29 février 1956 et 13 avril 1962
Deux expériences décisives qu'il convient de connaître.
Agenda du 29 février 1956
Première manifestation supramentale
(Pendant ta méditation en commun du Mercredi)
Ce soir, la Présence Divine était là, présente parmi vous, concrète et matérielle. J’avais une forme d’or vivant, aussi grande que l’univers, et je me trouvais devant une immense porte d’or massif – la porte qui séparait le monde du Divin.
Regardant la porte, j’ai su et voulu, dans un unique mouvement de conscience, que le temps est venu (the time has come) ; et soulevant un énorme marteau d’or que je tenais à deux mains, j’en assénais un coup, un seul, sur la porte, et la porte a été mise en miettes.
Alors la lumière, la force et la conscience supramentales se répandirent en flots ininterrompus sur la terre.
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🌸
Cette expérience est décisive pour la terre elle-même ! En effet, cette conscience supramentale a toujours existé puisque les rishis védiques en parlaient déjà sous le nom de conscience-de-vérité. Seulement, elle n'était accessible qu'à des "supers yogis" ; désormais, le principe Supramental est ancré dans la conscience terrestre et, constamment, constamment sa vibration se répand dans conscience collective et dans la substance même de la terre.
Pour ne donner qu'un exemple, il apparaît évident que toutes les révélations auxquelles nous assistons dans le monde, malgré toutes les résistantes, sont l'une des conséquences de la pression constante de cette conscience-de-vérité.
L'autre expérience, celle du 13 avril 1962, constitue le 1er grand tournant du yoga de Mère. Mère y fera souvent allusion, alors il est nécessaire de la connaître, c'est une expérience prodigieuse, avec des répercussions très profondes.
Agenda du 13 avril 1962
(Après un mois périlleux, Mère a soudain eu l'expérience formidable, décisive, et Elle donne son premier message. Elle était allongée sur son lit, dans la chambre du haut, très amaigrie. Il était environ dix heures du matin. Sa voix a beaucoup changé. On entend des écoliers jouer au loin :)
Nuit du 12 au 13 avril.
Soudain, dans la nuit, je me suis éveillée avec la pleine perception de ce que l'on pourrait appeler le «Yoga du Monde». L'Amour Suprême se manifestait par de grandes pulsations, et chaque pulsation était le déroulement du monde dans sa manifestation. C'était les formidables pulsations de l'Amour éternel, prodigieux, seulement l'Amour : chaque pulsation de l'Amour emportait l'univers dans son déroulement.
Et la certitude que ce qui doit être fait est fait et la Manifestation supramentale est accomplie.
Tout était Personnel, rien n'était individuel.
Et ça continuait, continuait, continuait...
La certitude que ce qui doit être fait est FAIT.
Toutes les conséquences du Mensonge avaient disparu : la Mort
était une illusion, la Maladie était une illusion, l'Ignorance était une illusion – quelque chose qui n'avait pas de réalité, pas d'existence... Seulement l'Amour et l'Amour et l'Amour et l'Amour – immense, formidable, prodigieux, emportant tout.
Et comment, comment exprimer au monde ? C'était comme une impossibilité à cause de la contradiction. Mais alors est venu : «Tu as accepté que ce monde connaisse la Vérité supramentale... et elle sera exprimée totalement, intégralement.» Oui, oui...
Et la chose est faite.
(long silence)
La conscience individuelle est revenue: juste le sens d'une limite – limitation de la douleur. Sans cela, pas d’individu.
Et nous repartons sur la route, sûrs de la Victoire.
Les cieux sont pleins de chants de Victoire !
Seule la Vérité existe, elle seule sera manifestée. En avant !... en avant.
Gloire à Toi, Seigneur, Triomphateur suprême !
(silence)
Maintenant au travail.
Patience, endurance, égalité parfaite, et une foi absolue.
(silence)
Ce que je dis n'est rien, rien, rien, rien que des mots, si je compare à l'expérience.
Et notre conscience est la même, absolument la même que celle du Seigneur. Il n'y avait aucune différence, aucune différence... Nous sommes Cela, nous sommes Cela, nous sommes Cela.
(silence)
Plus tard, j'expliquerai mieux. L'outil n'est pas encore prêt. C'est seulement le début.
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Sûr de soi, sans crainte, généreux et souriant.
À deux reprises, cela devrait être un grand réconfort pour nous tous, il est affirmé que la Vérité sera exprimée totalement, intégralement... qu'elle seule sera manifestée.
Il est dit aussi que les cieux sont pleins de chants de Victoire... alors, puissions-nous nous connecter à ces chants de victoire... et les laisser descendre en nous.
Mais à vrai dire, chaque phrase pourrait être un objet de méditation...
En attendant, compte-tenu de l'importance exceptionnelle de cette expérience, je vous invite à écouter en monde ouverture réceptive l'enregistrement de cet Agenda avec la voix de Mère. Je n'ai partagé plus haut que le texte en français, mais en fait, le début du texte est en anglais. Peu importe, on se laisse porter et emporter par la voix de Mère...
Enregistrement audio
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Elle n'est pas bruyante, mais elle est convaincue.
Un mois plus tard, la Mère commencera a expliquer un peu cette expérience, et dans tout l'Agenda elle y fera plusieurs fois allusion.
Agenda du 13 mai 1962
(C'est la première conversation avec Mère depuis deux mois. Elle est encore allongée dans sa chaise longue. Elle a l'air si pâle et si frêle, comme translucide. Elle développe l'expérience qu'Elle a eue un mois plus tôt, le 13 avril 62. Le texte qu'on va lire n'a pas été enregistré mais noté de mémoire, puis lu à Mère.)
J'étais à l'Origine – J'étais l'Origine. Pendant plus de deux heures, consciemment, sur ce lit, là, j'étais l'Origine. Et c'était comme des bouffées – de grandes bouffées qui finissaient par un éclatement. Et chacune de ces bouffées était une période de l'univers.
C'était l'Amour dans son essence suprême, mais ça n'a rien à voir avec ce qu'on entend par ce mot.
Et chaque bouffée de cette essence d'Amour se répandait en se séparant, en se divisant, mais ce n'étaient pas des forces, c'était très au-dessus des forces et de tout cela : l'univers tel que nous le connaissons n'existait plus, c'était une sorte d'illusion bizarre, sans relation avec Ça. Il y avait seulement la vérité de l'univers, avec ces grandes bouffées de couleur – elles étaient colorées, de grandes bouffées colorées avec quelque chose qui est l'essence de la couleur.
C'était formidable. J'ai vécu plus de deux heures comme cela, consciemment.
Et alors il y avait une Voix qui m'expliquait tout (pas exactement une Voix mais quelque chose qui était l'origine de Sri Aurobindo, comme la dernière bouffée de l'Origine). Au fur et à mesure, elle m'expliquait chaque bouffée, chaque période de l'univers, et puis comment c'est devenu comme ça (Mère fait un geste de renversement) : la déformation de l'univers. Alors je me demandais comment il était possible, avec cette Conscience-là, cette Conscience suprême, d'avoir la relation avec l'univers actuel, déformé ? Comment faire la jonction sans perdre cette Conscience-là ? – C'est la relation entre les deux qui semblait impossible. Et c'est là que cette sorte de Voix m'a rappelé ma promesse : que j'avais promis de faire le Travail sur la terre et que ça se ferait. «J'ai promis de faire le Travail et ça se fera.»
Alors a commencé le processus de la descente1, et la Voix m'expliquait – j'ai vécu tout cela en détail, ce n'était pas plaisant. Ça a duré une heure et demie pour changer de cette Conscience vraie à la conscience individuelle. Parce que, pendant tout le temps de l'expérience, cette individualité-là n'existait plus, ce corps-là n'existait plus, il n'y avait plus de limites, je n'étais plus là – c'était la Personne qui était là. Il a fallu une heure et demie pour passer à la conscience corporelle (pas à la conscience physique mais à la conscience corporelle), la conscience corporelle, individuelle.
1. Le mot «descente» n'est pas le mot exact, comme on le verra après.
Le premier signe du retour de l'individualité, ça a été une douleur, un point (Mère tient entre ses doigts un point minuscule dans l'espace de son être). Oui, parce que j'ai une blessure – une blessure mal placée – et ça fait mal2 (Mère rit).
2. Cette même blessure fera encore souffrir Mère pendant près de douze ans.
Alors j'ai senti la douleur : c'était le signe de l'individualité qui revenait. Autrement il n'y avait plus rien, plus de corps, plus d'individu, plus de limites. Mais c'est curieux, j'ai fait une découverte curieuse3 : je pensais que c'était l'individu (Mère touche son corps) qui sentait la douleur, les infirmités, toutes les infortunes de la vie humaine ; eh bien, je me suis aperçue que ce n'est pas l'individu, pas mon corps qui sent les infortunes, mais que chaque infortune, chaque douleur, chaque infirmité a une individualité en quelque sorte, et que chacune représente une bataille.
Et mon corps est un monde de batailles.
C'est le lieu de la bataille.
3. Plus tard, Mère a souligné : «Il ne s'agit pas d'une découverte générale : ceci concernait seulement mon corps. Je ne dis pas que tous les corps sont comme cela, je dis que mon corps est comme cela – ce qui est devenu mon corps.»
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(Lorsque ce texte a été lu à Mère, Elle a apporté la modification suivante :)
J'aimerais mieux un autre mot que «descente», parce qu'il n'y avait aucune-aucune sensation de descente ou notion de descente... On pourrait mettre le processus de «matérialisation» ou d'«individualisation» – «transformation de conscience» serait plus exact. C'est le processus du changement de la Conscience vraie à la conscience déformée – c'est exactement la chose.
Tu le dis : la transition de la vraie Conscience à la conscience ordinaire.
C'est cela, la chose exacte. «Descente» ne correspond pas du tout à la sensation. Il n'y avait aucune sensation de descente. Aucune. Ni montée ni descente. Aucune. Ces bouffées créatrices n'avaient aucune POSITION par rapport à la création, c'était... il n'y avait que ça, il n'existait que ça, pas autre chose.
Et tout se passait là-dedans.
Vraiment c'était... il n'y avait plus ni haut ni bas ni dedans ni dehors – rien de tout ça, ça n'existait plus. Il n'y avait plus que ça.
C'était... «quelque chose» qui s'exprimait – qui se manifestait par ces bouffées. Et qui était TOUT. Il n'y avait pas autre chose, n'est-ce pas, il n'y avait rien que ÇA. Alors dire : «Haut, bas, descente», ça ne va pas du tout.
Si tu veux, on peut mettre : «Le processus de retour» ?
De retour à la conscience corporelle.
Ou de matérialisation.
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(Peu après, à propos d'un ancien Entretien du 22 août 1956 que l'on va publier dans le prochain Bulletin, où Mère dit : «Vous recevez du Divin, quand vous êtes en état de le recevoir, la TOTALITÉ de la relation qu'il vous est POSSIBLE d'avoir, et ce n'est ni un partage ni une partie ni une répétition, mais c'est exclusivement et uniquement la relation que chacun peut avoir avec le Divin. Donc, au point de vue psychologique, on est TOUT SEUL à avoir cette relation directe avec le Divin.» Puis Mère ajoute, comme si sa voix venait de très loin, très loin :)
On est tout seul avec le Suprême.
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On sent qu'il y a avec ce... On est tout seul avec le Suprême.... quelque chose d'absolument extraordinaire à découvrir ; c'est une merveille, une grâce insondable. Cela me rappelle cette parole de Sri Aurobindo que je cite de mémoire : notre vie est une énigme avec Dieu pour clef.
Si nous pouvions entrer dans cette relation intime avec ce Suprême, nous aurions sans doute trouver notre salut et toutes les réponses à toutes nos questions...
À méditer...
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On en fera autant qu'il faut, mais on arrivera.
Liens vers les fleurs liées à la victoire
En fait, la première victoire est de créer une individualité. Et puis après, la seconde victoire, c’est de donner cette individualité au Divin. Et la troisième victoire, c’est que le Divin change votre individualité en un être divin.
Il y a trois étapes : la première c’est de devenir un individu ; la seconde c’est de consacrer l’individu et qu’il se soumette entièrement au Divin pour s’identifier à Lui ; et la troisième c’est que le Divin s’empare de cet individu et le change en un être à Sa propre image, c’est-à-dire qu’il devienne divin lui aussi.
Généralement, tous les yogas s’arrêtaient à la seconde. Quand on était arrivé à soumettre l’individu et à le donner sans réserve au Divin pour s’identifier à Lui, on considérait que son travail était fini, que tout était accompli.
Mais nous, nous commençons là, et nous disons : « Non, c’est seulement un commencement. Nous voulons que ce Divin auquel nous nous sommes identifiés, entre dans notre individualité et en fasse une personnalité divine agissant dans un monde divin. Et ça, c’est ce que nous appelons la transformation. Mais l’autre la précède, doit précéder. Si ce n’est pas fait, il n’y a pas de possibilité de faire la troisième. On ne peut pas passer de la première à la troisième ; il faut passer à travers la seconde. »
Entretien de Mère du 14 décembre 1955