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Agenda du 26 mars 1969

J'aurais à te parler de P.L.

Ah ! j'ai reçu ta note hier.

Il y a des choses importantes... Tu sais que le pape a organisé un «Comité de Réformes» de l'Église, dont P.L. fait partie. Pendant plusieurs mois, on lui a demandé d'aller faire des «sondages» un peu partout (au Portugal, en Espagne, etc.), pour voir les réformes possibles. À la suite de ces sondages, le Comité s'est réuni à Rome avec ces Monseigneurs et cardinaux. Et là, P.L. a mis les pieds dans le plat !

Bah!... (Mère rit)

Parce que, il y a cinq ou six mois de cela, je lui avais écrit quelques réflexions que tu avais faites à propos du christianisme. Je lui avais écrit cela en le développant1 (ça m'était venu vraiment). Et alors il a sorti tout cela !

1. Nous publions en addendum un extrait de cette lettre.

Hein! Bah! Bah !

Voilà sa lettre :

«Finalement je peux vous écrire avec le calme et tendresse qui jaillissent de mon âme vraiment tendue et branchée à Douce Mère qui m'a donné la joie spirituelle qui ne me quitte point depuis l'avoir connue.

«Ces derniers jours, la présence de Mère s'est révélée dans mon être et mes activités, plus forte, plus visible. Dans la commission de sondage, dont vous savez que je fais partie par désir du Pape, l'autre jour j'ai eu une force incoercible dans ma poitrine : je devais parler. Je savais que mes paroles seraient le scandale de la réunion. La petite voix me disait : "C'est le moment : crie ton message que Mère t'a donné : ne crains pas, Elle est avec toi. "Et j'ai parlé, dans la grande consternation des présents. "Écoutez-moi bien tous : la seule chose qui pourrait ouvrir le christianisme (n'est-ce pas, il est fermé sur lui-même, tourné vers le passé et donc immuable, non progressif : c'est le ferment de sa mort et de sa décomposition), la seule chose serait qu'il admette une force du futur..."

Satprem, est-ce que vous vous rappeliez de ces paroles ? Vous me les avez transmises de Mère le 26 novembre 68, le jour où je vous ai envoyé l'article sur la crise du christianisme.

Et moi de continuer : "Il y a des forces nouvelles et des faits nouveaux, quelqu'un a dit (je n'ai pas nommé Sri Aurobindo selon votre même lettre) et a parlé déjà du supramental, mais peu importe le nom, la forme et les termes (ici, je vous cite encore) ; si seulement le christianisme pouvait admettre, par exemple, la réincarnation du Christ ou un deuxième Christ futur, il serait sauvé, il serait en ouverture au lieu d'être en fermeture. C'est cela, le nœud de l'histoire, et on peut tourner 'autour du pot', faire toutes sortes de réformes et de modernisations, ce n'est rien, c'est seulement l'apparence qu'on touche, si on ne touche pas à ce centre là... Mais bien sûr, c'est tout de suite l'hérésie ! Et pourtant, c'est le seul salut de l'Église, c'est la seule chose à vraiment repenser. Tout le reste, c'est du bavardage... Nous avons tout fermé : nous sommes les 'dépositaires de la foi' ! Depositum Fidei ! Rien à ajouter. Le Christ serait mort sans pouvoir augmenter son message ? Mais nous ne sommes pas les mêmes hommes de Palestine. Nous avons limité les pouvoirs du Divin. Nous avons interdit au Christ d'avoir une expansion. Fermé et jeté la clé à la mer... "

«Le silence était dense ; la stupéfaction énorme. Et moi encore : "Mais nous nous croyons les interprètes, et personne, en dehors de nous, n'a le droit de parler. Cependant, nous sommes devant le phénomène actuel de la contestation. La jeunesse nous échappe, nos formules sont vieilles, sans efficacité, nous prêchons sans conviction, nous exigeons des choses absurdes, et pour avoir la paix, nous mettons une étiquette de péché dans tous les tabous. Je sais que mon discours sera qualifié de subversif. Dans les régimes dictatoriaux ou établis, ceux qui bougent sont suspects.

Nous avons eu pendant 20 siècles l'arme de l'hérésie et nous savons les atrocités faites au nom du Christ : c'était notre défense – c'était sa sagesse de garder le pouvoir. Mais si le Christ, d'un coup, apparaissait ici, devant nous, croyez-vous qu'il se reconnaîtrait ? Est-ce que le Christ que nous prêchons, c'est le Christ des béatitudes ? Nous, préoccupés à interdire l'ouverture. Et nous tombons dans le ridicule de la pilule. Mais de la vérité, sommes-nous aussi préoccupés ?... Et pourtant, la question est de relire nos livres saints, mais de les lire sans passion, sans propres intérêts égoïstiques : St Paul a dit, il y a presque deux milles ans : 'Multifariam, multisque modis olim Deus loquens in prophetis, novissime diebus istis locutus est nobis in Filio' (plusieurs fois et de différentes façons, Dieu a parlé par les prophètes, mais maintenant, dans les derniers jours, il nous a parlé par son Fils Jésus Christ...)

Alors, Dieu a parlé de 'différentes façons'. Je sais qu'une nouvelle lumière vient d'apparaître, une nouvelle Conscience – allons la chercher. Mais il faudra descendre de notre trône, de notre commodité. Peut-être laisser la place aux autres : supprimer la Hiérarchie ; ni Pape, ni Cardinaux, ni Évêques, mais tous : chercheurs de la vérité, de la conscience, du pouvoir, du sur-naturel, du supra-humain..."

«Satprem, j'ai quitté la salle. Je suis parti... j'ai fait une promenade en pleine campagne... Que vais-je devenir ? On fera contre moi un procès ? On va me déclarer fou ? hérétique ? J'attends. J'ai hâte de venir voir Mère. Je prépare mon voyage pour Pâques... (Cela se passait le lundi 24 de février.) Jusqu'à ce jour, aucune réaction. Est-ce que le Pape a été informé ? Je n'en sais rien. J'ai continué l'enquête qui m'a été confiée. Voyages et rapports. Je me sens très calme, très fort. De tout cela, je n'ai parlé à personne de mon entourage (même pas à Mgr R). Le personnage maléfique du rêve (Mgr Z) était présent, mais il n'a pas réagi non plus.

«Je vous ai écrit de Paris le mardi 4 mars : alors je vous ai seulement annoncé ma situation, mais je n'avais pas le temps de vous exposer ce que je viens de vous dire. Je suis rentré à Rome le 12 : comme je vous l'ai dit, aucune réaction, aucune admonestation. Je continue simplement mon travail. Je ne vous avais pas écrit, manque de temps, et je voulais voir si ma situation changeait. Rien. Nous allons nous réunir à nouveau le 24 mars.

«Alors je suis là à attendre, très branché à Douce Mère.»

(Rome, le 18 mars 1969)

 

(longue concentration)

C'est bien.

ADDENDUM

(Extrait d'une lettre de Satprem à P.L., à la suite de la conversation du 2 novembre 1968 où Mère parlait de l'avenir du christianisme. Voir Agenda IX de cette date.)

26 novembre 1968

...Merci pour les photos et l'intéressant article sur la «crise de l'Église». À ce propos, Mère me disait que la seule chose qui pourrait ouvrir le Christianisme (n'est-ce pas, il est fermé sur lui-même, tourné vers le passé et donc immuable, non-progressif, c'est le germe de sa mort et de sa décomposition), la seule chose serait qu'il admette une Force du Futur. Sri Aurobindo a parlé de Supra-mental, mais peu importe la forme et les termes ; si seulement le Christianisme pouvait admettre, par exemple, la réincarnation du Christ ou un deuxième Christ futur, il serait sauvé – il serait en ouverture au lieu d'être en fermeture. C'est cela, le nœud de l'histoire. Et on peut tourner «autour du pot», faire toutes sortes de réformes et de modernisations, ce n'est rien, c'est seulement l'apparence qu'on touche, si on ne touche pas à ce centre-là. Mais bien sûr, c'est tout de suite l'hérésie ! Et pourtant, c'est le seul salut pour l'Église, c'est la seule chose à vraiment repenser. Tout le reste, c'est du bavardage et des replâtrages.

Votre photo de Mgr Z correspondait exactement à la vision ! Maintenant, vous n'avez plus rien à craindre. Tenez-moi seulement au courant si vous voyez des changements extérieurs chez ce personnage....

Celui qui a eu la vision me charge de vous demander si, par hasard, vous ne portez pas un symbole de Mère ou quelque chose d'elle, autour du cou ? Parce qu'il vous a vu avec ce symbole autour du cou... Il me disait que la basilique où la photo de ce Mgr Z a été prise, avait tout à fait la vibration d'un lieu hanté ! Pauvre Église... Vous êtes bien courageux, cher P.L., et vous faites silencieusement un grand et bon travail pour le monde.

S.

Agenda du 29 mars 1969

Tu n'as pas reçu de nouvelles de P.L. ?

Si. Tu sais qu'il devait arriver aujourd'hui. Alors il télégraphie ceci : «Impossibilité partir. Lettre suit. Situation difficile.»

Oh-oh !... J'espère qu'on ne l'a pas emprisonné.

Ils ne peuvent pas. Ils peuvent le mettre en procès d'hérésie.

Oui... «Procès d'hérésie» !...

(long silence)

C'est toi qui m'as dit que le pape avait invité un sadhou d'ici ?

Oui.

Mais le pape aussi est en procès d'hérésie ! Parce qu'il a dit au sadhou que la vraie spiritualité était maintenant dans l'Inde. Alors, lui aussi est un hérétique !

Mais le pape est isolé. Il a dit à ce sadhou que sa tâche était très difficile étant donné les gens qui l'entouraient. Il est isolé là-dedans. Il est entouré d'une maffia de cardinaux qui tiennent au pouvoir.

Ce que je veux dire, c'est que le pape et P.L. ont la même hérésie ! alors si l'on fait un procès à P.L., c'est comme si l'on faisait un procès au pape – est-ce qu'ils oseront le faire ?

Mais personne ne sait que le pape et P.L. ont quelque relation. P.L. n'a jamais pu voir le pape personnellement.

Il n'a jamais pu...

Non, jamais pu, on l'a toujours empêché. C'est une maffia... rigoureuse.

(Mère entre en transe et reste à travailler intérieurement jusqu'à la fin de l'entrevue)

Est-ce que je télégraphie ou écris quelque chose à P.L. ?

Je ne sais pas.

(silence)

Si on le surveille, on va attraper son courrier. Ça peut le mettre dans l'embarras.

S'ils font quelque chose contre lui, ils ont d'innombrables moyens d'attraper sa correspondance. Il ne faudrait pas lui créer des ennuis.

Il vaut mieux attendre la lettre.

🌸

Agenda du 2 avril 1969

Tu n'as pas de nouvelles de P.L. ?

Non.

Nous ne sommes plus tout à fait à l'époque où l'on pouvait enfermer quelqu'un... Ils peuvent lui dire qu'il est «déchu du christianisme», mais je pense qu'il s'en fiche. Peut-être pas ?

Il serait touché, parce qu'il ne pourrait plus rien faire pour le catholicisme.

Ce serait dommage. Ce serait très dommage. Mais c'est le pire qui puisse lui arriver.

Il a agi avec un grand courage.

(silence)

Le jour où tu m'as dit les nouvelles de P.L., la nuit, je lui ai envoyé... (comment dire ?) une «délégation spéciale de la Conscience» pour qu'elle lui fasse dire juste ce qu'il faut, comme il faut. Ce sera intéressant de savoir.

Elle est merveilleuse, cette Conscience, elle a une façon de voir les choses ! vraiment... vraiment unique. Je pourrais dire que ma vision et ma compréhension du monde, de la vie, de tout, sont tout à fait changées, dans un élargissement... – naturellement l'élargissement, j'avais travaillé tout le temps pour l'avoir, mais cet élargissement s'est trouvé plein de quelque chose de tout à fait nouveau, tout à fait.

Et ce sont deux choses mélangées : l'une, c'est cette espèce de Sourire compréhensif et bienveillant qui est CONSTANT en présence de tout, même des plus imbéciles négations ; et en même temps, là-dessous, sous cette bienveillance (mais «bienveillance» est un mot faible), il y a une puissance ! une puissance formidable. Formidable... C'est comme si c'était gonflé de puissance. Une puissance presque concrète, je ne sais pas (Mère palpe l'air)... c'est de la lumière, mais c'est une lumière comme si on la touchait : si elle passe à travers les doigts, on la sent passer tellement c'est concret. Une lumière d'un or profond.

🌸

Agenda du 5 avril 1969

Maintenant, quelles sont les nouvelles de P.L. ?

Il dit ceci :

Rome, 29 mars 1969

«En annulant mon billet pour Pondichéry, j'ai éprouvé un étourdissement comme quand on reçoit un fort coup sec à la tête et que l'équilibre semble être perdu... Une convocation au Vatican pour me dire de me tenir à la disposition totale du St Père, qui me confie un très grave et difficile dossier concernant le Président de la Conférence Êpiscopale Italienne : c'est moi qui dois résoudre ce problème. Le Pape compte sur mon habileté, etc....

On m'a interrogé sur les raisons de mes propos du 24 février (le 24 mars, je n'ai pas ouvert la bouche), car une bombe venait d'éclater : deux jeunes évêques latino-américains (celui du Pérou et du Chili) quittaient l'Église – premier cas dans l'histoire, après naturellement le célèbre et unique cas (pour d'autres raisons) de Talleyrand. Ils étaient mes compagnons de cours à l'Université de Rome ; ils quittent l'Église à cause d'une crise religieuse... Et pourtant, ils avaient tout ce que l'Église pouvait donner : les honneurs, l'argent : l'un, fait évêque à 33 ans ; l'autre, il y a deux ans... Mes paroles, donc, du 24 février étaient prophétiques. La raison de ces fugues ? Je vous l'ai dite...

«.Je n'ai pas envie de continuer à vous raconter toute la chronique de ces faits...

Mais c'est intéressant, c'est très intéressant !

«...J'ai eu la velléité de partir. Mais je me suis concentré très fort sur Douce Mère et j'ai senti sa voix qui me disait : "Reste encore...

Oui.

"... Tu viendras plus tard. Continue à être ma PAROLE où tu es...

(Mère approuve de la tête)

"... Je suis avec toi." Alors j'ai annulé mon billet.»

C'est bien.

Tiens ! j'ai beaucoup-beaucoup concentré, et j'ai trouvé le pape extraordinairement réceptif – seulement emprisonné. C'est cela, n'est-ce pas, une réceptivité assez remarquable, mais... (geste sous une cloche) emprisonné pour son action. Seulement là où probablement il peut agir, il a pris confiance en P.L. C'est-à-dire qu'ils veulent utiliser ce qu'il sait au lieu d'essayer de l'étouffer. C'est adroit. Et ça peut être utile.

Tu lui as écrit déjà ?

Non, j'attendais de te lire sa lettre.

Tu lui diras que c'est vrai que je suis avec lui, mais très fortement et très consciemment. Seulement, c'est ennuyeux que cela lui ait fait cet effet (le «coup sur la tête»).

Il s'est remis après, semble-t-il, puisqu'il a compris que tu lui avais dit de rester.

Oh ! ce sont eux qui lui avaient dit de ne pas venir ?

On lui a dit de se tenir à la disposition totale du pape.

Oui.

La fugue des deux évêques tombait vraiment au bon moment !

C'est venu comme une preuve évidente.

🌸

Agenda du 4 juin 1969

Il y a une lettre de P.L. Il dit ceci :

«... Mon travail est le même : difficultés à accepter mes idées. On me croit (je le pense, mais personne ne m'en parle, car il y a une force qui me protège) un «illuminé». Cependant, les choses au Vatican, dans le centre de l'Église, sont en train de changer. La lutte des forces nouvelles contre les forces traditionnelles est très forte maintenant. Si le pape accepte (son entourage est contre) d'aller à Genève le 10 juin et participe à l'Assemblée des Églises Protestantes, et affirme que nous ne sommes pas "les uniques à avoir la vérité", je crois qu'un grand pas sera fait.

Mais aura-t-il le courage d'accepter qu'il y ait d'autres mouvements religieux qui cherchent aussi? Ou va-t-il rester ancré dans l'affirmation que "extra ecclesia non est salus"1 que l'unique dépositaire de la Vérité, l'unique qui ait le monopole (!) du salut, c'est l'Église catholique ?...

Pour le moment, je suis dans la liste de ceux qui vont l'accompagner. Il faudra que l'assistance de Mère soit plus forte ce jour-là...»

1. «Hors de l'Église, point de salut.»

(Après un silence)

C'est vieux, les religions... Tu n'as pas cette sensation ?

Oh ! tout à fait.

C'est vieux-vieux...

J'ai même l'impression que c'est fini.

Oui.

(silence)

J'ai l'impression que la prochaine Église à démolir, c'est l'Intellect.

(Mère rit) Oui !

(Mère entre en concentration)

🌸

Agenda du 5 juillet 1969

Il y a des nouvelles de P.L., un peu découragé. Tu sais qu'il avait été écarté du cortège papal quand justement le pape devait faire à Genève un discours sur l'«unité chrétienne» avec les Protestants. Alors P.L. me dit : «Je me suis mis plusieurs fois à vous écrire et je n'arrivais pas à finir la lettre. Après les efforts énormes fournis pour faire pénétrer les sentiments d'ouverture que douce Mère m'avait inspirés, au moment même où le Pape acceptait de s'abstenir de se proclamer le détenteur "unique"de la Vérité et de se mettre au même niveau que les autres croyances, la Réaction l'a emporté et tout est resté comme avant...

C'est cela.

«...À la dernière minute, les paragraphes du discours ont été changés.»

C'est cela. Et c'est pour cela qu'on ne l'a pas laissé aller.

Je vois bien, c'est la même chose qui se passe ici : il y avait ce mouvement de la Conscience qui voulait faire faire un progrès général – et tous ceux qui veulent tirer en arrière tirent tant qu'ils peuvent. Et ils ne se rendent même pas compte de ce qu'ils font. C'est tout petit-petit.

🌸

Agenda du 2 août 1969

J'ai reçu un mot de P.L. Il arrive le 8. Il dit seulement ceci : «La détresse de ces dernières semaines se transforme peu à peu en force et calme... Je vous avoue que j'ai bien souffert de mon échec vis-à-vis du Vatican, mais après ce que vous m'avez transmis de la part de Mère, tout commence à être clair...» Oui, je lui avais dit que ce n'était pas du tout une question de triomphe ou d'échec extérieurs : que le simple fait de sa présence là-bas était comme un «relais» qui permettait à la Lumière d'entrer là-dedans – simplement le fait qu'il était là. Voilà ce que je lui avais dit.

Et moi, j'ajoute quelque chose. Tu comprends, ils avaient fait une combinaison pour unifier toute la chrétienté, et le pape était parti à Genève pour s'unir aux Protestants – ce n'aurait pas été si bien. Ce n'est pas cela qu'il faut, parce que cela aurait fortifié le christianisme – et la division lui enlève de la puissance. Et c'est l'unification de toutes les religions qui est nécessaire, pas l'unification du christianisme – ils n'en sont pas encore là. Alors, après avoir bien regardé, j'ai vu que c'était, au contraire, une grâce divine que ce ne se soit pas arrangé.

Si tu en as l'occasion, tu peux lui dire cela.

Lui-même, je ne sais pas s'il n'est pas encore chrétien...

Et tout ce qui donne de la force au christianisme, ce n'est pas bon. Le christianisme a eu l'espoir de dominer la terre. Et c'est cette division qui a empêché la domination. C'est-à-dire que je ne pense pas que de s'unir aux Protestants aiderait le travail d'unification générale. Et pour le moment, ils ne peuvent pas le moins du monde concevoir autre chose que de mettre ensemble tous les chrétiens.

🌸

Agenda du 20 août 1969

(Le disciple du Vatican est arrivé à Pondichéry.)

J'ai vu P.L.... Il y a deux choses, d'abord une chose personnelle, puis une chose plus générale. Il dit que la dernière fois qu'il t'a vue, après l'avoir quittée, il est allé au samâdhi, et là, il avait eu soudain une douleur extrêmement aiguë dans le bas-ventre. Mais il disait que c'était très curieux parce que cela n'avait pas l'air d'une douleur habituelle : ça ne l'empêchait pas de marcher, d'aller, mais ça restait centré là : une douleur aiguë.

Moi, je crains qu'ils l'aient envoûté, ces gens là-bas.

Tu crois que c'est cela ?... Je ne sais pas ; quand il m'a dit cela, j'ai eu l'impression que c'était un «centre» d'en bas qui était touché par la Lumière.

(Mère hoche la tête) Et cette douleur est restée longtemps ?

Je ne sais pas, peut-être un quart d'heure, vingt minutes.

Et puis parti.

C'était après t'avoir vue et en étant au samâdhi.

Moi, je les crois tout à fait capables d'envoûtement, ces gens.

Oui, mais ça ne devrait pas pouvoir le toucher, toi étant là.

Ah ! non, ce n'est pas comme cela ! C'est fait consciemment contre... pas contre lui, mais contre ce qu'il reçoit d'ici. Et alors ça change sa sensation personnelle (ils sont très calés pour ces choses-là) ; pour sa sensation personnelle, le sentiment d'Ananda, de... (enfin ce n'est pas une «joie» : c'est vraiment l'Ananda de la présence de la Force), est changé en douleur. C'est cela qu'ils savent faire. Pour la sensation elle-même.

Parce qu'il est connu d'une façon générale que quand la Lumière touche les centres inférieurs, quelquefois cela provoque cette sensation violente.

Oui... Mais ça ne lui a pas fait de mal ; c'est-à-dire qu'il avait mal, mais ça ne lui a pas fait de mal.

Oui, il n'y a pas eu d'effet physique.

Oui, c'est cela.

N'est-ce pas, s'il n'y avait rien dans sa constitution mentale ou vitale ou physique qui réponde à la force de ces gens, il n'aurait pas senti de douleur – mais nécessairement, il y a quelque chose. Et c'est cela qui a fait qu'il l'a senti comme une douleur, alors que ce n'était pas une douleur vraie.

Certainement, il y a encore en lui quelque chose qui peut avoir peur (ça, je l'ai vu), et ça suffit. Ça sert de lien.

Il va s'en aller ou il reste encore quelque temps ?

Il reste encore plusieurs semaines.

Alors je le verrai encore une fois parce que je voudrais faire quelque chose.

Il avait eu une vision, la veille de cet incident (je ne sais pas si cela a un rapport), mais il était avec moi, nous marchions ensemble, et c'était une route de montagne, je le tenais par la main, puis au bout de quelque temps, il était fatigué ; il me disait : «Oh ! je suis fatigué» ; mais je le tenais par la main et je lui disais «Viens.» Nous avons continué à marcher dans cette montagne, puis encore une fois il a dit : «Vous allez trop vite pour moi, je ne peux pas vous suivre.» Alors je lui ai dit «Viens» et je l'ai tiré avec moi. Et nous sommes arrivés au sommet de cette montagne, c'était tout dans la lumière, et puis il y avait comme un précipice. Et alors, il paraît que je l'ai projeté dans le précipice – sans aucune violence, sans aucun mouvement de passion : simplement je l'ai jeté dans ce précipice. Et il est descendu – il m'a dit : «Ce n'était pas une chute : c'était plutôt une descente ; je n'allais pas du tout m'écraser en bas : je descendais.» Et il voyait en haut mes yeux. Et il ne sentait aucune passion, violence, rien du tout en moi, mais simplement, tranquillement, je le projetais dans le vide.

Ça veut dire que le mental est affecté.

Affecté ?

Oui, par eux.

(long silence)

Je le verrai encore une fois.

Je continue encore ?

Oui, oui.

Il me disait qu'il avait senti qu'il allait être éliminé du Vatican cette année.

Ah !

Il a eu cette sensation. Et il a dit : «Ils feront comme ils font d'habitude ; généralement, ils vous donnent une promotion quelque part (peut-être, par exemple, être nommé évêque de [tel pays]», puis il sera écarté du Vatican. Mais quand une chose de ce genre arrive, on est mis «sous le Saint Office», c'est-à-dire que l'on ne peut pas parler à qui que ce soit et on est obligé de répondre oui ou non. «Si cette situation arrive, qu'est-ce que je vais faire ? Est-ce qu'il faut que je me batte pour affirmer ma place au Vatican, parce qu'ils doivent me donner les raisons de mon élimination (il peut faire un "procès d'intention"), ou bien est-ce qu'il faut accepter, se mettre dans l'engrenage d'un poste comme, par exemple, évêque [de tel pays] avec, en même temps, un pouvoir d'action assez général puisqu'il y a quelques millions d'habitants – est-ce qu'il faut accepter pareil engrenage, ou quoi faire dans ce cas-là ?» Mais il a la sensation qu'on va l'éliminer du Vatican cette année.

Officiellement, c'est le pape qui fait cela, ou ce sont les cardinaux ?

C'est toujours sur la suggestion des cardinaux. Ce n'est pas le pape qui fait cela, c'est mis à sa signature.

Non, mais je veux dire...

Non-non ! je ne crois pas que le pape ait rien contre P.L., mais il y a une petite clique qui est autour du pape et qui manipule les choses – et qui emprisonne le pape.

Oui, c'est cela, il est emprisonné.

Oui, P.L. m'a dit : «Il est emprisonné.»

Quel poste a-t-il au Vatican ?

Il est au Tribunal qui statue sur tous les cas de divorce, etc. Ça s'appelle la «Rota», c'est le plus haut tribunal ecclésiastique.

Et là, il est quoi ?

Ils sont, je crois, six juges, et il est l'un des six.

Il vaut mieux qu'il ne soit plus là.

Il vaut mieux ?... Et qu'il accepte une «promotion» ailleurs ?

Oui. Ça n'a pas d'importance.

Ils sont payés, ces gens ?

Oui. D'ailleurs on lui joue des tas de mauvais tours, justement en le payant moins ; on lui fait toutes sortes de petites saletés pour essayer de l'écarter.

Il vaut mieux qu'il s'en aille.

Qu'il s'en aille de sa propre autorité ou qu'il attende le moment ?

Non, qu'il attende.

(silence)

Ça, c'est la première leçon que l'on doit apprendre pour le vrai travail : il ne faut pas avoir d'amour-propre. Il faut que ça glisse sur vous sans rien faire. Ça, c'est TRÈS important.

(silence)

Les évêques sont libres de faire ce qu'ils veulent ? C'est-à-dire est-ce qu'ils peuvent voyager ?

Oui-oui.

Ils peuvent ?

Oui, ils ont une grande indépendance ; seulement, évidemment, ils doivent en référer pour toutes les décisions religieuses ; sinon ils sont très libres.

Pour leur vie privée.

Oui.

S'ils font comme cela, ce sera bien. Il n'a qu'à se tenir tranquille. Il y a autre chose ?

Oui, il a eu une vision d'un ordre beaucoup plus général. Tout d'un coup, il a eu la sensation que le pape était mort. C'était la même atmosphère qu'au moment de la mort de Pie XII et au moment de la mort de Jean XXIII : «Le pape était mort.» Alors, tous les cardinaux ont été réunis en conclave, enfermés pour élire un nouveau pape comme d'habitude. Et ils n'arrivaient pas à élire un nouveau pape. Et le temps passait, et ils n'arrivaient pas à élire un nouveau pape – on ne pouvait pas élire de pape, le pape était mort. Puis, tout d'un coup, sur le Vatican, est tombée une bombe, et tous les cardinaux ont été écrasés, tout le Vatican était écrasé par cette bombe. Et alors, il a vu tout d'un coup, cette bombe qui se changeait en une espèce de soleil d'or, ou de boule d'or, et de tous les musées du Vatican (qui avaient été écrasés : là où il y avait des Michel-Ange et tous ces trésors), il sortait une armée de rats !

(Mère sourit)

... De rats et de bêtes «mal formées», m'a-t-il dit. De tous ces trésors du Vatican, il ne sortait que des rats partout... Et en même temps, il y avait la sensation de ces quelques centaines de millions de fidèles qui étaient là et qui disaient : «Qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est-ce qu'on va faire?...»

C'est intéressant.

(silence)

Les papes sont toujours élus parmi les cardinaux ?

Toujours, oui, parmi le Collège des cardinaux.1

1. Il y a eu des exceptions. Nous en reparlerons plus tard (voir p. 353, le 13 sept.).

(long silence)

Il y a déjà eu deux papes de plus que ce qui a été prédit.

Ah! oui ?!

Les deux derniers : celui-là et le précédent. On va voir.

🌸

Agenda du 13 septembre 1969

P.L. a vu quelque chose. Il croit que c'est moi qu'il a vu, mais en fait, c'est sa propre projection mentale qu'il a vue, je crois. Mais enfin, cela exprime assez bien le problème devant lequel il se trouve... Au fond, la pensé le trouble de savoir s'il fait un meilleur travail en restant au sein de l'Église ou s'il ferait un meilleur travail en en sortant. Il a un peu ce problème-là dans la tête parce que, par exemple, le mois prochain à Rome, tous les évêques doivent se réunir pour un synode, et à cette occasion, il y a un certain nombre de prêtres, disons récalcitrants ou réfractaires ou rebelles, qui veulent se réunir à Rome pour faire une sorte d'anti-synode et pousser publiquement l'Église sur une voie plus révolutionnaire. Alors la pensée l'avait effleuré...

De se joindre à eux... Non.

Moi, je lui ai répondu que tu lui avais dit d'être tranquille.

Oui, ça fait descendre le niveau beaucoup.

Alors, il a eu une vision là-dessus, et il s'imagine que c'est moi qu'il a vu, mais je ne crois pas du tout... C'était au bord de la mer, un paysage assez désolé et plein de rochers, et il y avait comme une caverne, une énorme caverne qui s'ouvrait au bord de la mer, et de cette immense caverne sortaient des religieux – une foule de religieux, obscurs, avec des cagoules, des robes noires –, des religieux qui sortaient de là, dans un paysage désolé et plein de vent : c'était obscur, c'était sinistre. Et lui, voyait cela et il avait envie de s'enfuir. Et alors, au moment où il a eu envie de s'enfuir, il a vu dans cette foule quelqu'un qui était moi, habillé en prêtre, et j'étais le seul visage lumineux là-dedans, et je lui disais : «Tu vois, il faut rester là pour amener la lumière là-dedans.» Je lui disais : «Moi, je resterais là jusqu'à ce que je sois évêque.»

Ça ne peut pas être toi.

Non, bien entendu ! Mais enfin, comme je suis, en quelque sorte, la représentation «idéale» (!) de sa recherche, c'est moi qu'il a dû projeter là-dedans. Enfin je lui disais soi-disant : «Tu vois, il faut rester là pour mettre la lumière dans cette foule religieuse.»

Je ne crois pas que le moment soit venu.

J'ai beaucoup regardé...

Je voudrais un renseignement pratique, je ne sais pas si tu peux me le donner... Il n'y a qu'une chose dans les deux cas (qu'il reste là-dedans ou qu'il en sorte) : dans les deux cas, il peut faire du travail utile – pas de la même façon, mais il peut faire du travail utile. Alors, pour moi, je veux qu'il choisisse celui où il est le plus en sécurité – tu sais, je n'ai aucune confiance dans ces gens, je sais qu'ils sont capables de TOUT. Alors, dans les deux cas, ils peuvent faire autant de mischief [mal] qu'ils veulent – peut-être sait-il dans quel cas il est le plus en sûreté : s'il reste ou s'il sort ? Moi, je ne sais pas... Rester, peut être une protection, peut les empêcher de faire certaines choses ; sortir, le rend moins «détestable» pour eux, c'est-à-dire qu'ils peuvent le rejeter et ne plus s'en occuper.

Mais alors, lui, dit : «Si je suis rejeté et que je sorte, je n'ai plus de pouvoir, je ne peux plus rien faire.» Et c'était justement l'objet de sa vision : c'est en restant là-dedans qu'il peut apporter de la lumière. C'est cela, son problème. «Si je sors, je ne peux plus rien faire.» Et il me disait : tous ces prêtres qui sont sortis pour essayer de faire avancer l'Église, ils sont rejetés de l'Église et ils n'ont plus de pouvoir.

Naturellement qu'ils sont rejetés de l'Église ! seulement l'Église n'est pas le monde tout entier. Ce que je crains, c'est qu'il soit encore très chrétien sans le savoir, qu'il ait l'impression que le christianisme est la chose la plus importante.

Oui, mais il ne peut plus rien faire pour le christianisme, c'est cela.

Ah ! ça, sûrement pas !

Oui, mais il garde au fond de lui ce désir de faire quelque chose pour le christianisme – d'apporter la lumière là-dedans.

Alors il faut qu'il reste ! Et c'est évident : s'il a encore cette idée de «faire quelque chose pour le christianisme», il faut qu'il reste – arrive ce qui arrivera !

Mais il comprend cela comme une sorte de travail qui lui est donné par toi.

Moi, je réponds que, dans les deux cas, je peux l'utiliser. Dans les deux cas, j'ai du travail pour lui.

Je vais lui dire cela. Parce que c'est symbolique : il voulait s'enfuir de cet endroit, et c'est au moment où il voulait s'enfuir qu'il a vu tout d'un coup mon visage dans cette foule.

Oui. Il y a évidemment (peut-être pas très-très conscient encore), mais il y a en lui une volonté de rester, je crois.

Oui, je sens cela aussi.

Mais ces prêtres qui se réunissent à Rome, ils vont être excommuniés, non ?

Oh ! ils sont déjà plus ou moins excommuniés, on a fermé leur église...

Oh !...

Mais c'est une petite minorité qui est faite de gens assez intelligents généralement – surtout de gens intelligents –, et la presse, le monde est là tout prêt, les journaux, à exploiter l'histoire.

Ils en profitent.

Oui, je crains que ce soit seulement une chose «intelligente». Comme ce qui était arrivé au commencement du protestantisme. Une chose intelligente, n'est-ce pas : une mentalisation de l'opposition.

Oui, je ne crois pas qu'il y ait de mystiques là-dedans – ce sont des néo-protestants, au fond.

Oui. Mais je ne sais pas, je ne les connais pas.

Mais c'est cela, en fait.

Mais ce pape, il ne peut pas durer très longtemps s'il a un cancer... Moi, je connais quelqu'un qui guérit le cancer !... Ce serait amusant que l'on guérisse le pape ! Ça les mettrait tous dans un... oh! tu ne peux pas t'imaginer comme ils seraient embêtés! (rires)

Ce pape, en bonne santé, serait, je crois, un appoint très utile au travail – mais ils ne le laisseront jamais soigner et guérir. Ce sont des forbans, tous ces gens.1

1. On pourrait en dire autant de ceux qui, aujourd'hui, se disent les «propriétaires» de Sri Aurobindo, de Mère et d'Auroville. C'est l'éternelle histoire qui se répète, à Pondichéry comme à Rome – mais peut-être, cette fois-ci, l'histoire tournera-t-elle autrement.

(silence)

Mais il n'est pas ecclésiastique, P.L.?

Si-si ! il est prêtre.

Il est prêtre... Oh! je ne savais pas. Mais il ne porte pas de robe ?

Là-bas, sûrement.

Oh ! mais il est prêtre... Et ces prêtres partout, ils ont le même costume, non ?

Maintenant, ils ont modernisé cela, c'est-à-dire qu'ils ont des pantalons avec un petit col à la manière protestante – ce sont leurs grandes «réformes» !

(après un long silence)

Alors il faut qu'il reste.

(silence)

Ce sont seulement les cardinaux qui nomment le pape ?

Oui.

Et parmi eux.

Oui.

C'est obligatoire ?

Oui, toujours.2

2. Ce n'est pas exact, nous l'avons appris après. Ainsi, Célestin V au XIIIe siècle, fut choisi parmi les moines mendiants, mais il abdiqua cinq mois plus tard, probablement dégoûté. Il fut emprisonné par son successeur (et plus tard canonisé!) En fait, aucune règle n'ordonne que le pape soit élu parmi les cardinaux, mais pratiquement ils se choisissent toujours entre eux.

Et cet ami de P.L., ce cardinal, c'est le cardinal d'où ?

Il n'est pas cardinal, il est je ne sais quoi, on l'appelle «monseigneur», mais c'est un homme qui a une fortune formidable, des «crores». Il a le don d'attirer l'argent. Alors il a fondé des œuvres pieuses ou sociales avec tout cela.

Oh ! il n'est pas cardinal.

Non, mais c'est un ami du cardinal de France, je crois.

Il est «en avant» ou en arrière ?

C'est un homme bien, mais il est vieux.

Les cardinaux vivent toujours à Rome ?

Ils vivent dans leurs pays. Il y a un cardinal par pays.

Moi, je croyais qu'ils étaient tous à Rome !

Non-non, ils viennent souvent à Rome. Au moment de la mort du pape, tous les cardinaux sont réunis en conclave, et alors, de temps en temps, ils ont des réunions, mais ils ne vivent pas là, sauf un certain nombre qui entoure le pape.

Les gens du pays.

Je crois, généralement.

Et les ambitieux.

En principe, il y a un cardinal par pays.

Il y a un cardinal en Chine ?... (rires)

🌸

Agenda du 17 septembre 1969

J'ai vu P.L. avant son départ, il avait l'air un peu... Il ne t'a rien dit ?

Je l'ai vu longuement et je lui ai dit tes paroles, et il avait l'air très rassuré et apaisé. Je lui avais dit que tu voulais qu'il reste tranquille, de ne pas se mêler à ces groupements réfractaires ou autres, de rester tranquille, de ne pas attirer «leur» attention. Et il avait l'air très rassuré.

Il était très concentré, comme quelqu'un qui a l'impression d'aller à... quelque chose d'important. Mais j'ai regardé : il a tous ses cheveux ! – ils ne sont plus tonsurés maintenant ?

Je ne sais pas... Je crois que ça tombe en désuétude.

Il a même beaucoup de cheveux ! (Mère rit)

Ah ! je t'ai induit en erreur. Tu m'avais posé une question (deux fois d'ailleurs) en me demandant si le pape devait être élu parmi les cardinaux. Alors il n'y a, en fait, aucune loi qui dise que le pape doive être nécessairement élu parmi les cardinaux.

Ah !

Ce sont les cardinaux qui l'élisent, mais pas nécessairement parmi eux, il n'y a pas de loi comme cela : quelqu'un de l'extérieur peut être choisi. En fait, au XIIIe siècle, il y a eu un pape célèbre, Célestin V, qui a été élu parmi les moines mendiants.

Ooh !...

Et cinq mois après sa nomination, il a abdiqué – ce qui était un scandale unique dans l'histoire de l'Église – et son successeur l'a fait emprisonner tout de suite. Puis il a été canonisé après, d'ailleurs... Mais en fait, depuis cette époque-là, les cardinaux ont toujours élu un pape parmi eux.

Ils ont trop peur !

Mais il n'y a pas de loi. On peut même élire un laïc, et dans ce cas, rapidement, on doit lui donner la prêtrise, puis le nommer évêque, archevêque, etc..

Mais ils ne sont pas libres du tout.

Pas du tout, ils sont emprisonnés. L'exemple de Célestin V est bien symbolique. Mais alors P.L. m'a dit une chose (qui l'a beaucoup frappé d'ailleurs), c'est que le premier acte du pape quand il a été nommé, a été d'aller s'incliner sur la tombe de Célestin V, le seul pape qui ait abdiqué.

Tiens !...

J'ai vu une photo du pape faisant un «pranam» complet dans le Jardin des Oliviers, à un endroit où le Christ s'est tenu...

Mais je t'ai dit que je l'avais rencontré deux fois: une fois avant sa nomination et une fois après, et que nous avons parlé. C'étaient des conversations vraiment intéressantes. Mais la seconde fois, avant de s'en aller, il m'a demandé : «Qu'est-ce que vous allez dire à vos disciples ?» (Je t'ai dit cela.) Cela prouve qu'il...

Je me souviens, j'ai été frappée par ma propre réponse. Je lui ai dit : «Je dirai que nous avons communié dans un même amour pour le Suprème. »2

2. Voir Agenda V du 2 décembre 1964.

Curieux... On verra.

P.L. m'a dit que c'est un homme très angoissé : il passe des nuits blanches, il se torture un peu l'esprit. Il est poussé à faire des réformes, et puis à la dernière minute, il revient sur sa décision ; deux ou trois fois, il avait pris une décision de faire un pas en avant, et chaque fois il a fait un pas en arrière. Il est en fait entouré, emprisonné par des gens très puissants. Il doit être torturé, cet homme.

On verra.

Agenda du 11 octobre 1969

Il y a aussi des nouvelles de P.L.

Ah ! donne.

Une lettre un peu découragée parce qu'il est victime de toutes sortes de machinations vexatoires au Vatican...

Oh ! oui... Tu sais, entre nous (il ne faut pas le lui dire), mais il a été en grand danger après avoir parlé,7 et ça m'a donné du travail pendant plusieurs jours – longtemps. J'ai travaillé-travaillé-travaillé pour rendre impossible qu'ils fassent... quelque chose de radicalement mauvais. Il l'a échappé belle. Ça a été presque miraculeux qu'on ne l'ait pas fait disparaître – ils savent très bien faire ça. Alors…

7. Au cours de la réunion du comité pour les Réformes de l'Église. Voir conversation du 26 mars 1969.

(lecture de la lettre de P.L.)

Tu lui donneras ça (Mère tend un paquet de «bénédictions»), tu lui dis que c'est un symbole de ma présence constante.

Tu m'avais dit qu'il y avait deux évêques qui avaient donné leur démission ? Est-ce qu'on les a excommuniés ?

J'ai l'impression, oui, mais...

(silence)

Il y a deux ou trois jours, j'ai lu un Aphorisme de Sri Aurobindo (tu le connais peut-être). Je ne me souviens plus des mots, mais il dit que le Christ était venu pour purifier l'humanité et qu'il n'avait pas réussi, et il avait dit qu'il reviendrait, mais cette fois en tenant le glaive de Dieu...

169 – Le Christ est venu dans le monde pour purifier, non pour accomplir. Il a lui-même prévu l'échec de sa mission et la nécessité de revenir avec le glaive de Dieu en main dans un monde qui l'avait rejeté.

On m'a demandé ce qu'était le «glaive de Dieu» (!) J'ai dit que c'était le Pouvoir irrésistible.

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