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Entretien du 22 octobre 1958

Douce Mère, celui qui n’a pas beaucoup de capacités spirituelles, comment peut-il aider le mieux à ce travail ?

Je ne sais pas si l’on peut dire que l’on a beaucoup ou peu de capacités spirituelles. Ce n’est pas comme cela.

Pour vivre la vie spirituelle, c’est un renversement de conscience qui est nécessaire. Ce n’est pas comparable, d’aucune façon, aux différentes facultés ou possibilités que l’on possède dans le domaine mental. On peut dire de quelqu’un qu’il n’a pas beaucoup de capacités mentales, ou vitales, ou matérielles, que ses possibilités sont très limitées ; on peut, dans ce cas, demander quel est le moyen de développer ces capacités, c’est-à-dire d’en acquérir de nouvelles, ce qui est une chose assez difficile. Mais vivre la vie spirituelle, c’est s’ouvrir à un autre monde en soi. C’est, pour ainsi dire, renverser sa conscience.

La conscience humaine ordinaire, même chez les plus développés, même chez les êtres de grand talent et de grande réalisation, est un mouvement tourné vers le dehors — toutes les énergies sont poussées vers le dehors, toute la conscience est répandue en dehors ; et si quelque chose est tourné vers le dedans, c’est très peu, c’est très rare, c’est très fragmentaire, c’est seulement sous la pression de circonstances très spéciales, de chocs violents, les chocs que la vie donne justement avec la volonté de renverser un peu ce mouvement d’extériorisation de la conscience.

Mais tous ceux qui ont vécu d’une vie spirituelle ont eu la même expérience   : tout d’un coup, quelque chose dans leur être s’est renversé, pour ainsi dire, s’est tourné brusquement, et parfois totalement, vers le dedans, et en même temps que vers le dedans, vers le haut, du dedans vers le haut (mais ce n’est pas un «   en haut   » extérieur   : c’est intérieur, profond, quelque chose d’autre que les hauteurs telles qu’on les conçoit physiquement). Quelque chose s’est littéralement retourné. Il y a eu une expérience décisive, et le point de vue de la vie, la façon de regarder la vie, la position que l’on a par rapport à la vie, a changé brusquement, et dans certains cas d’une façon tout à fait définitive, irrévocable.

Et dès que l’on est tourné vers la vie et la réalité spirituelles, on touche à l’Infini, à l’Éternel, et il ne peut plus être question d’une quantité plus ou moins grande de capacités ou de possibilités. C’est la conception mentale de la vie spirituelle qui peut dire que l’on a plus ou moins de capacités pour vivre spirituellement, mais ce n’est pas du tout une expression appropriée. Ce que l’on peut dire, c’est que l’on est plus ou moins prêt à ce que le renversement se fasse d’une façon décisive et totale… Au fond, c’est la capacité mentale de s’abstraire des activités ordinaires et d’aller à la recherche de la vie spirituelle qui peut se mesurer.

Mais tant que l’on est dans ce domaine mental, dans cet état, pour ainsi dire, dans ce plan de conscience, on ne peut pas faire grand-chose pour les autres, ni pour la vie en général ni pour les individus en particulier, parce que, soi-même, on n’a pas de certitude, on n’a pas l’expérience définitive, la conscience n’est pas établie dans le monde spirituel, et tout ce que l’on peut dire, c’est que ce sont des activités mentales qui ont leur bon et leur mauvais côté, mais qui n’ont pas beaucoup de pouvoir, et n’ont en tout cas pas ce pouvoir de contagion spirituelle qui est le seul vraiment efficace.

La seule chose qui ait vraiment de l’effet, c’est la possibilité de transférer à d’autres un état de conscience dans lequel on vit soi-même. Mais ce pouvoir ne s’invente pas. On ne peut pas l’imiter, on ne peut pas avoir l’air de l’avoir ; il ne vient que spontanément, quand on est établi dans cet état soi-même, quand on vit là-dedans et non que l’on essaye d’y vivre — quand on y est. Et c’est pourquoi, tous ceux qui ont vraiment une vie spirituelle ne peuvent pas être trompés.

Une imitation de la vie spirituelle peut faire illusion aux gens qui sont encore dans le mental, mais pour ceux qui ont réalisé en eux ce renversement de la conscience, pour ceux dont le rapport avec l’être extérieur est totalement différent, ceux-là ne peuvent pas être trompés et ne peuvent pas se tromper.

Ce sont ceux-là que l’être mental ne comprend pas. Tant que l’on est dans la conscience mentale, même la plus haute, et que l’on voit la vie spirituelle du dehors, on juge avec ses facultés mentales, avec cette habitude de chercher, de se tromper, de corriger, de progresser, de chercher encore ; et on s’imagine que ceux qui sont dans la vie spirituelle souffrent de la même incapacité, mais c’est une erreur très grossière !

Quand le renversement de l’être a eu lieu, c’est fini tout cela. On ne cherche plus   : on voit. On ne déduit plus   : on sait. On ne tâtonne plus   : on marche tout droit vers le but. Et quand on est arrivé plus loin — un peu plus loin seulement — on sait, on sent, on vit cette vérité suprême que seule la Vérité suprême agit, que seul le Seigneur suprême veut, sait, et fait à travers les êtres humains. Comment pourrait-il y avoir d’erreur possible ? Ce qu’Il fait, Il le fait parce qu’Il veut le faire.

Pour notre vision erronée, ce sont peut-être des actions incompréhensibles, mais elles ont un sens et un but, et elles mènent là où elles doivent mener.

(silence)

Si l’on veut sincèrement aider les autres et le monde, la meilleure chose que l’on puisse faire, c’est d’être soi-même ce que l’on veut que les autres soient — non pas seulement comme un exemple, mais parce que l’on devient un centre de pouvoir rayonnant qui, par le fait seul d’exister, oblige le reste du monde à se transformer.

Hippeastrum – Amaryllis – Nombreuses couleurs

Conversion

La conversion consiste à diriger tous les mouvements de l'être vers le Divin.

Paroles de la Mère – Volume 3

On peut donc dire que la vie psychique, c’est la vie immortelle, le temps sans fin, l’espace sans limite, le changement perpétuellement progressif, la continuité ininterrompue dans l’univers en formes. Tandis que la conscience spirituelle, c’est vivre l’infini et l’éternité, c’est être projeté hors de toute création, hors du temps et de l’espace. Pour devenir conscient de son être psychique et vivre une vie psychique, il faut abolir en soi tout égoïsme. Mais pour vivre vraiment la vie spirituelle, on ne doit plus avoir d’ego.

Ici encore, dans l’éducation spirituelle, le but que l’on se propose sera, dans la formulation mentale, revêtu de noms divers, suivant le milieu dans lequel on a été formé, le chemin que l’on a parcouru et les affinités de son tempérament. Ceux qui ont une tendance religieuse l’appelleront Dieu et leur effort spirituel consistera à vouloir s’identifier au Dieu transcendant, au-dessus de toute forme, par opposition au Dieu immanent qui habite en chaque forme. D’autres l’appelleront l’Absolu ou l’origine suprême, d’autres le Nirvâna, d’autres la seule Réalité, considérant le monde comme une illusion irréelle ; d’autres l’unique Vérité, traitant toute manifestation de mensonge. En chacune de ces expressions, il y a un élément correct, mais toutes sont incomplètes, n’exprimant qu’un aspect de ce qui est. Pourtant là aussi, la formulation mentale n’a pas beaucoup d’importance, et une fois les étapes intermédiaires franchies, l’expérience est identique.

Dans tous les cas, le don total de soi est le point de départ le plus efficace, la méthode la plus prompte. D’ailleurs il n’est pas de joie plus parfaite que celle du don total de soi à ce qui est au sommet de sa conception   : pour certains ce sera la notion de Dieu, pour d’autres celle de la Perfection. Si ce don est fait avec persistance et ardeur, un moment vient où l’on dépasse le concept pour aboutir à une expérience qui échappe à toute description mais qui, presque toujours, est identique dans ses effets.

À mesure aussi que le don de soi sera plus parfait et plus intégral, il s’accompagnera de l’aspiration à une identification, une fusion totale avec Ce à quoi on s’est donné, et peu à peu cette aspiration aura raison de toutes les différences, de toutes les résistances, surtout si à l’aspiration vient s’ajouter un amour intense et spontané, car alors rien ne peut plus s’opposer à son élan victorieux.

La Mère – Éducation (Bulletin février 1952)

🌸

Mère a répété à quelques reprises, qu'en définitive, la seule solution était de s'appuyer sur le Divin, de trouver le Divin, de s'identifier au Divin, d'être le Divin, de devenir le Divin... J'ai parfois l'impression que nous mettons la charrue avant les bœufs et oublions cet essentiel... qui rejoint cette grande question d'un Agenda sans date de 1958 :

Comment voulez-vous savoir la chose vraie que vous avez à réaliser dans le monde aussi longtemps que vous n’êtes pas en possession de la vérité de votre être ?

En tout cas, parler est une chose, expérimenter, réaliser en est une autre... 

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