une et immortelle. Ce sont seulement les formes qui sont innombrables, passagères et friables. Il faut établir cette connaissance dans son esprit d’une façon certaine et durable, et dans la mesure du possible, identifier sa conscience à la vie éternelle indépendante de toute forme mais se manifestant dans toutes les formes. Ceci donne la base psychologique indispensable pour faire face au problème, car le problème demeure.

Même si l’être intérieur est suffisamment éclairé pour être au-dessus de toute peur, la peur reste cachée dans les cellules du corps, obscure, spontanée, échappant à la raison, la plupart du temps presque inconsciente. C’est dans ces profondeurs obscures qu’il faut la découvrir, la saisir et jeter sur elle la lumière de la connaissance et de la certitude.

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Donc la vie ne meurt point, mais la forme se dissout et c’est cette dissolution que la conscience corporelle redoute. Pourtant cette forme est en constant changement et rien n’empêche essentiellement que ce changement soit progressif. Seul ce changement progressif pourrait faire que la mort ne soit pas inévitable, mais il est fort difficile à accomplir et exige des conditions que peu de personnes sont à même de remplir. Ainsi, suivant la catégorie des cas et des états de conscience, la méthode à suivre pour surmonter la peur de la mort sera différente. On peut classer ces méthodes en quatre genres principaux, quoique chaque genre comporte un grand nombre de variétés; à dire vrai, chacun doit élaborer son propre système.

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La première méthode fait appel à la raison. On peut dire que, dans l’état actuel du monde, la mort est inévitable ; tout corps qui a pris naissance, périra nécessairement un jour ou l’autre ; et dans la presque totalité des cas la mort vient quand elle doit venir ; on ne peut ni hâter ni reculer son moment ; celui qui la recherche a parfois fort longtemps à attendre pour l’obtenir, celui qui la redoute peut être frappé par elle subitement, en dépit de toutes les précautions qu’il aura prises. L’heure de la mort semble donc fixée inéluctablement, excepté pour un tout petit nombre d’êtres qui possèdent des pouvoirs dont la race humaine ne dispose pas généralement.

La raison enseigne qu’il est absurde d’avoir peur d’une chose que l’on ne peut éviter. La seule chose à faire est d’en accepter l’idée et de faire tranquillement, de jour en jour, d’heure en heure, ce que l’on peut faire de mieux, sans se soucier de ce qui arrivera. Ce procédé est très efficace quand il est employé par les intellectuels qui ont l’habitude d’agir selon les lois de la raison ; mais il réussirait moins chez les émotifs qui vivent dans leurs sentiments et se laissent la peur de la mort gouverner par eux. Ceux-là devront, sans doute, avoir recours à la seconde méthode, celle de la recherche intérieure.

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Au-delà de toutes les émotions, dans les profondeurs silencieuses et tranquilles de notre être, il y a une lumière qui brille constamment, c’est la lumière de la conscience psychique. Partez à la recherche de cette lumière, concentrez-vous sur elle ; elle est au-dedans de vous ; avec de la persévérance dans votre volonté, vous êtes sûr de la trouver et dès que vous pénétrez en elle, vous vous éveillez au sens de l’immortalité ; vous avez toujours vécu, vous vivrez toujours ; vous devenez tout à fait indépendant de votre corps ; votre existence consciente ne dépend pas de lui ; et ce corps est seulement une des formes fugitives à travers lesquelles vous vous êtes manifesté. La mort n’est plus un anéantissement, elle n’est qu’une transition. Instantanément toute peur s’évanouit et on marche dans la vie avec la calme certitude de l’homme libre.

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La troisième méthode est pour ceux qui ont foi en un Dieu, leur Dieu, et qui se sont donnés à lui. Ils lui appartiennent intégralement ; tous les événements de leur vie sont l’expression de la volonté divine et ils les acceptent non seulement avec une paisible soumission, mais avec reconnaissance, car ils sont convaincus que tout ce qui leur arrive est toujours pour leur bien. Ils ont une confiance mystique dans leur Dieu et dans la relation personnelle qu’ils ont avec lui ; ils ont fait le don absolu de leur volonté à la sienne et ont le sentiment de son amour et de sa protection invariables, tout à fait indépendants des accidents de la vie et de la mort. Ils se sentent constamment couchés aux pieds de leur Bien-Aimé dans un abandon absolu, ou blottis dans ses bras, jouissant d’une sécurité parfaite. Il n’y a plus, dans leur conscience, aucune place pour la peur, l’anxiété ou le tourment ; tout cela est remplacé par une calme et délicieuse béatitude. Mais tout le monde n’a pas la bonne fortune d’être un mystique.

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Pour finir, il y a ceux qui sont nés guerriers. Ils ne peuvent accepter la vie telle qu’elle est, et sentent vibrer en eux leur droit à l’immortalité, une immortalité totale et terrestre. Ils ont une sorte de connaissance intuitive que la mort n’est qu’une mauvaise habitude, et ils semblent être nés avec la résolution de la vaincre. Mais cette victoire nécessite un combat acharné contre une armée d’assaillants terribles et subtils, combat qui doit être livré constamment, pour ainsi dire à chaque minute. Seul celui dont le tempérament est intrépide doit s’y risquer. La lutte a plusieurs aspects ; elle est située dans plusieurs plans qui s’entremêlent et se complètent.

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La première bataille à livrer est déjà formidable ; c’est la bataille mentale contre la suggestion collective, massive, impérieuse, contraignante ; suggestion basée sur des millénaires d’expérience, sur une loi de la nature qui ne paraît pas avoir encore rencontré d’exception. Elle se traduit par cette affirmation obstinée : « Il en a toujours été ainsi, il ne peut pas en être autrement. La mort est inévitable et c’est une folie d’espérer qu’elle ne le soit pas. » Le concert est unanime et jusqu’à présent, même le savant le plus avancé ose à peine faire entendre une note discordante, un espoir pour l’avenir.

Quant à la plupart des religions, elles ont basé leur pouvoir d’action sur le fait de la mort, et elles affirment que Dieu a voulu que l’homme meure puisqu’il l’a créé mortel. Beaucoup d’entre elles ont fait de la mort une délivrance, une libération, parfois même une récompense. Elles ordonnent : « Soumets-toi à la volonté du Très-Haut, accepte sans révolte l’idée de la mort, et tu seras paisible et heureux. » Il faut, en dépit de tout cela, que la conviction mentale reste inébranlable pour soutenir une volonté qui ne fléchit point. Mais pour celui qui s’est promis de vaincre la mort, toutes ces suggestions sont sans effet et ne peuvent affecter sa certitude basée sur une révélation profonde.

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La seconde bataille est celle du sentiment, la lutte contre l’attachement à tout ce que l’on a construit, tout ce que l’on a aimé. Par un travail assidu, parfois au coût de grands efforts, vous avez érigé votre foyer, votre carrière, votre œuvre sociale, littéraire, artistique, scientifique ou politique ; vous vous êtes créé un milieu dont vous êtes le centre et dont vous dépendez au moins autant qu’il dépend de vous. Vous êtes entouré d’un ensemble de personnes, parents, amis, collaborateurs, et quand vous pensez à votre vie, ils occupent dans votre pensée une place presque aussi grande que vous-même, au point que s’ils vous étaient brusquement enlevés, vous vous sentiriez perdu, comme si une très importante partie de votre être avait disparu.

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Il n’est pas question de renoncer à toutes ces choses, puisqu’elles constituent, au moins en grande partie, la raison d’être et le but de votre existence, mais il faut renoncer à tout attachement pour elles, afin de vous sentir capable de vivre sans elles, ou plutôt, afin d’être toujours prêt, si elles vous quittent, à vous reconstruire une vie nouvelle dans de nouvelles circonstances, et cela indéfiniment, car tel est le résultat de l’immortalité. On peut définir cet état ainsi : savoir tout organiser et tout exécuter avec le maximum de soin et d’attention, mais en restant libre de tout désir et de tout attachement ; car si l’on veut échapper à la mort, il ne faut être lié à rien de périssable.

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Après les sentiments viendront les sensations. Ici la lutte est sans merci, et les adversaires sont redoutables. Ils savent percevoir la moindre faiblesse et frappent là où vous êtes désarmé ; les victoires remportées ne sont que passagères et les mêmes combats se répètent indéfiniment ; l’ennemi que vous croyiez avoir vaincu se redresse encore et encore pour vous frapper. Il faut avoir un caractère fortement trempé et une endurance inlassable pour résister à toutes les défaites, tous les déboires, tous les démentis, tous les découragements, et à l’immense lassitude d’être toujours en contradiction avec l’expérience quotidienne et les événements terrestres.

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Maintenant nous en arrivons au combat le plus terrible de tous, le combat matériel, celui qui se livre dans le corps ; car il est sans répit et sans trêve. Il commence à la naissance et ne peut se terminer qu’avec la défaite de l’un des deux belligérants : la force de transformation et la force de désintégration.

Je dis depuis la naissance, car en fait les deux tendances sont en conflit dès l’entrée dans le monde, quoique ce conflit ne devienne conscient et volontaire que beaucoup plus tard. Car toutes les indispositions, les maladies, les malformations, les accidents même, sont l’effet de l’action de la force de désintégration, comme la croissance, le développement harmonieux, la résistance aux attaques diverses, la guérison des maladies, tous les rétablissements au fonctionnement normal, toutes les améliorations progressives sont dus à l’action de la force de transformation.

Plus tard, avec le développement de la conscience, quand la lutte devient volontaire, elle se change en une course compétitive effrénée entre les deux tendances contraires, une course à celle qui atteindra son but la première : la transformation ou la mort.

C’est l’effort ininterrompu, la concentration constante pour faire descendre la force régénératrice et pour augmenter la réceptivité des cellules à cette force, pour lutter pas à pas, point à point contre l’action dévastatrice des forces de destruction et de déchéance, pour arracher à son emprise tout ce qui est capable de répondre à l’impulsion ascendante, pour éclairer, purifier, équilibrer. Combat obscur et obstiné, le plus souvent sans résultat apparent, et sans signe extérieur des victoires partielles remportées dont on ne peut avoir la certitude, car le travail fait semble toujours à refaire ; chaque pas en avant est le plus souvent payé par un recul ailleurs, et ce qui a été accompli un jour peut être redéfait le lendemain ; en effet la victoire ne peut être assurée et durable que si elle est totale. Et tout cela prend du temps, beaucoup de temps, et les années passent inexorables, augmentant la puissance des forces adverses.

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Pendant tout ce temps la conscience est comme une sentinelle debout dans la tranchée : il faut tenir, tenir à tout prix, la peur de la mort sans un tressaillement de peur, sans un relâchement de vigilance, gardant une foi inébranlable dans la mission à remplir et dans l’aide d’en haut qui vous anime et vous soutient. Car le triomphe est au plus endurant.

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Il y a bien un autre moyen de vaincre la peur de la mort, mais il est à la portée d’un si petit nombre, qu’il n’est mentionné ici qu’à titre de renseignement. C’est d’entrer dans le domaine de la mort volontairement et consciemment, tandis qu’on est en vie ; puis de retourner de cette région vers le corps physique pour rentrer en lui et reprendre le cours de l’existence matérielle, en toute connaissance de cause. Mais pour cela il faut être un initié.

La Mère – Bulletin février 1954

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Nous avons là des informations très puissantes. Besoin de le lire et de le relire, de le méditer et d'y revenir... afin de le digérer, de l'intégrer autant qu'il nous sera possible.

Voyons maintenant trois poèmes de Sri Aurobindo.

Supramental – De la mort à l'Immortalité – Part 1

Vie et Mort

Vie, mort — mort, vie ; tout au long des âges ces mots ont guidé
notre pensée et notre conscience et paru
deux contraires indubitables ; mais aujourd’hui des pages longtemps celées
s’ouvrent, livrant des vérités insoupçonnées.
La vie seule est, ou la mort est la vie travestie —
la vie une mort brève, avant que la vie nous surprenne.

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La peur de la mort

La Mort à son gré se promène dans nos vies, douce Mort
qui s’affaire à chaque souffle.
Pourquoi la redouter ? Voyez comme elle rit,
son visage est la rose de lumière d’une grâce enjouée !
Une aimante et charmante vierge cueillant des fleurs
dans un jardin embaumé, frais des ondées printanières,
telle est la chose que vous craignez, une jeune et radieuse tourière
qui ouvre à nos âmes les mondes de lumière.
Est-ce parce que la branche tordue doit souffrir
quand les plus tendres mains lui dérobent sa gloire ?
Est-ce parce que la tige sans fleur retombe, ternie
et blême, qui naguère fut si belle ?
Ou est-ce le grincement affreux quand s’ouvre le portail
qui vous ébranle, faibles âmes sans courage ?
La mort n’est que le changement de nos robes pour attendre
en habits de noce à la porte de l’Éternel.

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Immortalité

Je me suis abreuvé de Divine liberté,
source d’une secrète royauté :
cachée sous une vêture terrestre qui subsiste encore,
je suis l’être sans-monde, vaste et libre.
Un instant marqué de cette suprématie
m’a sauvé des pièges et des chaînes cosmiques ;
abolissant la mort et le temps, ma nature
vit au cœur même de l’immortalité.

Déchiré le contrat de Dieu signé avec l’Ignorance ;
le Temps est devenu l’année sans fin de l’Éternel,
mon âme, être immense d’Espace infini et vivant
dessine les contours de son corps lumineux et non-né
derrière la robe terrestre, et sous le masque de la terre
s’éclaire la forme d’un visage impérissable.

Puisque il a été cités quelques aphorismes, voici ceux que j'ai trouvé en relation avec la mort et l'immortalité. Certains sont vraiment délicieux... mais attention... comme l'a mentionné Diksha, ils ont été construits pour court-circuiter le mental et nous pourrions avoir la fausse impression d'avoir compris. Pour cela, il reste préférable de lire aussi les commentaires de Mère.

Aperçus et Pensées

L’homme est amoureux des liens de la naissance ; aussi se trouve-t-il pris dans les liens jumeaux de la mort. Dans ces chaînes, il aspire à la liberté de son être et à la maîtrise de son accomplissement.

(...)

L’homme est amoureux des limitations de son être physique, et cependant il voudrait avoir aussi la liberté de son esprit infini et de son âme immortelle.

(...)

La mort est la question que la Nature pose continuellement à la vie pour lui rappeler qu’elle ne s’est pas encore trouvée elle-même. Sans l’assaut de la mort, la créature serait liée pour toujours à une forme de vie imparfaite. Poursuivie par la mort, elle s’éveille à l’idée d’une vie parfaite et en cherche les moyens et la possibilité.

La faiblesse pose la même épreuve et la même question aux forces, aux énergies et aux grandeurs dont nous nous glorifions. Le pouvoir est le jeu de la vie ; il en donne la mesure et révèle la valeur de son expression. La faiblesse est le jeu de la mort qui poursuit la vie dans son mouvement et fait sentir les limites de l’énergie qu’elle a acquise.

(...)

Infinis, nous sommes affranchis de la mort, car la vie devient un jeu de notre existence immortelle. Nous sommes affranchis de la faiblesse, car nous sommes la mer tout entière jouissant des myriades de chocs de ses vagues. Nous sommes affranchis du chagrin et de la douleur, car nous apprenons à harmoniser notre être avec tout ce qui le touche et à trouver en toute chose l’action et la réaction de la joie de l’existence. Nous sommes affranchis des limitations, car le corps devient un jouet de l’esprit infini et apprend à obéir à la volonté de l’âme immortelle. Nous sommes affranchis de la fièvre du mental nerveux et du cœur, et cependant nous ne sommes pas contraints à l’immobilité.

L’immortalité, l’unité et la liberté sont en nous, attendant notre découverte ; mais pour la joie de l’amour, Dieu en nous sera toujours la Multitude.

Aphorismes jnana (la connaissance)

10 — Mon âme sait qu’elle est immortelle. Mais vous taillez en pièces un cadavre et triomphalement vous clamez : «Où donc est votre âme et où votre immortalité ?»

11 — L’immortalité n’est pas la survie de la personnalité mentale après la mort, bien que ce soit vrai aussi, mais la possession éveillée du Moi qui est sans mort et sans naissance, et dont le corps n’est qu’un instrument et une ombre.

53 — Les querelles entre sectes religieuses ressemblent à la querelle des cruches qui chacune voulait être seule à contenir le nectar d’immortalité. Laisse-les se quereller. L’important pour nous est de trouver le nectar, en quelque pot qu’il soit, et d’obtenir l’immortalité.

54 — Vous dites que la saveur du pot pénètre la liqueur. C’est une question de goût, mais qu’est-ce qui pourrait la priver de son pouvoir d’immortalité ?

55 — Sois vaste en moi, ô Varuna ; sois puissant en moi, ô Indra ; ô Soleil, sois très brillant et lumineux ; ô Lune, sois pleine de charme et de douceur. Sois farouche et terrible, ô Rudra ; soyez impétueux et rapides, ô Maruts ; sois fort et hardi, ô Aryamâ ; sois voluptueux et agréable, ô Bhaga ; sois tendre et aimable et aimant et passionné, ô Mitra. Sois brillante et révélatrice, ô Aurore ; ô Nuit, sois solennelle et féconde. Ô Vie, sois pleine, prête et allègre ; ô Mort, conduis mes pas de demeure en demeure. Harmonise-les tous, ô Brahmanaspati. Ne me laisse pas assujetti à ces dieux, ô Kâlî (1).

(1) Kâlî représente l’aspect destructeur de la Mère universelle. Mais c’est par amour qu’elle détruit et qu’elle tranche les liens.

60 — Le mortel n’existe pas. Seul l’immortel peut mourir ; le mortel ne peut ni naître ni périr.

88 — Ce monde fut construit par la Mort afin qu’elle puisse vivre. Voudrais-tu abolir la mort ? Alors la vie périrait du même coup. Tu ne peux pas abolir la mort, mais tu peux la transformer en un mode de vie plus grand.

89 — Ce monde fut construit par la Cruauté afin qu’elle puisse aimer. Voudrais- tu abolir la cruauté ? Alors l’amour périrait du même coup. Tu ne peux pas abolir la cruauté mais tu peux la transfigurer en son contraire : un Amour et un Délice ardents.

90 — Ce monde fut construit par l’Ignorance et par l’Erreur afin qu’elles puissent connaître. Voudrais-tu abolir l’ignorance et l’erreur ? Alors la connaissance périrait du même coup. Tu ne peux pas abolir l’ignorance et l’erreur, mais tu peux les transmuer en ce qui dépasse la raison.

91 — Si la Vie seule existait sans la mort, il ne pourrait pas y avoir d’immortalité. Si l’amour seul existait, sans la cruauté, la joie ne serait qu’un tiède ravissement éphémère. Si la raison seule existait, sans l’ignorance, notre réalisation la plus haute ne dépasserait pas un rationalisme étroit et une sagesse mondaine.

92 — Transformée, la Mort devient la Vie qui est Immortalité ; transfigurée, la Cruauté devient Amour qui est extase intolérable ; transmuée, l’Ignorance devient la Lumière qui bondit par-delà la sagesse et la connaissance.

93 — La douleur est comme la poigne de notre Mère qui nous apprend à supporter l’ivresse divine et à la laisser croître en nous. Sa leçon se fait en trois étapes : endurance d’abord, puis égalité d’âme, enfin l’extase.

129 — Ô fils de l’Immortalité, ne vis pas selon la Nature, mais selon Dieu ; et contrains aussi la Nature à vivre selon la divinité qui est en toi.

135 — Toute maladie est un moyen d’arriver à une nouvelle joie de santé, tout mal et toute douleur, une préparation de la Nature à une béatitude et à un bien plus intenses, toute mort, une ouverture sur une immortalité plus vaste. Pourquoi et comment doit-il en être ainsi, tel est le secret de Dieu que seule l’âme purifiée de l’égoïsme peut pénétrer.

150 — Pour deux sortes d’êtres, il est de l’espoir : pour l’homme qui a senti le contact de Dieu et qui a été attiré par lui, et pour le chercheur sceptique ou l’athée convaincu ; quant aux formulistes de toutes les religions et aux perroquets de la libre pensée, ce sont des âmes mortes qui suivent une mort qu’ils appellent vivre.

172 — La loi ne peut pas sauver le monde ; par conséquent les commandements de Moïse sont morts pour l’humanité et le Shâstra des brâhmanes est corrompu et mourant. La loi transformée en liberté est le libérateur. Non le pandit (1) mais le yogi, non la vie monastique mais le renoncement intérieur au désir, à l’ignorance et à l’égoïsme.

(1) Celui qui est versé dans les Écritures et les lois sacrées.

175 — Parce qu’un homme bon meurt ou échoue et que le méchant vit et triomphe, devons-nous en conclure que Dieu est mauvais ? Je ne vois pas la logique de cette conséquence. Je dois d’abord être convaincu que la mort et l’échec sont un mal ; je pense, parfois, lorsqu’ils nous viennent, qu’ils sont notre suprême bien momentané. Mais nous sommes les dupes de notre cœur et de nos nerfs et nous soutenons, que ce qu’ils n’aiment pas ou ne désirent pas, doit évidemment être un mal !

205 — La vie et l’action atteignent leur point culminant, elles sont éternellement couronnées pour toi, quand tu as atteint le pouvoir de symboliser et de manifester en chaque pensée et en chaque acte, en art, en littérature et dans la vie, à la maison et dans le gouvernement et la société, dans l’acquisition, la possession et la distribution des richesses, l’Un Immortel en Son être mortel inférieur.

Aphorismes karma (les œuvres)

206 — Dieu conduit l’homme alors même que l’homme s’égare ; la nature supérieure veille sur les trébuchements de l’être mortel inférieur ; telle est la confusion et telle la contradiction dont nous devons nous échapper dans une connaissance claire, en l’unité du moi qui seule est capable d’une action impeccable.

212 — Les poètes font grand cas de la mort et des afflictions extérieures, mais les seules tragédies sont les échecs de l’âme, et la seule épopée, l’ascension triomphante de l’homme vers la divinité.

230 — Les hommes tuent par fureur incontrôlable, par haine ou par vengeance — ils en souffriront tôt ou tard le contrecoup ; ou ils tuent froidement pour servir une cause égoïste — Dieu ne leur pardonnera pas. Si les hommes tuent, il faut d’abord que leur âme soit sûre que la mort est un soulagement et qu’elle ait vu Dieu dans celui qui est frappé, dans le coup et dans celui qui frappe.

283 — Ô Mort, notre ami masqué qui nous donnes de nouvelles chances, quand tu voudras ouvrir la porte, n’hésite point à nous prévenir d’avance, car nous ne sommes pas de ceux qui sont ébranlés par ses grincements de fer.

284 — La mort est parfois un valet insolent, mais quand elle change cette robe de terre en un vêtement plus brillant, son jeu de vilain et ses impertinences peuvent être pardonnés.

285 — Qui te tuera, ô âme immortelle ? Qui te torturera, ô Dieu à jamais joyeux ?

323 — Si jamais le communisme réussit à se réinstaurer sur la terre, ce doit être sur le fondement de la fraternité de l’âme et sur la mort de l’égoïsme. Une association forcée et une camaraderie mécanique aboutiraient à un fiasco mondial.

355 — L’abnégation est un puissant instrument de purification ; ce n’est pas une fin en soi ni l’ultime loi de la vie. Ton but ne doit pas être de te mortifier mais de contenter Dieu dans le monde.

357 — D’abord, le brâhmane a gouverné par les Écritures et les rituels, puis le kshatriya par l’épée et le bouclier ; maintenant, le vaïshya gouverne par la machine et le dollar, et le shûdra, le serf libéré, se bouscule à la porte avec sa doctrine du royaume des travailleurs syndiqués. Mais ni le prêtre ni le marchand ni le travailleur ne sont les vrais gouverneurs de l’humanité ; le despotisme de l’outil ou de la pioche échouera comme tous les despotismes qui l’ont précédé. C’est seulement quand l’égoïsme sera mort et que Dieu dans l’homme gouvernera sa propre universalité humaine, que cette terre nourrira une race d’êtres satisfaits et heureux.

365 — Quelle loi suivrai-je ? La parole de Dieu quand Il me dit : « Ceci est Ma volonté, ô mon serviteur », ou les règles écrites par des hommes morts ? Que non ! Si je dois craindre quelqu’un et obéir, je craindrai plutôt Dieu et Lui obéirai, et non les pages d’un livre ni le regard courroucé du pandit.

366 — « Tu peux être trompé, diras-tu, ce n’est peut-être pas la voix de Dieu qui te conduit ? » Tout de même, je sais qu’Il n’abandonne pas ceux qui ont confiance en Lui, même d’une façon ignorante ; tout de même, j’ai trouvé qu’Il conduisait sagement, même ceux qu’Il semblait tromper complètement ; tout de même, je préférerais tomber dans le piège du Dieu vivant plutôt que d’être sauvé par ma confiance en un formulaire mort.

374 — Accepterai-je la mort ou ferai-je face pour me battre contre elle et conquérir ? Il en sera selon ce que Dieu en moi choisira. Car, que je vive ou que je meure, je suis toujours.

375 — Qu’est-ce donc que tu appelles mort ? Dieu peut-il mourir ? Ô toi qui crains la mort, c’est la Vie qui vient à toi arborant une tête de mort et portant un masque de terreur.

376 — Il existe des moyens de parvenir à l’immortalité physique et la mort dépend de notre choix, ce n’est pas une obligation de la Nature. Mais qui accepterait de porter le même habit pendant cent ans ou d’être enfermé dans un étroit et invariable logement pendant une longue éternité ?

386 — Les maladies se prolongent inutilement et se terminent par la mort plus souvent qu’il n’est inévitable, parce que le mental du malade soutient la maladie de son corps et s’y appesantit.

398 — Dieu en nous est Volonté infinie qui s’accomplit spontanément. Insensible à la peur de la mort, ne peux-tu point Lui laisser le soin de tes maux, non pas à titre d’essai mais avec une foi calme et entière ? Tu t’apercevras finalement qu’Il surpasse l’habileté d’un million de docteurs.

Aphorismes bhakti (la dévotion)

418 — Ton âme n’a pas goûté à l’entier délice de Dieu si elle n’a jamais eu la joie d’être Son ennemie, de lutter contre Ses desseins et d’être engagée dans un mortel combat contre Lui.

519 — Tout d’abord, Soumbha (1) aima Kâlî avec son cœur et son corps, puis il devint furieux et se battit contre elle, enfin il l’emporta sur elle, la saisit par les cheveux et la fit tournoyer trois fois autour de lui dans les cieux ; le moment d’après, il était tué par elle. Telles sont les quatre enjambées du Titan pour parvenir à l’immortalité, et, des quatre, la dernière est la plus longue et la plus puissante.

(1) Roi démon ou Titan.

541 — Peux-tu voir Dieu dans celui qui te torture et te tue, à l’instant même de ta mort ou à l’heure de ta torture ? Peux-tu Le voir dans ce que tu es en train de tuer — voir et aimer même pendant que tu tues ? Tu as posé ta main sur la connaissance suprême. Comment peut-il atteindre Krishna celui qui n’a jamais adoré Kâlî ?

Le lendemain de la publication, je trouve, page 128, ce passage de La voie ensoleillée :

Au moment de mourir

Une fois qu'on a quitté son corps, que l'on soit conscient ou que l'on soit inconscient, que l'on soit développé ou que l'on ne soit pas développé, on sort toujours dans le même domaine, pour commencer ; à moins que l'on ne soit un yogi qui peut faire de soi-même ce qu'il veut, mais ça, n'est-ce pas, c'est un cas tellement rare qu'on ne peut pas en tenir compte. Tous les gens, quand ils sortent de leur corps, ils sont précipités dans un domaine du vital inférieur qui n'a rien de particulièrement agréable.

(...)

La chose la plus importante, dans ce cas-là, c'est le dernier état de conscience que l'on a eu quand tous les deux étaient joints, que, n'est-ce pas, l'être vital et le corps étaient encore réunis. Alors, le dernier état de conscience, on peut dire le dernier désir, ou le dernier espoir, ou la dernière aspiration, ont une importance colossale pour le premier choc que l'on a avec le monde invisible.

Et là, la responsabilité des gens qui entourent le mourant est beaucoup plus grande qu'ils ne le croient. S'ils peuvent l'aider à entrer dans sa conscience la plus haute, alors ils lui rendront le plus grand service qu'ils peuvent lui rendre. Mais généralement, ce qu'ils font, c'est de s'agripper à lui tant qu'ils peuvent, et de le tirer vers eux avec un égoïsme farouche ; ce qui fait que, n'est-ce pas, au lieu de pouvoir s'en aller dans une conscience un peu haute qui le protégera dans sa sortie, il est agrippé par les choses matérielles, et c'est une bataille intérieure terrible pour se libérer à la fois de son corps et de ses attachements.

Entretien de Mère du 29 décembre 1954

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