Prière collective - Aspiration collective – Douze
Dans la foulée des articles précédents sur la religion, j'ai trouvé utile de rappeler ces Entretiens de Mère sur la prière collective et l'importance du nombre 12 ; en laissant de côté toutefois ce que Mère a pu dire sur les 12 sens, sur les 12 Aspects du travail de la Mère, ou sur le fait de sortir 12 fois de son corps pour visiter les 12 mondes...
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Entretien du 6 août 1958
Douce Mère, quel est l’effet et la valeur d’une prière collective ?
Nous avons déjà parlé de cela, des prières collectives, de l’emploi que l’on en avait fait. Je pense même que cela a paru dans le Bulletin.
Il y a d’ailleurs différents genres de prières collectives, comme il y a différents genres de collectivités. Il y a la masse anonyme, la foule, qui s’est formée au hasard d’une circonstance, sans coordination intérieure, poussée par la force d’une circonstance, comme par exemple quand un souverain ou un personnage qui attire l’attention de la masse se trouve dans une situation critique, malade ou victime d’un accident, et que la population s’est assemblée pour avoir des nouvelles et aussi pour exprimer son sentiment; et c’est au hasard des circonstances que les individus sont assemblés là, c’est-à-dire qu’il n’y a aucun lien intérieur excepté celui de la même émotion ou du même intérêt. On a eu l’exemple de foules qui spontanément se mettaient en prière pour obtenir la guérison de quelqu’un qui les intéressait tout particulièrement. Naturellement, ces mêmes foules peuvent s’assembler dans un but opposé, un but de haine, et leurs cris sont aussi une sorte de prière, une prière aux forces adverses et destructrices.
Ces mouvements-là sont des mouvements spontanés, pas organisés, inattendus.
Il y a la collectivité d’un ensemble d’individus qui se sont groupés autour d’un idéal, ou d’un enseignement ou d’une action qu’ils veulent accomplir, et qui ont un lien organisateur entre eux, le lien du même but, de la même volonté et de la même foi. Ceux-là peuvent s’assembler d’une façon méthodique pour pratiquer en commun la prière ou la méditation, et si leur but est élevé, leur organisation bien faite, leur idéal puissant, ces groupes peuvent avoir, par leurs prières ou par leurs méditations, un effet considérable sur les événements du monde, ou sur leur propre développement intérieur et sur leur progrès collectif. Ces groupes-là sont nécessairement très supérieurs aux autres, mais ils n’ont pas cette aveugle puissance qu’ont les foules, l’action collective des foules. Ils remplacent cette véhémence, cette intensité, par la puissance d’une organisation voulue et consciente.
De tout temps, il y a eu sur terre des groupes qui s’organisaient ainsi. Quelques-uns ont eu une vie historique, une action historique dans le monde, mais généralement ils n’ont pas eu plus de succès avec la foule, la masse, que n’en ont eu les individus exceptionnels. Ils ont toujours été suspects et soumis à des attaques, à des persécutions, et souvent aussi ils ont été dissous d’une façon brutale et très obscure, très ignorante... Il y a eu de ces groupes, mi-religieux mi-chevaleresques, qui, rassemblés autour d’une croyance, ou plutôt d’un credo, avec un but défini, ont eu une histoire très intéressante dans le monde. Et certainement, ils ont fait beaucoup pour le progrès collectif par leur effort individuel.
Il y a une organisation idéale qui, si elle était menée à bien totalement, pourrait créer une sorte d’unité très puissante, composée d’éléments ayant tous le même but et la même volonté et suffisamment développés intérieurement pour pouvoir donner un corps très cohérent à une unité intérieure de but, de mobile, d’aspiration et d’action.
De tout temps, les centres initiatiques ont essayé cela, d’une façon plus ou moins heureuse, et toujours il en est question dans toutes les traditions occultes comme d’un moyen d’action extrêmement puissant.
Si l’unité collective pouvait arriver à la même cohésion que celle de l’unité individuelle, elle multiplierait la puissance et l’action de l’individu.
D’habitude, si l’on met ensemble plusieurs individus, la valeur collective du groupe est très inférieure à la valeur individuelle de chacun pris en particulier, mais avec une organisation suffisamment consciente et coordonnée, on pourrait au contraire multiplier la puissance de l’action individuelle.
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Une aspiration collective harmonieuse peut changer le cours des circonstances.
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La Mère – Paroles d’autrefois – 3 janvier 1913
Notes pour une réunion
Ce que doit être une vraie réunion. M. Ber nous a parlé vendredi dernier des mantrams.
2 genres de maîtres d’après Râmakrishna :
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Le maître qui donne le mantram et qui est ainsi un moyen indirect de spiritualisation.
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Le maître qui a fait l’expérience profonde d’union divine et qui par sa seule présence communique la spiritualité — Abdoul Baha.
Ce qu’un homme seul peut faire par sa puissance spirituelle peut être obtenu par un groupe s’il s’unit dans une pensée de bonne volonté :
Initiation chaldéenne :
« Lorsque vous serez douze unis dans la rectitude, vous manifesterez l’Indicible. »
Les groupes sont soumis aux mêmes lois que les individus. Moments plus favorables grâce aux suggestions collectives. Les renouvellements : débuts d’années quelle que soit la date choisie comme point de départ. Occasion offerte de faire naître en soi l’idée que toutes choses peuvent être nouvelles et la résolution de les rendre telles. Par suite, utilité qu’il y a à se réunir à des moments déterminés pour prendre en commun des résolutions favorables.
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Entretien du 23 juin 1929
Quelles forces sont à l’œuvre quand on est en silencieuse méditation ?
Cela dépend de qui médite.
Mais dans la méditation silencieuse, ne doit-on pas faire en soi le vide complet ? Alors, comment cela peut-il dépendre de celui qui médite ?
Mais si vous faites le vide en vous, cela n’altère pas la nature de votre aspiration, ni ne change son domaine. En certains, l’aspiration se meut dans le plan mental ou dans le plan vital ; d’autres ont une aspiration spirituelle. De la qualité de l’aspiration dépend la force qui répond et le travail qu’elle vient faire.
Faire le vide en soi dans la méditation crée un silence intérieur ; cela ne veut pas dire que l’on ne soit plus rien ou que l’on soit devenu une masse inerte et morte. À faire le vide, on invite ce qui va le remplir. C’est-à-dire que l’on permet une détente dans l’insistance de la conscience sur la réalisation. Cependant, la nature de la conscience et le degré habituel de l’insistance déterminent non seulement les forces que l’on met en jeu, mais également la manière dont elles agiront : si elles aideront et accompliront, ou bien échoueront, ou même si elles entraveront et seront nuisibles.
Les conditions dans lesquelles on peut méditer sont nombreuses, et chacune a son effet sur les forces qui descendent et pénètrent, et sur leur action. Si vous méditez seul, c’est votre propre condition interne et externe qui compte. Si vous méditez en groupe, c’est la condition générale qui est de première importance. Mais dans les deux cas, les conditions seront toujours variables, et les forces qui répondront ne seront jamais deux fois les mêmes.
Une concentration unifiée, faite comme il convient, peut avoir une force remarquable. Il est dit, dans une vieille tradition, que si douze hommes sincères unissaient leur volonté et leur aspiration pour évoquer le Divin, il serait obligé de se manifester.
Mais la volonté doit être unique et semblable, l’aspiration d’une sincérité complète. Car ceux qui tentent l’expérience peuvent être unis dans une sorte d’inertie, ou même dans un désir erroné et perverti, et le résultat est alors désastreux.
En méditation, la première et la plus impérieuse nécessité est un état de sincérité parfaite et absolue dans la conscience entière. Il est indispensable de ne pas se tromper soi-même et de ne pas tromper les autres ou être trompé par eux.
Nous avons déjà dit quelle futile et vaine entreprise serait celle de vouloir tromper le Divin.
Souvent, les gens souhaitent certaines choses, ils ont une préférence mentale ou un désir vital ; ils veulent que l’expérience se produise d’une certaine façon ou qu’elle prenne une certaine tournure qui satisfasse leurs idées, leurs désirs ou leurs préférences ; ils ne restent pas impartiaux, comme une page blanche prête à enregistrer simplement et fidèlement le phénomène. Dans ce cas, si ce qui se passe ne leur plaît pas, ils peuvent facilement se tromper eux-mêmes ; ils voient une certaine chose, mais ils la tordent juste un petit peu et en font quelque chose d’autre ; ils détournent de son sens une chose qui peut être simple et droite, pour la magnifier en une expérience extraordinaire.
Quand vous entrez en méditation, vous devez être aussi candide et aussi simple qu’un enfant, n’intervenant pas avec votre mental extérieur, n’attendant rien, n’insistant sur rien.
Lorsque vous avez obtenu cette condition, tout dépend ensuite de l’aspiration qui est au fond de vous-même.
Si, des profondeurs, vous demandez la paix, elle viendra à vous ; si c’est la force, le pouvoir, la connaissance, ils viendront aussi. Mais tous viendront dans la mesure de votre capacité de les recevoir. Et si vous appelez le Divin, alors aussi — en admettant que le Divin entende votre appel, c’est-à-dire que votre appel soit assez pur et fort pour l’atteindre — vous recevrez sa réponse.
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Entretien du 7 mai 1951
(Après lecture du chapitre VI de La Mère.)
Qu’est-ce qu’une « hiérarchie » ?
C’est un groupement organisé par ordre de valeur.
Par exemple, vous avez un chef qui est au centre et vous pouvez avoir quatre personnes autour de lui, et autour des quatre, huit, puis douze, vingt-quatre, trente-six, quarante-huit, cent vingt-quatre, et ainsi de suite, chacun avec sa mission spéciale, son travail spécial, son autorité spéciale et tous se référant, par ordre ascendant, au centre.
[Si quelqu'un comprend la suite "logique" dans ces nombres...]
Cela, c’est une hiérarchie.
Dans les gouvernements, on essaye de faire des hiérarchies, mais elles sont incorrectes « untrue », elles sont arbitraires, elles ne valent rien.
Mais dans toutes les initiations anciennes, il y avait des hiérarchies qui étaient l’expression des valeurs individuelles — des valeurs et des pouvoirs individuels —, ayant toujours à leur centre le représentant du Suprême et de la Shakti ; quelquefois, ayant seulement le Suprême, cela dépendait des religions.
Mais les groupes étaient toujours organisés de cette façon-là, c’est-à-dire avec un nombre croissant d’individus, chacun devant se référer au chef immédiatement au-dessus.
Par exemple, les cent vingt-quatre devaient se référer aux quarante-huit ; les quarante-huit devaient se référer aux vingt-quatre ; les vingt-quatre devaient se référer aux douze ; les douze devaient se référer aux huit, et ainsi de suite. C’est une hiérarchie. On emploie le mot d’une façon très imprécise et très vague. On parle de hiérarchie et on croit que ce sont des gens qui gouvernent et qui ont des sous-ordres. Mais la vraie hiérarchie est une hiérarchie occulte, et cette hiérarchie occulte avait pour but de manifester, d’exprimer une hiérarchie plus profonde qui est une hiérarchie des mondes invisibles.
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Incapable de bassesse et de mesquinerie, elle s'impose avec dignité et autorité.
Seuls quelques rares individus, aristocrates sur cette terre, savent réellement penser. Ils représentent à cette heure la véritable aristocratie, non pas physique et héréditaire, ni celle issue d'une supériorité vitale procurant fierté, richesse, luxe, ni même celle provenant d'émotions plus nobles, du courage, de l'énergie, du génie politique et de l'habitude du pouvoir - bien que ces derniers comptent aussi –, mais l'aristocratie du savoir, de la perspicacité tranquille, de la capacité intellectuelle.
Sri Aurobindo – Œuvres complètes. Volume 1
[Voilà qui devrait faire couiner dans les chaumières. 😀 Non seulement, nous n'aimons pas beaucoup l'idée de hiérarchie – Emmanuel Todd a expliqué que nous sommes un peuple anthropologiquement égalitariste – mais en plus nous nous sommes encore beaucoup dans l'illusion de penser par nous-mêmes, alors que Sri Aurobindo a expliqué que largement plus de la moitié de ce que nous pensons et ressentons viens de la conscience environnante.]
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Entretien du 21 décembre 1955
(Cet Entretien est basé sur le chapitre II de La Synthèse des Yogas, «La Consécration de soi».)
«Souvent, donc, le sâdhak s’apercevra que même après avoir gagné avec persistance sa propre bataille personnelle, il devra la gagner encore et encore...»
Oui. Alors ?
Alors est-ce que ça veut dire que les autres profitent de sa sâdhanâ ?
Tu comprends, c’est pour chacun comme ça. S’il n’y en avait qu’un, ça pourrait être comme ça : que ce soit lui qui le fasse pour tous ; mais si chacun le fait... tu comprends ?… Vous êtes cinquante personnes à faire le yoga intégral. Si c’est seulement l’un des cinquante qui le fait, alors il le fait pour tous les cinquante. Mais si chacun des cinquante le fait, un le faisant pour tous les cinquante, il le fait en somme pour une seule personne, parce que tous le font pour tous.
Mais le travail est beaucoup plus long?
Il faut s’élargir.
Le travail est plus compliqué, il est plus complet, il demande une puissance plus grande, une largeur plus grande, une patience plus grande, une tolérance plus grande, une endurance plus grande ; toutes ces choses-là sont nécessaires.
Mais en fait, si chacun fait parfaitement ce qu’il doit faire, ce n’est plus qu’une seule personne qui fait le tout : pas une seule personne qui fait pour tous, mais tous ne forment plus qu’une personne qui fait pour le tout.
Cela devrait former une sorte d’unité suffisante entre tous ceux qui le font, pour qu’ils ne sentent plus la distinction. Ça, c’est la façon idéale de le faire : qu’ils ne forment plus qu’un seul corps, une seule personnalité, travaillant à la fois pour soi-même et les autres sans distinction.
À dire vrai, c’était la première question qui s’est posée quand j’ai rencontré Sri Aurobindo. Je crois que je vous l’ai déjà dit ; je ne me souviens plus, mais j’en ai parlé dernièrement. Est-ce qu’il faut faire son yoga et arriver jusqu’au but et puis, après, s’occuper des autres, ou est-ce qu’il faut immédiatement laisser venir à soi tous ceux qui ont une aspiration identique, et marcher tous ensemble vers le but ?
À cause de mon travail précédent et de tout ce que j’avais essayé, je suis venue à Sri Aurobindo avec la question très précise. Parce que les deux possibilités étaient là : ou de faire une sâdhanâ individuelle intensive en se retirant du monde, c’est-à-dire en n’ayant plus aucun contact avec les autres; ou bien laisser le groupe se former d’une façon naturelle et spontanée — ne pas l’empêcher de se former, le laisser se former —, et partir tous ensemble sur le chemin.
Eh bien, la décision n’a pas été un choix mental du tout ; c’est venu spontanément. Les circonstances ont été telles qu’il n’y avait pas de choix ; c’est-à-dire que tout naturellement, spontanément, le groupe s’est formé d’une façon telle que c’était une nécessité impérieuse. Et alors une fois qu’on est parti comme ça, c’est fini, il faut aller jusqu’au bout comme ça.
Au début, c’était cinq, six, pas plus. Ça a été cinq, six pendant longtemps. C’est devenu dix, douze, une vingtaine ; puis trente, trente-cinq. C’est resté là pendant assez longtemps. Et puis alors tout d’un coup, n’est-ce pas, c’est parti ; et puis voilà, le dernier chiffre c’est au-delà de mille cent ! Nous augmentons.
Alors, là-dessus, il y en a beaucoup qui ne font pas la sâdhanâ, alors le problème ne se pose pas. Mais pour tous ceux qui la font, c’est comme ça, c’est comme Sri Aurobindo l’a décrit là. Et si on veut faire la chose d’une façon solitaire, il est absolument impossible de la faire d’une façon totale.
Parce que tout être physique, si complet qu’il puisse être, n’est que partiel et limité ; il ne représente qu’une loi dans le monde ; ça peut être une loi très complexe, mais ce n’est qu’une loi : ce qu’on appelle, dans l’Inde, le Dharma, une Vérité, une Loi. Chaque être individuel, même s’il est d’une qualité tout à fait supérieure, même s’il a été produit pour une œuvre tout à fait spéciale, n’est qu’un être individuel ; c’est-à-dire que la totalité de la transformation ne peut pas se faire à travers un seul corps.
Et c’est pour cela que, spontanément, la multiplication s’est produite.
On peut atteindre, solitaire, à sa propre perfection. On peut devenir, dans sa conscience, infini et parfait. Mais quand il s’agit d’une œuvre, c’est toujours limité.
Je ne sais pas si tu me comprends bien, mais la réalisation personnelle n’a pas de limites. On peut devenir, intérieurement, soi-même parfait et infini.
Mais la réalisation extérieure est nécessairement limitée, et si on veut avoir une action générale, il faut au moins un minimum de personnes physiques.
Dans une très vieille tradition, on disait que douze suffisaient ; mais avec les complexités de la vie moderne, ça ne paraît pas possible. Il faut un groupe représentatif.
Ce qui fait que... vous n’en savez rien, ou vous ne l’imaginez pas très bien, mais chacun de vous représente une des difficultés qu’il faut vaincre pour la transformation.
Et cela fait beaucoup de difficultés ! (Mère rit) J’avais écrit quelque part que plus qu’une difficulté... j’avais dit que chacun représente une impossibilité à résoudre. Et c’est l’ensemble de toutes ces impossibilités qui peuvent se transformer en l'Œuvre, la Réalisation. Chacun des cas est une impossibilité à résoudre, et c’est quand toutes ces impossibilités seront résolues, que l'Œuvre sera accomplie. Mais maintenant, je suis plus aimable, j’enlève «impossibilité», et je mets «difficulté». Peut-être que ce ne sont plus des impossibilités.
Seulement, depuis le début, et encore plus maintenant que notre groupe a crû d’une façon si considérable, chaque fois que quelqu’un vient me trouver pour me dire : «Je viens pour mon yoga.» — «Oh, je dis, non ! ne venez pas! C’est beaucoup plus difficile ici que n’importe où.» Et la raison, c’est ce que Sri Aurobindo a écrit là. Si quelqu’un vient me dire : «Je viens pour travailler, je viens pour me rendre utile», ça va bien. Mais si quelqu’un me dit en venant : «J’ai beaucoup de difficultés dehors, je n’arrive pas à surmonter ces difficultés, je veux venir ici parce que ça m’aidera», je dis : «Non, non ! ce sera beaucoup plus difficile ici ; vos difficultés vont croître considérablement.» Et c’est ça, ce que ça veut dire : parce que ce ne sont plus des difficultés isolées ; ce sont des difficultés collectives.
Alors, en plus de votre propre difficulté personnelle, vous avez toutes les frictions, tous les contacts, toutes les réactions, toutes les choses qui viennent du dehors. Comme une épreuve. Juste sur le point faible, l’endroit qui est le plus difficile à résoudre ; c’est là que vous entendrez de quelqu’un la phrase qui était justement celle que vous ne vouliez pas entendre ; on fera pour vous le geste qui était justement celui qui pouvait vous choquer ; vous vous trouvez en présence d’une circonstance, d’un mouvement, d’un fait, d’un objet, n’importe quoi — juste les choses qui... «Ah ! comme j’aurais voulu que cela ne se produise pas !» Et ce sera ça qui se produira. Et de plus en plus. Parce que vous ne faites pas votre yoga pour vous-même, seul. Mais vous faites le yoga pour tout le monde, sans le vouloir, automatiquement.
Alors quand les gens viennent et me disent : «Je viens ici pour la paix, la tranquillité, les loisirs, pour faire mon yoga», je dis : «Non, non, non ! allez-vous-en tout de suite, ailleurs, vous serez beaucoup plus tranquille, n’importe où, excepté ici.» Si on vient en me disant : «Eh bien voilà, je sens qu’il faut que je me consacre à l'Œuvre divine, je suis prêt à faire n’importe quel travail que vous me donnerez», alors je dis : «Bon, ça va bien. Si vous avez de la bonne volonté, de l’endurance, et une capacité, ça va bien.
Mais pour trouver la solitude nécessaire à votre développement intérieur, il vaut mieux aller n’importe où, n’importe où excepté ici.» Voilà. J’ai dit tout cela aujourd’hui même ; j’en ai eu l’occasion. Et en même temps j’ai dit : «Il y a une exception à cette règle : ce sont les enfants.» Parce que, ici, les enfants ont l’avantage de vivre, depuis le moment où ils sont encore inconscients, dans une atmosphère qui les aide à se trouver eux-mêmes. Et ça, on ne l’a pas dehors. Je dis ce que je viens de dire aux gens qui sont... pas nécessairement vieux, mais enfin... formés, qui ont dépassé l’âge non seulement de l’enfance mais de la première jeunesse.
Mais tous ceux qui sont tout petits, plus ils sont petits, meilleur c’est pour eux ; parce que dès leur petite et plus tendre enfance, ils sont dans l’atmosphère la plus favorable à un développement intégral, et alors ils peuvent de plus en plus grandir, croître dans la vraie atmosphère.
Ce n’est que quand on sort du développement personnel et qu’on veut commencer à faire le yoga que le problème se pose. Mais pour ceux qui ont été entièrement élevés ici le problème est beaucoup moins difficile, parce que dès leur toute petite enfance, ils sont déjà membres d’un tout, sans le savoir, sans en être conscients ; et ils bougent avec le tout, vers la Réalisation. Alors ce n’est plus quelque chose de tout à fait nouveau, et qui ajoute à la difficulté ; c’est au contraire quelque chose qui les aide.
Maintenant, n’est-ce pas, quand le problème se pose, c’est à eux de savoir s’ils veulent faire le yoga ou pas. Je vous l’ai déjà dit plusieurs fois. Il y a un moment où «Eh bien, maintenant, je m’en vais dans la vie faire mon expérience.» — «Allez, mes enfants, avec ma bénédiction ; et tâchez qu’elle ne soit pas trop désagréable.» (Mère rit)
Mais ceux qui disent : «Non, maintenant, j’ai pris ma décision, je veux faire le yoga», eh bien, je ne leur cache pas que la difficulté commence. À partir de ce moment-là, il y a des qualités spéciales qui sont nécessaires ; et il faudra qu’ils sachent profiter de toute la préparation qui leur a été donnée. Ils sont en meilleure position que les pauvres gens qui viennent du dehors, bien meilleure ! Mais tout de même, il faudra qu’ils fassent un effort, parce que rien ne se réussit sans effort. À moins qu’ils n’aient appris depuis tout petits à se laisser porter. Mais il y en a très peu qui sont assez mûrs, on peut le dire, ou assez vieux, dans le sens de l’Éternité, pour pouvoir se laisser porter tout de suite, comme ça, d’un seul coup, sans avoir besoin de recevoir tous les coups du dehors pour savoir que c’est ça la vraie chose.
Cela dépend beaucoup de ce qu’ils sont au-dedans d’eux-mêmes. Là vient vraiment la question du prédestiné, de celui qui est né pour cela. Alors ça, c’est beaucoup plus facile.
Voilà.
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Entretien du 14 mars 1956
Il y avait une très vieille tradition, très, très vieille, plus vieille même que la tradition védique ici, qui disait :
«Si douze hommes de bonne volonté s’unissent pour appeler le Divin, le Divin est obligé de venir.»
Eh bien, c’est peut-être une vérité, c’est peut-être une superstition.
Peut-être que cela dépend des douze hommes de bonne volonté et de ce qu’ils sont.
Peut-être que cela dépend d’autre chose aussi.
Et moi, je dis que probablement c’est arrivé comme cela, et qu’au début douze hommes se sont réunis (il se trouvait qu’ils étaient douze, peut-être ne savaient-ils même pas pourquoi), et ils étaient tellement unis dans leur aspiration, une aspiration tellement intense et puissante, qu’ils ont eu la réponse.
Mais dire : «Si douze hommes de bonne volonté se réunissent dans une aspiration, ils sont sûrs de faire descendre le Divin», c’est une superstition.
En fait, les choses ont dû arriver comme cela, et celui qui l’a noté l’a mis soigneusement : «Si douze hommes de bonne volonté unissent leur aspiration, le Divin est obligé de venir.» Et depuis ce moment-là, je peux vous dire qu’il y a une quantité considérable de douze personnes qui se sont unies dans une aspiration... et qui n’ont pas fait descendre le Divin ! Mais on a tout de même laissé la tradition intacte.
Voilà.
Nous sommes beaucoup plus de douze ce soir. (rires) Si on essayait une fois, pour voir si cela réussit !
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En conclusion...
Il est intéressant de voir comment Mère est nuancée. D'un côté, Elle explique que dans le monde moderne, 12 est un chiffre insuffisant, que ce n'est pas assez représentatif, qu'il peut même s'agir d'une superstition, et de l'autre, si Elle prend la peine de reparler plusieurs fois de cette vieille tradition, et d'essayer de la mettre en pratique, c'est assurément qu'elle contient pourtant quelque chose de vrai.
Et puis, entre "il ne se passe rien" et "le Divin se manifeste", et entre un méditation solitaire et 12 personnes, il y a tous les stades intermédiaires. Voilà qui n'est pas sans rappeler l'Évangile de Matthieu – chapitre 18 :
18. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
19. Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
20. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Si le Divin ne se manifeste pas dans sa totalité... il peut sans doute manifester sa Paix, sa Lumière ou tel ou tel aspect de Lui-même, selon l'aspiration et la réceptivité des personnes réunies.
Si, tout partout, il pouvait se créer des petits Groupes d'Aspiration Collective – pas des GAG des GAC 😀 – ce serait sans doute un travail doublement intéressant. Au niveau individuel, cela impliquerait de nous reconnecter chacun à notre aspiration profonde, à notre aspiration vraie, donc au psychique, et au niveau niveau collectif, l'aspiration collective pourrait aider à faire descendre sur Terre des vibrations un peu plus satisfaisantes que celles que nous voyons se répandre dans nos sociétés.
Contrairement au mot "prière", le terme d'aspiration est tout à fait neutre et tout le monde peut s'y reconnaître.
Le point délicat serait de veiller à la mise en garde de Mère :
Mais la volonté doit être unique et semblable, l’aspiration d’une sincérité complète. Car ceux qui tentent l’expérience peuvent être unis dans une sorte d’inertie, ou même dans un désir erroné et perverti, et le résultat est alors désastreux.
Voilà chers amis, j'ai voulu rassembler ces textes... au cas où...
Namasté
🙏