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Dans une lettre remarquable des Lettres à Dilip, en date 11 septembre 1934 Sri Aurobindo nous présente de façon magistrale et limpide les méthodes principales du yoga intégral. 

J’ai dit que pour la Paix et le Silence, la manière la plus décisive de venir, c’est par une descente d’en haut. En fait, dans la réalité, bien qu’en apparence pas toujours, c’est ainsi qu’ils viennent invariablement ; pas toujours en apparence, car le sadhak peut ne pas être conscient du processus : il sent la paix s’installer en lui, ou en tout cas se manifester, mais il n’a pas pris conscience de la façon dont elle est venue, ni d’où. Pourtant, il est vrai que tout ce qui appartient à la conscience supérieure vient d’en haut : non seulement la paix et le silence spirituels, mais la Lumière, le Pouvoir, la Connaissance, la vision et la pensée supérieures, l’Ananda viennent d’en haut. Il est aussi possible que, jusqu’à un certain point, ils puissent venir de dedans, mais c’est parce que l’être psychique est directement ouvert à eux, et ils arrivent là en premier lieu, puis se révèlent au reste de l’être à partir du psychique ou lorsque celui-ci vient sur le devant. Une révélation de l’intérieur ou une descente d’en haut, voilà les deux voies souveraines de la siddhi1 du yoga. Un effort du mental extérieur ou des émotions de surface, une quelconque Tapasya pourraient sembler développer certaines de ces choses, mais les résultats sont habituellement incertains et partiels en comparaison de ceux des deux voies radicales. C’est pour cette raison que, dans ce yoga, nous insistons toujours sur une « ouverture », indispensable pour que la sadhana porte ses fruits – vers le dedans, une ouverture du mental, du vital et du physique intérieurs à notre partie la plus intime, le psychique, et vers le haut, une ouverture à ce qui se trouve au-dessus du mental.

1. Réalisation, accomplissement, perfection.

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La raison sous-jacente de cela, c’est que ce petit mental, petit vital et petit corps que nous appelons nous-mêmes n’est qu’un mouvement de surface et pas du tout notre « moi ». C’est une part extérieure de personnalité mise en avant pendant une brève vie pour le jeu de l’Ignorance. Elle est équipée d’un mental ignorant, qui trébuche ici et là à la recherche de fragments de vérité, d’un vital ignorant, qui s’affaire pour chercher des fragments de plaisir, d’un physique obscur et en grande partie subconscient, qui reçoit les impacts des choses et souffre de la douleur ou du plaisir qui en résultent plutôt qu’il ne les possède. Tout cela est accepté jusqu’à ce que le mental se lasse et se mette à chercher la Vérité réelle de lui-même et des choses, que le vital soit dégoûté et commence à se demander s’il n’existe pas un vrai délice, et que le physique se fatigue et veuille être libéré de lui-même, de ses douleurs et de ses plaisirs. Il est alors possible pour le petit bout de personnalité ignorante de retourner à son vrai Moi et à ces choses plus grandes – ou alors à l’extinction de lui-même dans le Nirvana.

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Le vrai Moi ne se situe nulle part à la surface, mais profondément au-dedans ou au-dessus. Au fond de nous se trouve l’âme, qui soutient un mental, un vital et un physique intérieurs, dans lesquels existe une aptitude pour la vastitude universelle, et avec elle pour ce qui est maintenant demandé – un contact direct avec la vérité du moi et des choses, un avant-goût de la félicité universelle, la libération de la petitesse emprisonnée et des souffrances du corps physique grossier. Même en Europe, l’existence de quelque chose derrière la surface est maintenant fréquemment admise, mais on se trompe sur sa nature et on l’appelle subconsciente ou subliminale, alors qu’en réalité, elle est très consciente à sa manière et non pas subliminale, mais seulement voilée. Selon notre psychologie, elle est connectée à la petite personnalité extérieure à travers certains certains centres de conscience, dont nous devenons conscient par le yoga. Un peu seulement de l’être intérieur s’échappe dans la vie extérieure à travers ces centres, mais ce peu est la meilleure partie de nous-mêmes et il est la source de l’art, de la poésie, de la philosophie, des idéaux, des aspirations religieuses, des efforts vers la connaissance et la perfection. Mais les centres intérieurs sont pour la plupart fermés ou endormis – les ouvrir, les sortir du sommeil et les rendre actifs est l’un des buts du yoga. Au fur et à mesure qu’ils s’ouvrent, les pouvoirs et les possibilités de l’être intérieur se développent aussi en nous ; nous nous éveillons d’abord à une conscience plus large, puis à une conscience cosmique ; nous ne sommes plus de petites personnalités séparées aux vies limitées, mais des centres d’une action universelle et en contact direct avec les forces cosmiques. Qui plus est, au lieu d’être les jouets réticents de ces dernières, comme l’est la personne de surface, nous pouvons, dans une certaine mesure, devenir conscients et maîtres du jeu de la nature – la mesure dépendant du développement de l’être intérieur et de son ouverture vers le haut aux niveaux spirituels supérieurs. En même temps, l’ouverture du centre du cœur libère l’être psychique, qui nous rend ensuite conscient du Divin en nous et de la Vérité supérieure au-dessus.

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Car le Moi spirituel supérieur n’est même pas derrière notre personnalité et notre existence corporelle, mais il se trouve au-dessus d’elle et la dépasse totalement. Le plus élevé des centres intérieurs se trouve dans la tête, tout comme le plus profond est dans le cœur ; mais celui qui s’ouvre directement sur le Moi se situe au-dessus de la tête, complètement en dehors du corps physique, dans ce qu’on nomme le corps subtil, sûkshma sârira. Ce Moi comporte deux aspects. L’un est statique, un état de vaste paix, de liberté et de silence : le Moi silencieux n’est affecté par aucune action ou expérience ; il les soutient de manière impartiale, mais ne semble pas du tout leur donner naissance et plutôt se tenir en retrait, détaché ou indifférent, udâsîna. L’autre aspect est dynamique et il est perçu comme un Moi ou un Esprit cosmique qui soutient, mais aussi crée et contient toute l’action cosmique, non seulement cette partie de lui qui concerne nos « moi » physiques, mais aussi tout ce qui se trouve derrière lui, ce monde et tous les autres mondes, le supraphysique aussi bien que les étendues physiques de l’univers. En outre, nous sentons le Moi comme un en tout, mais nous le percevons aussi comme au-dessus de tout, transcendant, surpassant toute naissance individuelle ou existence cosmique. Entrer dans le Moi universel – un en tout – c’est être libéré de l’ego ; soit celui-ci devient une petite condition instrumentale dans la conscience, soit il disparaît complètement de notre conscience. C’est l’extinction ou le Nirvana de l’ego. Entrer dans le moi transcendant au-dessus de tout nous rend capables de transcender totalement la conscience et l’action cosmiques – et cela peut être le moyen d’arriver à une entière libération de l’existence terrestre, appelée aussi extinction, laya [dissolution], moksha, Nirvana.

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Il faut noter, cependant, que l’ouverture vers le haut ne conduit pas forcément qu’à la paix, au silence et au Nirvana. Le sadhak devient non seulement conscient d’une paix, d’un silence, d’une vastitude immenses et en fin de compte infinis au-dessus de lui, au-dessus de sa tête pour ainsi dire, s’étendant dans tout l’espace physique et supraphysique, mais il peut devenir conscient d’autres choses – une vaste Force dans laquelle se trouve tout Pouvoir, une grande Lumière dans laquelle se trouve toute la Connaissance, un immense Ananda qui contient toute la béatitude et tout le ravissement. Tout d’abord, ils apparaissent comme quelque chose d’essentiel, d’indéterminé, d’absolu, de simple, kevala : un Nirvana dans chacune de ces choses semble possible. Mais nous pouvons aussi nous en arriver à voir que cette Force contient toutes les forces, cette Lumière toutes les lumières, cet Ananda toute la joie et la félicité possibles. Et tout cela peut descendre en nous. Toutes ces choses et chacune d’entre elles peuvent descendre, pas seulement la paix ; toutefois, le plus prudent est d’amener d’abord un calme et une paix absolus, car cela rend la descente du reste plus sûre ; sinon, il se pourrait que la nature extérieure ait des difficultés à contenir ou supporter tant de Force, de Lumière, de Connaissance ou d’Ananda. Toutes ces choses ensemble constituent ce que nous appelons la Conscience spirituelle supérieure ou Divine. L’ouverture psychique à travers le cœur nous met essentiellement en contact avec le Divin individuel, le Divin dans sa relation intime avec nous ; elle est en particulier la source d’amour et de bhakti. Cette ouverture vers le haut nous met en relation directe avec le Divin tout entier et peut créer en nous la conscience divine et une nouvelle naissance, ou de nouvelles naissances de l’esprit.

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Quand la Paix est établie, la Force supérieure ou Divine d’en haut peut descendre et faire son travail en nous. D’habitude, elle descend d’abord dans la tête et libère les centres du mental intérieur, puis dans le cœur où elle libère complètement le psychique et l’être émotionnel, puis dans le nombril et dans les autres centres du vital et libère le vital intérieur, puis dans le muladhara et plus bas, et libère l’être physique intérieur. Elle travaille en même temps à la perfection et à la libération ; elle prend la nature tout entière, partie par partie, et s’en occupe, rejetant ce qui doit être rejeté, sublimant ce qui doit être sublimé, créant ce qui doit être crée. Elle intègre, harmonise, établit un nouveau rythme dans la nature. Elle peut aussi faire descendre une force et des zones de la nature supérieure de plus en plus élevées, jusqu’au moment où, si c’est le but de la sadhana, il devient possible de faire venir la force et l’existence supramentales. Tout cela est préparé, assisté, augmenté par le travail de l’être psychique dans le centre du cœur ; plus il est ouvert, sur le devant, actif, plus l’action de la Force peut être prompte, sûre, facile. Plus l’amour, l’abandon et la bhakti grandissent dans le cœur, plus l’évolution de la sadhana devient rapide et parfaite. Car la descente et la transformation impliquent en même temps une augmentation du contact et de l’union avec le Divin.

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Telle est la logique fondamentale de cette sadhana. Il est évident que les deux aspects les plus importants ici sont l’ouverture du centre du cœur et l’ouverture des centres du mental à tout ce qui se trouve derrière et au-dessus d’eux. Car le cœur s’ouvre à l’être psychique, les centres du mental s’ouvrent à la conscience supérieure, et la connexion entre l’être psychique et la conscience supérieure est le moyen principal de la siddhi. La première ouverture est effectuée par une concentration dans le cœur, un appel pour que le Divin se manifeste en nous, reprenne et conduise la nature tout entière à travers le psychique. Aspiration, prière, bhakti, amour, abandon de soi sont les principaux supports de cette partie de la sadhana – accompagnés par un rejet de tout ce qui fait obstacle à ce à quoi nous aspirons. La deuxième ouverture se fait par une concentration de la conscience dans la tête (ensuite, au-dessus de la tête) et une aspiration, un appel et une volonté soutenue pour la descente de la Paix, du Pouvoir, de la Lumière, de la Connaissance et de l’Ananda divins dans l’être – d’abord la Paix, ou la Paix et la Force ensemble. Certains, en effet, reçoivent en premier la Lumière, ou bien l’Ananda, ou encore un afflux soudain de Connaissance. Chez d’autres, il se produit pour commencer une ouverture qui leur révèle un Silence, une Force, une Lumière ou une Félicité vastes et infinis au-dessus d’eux, et ensuite, ou bien ils s’élèvent vers cela, ou bien ces choses commencent à descendre dans la nature inférieure. Pour d’autres encore, il survient soit une descente, d’abord dans la tête, puis plus bas dans le centre du cœur, puis vers le nombril et plus pas bas à travers tout le corps, soit une ouverture inexplicable – sans aucune sensation de descente – de paix, de lumière, de vastitude ou de pouvoir ; ou alors une ouverture horizontale dans la conscience cosmique, ou une flambée de connaissance dans un mental soudainement élargi. Quoi que ce soit qui vienne, il faut l’accueillir – car il n’existe aucune règle absolue pour tous – mais si la paix n’est pas apparue en premier, il faut prendre garde à ne pas se gonfler d’exultation ou perdre son équilibre. Le mouvemente essentiel, cependant, survint quand la Force ou la Shakti Divine, le pouvoir de la Mère, descend et s’installe, car alors commencent l’organisation de la conscience et l’assise plus large du yoga.

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En général, le résultat de la concentration n’est pas immédiat – bien qu’un épanouissement soudain et rapide puisse se produire pour certains ; mais pour la plupart, il y a un temps plus ou moins long d’adaptation ou de préparation, en particulier si la nature n’a pas été préparée dans une certaine mesure par l’aspiration et la Tapasya. On peut parfois faciliter la venue des résultats en associant à la concentration un des procédés de l’ancien yoga. Il y a le processus Adwaita de la voie de la connaissance : on rejette de soi l’identification au mental, au vital et au corps en répétant de façon continue l’affirmation « Je ne suis pas le mental », « Je ne suis pas le vital », « Je ne suis pas le corps », en regardant ces choses comme séparées de notre moi vrai – et après un certain temps, on sent que tous les processus mentaux, vitaux et physiques, ainsi que le sens même du mental, du vital et du corps deviennent extériorisés, une action extérieure, tandis que, dedans et détaché d’eux, grandit le sentiment d’un être séparé, existant en lui-même, qui s’ouvre sur la réalisation de l’esprit cosmique et transcendant. Il y a aussi la méthode – très puissante – des Sankhyas, la séparation du Purusha et de la Prakriti. On impose au mental la position de Témoin – toute action mentale, vitale ou physique, devient un jeu extérieur qui n’est pas moi ni mien, mais appartient à la Nature et a été imposé à un moi extérieur. Je suis le Purusha témoin ; je suis silencieux, détaché, non lié par aucune de ces choses. En conséquence, une division dans l’être grandit ; le sadhak sent croître en lui une conscience calme, silencieuse, séparée, qui se sent tout à fait à l’écart du jeu de surface de la Nature mentale, vitale et physique. Habituellement, lorsque cela se produit, il est possible de faire descendre très rapidement la paix de la conscience supérieure, l’action de la Force supérieure et la pleine marche du yoga. Mais souvent la Force elle-même descend d’abord en réponse à la concentration et à l’appel, et alors, si ces choses sont nécessaires, elle les crée et utilise tout autre moyen ou méthode utile ou indispensable.

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Autre chose. Dans le processus de descente d’en haut et de travail, il est très important de ne pas compter que sur soi-même, mais de s’appuyer sur les conseils de la Mère et de moi-même, et de nous soumettre tout ce qui se produit. Car il arrive souvent que les forces de la nature inférieure soient stimulées et excitées par la descente, veuillent se mêler à elle et la détourner à leur profit. Si le sadhak acquiesce à la seule action du Divin, se soumet ou s’abandonne à l’aide, alors tout peut se passer en douceur. Cet assentiment et le rejet de toutes les formes égoïstes ou de celles qui séduisent l’ego constituent la protection tout au long de la sadhana. C’est la raison pour laquelle, dans ce yoga, nous insistons tellement sur ce que nous appelons Samarpana – traduit de façon plutôt inadéquate en anglais par « surrender » (soumission, abandon). Si le centre du cœur est complètement ouvert et que le psychique dirige la sadhana, alors il n’y a pas de problème, tout est sûr. Mais le psychique peut à tout moment être voilé par une montée d’en bas. Seuls quelques-uns sont exemptés de ces dangers et ce sont précisément ceux pour qui l’abandon de soi est aisément possible. Dans cette tentative difficile, les conseils de quelqu’un qui est lui-même identifié au Divin ou qui le représente sont impératifs et indispensables.

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En suggérant que vous vous concentriez dans la tête et dans le cœur, je vous ai en fait demandé d’adopter cette méthode centre du yoga. Ce que j’ai écrit pourra peut-être vous aider à avoir une idée claire de ce que j’entends par ce procédé. J’ai écrit longuement, mais, naturellement, n’ai pu aborder que les aspects fondamentaux. Tout ce qui appartient aux circonstances et aux détails se présentera au fur et à mesure que vous développerez la méthode, ou plutôt au fur et à mesure qu’elle se développera d’elle-même – car c’est ce qui se produit habituellement lorsqu’il y a un début réel d’action de la sadhana.

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