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Dans cette très belle lettre à Dilip de décembre 1935 Sri Aurobindo revient sur le fonctionnement de la grâce. Je trouve que c'est d'autant plus important, qu'à peu près personne n'en parle, sans doute parce que nous n'y connaissons rien raison de plus pour aborder le sujet.  

Je pense que cette phrase de Ramakrishna253 exprime un événement caractéristique qui se produit dans la sadhana et qu’elle ne peut pas être interprétée dans un sens général et absolu ; car, dans ce cas, elle serait difficilement vraie.

253. Avec la grâce du gourou, toutes les difficultés peuvent disparaître en un éclair, tout comme s’éclipse une obscurité immémoriale dès qu’on craque une allumette.

Toutes les difficultés disparaissant en une minute ? Eh bien, Vivekananda a disposé de la grâce de Ramakrishna dès le début, mais je pense que le problème suscité chez lui par le doute a persisté pendant un certain temps et que jusqu’à la fin de sa vie il a éprouvé des difficultés à contrôler sa colère — ce qui lui faisait dire que tout ce qui était bon en lui était un cadeau de son gourou et que ses défauts (colère, etc.) lui appartenaient en propre. Ce qui pourrait être vrai, c’est que la difficulté centrale peut disparaître grâce à un certain contact entre le Gourou et le disciple.

Mais qu’entend-on par kripa ?

S’il s’agit de la compassion et de la grâce générales du Gourou, on peut penser qu’elles s’exercent toujours sur le disciple ; le fait même d’être accepté comme disciple est un acte de grâce, et l’aide est là pour qu’il la reçoive. Cependant, le contact de la grâce, de la grâce divine, qu’elle se manifeste directement ou par l’intermédiaire du gourou, est un phénomène particulier qui comporte deux aspects : d’un côté, la grâce du gourou ou du Divin — en fait les deux ensemble — et de l’autre un « état de grâce » dans le disciple.

Cet « état de grâce » est souvent préparé par une longue tapasya, ou purification, au cours de laquelle rien de décisif ne semble se produire, seulement de brefs contacts, des aperçus ou tout au plus des expériences passagères, puis il apparaît soudain, sans prévenir. Si c’est de cela qu’il s’agit dans ces propos de Ramakrishna, il est vrai que lorsque cet état de grâce survient, les difficultés fondamentales peuvent disparaître en un instant et c’est généralement le cas. Ou, du moins, quelque chose se produit qui rend le reste de la sadhana sûr et garanti, peu importe le temps que cela prendra.

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Ce contact décisif vient plus facilement aux personnes de type « petit chat », celles qui possède, quelque part entre le psychique et le vital émotionnel, un mouvement rapide et décisif d'abandon de soi au Gourou ou au Divin. J'ai constaté que lorsque ce mouvement est présent et que le sentiment de dépendance consciente et centrale s'impose aussi au mental et au reste du vital, alors l'obstacle fondamental disparaît.

Si d'autres difficultés  persistent, elles ne sont pas perçues comme telles, mais simplement comme des choses qui doivent être accomplies et dont il ne faut pas s'inquiéter. 

Parfois, aucune tapasya n'est nécessaire : on s'en réfère simplement au Pouvoir dont on sent qu'il nous guide ou conduit la sadhana, et on consent à son action en rejetant tout ce qui s'y oppose ; le Pouvoir élimine ce qui doit être éliminé, ou change ce qui doit être changé, de façon rapide ou lente – mais la rapidité ou la lenteur semblent sans importance, puisqu'on est sûr que ce sera accompli. Si une tapasya est nécessaire, elle est pratiquée avec un tel sentiment de ferme soutien qu'elle n'a rien de pénible ou d'austère.

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Pour les autres, ceux du type « bébé singe » ou ceux qui, encore plus indépendants, suivent leurs propres idées et font leur propre sadhana en ne demandant qu’un enseignement ou une aide, la grâce du Gourou est là, mais elle agit selon la nature du sadhak et compte sur ses efforts dans une mesure plus ou moins grande ; elle aide, secourt en cas de difficulté, sauve s’il y a danger, mais le disciple n’est pas toujours conscient de ce qui est accompli, peut-être même n’en est-il quasiment pas conscient, car il est absorbé en lui-même et en son effort. Dans les cas de ce genre, le mouvement psychologique décisif, le contact qui éclaire tout, peut prendre plus de temps à se produire.

[Pour ceux qui ignoreraient la métaphore, Sri Aurobindo fait allusion au petit chat qui se laisse porter, transporter par sa Mère, complètement abandonné en comparaison au bébé singe qui doit s'accrocher au cou de sa Mère.]

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Mais pour tous, la kripa est là, œuvrant d’une manière ou d’une autre, et elle ne peut abandonner le disciple que si lui-même l’abandonne ou la repousse, par une révolte décisive et définitive, par un rejet du Gourou, en rompant les amarres et en proclamant son indépendance, comme X et les autres l’ont fait, ou par une conduite ou un acte de trahison qui le sépare de son être psychique. Même alors, sauf peut-être dans le dernier cas si les choses sont poussées à l’extrême, un retour à la grâce n’est pas impossible. Ce sont là ma propre connaissance du sujet et ma propre expérience. Quant à savoir ce qui se trouve derrière cette déclaration de Ramakrishna et s’il l’entendait dans un sens général et absolu, je ne me prononcerai pas.

Scabieuse lavande rosé – Bénédictions
Scabieuse pourpre profond – Bénédictions sur le monde matériel

Kripa : définition trouvée sur internet :

Kripa est un mot du sanscrit, kripala. Sa signification exacte dépend du contexte, mais elle englobe les concepts de «grâce», «bénédiction», «miséricorde» et «grâce divine». C'est un concept important dans l'hindouisme et c'est le principe central du bhakti yoga.

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