À la mer – Poésie – Page 22
Toutes nos voix intérieures n'ont pas la même tonalité. Ce n'est pas tout à fait exact mais j'ai l'impression que le mental vrai parle avec raison, intelligence et sagesse ; que le cœur et le vital vrai parlent avec émotion, énergie et passion ; que la conscience vraie du corps et des cellules parlent avec l'humilité, la simplicité et la candeur d'un enfant ; que l'âme par contre parle avec poésie.
Le culte de la laideur continue son emprise sur le monde ; le monde a besoin de beauté. La beauté est peut-être la suprême guérison car la vraie beauté est le signe le plus évident de la Présence du Divin.
Encore trop identifié à la petitesse de notre ego mental, vital et physique nous ne nous connaissons pas encore – c'est peut-être la cause principale de tous nos malheurs – et nous ne comprenons pas bien le sens de toute cette douleur sur terre, de toutes nos épreuves.
Sri Aurobindo non plus, nous ne le connaissons pas bien, si l'on s'entend que la seule façon de connaître vraiment quelqu'un est d'être dans une relation profonde et intime avec lui. Ce que nous savons de Sri Aurobindo ne sont que des bribes. Pourtant, derrière son extraordinaire intelligence, derrière son humour parfois, derrière sa patience infinie avec les disciples, nous pouvons aussi discerner en lui une formidable détermination, une Force qui ne vacille pas. Il est le guerrier victorieux qui a ancré une Conscience Nouvelle dans la terre pour précipiter l'espèce humaine dans un saut évolutif.
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Ce poème, incidemment, nous rappelle ce qu'est l'homme et nous invite à oser l'aventure...
À la mer
Ô mer grise en furie,
tu as un message pour moi. Tel le tonnerre,
Tes houles monstrueuses soulèvent
leurs énormes et larges dos, creusant l’abîme entre elles ;
je devine dans la brume
un bateau qui tangue au-dessus d’elles.
J’entends ton rugissement
qui m’appelle : « Pourquoi t’attardes-tu sur la rive,
suivant avec des yeux craintifs
l’assaut de mes crêtes vers leurs cieux blanchis d’écume ?
Cette frêle coque
brave les coups de mes énormes vagues et flotte.
Si elle trouve la mort,
n’en reste-t-il pas des milliers d’autres derrière elle ?
Affronte mon vaste rugissement
et ne t’accroche plus comme les lâches au paresseux rivage.
Plonge et découvre
l’ivresse du danger et de la défaite. »
Oui, ô puissante mer,
je suis plus fort que toi et je domine tes flots.
Sur tes crêtes je m’élève ;
c’est un prétexte pour s’ébattre dans les cieux.
Je plonge dans tes abysses
pour connaître le cœur de ce monde tonitruant. S’attarder
sur la terre ferme, c’est perdre ce que Dieu a voulu
pour l’âme immense de l’homme,
en lui fixant pour but l’éternelle divinité.
Aussi déploya-t-Il
dangers et difficultés, comme les mers, créa
douleur et défaite,
et autour de nos pieds mit Ses pièges géants.
De la foudre Il anime
le nuage et nous assaille de Ses tempêtes,
afin que l’homme puisse devenir
maître de la douleur et conquérant de la défaite,
et mesurer sa grande âme invincible
à l’adversité du Destin.
Prends-moi, sois
ma voie pour gravir les cieux, toi rude et formidable mer.
J’empoignerai ta crinière,
ô lion, je te dompterai et te dédaignerai ;
ou encore je descendrai
tout au fond de tes abîmes,
je supporterai le poids de ton immensité
et serai aussi obstiné que mon Destin.
Je viens, ô mer, mesurer avec toi mon gigantesque moi.