Aphorismes santé
S'il est dans "l'air du temps" de conquérir le pouvoir sur la santé, il est peut-être utile de republier les aphorismes 382 à 407 de Sri Aurobindo consacrés à ce sujet, avec les commentaires de Mère. Certains sont vraiment savoureux, d'autres très forts...
382 — Pendant près de quarante ans, j’ai souffert constamment de maux petits ou grands, étant tout à fait convaincu que j’étais faible de constitution et que la guérison de ces maux était un fardeau qui m’avait été imposé par la Nature. Quand j’eus renoncé à l’appui des médecines, les maladies ont commencé à me quitter comme des parasites déçus. Alors j’ai compris quelle force puissante était la santé naturelle en moi et combien plus puissantes encore étaient la Volonté et la Foi qui dépassent le mental et que Dieu nous a données pour soutien divin de notre vie dans le corps.
Toutes les circonstances de la vie sont combinées pour nous apprendre que c’est, au-delà du mental, la foi en la Grâce Divine qui nous donne la force de traverser toutes les épreuves, de surmonter toutes les faiblesses et de trouver le contact avec la Conscience Divine qui nous donne non seulement la paix et la joie mais aussi l’équilibre physique et la bonne santé.
11 mars 1970
Ici, nous pouvons nous demander ce que viennent faire ces trois aphorismes sur le luxe encombré et l'art ostentatoire de nos sociétés au milieu d'une série sur la santé. Sri Aurobindo considérait peut-être qu'il s'agissait d'une autre forme de maladie, d'un autre symptôme d'une société malade.
383 — Les machines sont nécessaires à l’humanité moderne en raison de son incurable barbarie. Si nous devons nous enfermer dans une stupéfiante multitude de conforts et d’apparats, nous devons aussi, nécessairement, nous passer de l’art et de ses méthodes. Car, se priver de simplicité et de liberté, c’est se priver de beauté. Le luxe de nos ancêtres était riche, voire fastueux, mais jamais encombré.
384 — Je ne peux pas donner le nom de civilisation au confort barbare et à l’ostentation encombrée de la vie européenne. Les hommes qui ne sont pas libres en leur âme et noblement rythmiques en leur installation ne sont pas civilisés.
385 — Dans les temps modernes et sous l’influence européenne, l’art est devenu une excroissance de la vie ou un valet inutile ; il aurait dû être son intendant principal et son organisateur indispensable.
Tant que le mental gouvernera la vie avec son outrecuidante certitude de savoir, comment le règne du Divin pourra-t-il être établi ?
12 mars 1970
386 — Les maladies se prolongent inutilement et se terminent par la mort plus souvent qu’il n’est inévitable, parce que le mental du malade soutient la maladie de son corps et s’y appesantit.
C’est d’une vérité absolue !
387 — La science médicale a été une malédiction plus qu’une bénédiction pour l’humanité. Certes, elle a brisé la violence des épidémies et découvert une chirurgie merveilleuse, mais elle a aussi affaibli la santé naturelle de l’homme et multiplié les maladies individuelles ; elle a implanté dans le mental et dans le corps la peur et la dépendance ; elle a appris à notre santé à ne pas s’appuyer sur la solidité naturelle mais sur la béquille branlante et répugnante des comprimés du règne minéral et végétal.
388 — Le médecin décoche une drogue sur la maladie : parfois il frappe juste, parfois il manque le but. Les coups manqués sont laissés hors de compte ; les coups au but sont précieusement thésaurisés, comptés, mis en système et font une science.
C’est admirable !
389 — Nous rions du sauvage parce qu’il a foi en le sorcier-guérisseur, mais l’homme civilisé est-il moins superstitieux avec sa foi en les docteurs ? Le sauvage constate qu’en répétant une certaine incantation, souvent il guérit d’une certaine maladie : il a confiance. Le malade civilisé constate qu’en s’administrant certains remèdes selon certaine ordonnance, souvent il guérit d’une certaine maladie : il a confiance. Où est la différence ?
On pourrait dire, pour conclure, que c’est la foi du malade qui donne aux remèdes le pouvoir de guérir. Peut-être que si les hommes avaient une foi absolue en la puissance curative de la Grâce, ils éviteraient bien des maladies.
13 mars 1970
390 — Le berger de l’Inde septentrionale, attaqué par la fièvre, s’assoit dans le courant glacé du fleuve pendant une heure, ou plus, et se relève sain et sauf. Si l’homme instruit en faisait autant, il périrait, non pas parce qu’un remède de même nature tue l’un et guérit l’autre, mais parce que nos corps ont été irrémédiablement endoctrinés par le mental et ont pris de fausses habitudes.
391 — Ce ne sont pas tant les remèdes qui guérissent que la foi du malade en le médecin et en les médicaments. L’un et l’autre sont de maladroits succédanés de la foi naturelle en notre propre pouvoir spontané, que ceux-ci ont détruit.
392 — Les époques les plus saines de l’humanité furent celles où il y avait le moins de remèdes matériels.
393 — La race la plus robuste et la plus saine existant encore sur la terre était celle des sauvages d’Afrique ; mais combien de temps pourront-ils rester sains et robustes une fois que leur conscience physique aura été contaminée par les aberrations mentales des races civilisées ?
Comme toujours les paroles de Sri Aurobindo sont prophétiques. Car c’est lorsque l’humanité sera guérie de ses aberrations mentales qu’elle pourra manifester la conscience supramentale et retrouver la santé naturelle que le mental lui a fait perdre.
14 mars 1970
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Thespesia populnea – Porcher – Jaune vif
Santé
Ne pas s'en préoccuper mais s'en remettre au Divin.
394 — Nous devrions nous servir de la santé divine qui est en nous pour guérir et empêcher les maladies ; mais Gallien, Hippocrate et toute la sainte tribu nous ont fourni à la place un arsenal de drogues et des tours de passe-passe barbares en latin pour évangile physique.
395 — La science médicale est bien intentionnée et ceux qui la pratiquent sont souvent bienfaisants et assez fréquemment pleins d’abnégation ; mais la bonne intention de l’ignorant a-t-elle jamais empêché de faire du mal ?
396 — Si réellement tous les remèdes étaient efficaces en soi et toutes les théories médicales solides, en quoi cela nous consolerait-il d’avoir perdu notre santé et notre vitalité naturelles ? L’arbre upas (1) est sain en toutes ses parties, mais c’est tout de même un arbre upas.
(1) Arbre originaire d’Indonésie, dont la sève servait à faire des flèches empoisonnées.
397 — L’esprit en nous est le seul médecin totalement efficace, et la soumission du corps à l’esprit, la seule panacée véritable.
398 — Dieu en nous est Volonté infinie qui s’accomplit spontanément. Insensible à la peur de la mort, ne peux-tu point Lui laisser le soin de tes maux, non pas à titre d’essai mais avec une foi calme et entière ? Tu t’apercevras finalement qu’Il surpasse l’habileté d’un million de docteurs.
399 — La santé protégée par vingt mille précautions, tel est l’évangile du médecin ; mais ce n’est pas l’évangile de Dieu pour le corps, ni celui de la Nature.
La souveraineté du mental a rendu l’humanité esclave des docteurs et de leurs remèdes. Et le résultat est que les maladies augmentent en nombre et en gravité. Le seul vrai salut pour les hommes est d’échapper à la domination mentale en s’ouvrant à l’Influence Divine qu’ils obtiendront par une soumission totale.
15 mars 1970
400 — Il fut un temps où l’homme était naturellement en bonne santé, et il pourrait revenir à cette condition première si on le lui permettait ; mais la science médicale poursuit notre corps avec une innombrable troupe de drogues et assaille notre imagination par des hordes de microbes voraces.
401 — Je préférerais mourir et en avoir fini plutôt que de passer ma vie à me défendre contre le siège de microbes fantômes. Si c’est là être barbare et inéclairé, j’embrasse joyeusement mes ténèbres cimmériennes.
402 — Les chirurgiens sauvent et guérissent en tranchant et en mutilant. Pourquoi ne pas plutôt chercher à découvrir les remèdes directs et tout-puissants de la Nature ?
403 — Il faudra longtemps avant que l’auto-guérison remplace la médecine en raison de la peur, du manque de confiance en soi et de notre croyance physique dénaturée en les médicaments, que la science médicale a enseignés à notre mental et à notre corps et dont elle a fait notre seconde nature.
Ce n’est par aucune mesure extérieure que nous pouvons réagir contre le mal fait par la foi mentale en la nécessité des drogues. C’est seulement en sortant de la prison mentale et en surgissant consciemment dans la lumière de l’esprit que nous pourrions, par une union consciente avec le Divin, Lui permettre de nous redonner l’équilibre et la santé que nous avons perdus. La transformation supramentale est le seul remède véritable.
17 mars 1970
404 — La médecine n’est nécessaire à nos corps malades que parce que nos corps ont appris l’art de ne pas se rétablir sans médecines. Même ainsi, on constate souvent que le moment choisi par la Nature pour guérir est celui-là même où les docteurs avaient perdu tout espoir de conserver la vie.
405 — La perte de confiance en la puissance curative qui est en nous fut notre chute physique du paradis. La science médicale et une mauvaise hérédité sont les deux anges de Dieu qui se tiennent à la porte pour nous interdire d’y rentrer.
406 — La science médicale vis-à-vis du corps humain est telle une grande puissance qui, par sa protection, affaiblit un État plus petit, ou tel un voleur bienfaisant qui jette par terre sa victime et la crible de blessures afin qu’elle puisse consacrer sa vie à guérir et à soigner son corps délabré.
407 — Les médicaments guérissent le corps — à moins qu’ils ne le détraquent tout simplement ou l’empoisonnent — seulement si leur attaque physique contre la maladie est soutenue par la force de l’esprit ; si l’on peut faire agir cette force librement, les médicaments deviennent aussitôt superflus.
Sri Aurobindo nous fait une description saisissante du cauchemar dans lequel nous vivons, afin d’éveiller en nous l’aspiration inlassable vers le salut de la conscience véritable et de la foi exclusive en la toute-puissance Divine.
18 mars 1970