Perfection
Parmi toutes les idées nouvelles amenées par Sri Aurobindo-Mère, celle qu'une perfection divine est possible est peut-être l'une des moins comprise sur terre. En effet, si nous pouvions faire un sondage sur le sujet, je suis persuadé que l'immense majorité répondrait sans doute que la perfection n'est pas de ce monde.
Finalement, même l'idée extraordinaire que l'homme est un être de transition, que l'espèce humaine va évoluer, va changer de conscience me semble plus communément admise que cette idée de perfection. C'est la raison pour laquelle je trouve qu'il est important d'en parler et de creuser la question, une façon de faire entrer l'idée dans la conscience collective.
Quand nous ne comprenons pas quelque chose,
c'est qu'il y a quelque chose à comprendre.
Avant même de savoir comment réaliser cette perfection, encore faudrait-il savoir de quoi il s'agit car Sri Aurobindo-Mère ne semblent pas donner au mot perfection le sens que nous lui donnons habituellement. Cet Agenda du 14 janvier 1963 nous donne une première indication :
La vertu a toujours passé son temps à supprimer des choses de la vie et (riant) si l'on avait mis ensemble toutes les vertus des différents pays du monde, il resterait fort peu de chose dans l'existence ! La vertu prétend rechercher la perfection, mais la perfection est une totalité. Alors les deux mouvements se contredisent : une vertu qui élimine, qui réduit, qui fixe des limites, et une perfection qui admet tout, qui ne rejette rien mais qui met chaque chose à sa place, ne peuvent évidemment pas s'entendre.
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Plumeria rubra – Frangipanier
Perfection psychologique
Nous avons aussi cet Entretien du 25 janvier 1956 :
Il n'y a pas une perfection psychologique, mais cinq, comme les cinq pétales de cette fleur : la sincérité, la foi, la dévotion, l'aspiration et la soumission.
Ainsi, la perfection ne consisterait pas à pousser une qualité jusqu'à son intensité maximale, mais ressemblerait plutôt à une purification, harmonisation de toutes les tendances de notre être, de toutes nos facultés, toutes nos fonctions physiques, psychologiques, avec une émergence progressive de toutes nos potentialités cachées.
Nous nous retrouvons encore une fois sur le fait que nous ne pouvons faire comprendre quelque chose que nous n'avons pas nous-mêmes bien compris, expérimenté, réalisé. Je n'en dirai donc pas beaucoup plus pour le moment et compléterai au fur et à mesure de mes progrès et découvertes. Par exemple, sur les autres aspects avec, entre autre, la perfection du corps :
Il est évident que toutes les maladies ont pour origine l'imperfection du corps et de la nature physique. Le corps ne peut être immunisé que s'il est ouvert à la conscience supérieure, pour que celle-ci puisse descendre en lui. En attendant, ce qu'écrit X est le remède ; la force, s'il peut aussi l'appeler pour qu'elle pénètre en lui et expulse la maladie, est l'aide la plus puissante qui soit. Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
Nous avons une autre indication avec les 4 aspects de la Mère, "Sagesse, Énergie, Harmonie, Perfection", mentionnés par Sri Aurobindo dans La Mère :
MAHÂSARASWATÎ est la Puissance de travail de la Mère et son esprit de perfection et d’ordre. La plus jeune des quatre, elle est la plus experte en pouvoir d’exécution et la plus proche de la Nature physique. Maheshwarî fixe les grandes lignes des forces mondiales, Mahâkâlî conduit leur énergie et leur impulsion, Mahâlakshmî révèle leurs rythmes et leurs mesures, mais Mahâsaraswatî préside au détail de leur organisation et de leur exécution, à la relation des parties entre elles, à la combinaison efficace des forces et à l’exactitude infaillible du résultat et de l’accomplissement.
Sri Aurobindo – La Mère
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Rondeletia odorata – Orange vif ou rose profond
Perfection de Mahâsaraswatî dans le travail
Et pour terminer en beauté avec une extraordinaire énigme que nous pose l'Agenda du 12 novembre 1964 :
J'ai aussi noté quelque chose, une expérience de ce matin. Ça a duré une demi-heure, et pendant cette demi-heure... (Mère cherche ses notes parmi une série de petits bouts de papier)... Tu sais que les gens qui ont une révélation, tout d'un coup leur état de conscience change, et à ce moment-là, ils ont l'impression que tout est changé ; puis, le moment d'après, ou plus ou moins longtemps après, ils s'aperçoivent que tout le travail... (comment dire ?) d'élaboration est à faire ; que c'était seulement comme un éclair de plus ou moins longue durée et qu'il faut le work it out, il faut que ça s'élabore par un processus de transformation. C'est l'idée habituelle.
Ça, je suppose que c'est un phénomène que nous avons tous observé des centaines de fois. Continuons :
Et tout d'un coup, j'ai vu : ce n'est pas cela du tout ! Quand ils ont l'expérience, au moment de l'expérience, c'est la chose elle-même, la perfection elle-même qui est atteinte, et ils sont dans un état de perfection, et c'est parce qu'ils en sortent qu'ils ont l'impression qu'il faut lentement se préparer pour arriver au résultat...
Je ne sais pas si je m'exprime bien, mais ma notation était ainsi : la perfection est là, toujours, coexistante avec l'imperfection – perfection et imperfection sont coexistantes, toujours, et non seulement simultanées mais au même endroit (Mère colle ses deux mains l'une contre l'autre), je ne sais pas comment dire – coexistantes.
Ce qui veut dire qu'à n'importe quelle seconde et dans n'importe quelles conditions, vous pouvez atteindre à la perfection : ce n'est pas quelque chose qu'il faut acquérir petit à petit par des progrès successifs ; la perfection est là, et c'est vous qui changez d'état, de l'état d'imperfection à l'état de perfection ; et c'est la capacité de rester dans cet état de perfection qui croît pour une raison quelconque et qui vous donne l'impression que vous devez vous « préparer » ou vous « transformer ».
C'était très réel et très concret.
(Mère donne le texte de sa note :)
« La perfection est là, coexistante avec l'imperfection, et peut être atteinte à tout moment. »
Si nous comprenions ce que cela veut dire, ce que cela implique...
Si nous comprenions, façon de parler, si nous comprenions de la seule façon de vraiment comprendre, par l'expérience...
Une sorte de prescience que seul le corps peut savoir. Agenda du 6 juin 1961
Quand nous ne comprenons pas quelque chose,
c'est qu'il y a quelque chose à comprendre.