Extraits Lettres à Dilip (Août 1935)
12 août 1935
Il importe peu qu'une méditation acharnée conduise à une expérience ou non. Souvenez-vous de ce que je vous ai dit, que le chemin pour vous en ce moment, c'est le développement psychique et non les expériences. Cela signifie :
premièrement, se retirer de l'ego vital et de ses perturbations pour adopter une calme attitude de foi et de consécration ;
deuxièmement, la croissance de quelque chose au-dedans qui voit ce qui doit être changé dans la nature et donne l'impulsion pour le changer ;
troisièmement, le sentiment psychique dans la sadhana, qui presse vers l'expansion de la bhakti, éprouve la joie simplement de penser au Divin, sentir le Divin, écrire sur le Divin, parler ou se souvenir du Divin, se remplit d'une tranquille élévation de soi vers le Divin et y vit davantage que dans les choses extérieures.
Lorsque la conscience est pleine de toutes ces choses, c'est-à-dire quand l'état psychique ou l'ouverture psychique complète sont là, les expériences viennent alors d'elles-mêmes. Les deux premières étapes au moins avaient commencé d'elles-mêmes en vous : laissez-les croître, et la troisième devrait nécessairement suivre. L'ouverture psychique d'abord, la conscience supérieure et ses expériences ensuite – c'est la route sûre et, semble t-il, celle que veut emprunter votre conscience intérieure. Pourquoi ne pas suivre ce chemin ? À ce stade, retourner à la demande du vital d'avoir des expériences, que ce soit comme un droit ou comme une récompense pour bonne conduite, est certainement un anachronisme quand le psychique a montré son visage une fois, ne serait-ce qu'un peu.
Commentaire
Certes, nous aurons noté que Sri Aurobindo précise bien que le chemin psychique qu'il décrit ici est censé concerner Dilip en un moment donné ; pour autant, dans de nombreux autres passages, Sri Aurobindo insiste sur le fait que la découverte du psychique est d'une toute première importance – la transformation psychique étant par ailleurs la première étape de la triple transformation.
Par ailleurs, le point intéressant ici est que le fait d'avoir des expériences ou non est de peu d'importance ; cela devrait rassurer ceux qui n'en ont pas, c'est-à-dire probablement la plupart des gens, cela fait tout de même du monde !
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13 août 1935
La doctrine "Pas de croyance sans preuve" s'applique à la science physique, mais elle serait désastreuse dans le domaine spirituel, ou d'ailleurs dans celui de l'action humaine. Le saint ou le bhakta ont foi en Dieu bien avant d'avoir l'expérience de Dieu, l'homme d'action a foi en sa cause bien avant que celle-ci soit couronnée de succès, sinon ils n'auraient pas pu lutter avec persévérance vers leur but malgré la défaite, l'échec et les périls mortels.
Je ne sais pas ce que Krishnaprem entend par foi véritable. Pour moi, la foi n'est pas une croyance intellectuelle, mais une fonction de l'âme ; quand ma croyance a vacillé, échoué ou disparu, l'âme est restée résolue, insistant obstinément : "Ce chemin et nul autre ; la Vérité que j'ai sentie est la Vérité, quelle que soit la croyance du mental."
D'un autre côté, les expériences ne conduisent pas nécessairement à la foi. Un saddhak m'écrit : "Je sens la grâce de Mère descendre en moi, mais je ne peux le croire, car c'est peut-être mon imagination vitale." Un autre a des expériences pendant des années, puis chute parce qu'il a, dit-il, "perdu la foi". Toutes ces choses ne sortent pas de mon imagination, ce sont des faits et ils parlent d'eux-mêmes.
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23 août 1935
Note 200 [Jivanmukta] : Sri Aurobindo définit le terme ainsi : "Silence, Lumière, Pouvoir, Ananda sont les quatre piliers du Jivanmukta." (voir la lettre du 3 juin 1934)
J'utilise le langage du mental, car il n'en existe aucun autre que les êtres humains puissent comprendre, même si la plupart le comprennent mal. Si je devais utiliser un langage supramental comme Joyce201, vous n'auriez même pas l'illusion de comprendre ; alors, n'étant pas irlandais, je ne tenterai pas cela. Mais bien entendu, quiconque veut changer la nature terrestre doit d'abord l'accepter afin d'y parvenir. pour citer l'un de mes poèmes non publié202 :
Qui veut ici amener les cieux
Doit lui-même descendre dans l'argile
Et porter le fardeau de la nature terrestre
Et suivre le chemin douloureux.
201. James Joyce, auteur d'Ulysse.
202. Le labeur d'un dieu.
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Correspondance (1934-1935) - Editions Banyan - Littératures de l'Inde
Sri Aurobindo et Dilip Kumar Roy, correspondance, spiritualité, yoga, conscience, doute, ashram, fils, ami, persévérance, compassion, joie, aide, volonté
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