Extraits Carnets 17 (de janvier à juin 1998)
1er janvier 1998
Oui, Seigneur, on travaille pour faire entrer ici ce pays de là – notre Pays de toujours et pour toujours.
*
Quand j'écris j'aimerais faire chanter ça.
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16 janvier 1998
"Terre et Ciel"
?
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19 janvier 1998
Tout d'un coup, en regardant le ciel couchant, ma Douce a dit : "Jusqu'à maintenant, c'était l'assaut du Noir, et maintenant, c'est l'Assaut le Lumière qui commence."
Dans le ciel, elle voyait Vishnou couché sur l'Ananta-Nag* et des rayons bleus qui sortaient.
*Ananta-Nag : serpent cosmique sur lequel Vichnou se repose entre deux créations [N.D.É.]
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27 janvier 1998
Souvent – souvent je me souviens de cette vision que j'ai eue il y a des années. Je rencontrais Sri Aurobindo et je lui disais (j'étais debout, tout petit, et il était debout, très grand) je lui disais avec une intensité presque déchirante : "Il y a des siècles de chagrin dans le cœur des hommes."
*
Je crois bien que je suis venu pour qu'il n'y ait plus ce chagrin-là.
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Février 1998
(Clinton et l'Irak)
Autrefois on disait : "Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre"...
Mère disait : "Ils seront démentalisés."
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12 Février 1998
Pourquoi ai-je sempiternellement envie de pleurer – c'est mon âme qui crie comme depuis des siècles.
*
Sujata me rappelle ce que Mère disait de Sri Aurobindo : "Il avait le pouvoir de rendre réel ce qui est vrai."
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21 Février 1998
[...] Mère disait bien que l'Inde était le symbole de toutes les difficultés du monde. Eh bien, le monde est plein d'assassins.
Mais oui
Et de cruels assassins.
Vous avez vu comment ces gens empoisonnent la nourriture ?
Oh oui ! Ils sont tous abominables, depuis les papes, jusqu'aux chefs de gouvernement, chacun à sa façon est... c'est une horreur de mensonge.
Tiens, j'ai oublié de vous dire, hier soir la Radio indienne disait qu'il y avait encore des tremblements de terre dans le Nord-ouest : Pakistan surtout, le Nord-ouest du Pakistan, centré dans l'Hindou-kouch et même le Cachemire l'a senti. Mais cette fois ça semble grave.
Le Pakistan ira sous l'eau et l'Angleterre ira sous l'eau.
Oui. Le Pakistan sous terre.
Le Pakistan sous terre.
Et ces Anglais, ils sont comme Goebbels, ils me donnent exactement l'impression de Goebbels.
Les Anglais ou les Américains ?
Les Anglais.
Les Anglais, oui.
Les Américains, c'est autre chose.
[... Satprem décrit la vision d'un magnifique bateau navigant à une vitesse stupéfiante.]
Et c'est évidemment quelque chose qu'on voulait me montrer, n'est-ce pas, c'est aucune aucune fabrication d'aucune... D'ailleurs je ne fabrique jamais rien dans ma conscience. Je n'ai d'imagination, tu comprends. C'est une chose que j'ai barrée dans ma conscience, l'imagination, j'ai horreur de... j'ai horreur d'imaginer, je veux voir, et voir des réalités.
Évidemment les traductions de ce que l'on voit ne sont pas toujours exactes parce qu'on ne comprend pas sur le moment. Mais enfin le fait est toujours là, les interprétations, elles viennent après – la confirmation vient après. Mais enfin, je ne sais pas, ça m'a rempli d'étonnement et je dirais d'émerveillement, de stupéfaction.
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21 mars 1998
Donner sa vie, c'est donner sa vie, et sa mort aussi.
ce que Tu veux.
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24 avril 1998
[...]
Mais Mère m'a dit ça à plusieurs reprises, elle m'a dit : mais tu es dans la souffrance, mais ton être c'est la joie.
Elle m'a dit : c'est la joie et la beauté ! Et c'est vrai que toute ma vie c'était le contraire. C'était ou c'est le contraire.
C'est évident parce que toute votre souffrance vient de ce que ce n'est pas ça, n'est-ce pas.
Ce n'est pas ça, et tout tout le reste n'est pas ça du tout !
C'est peut-être cet être que vous avez vu l'autre nuit, c'était peut-être une vie où vous étiez parti à la recherche de cette joie, pensant que c'est la vraie voie qui mène à la joie. Mais c'est vrai, ça a dû mener à la joie, mais ça n'a pas changé la vie ordinaire générale.
Oui. oui, on m'a fait naître dans l'extrême contraire.
Oui
Mais je comprends pourquoi.
Oui, on comprend, seulement ça ne réconforte pas. On peut comprendre mais ça ne diminue pas la souffrance.
Oui, ma Douce, mais c'est une... ça donne une force si farouche pour que ça change, une volonté si farouche.
Je te disais l'autre jour : "Si je tombe, ce n'est pas moi qui tomberai !"
Vraiment, que tout ça ne soit plus.
Oh oui ! Mère m'avait bien dit ça. Et j'avoue que je ne comprenais pas.
(silence)
Mais tu vois, la première fois que... après avoir vu Sri Aurobindo, la première vision de ma vie, c'était ça, cette...
Ce cheval.
Cette forteresse moyenâgeuse, j'étais là-dedans comme un étranger, et j'étais comme traqué là-dedans, et puis ce cheval formidable (très ému) qui ouvrait les portes.
Oh, quelle merveille, hein !
Oh, cette formidable porte qui s'est ouverte et un galop alors, oh ! puissant. merveilleux. Libre, libre.
Un cheval blanc.
Oh oui ! il était gigantesque. C'était comme ces rues du Moyen-Âge, n'est-ce pas, qui étaient étroites avec balcons de fer. Je ne sais pas comment c'est possible, il était là tout d'un coup et puis je me suis retrouvé sur son dos sans savoir comment et il m'a emporté... C'était la première vision de ma vie.
Et vous savez dans le Véda on parle beaucoup de ce cheval blanc qui n'était que Agni qui s'était changé.
C'était Agni.
Agni.
Oui.
Je crois qu'il s'appelait Dadhikrâvan, c'est-à-dire blanc comme du lait caillé, quoi.
Une formidable puissance.
Oui, et vous savez, c'est lui, quand les dieux sont partis à la recherche des vaches perdues, qui ont été enlevées et volées par les panis*. Eh bien, c'est lui qui a pu les emmener, parce que tous les autres chevaux aussi avaient été enlevés, il ne restait plus rien : ni vaches ni chevaux ni rien. Alors il y avait Saramâ**et puis c'est Agni qui s'est changé en ce cheval blanc formidable.
* Dans le Véda, les panis sont les voleurs de Lumière, symbolisée par la vache. [N.D.É.]
** Saramâ, le chien céleste, au flair subtil, qui met sur la piste de la Lumière volée. [N.D.É.]
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5 mai 1998
Chaque jour, il faut aller un peu plus loin que la limite.
C'est comme cela depuis Mai 82. Et je suis sorti de là, ce 5 mai 1945, pour ouvrir la dernière porte.
Sinon je serais allé avec la pile de cadavres numérotés qui attendaient dehors (et j'ai souvent regretté...)
Ma prière désespérée (ou espérante) : qu'on SORTE, qu'on sorte de ce Malheur "humain".
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11 mai 1998
Explosion nucléaire en Inde.
Un tournant.
Soudain une "question" explose dans le monde. Le mental hypocrite.
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15 mai 1998
Finalement, c'est hier 14 Mai que j'ai terminé l'ultime révision et correction de "Terre et Ciel" – et je m'aperçois que c'était hier, 14 Mai... 1982 que j'ai commencé ce "yoga du corps"... il y a donc 16 ans, jour pour jour – peut-être ai-je remué "ciel et terre" (!) depuis ce temps-là, en effet.
*
[... Sujata a eu vision de Satprem où elle le voit...]
Très jeune, très jeune. je ne dirais pas un garçon de dix ans, mais un jeune homme, n'est-ce pas, peut-être entre dix-huit et vingt, même pas vingt ans. Très jeune, assez maigre, très blanc (ça aussi ça m'a frappée) pas gros du tout. Mais vraiment la blancheur; ce n'était pas une blancheur comme quand on est malade ou [qu'on n'a] pas de sang. Ça ne donnait pas une impression maladive, au contraire, c'était comme une lumière qui sortait, comment dire ? Qui est à l'intérieur et qui rayonne.
Oui.
Parfois j'ai vu ça, quelque chose de très intérieur qui rayonne dans le corps. C'était ça.
Curieux.
Oui, je donne beaucoup plus de détails comme ça, mais, ce qui m'est resté : voilà. C'était si curieux que ça m'est resté.
C'était physique, un corps physique.
Oui, oui, tout à fait. Tout à fait physique.
[...]
En tout cas matériellement, physiquement (riant) vous étiez très absorbé en essayant de vous couvrir.
Oui, c'est ça, oui, on essaie de se couvrir, en effet. Le corps se sent très nu.
Le corps même ?
Oui, il se sent très nu. Et c'est vrai, il sent comme besoin de se cacher ou de se protéger ou quoi, je ne sais pas.
Eh bien tu vois la vision que j'ai eue il n'y a pas longtemps : j'étais dans ce paysage de...
...roches.
de roches nues, mais alors, c'était vaste, n'est-ce pas, c'était vaste-vaste, et j'étais comme tout petit là-dedans, dans ce monde com-plè-tement nu, de la matière nue.
C'est peut-être ça, n'est-ce pas, on arrive à la matière nue.
C'est très difficile dans ce monde d'être nu, matériellement nu.
Corporellement.
Oui, corporellement nu.
C'est-à-dire que le corps est sans défense.
Oui.
C'est notre ignorance qui garde une sorte de barrière entre...
Mais oui, une barrière nécessaire, n'est-ce pas, dans le monde tel qu'il est. Dans le monde tel qu'il est, il faut se couvrir ! Enfin, ceux qui sont simplement des petits pantins, etc., ce n'est rien, mais dès qu'il y a une intériorité ou une réalité, elle est très vulnérable dans ce monde. Tout veut se jeter là-dessus.
Ça, je n'ai pas oublié ce que disait Sri Aurobindo : "Les forces universelles sont contre votre effort."
[...]
Vous vous souvenez que Mère disait il y a longtemps, que l'Asoura principal a été dissous, mais comme il avait des millions d"émanations*, chacune continuait sa vie. Alors sa vie : s'il n'y a pas un renouvellement de la source, un arbre sans ses racines, combien de temps ça peut durer ?
* Voir L'Agenda de Mère, tome 3, 8 août 1962. [N.D.É.]
Oui.
Ça dure un bout de temps.
En effet, la mort est déracinée, en effet, ça, je le sens comme ça, je le vis comme ça. Je suis perpétuellement dans un état où normalement on devrait mourir.
Oui, mille fois !
Ah oui ! Mais ça n'existe plus. Pendant des années, je te dis, je me suis battu avec la Mort, et vilainement avec cette Mort. Mais pour moi maintenant ça n'existe plus ! Il y a quelque chose de plus fort que ça, une vie qui est plus forte que ça.
Seulement on est perpétuellement dans un drôle d'état, qui n'est plus la mort, mais n'est pas encore la vie normale.
La vie nouvelle.
Qui est la vie nouvelle, mais pas normale, tu comprends ?
Ce n'est pas devenu normal.
Ce n'est pas devenu normal, c'est pour ça qu'on veut se couvrir.
Eh bien je ne sais pas, ma Douce, on vit le processus.
Ah oui, et comment ! Je vois.
Et on a aucune, aucune, même pas l'ombre d'une envie que ce soit pour soi, tu comprends.
Oui, le sens.
Ça n'a pas de sens, comme si le "soi", ça n'avait...
Pas de sens.
Pas de sens.
Oui, on s'étonne, qu'est-ce que c'est que ce "soi" – là ?
Mais qu'est-ce que c'est que ce "soi" – là ?
Oh ! Je suis convaincu, je le vois, je le vis, je le sens, on vit les derniers jours de ce règne-là. Mais enfin, les derniers jours, ils peuvent être longs.
[...]
On a couvert de grandes distances. Mais je ne sais pas, depuis quelques temps, ça devient très... quelque chose qui est très clair, très certain : que c'est la lumière divine qui chasse maintenant les autres.
Oui, c'est ça.
Ces anciennes forces qui ne veulent pas partir, maintenant ce n'est plus l'attaque des forces hostiles sur les forces divines, c'est le contraire, Maintenant ce sont les forces divines qui...
Attaquent l'obscurité.
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1er juin1998
Hier soir, 31 mai, Sujata et moi étions tranquillement assis près du feu. Puis j'ai vu, à un moment, que Sujata regardait longtemps les photos dur ma cheminée, comme absorbée. Et alors, Sujata m'a montré la grande photo de Mère et dit : j'ai vu "the wrath of god"... Les yeux de Mère jetaient des éclairs... c'était terrifiant... et j'avais les yeux grands ouverts, sans penser à rien. Je n'ai jamais vu Mère avec ce visage... "The wrath of god".
Comment cette "colère" va-t-elle se traduire en actes ?
On attend quelque chose depuis... longtemps. Et on est dans quelque chose qui semble très "au bord du précipice" (dans le corps).
Dans cette photo sur ma cheminée, Mère regarde vers le haut – là, Elle regardait vers le bas et ses yeux jetaient des éclairs.
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20 juin1998
C'est très intéressant ça, tu vois, j'écris ou n'importe, même quand je fais une traduction de Savitri, quand j'écris un livre surtout, c'est vraiment un son qui me guide, et puis je sais que là, là, il y a une note qui ne va pas. C'est très... presque constamment quand j'écris : là, il y a une note qui n'est pas juste. Et quand je relis Savitri, ce n'est pas la traduction que je regarde, c'est... j'écoute, si tu veux, et puis je sens : là, il y a une fausse note, là, il y a quelque chose qui ne coule pas, il y a une fausse note. Et puis combien de fois quand j'écrivais ces livres, dans la nuit je me réveillais en me disant : tiens, là il y a une fausse note. Et au lieu de mettre par exemple seulement "la", il fallait mettre "une", tu comprends ?
[...]
Mais c'est vrai, au commencement il y avait un son, mais un son avec... une immensité de son. Et c'est ça que les Rishis incarnaient, faisaient descendre, exprimaient. Alors, c'est puissant. C'est puissant et ça a un pouvoir de marche.
Dans les upanishads, je ne sais plus lequel, on dit Ôm Sabdabrahman*.
* Le Seigneur de l'univers et tant qu'énergie primordiale du son. [N.D.É.]
Oui, tout à fait. Ce Ôm, il est formidable.
[...]
Et bien tu vois, c'est quelque chose comme ça, ça vibre-vibre-vibre, c'est sans fin et sans commencement, c'est une immensité de son.
Ça vient de l'Éternel et ça va à l'Infini.
Oui, je comprends ça.
Et, de tous les musiciens, il n'y en a qu'un pour moi qui ait vraiment attrapé ça, c'est Beethoven, qui ait pu attraper quelque chose de cette immensité.
C'est une immensité.
C'est pour ça que c'est si poignant, c'est plein, et des autres musiciens pour moi, aucun n'a ce pouvoir.
Et cette plénitude...
Avril 2025 Ce n'est pas sans une certaine émotion que nous revenons vers vous après cette longue absence qui mérite quelques explications. En effet, pour les personnes qui n'en auraient pas ét...