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Publié par Pascal

Voyons cet extraordinaire passage de l'Agenda du 25 février 1961.

Il y a un Américain qui habite Madras, qui est un monsieur assez important, paraît-il, et très grand ami, très intime ami de Kennedy, le nouveau Président ; il a lu et relu tous les livres de Sri Aurobindo et il est extrêmement intéressé, et il a écrit à Kennedy qu’il voulait qu’il vienne ici, pour l’amener à l’Ashram. Et alors cet homme a posé une question très intéressante.

Il a fait une analogie et dit ceci : dans la forêt, un cerf passe pour aller boire, et personne n’en sait rien. Mais celui qui a fait des études spéciales de vénerie, à la trace saura voir que le cerf est passé. Et non seulement il saura quel genre de cerf, mais son âge, sa taille, son sexe, etc.

De même, il doit y avoir des gens qui ont une connaissance spirituelle analogue à celle des veneurs et qui peuvent détecter, s’apercevoir qu’un homme est en rapport avec le Supramental alors que les gens ordinaires n’en savent rien et ne s’en apercevront pas. Alors, a-t-il demandé, je voudrais savoir à quels signes le reconnaîtraient-ils ?

C’est une question très intelligente.

J’ai répondu en anglais, très court. Je n’ai pas apporté ma réponse, mais je peux te dire tout de suite qu’il y a deux signes : deux signes certains, infaillibles. Je le sais par mon expérience personnelle parce que ce sont deux choses qui ne viennent qu’avec la conscience supramentale : sans elle on ne peut pas avoir cela – tous les efforts yoguiques, toutes les disciplines, toutes les tapasyas ne peuvent pas vous donner cela, tandis que ça vient presque automatiquement avec la conscience supramentale.

Le premier signe, c’est l’égalité parfaite comme Sri Aurobindo l’a décrite (tu le sais, il y a tout un chapitre sur l’égalité, samatâ, dans La Synthèse des Yoga), exactement comme il le décrit, c’est merveilleux, merveilleux de précision ! Mais cette égalité-là (qui n’est pas une «égalité d’âme», n’est-ce pas) est une espèce d’état particulier où on est en relation avec toutes choses, extérieures et intérieures, de la même manière et pour chacune de la même manière. Ça, c’est vraiment une égalité parfaite : les vibrations qui viennent des choses, des gens, des contacts, n’ont pas le pouvoir de changer cet état.

Je l’ai mis en premier dans ma réponse. Je ne lui ai pas donné toutes ces explications, je l’ai mis en quelques mots, justement comme une sorte de test de son intelligence, d’une façon un peu cryptique, pour voir s’il comprendrait.

Le deuxième signe, c’est un sentiment d’absolu dans la connaissance. Ça, je te l’ai déjà dit, je l’ai eu avec mon expérience (du 24 janvier). Et ça, c’est un état qu’on ne peut pas, avec n’importe quelle région du mental, même le mental le plus illuminé, le plus élevé, ça ne peut pas s’avoir. C’est une... ce n’est pas une certitude : c’est (Mère abat ses mains comme un bloc irrésistible qui descend d’un seul coup) une sorte d’absolu – sans, sans possibilité (il n’est pas question de doute), mais même d’hésitation ou de quoi que ce soit.

Et sans (comment dire ?)...

Toute la connaissance mentale, même la plus haute, est une connaissance «conclusive», si je puis dire : elle vient comme une conclusion de quelque chose, par exemple d’une intuition (une intuition vous donne une connaissance, et cette connaissance est comme la conclusion de l’intuition) ; même quand ce sont des choses que l’on reçoit comme des révélations, ce sont toujours des conclusions. Tout ça, ce sont des conclusions – c’est le mot «conclusion» qui me vient, je ne sais pas comment dire.

Mais avec l’expérience supramentale, ce n’est pas cela : c’est une sorte d’absolu.

Et puis le sentiment de ça est tout à fait exceptionnel : c’est très au-dessus d’une certitude, c’est... (Mère refait le même geste irrésistible) c’est un FAIT, n’est-ce pas, les choses sont des FAITS. C’est très-très difficile à expliquer.

Mais quand on a ça, alors... naturellement avec ça, on a un pouvoir complet – les deux choses vont ensemble, toujours (mais dans ma réponse à cet homme je n’ai pas parlé de «pouvoir» parce que le pouvoir est presque une conséquence, et je ne voulais pas parler des conséquences).

Mais le fait, c’est cela : une sorte d’absolu dans la connaissance, qui vient naturellement de l’identité. On EST la chose qu’on sait, qu’on connaît. On l’est. On la connaît parce qu’on l’est.

Quand ces deux signes sont là (il faut les deux : l’un n’est pas complet sans l’autre), quand on a les deux, alors on peut être sûr que quelqu’un a été en contact avec le Supramental – mais rien de moins que cela.

Alors les gens qui vous racontent avoir reçu la Lumière !... (n’est-ce pas – riant – ils en ont plein la bouche). Mais avec ces deux signes, on est sûr de sa perception. [1]

(silence)

Et il est tout à fait évident qu’avec ces deux choses-là, vraiment on... c’est ce que Sri Aurobindo dit : you step in another world [on passe dans un autre monde], vous sortez de tout cet hémisphère et vous entrez dans un autre. On a ce sentiment. Le jour où ce sera installé, ce sera bien.

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[1] Voici le texte exact de la réponse de Mère à cet Américain : Deux signes irréfutables prouvent que l’on est en relation avec le Supramental :

1 – Une égalité parfaite et constante.

2 – Une certitude absolue dans la connaissance.

Pour être parfaite, l’égalité doit être invariable et spontanée, sans effort, à l’égard de toutes les circonstances et tous les événements, tous les contacts matériels ou psychologiques, quels que soient leur caractère et le choc qu’ils donnent.

La certitude absolue et indiscutable d’une connaissance infaillible par identité.

Et Mère a ajouté le commentaire suivant à propos du «choc» des circonstances, événements etc. : «Il n’y a plus cette espèce d’opposition entre ce qui est un choc agréable et ce qui est un choc désagréable. Il n’y a plus de choses «agréables» et de choses «désagréables» : ce sont simplement des vibrations que l’on enregistre. D’habitude, quand les gens reçoivent un choc, ils font comme cela (geste de recul), puis ils réfléchissent, ils se concentrent, et alors ils retrouvent leur paix. Mais ce n’est pas cela du tout! Ce n’est pas cela du tout : il faut que l’état soit spontané, constant, invariable.»

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Seulement, il y a d’autres choses que je trouve beaucoup plus sérieuses... C’est quand vous essayez de vous tromper vous-mêmes. Ça, ce n’est pas joli. Il ne faut pas prendre une chose pour une autre. Comme l’on dit, il faut appeler un chat un chat et un chien un chien, et l’instinct humain l’instinct humain, et ne pas parler de choses divines quand elles sont purement humaines. Voilà. Et ne pas prétendre avoir des expériences supra-mentales quand on vit dans une conscience tout à fait ordinaire. (Agenda du 25 août 1954)

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Nous n'insisterons jamais assez sur la nécessité de l'humilité vraie et d'aiguiser constamment notre vigilance et notre discernement pour nous garder des gourous de tout poil et de toute obédiences. Au moindre doute, tournons-nous vers notre meilleur guide intérieur, le psychique, et apprenons à écouter, ressentir... et à obéir. 🙂 Et je m'inclus évidemment dans cette triple invitation.

Souvenons-nous de ces passages où Mère nous dit que le Supramental pourrait tout écrabouiller et demandons-nous si c'est vraiment avec cette Force que nous sommes en contact. Par exemple, pas une fois j'ai eu le sentiment d'avoir l'expérience de quelque chose de  plus fluide qu'un gaz et plus dur que du diamant. Alors, sans doute mieux vaut-il ne pas parler de ce dont nous n'avons pas l'expérience.

Tant de choses peuvent être faites avant et tant d'autres incomprises ou mal comprises nécessitent encore des éclaircissements.

Le lendemain de la publication de cet article, je continue ma lecture de Commentaires sur le Dhammapada et je trouve ceci :

Il est le plus grand parmi les hommes celui qui n’est pas crédule

mais a le sens de l’incréé, qui a rompu toutes ses chaînes,

qui a détruit tout élément de naissance nouvelle.

Il y a ici une phrase très intéressante   : «   ... celui qui n’est pas crédule, mais a le sens de l’incréé...   »

Celui qui n’est pas crédule — on peut mettre dans ce mot toutes sortes de choses. La première impression est qu’il s’agit de celui qui ne croit pas aux choses invisibles à moins d’en avoir l’expérience, à la différence des gens qui suivent une religion, par exemple, et qui croient aux dogmes simplement parce qu’on le leur a appris. «   Mais il a le sens de l’incréé...   », c’est-à-dire qu’il est en rapport avec les choses invisibles et qu’il les connaît telles qu’elles sont, par identité. Le Dhammapada nous a dit pour commencer que c’est le plus grand parmi les hommes, celui qui, sans croire à ce qui est enseigné, a l’expérience personnelle des choses qui ne sont pas visibles, celui qui, libéré de toute croyance, a fait lui-même l’expérience des choses invisibles.

On peut donner une autre explication aussi   : celui qui n’est pas crédule, c’est celui qui ne croit pas à la réalité des apparences, des choses telles que nous les voyons, qui ne les prend pas pour la vérité, qui sait que ce sont seulement des apparences trompeuses et que, derrière elles, il y a une vérité à trouver et à connaître par expérience personnelle et par identité.

Et ceci fait réfléchir au nombre de choses — au nombre incalculable de choses — que nous croyons sans aucune connaissance personnelle, simplement parce qu’on nous a enseigné qu’elles étaient comme cela, ou parce qu’on a l’habitude de penser qu’elles sont comme cela, ou parce qu’on est entouré de gens qui croient qu’elles sont comme cela. Si nous regardons toutes les choses que nous croyons, et non seulement que nous croyons mais que nous affirmons avec une autorité indiscutable   : «   Ça, c’est comme ça   », «   Ça ! mais c’est comme ça   », «   Et telle chose, c’est cela   »... au fond, nous n’en savons rien ; c’est tout simplement parce que nous avons l’habitude de penser qu’elles sont comme cela. Quelles sont les choses dont vous avez une expérience personnelle, avec lesquelles vous avez un contact direct, et dont vous pouvez dire, au moins avec sincérité   : «   Je suis convaincu que c’est comme cela, parce que j’en ai l’expérience   » ? Il n’y en a pas beaucoup.

Et au fond, si l’on veut vraiment avoir une connaissance, on devrait commencer par faire une étude assez importante   : vérifier les choses qui nous sont enseignées, même les plus usuelles, les plus insignifiantes. Alors on comprend pourquoi ce texte nous dit «   le plus grand parmi les hommes   », parce que je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de gens qui aient fait cette expérience.

Rien que de constater le nombre de choses que nous croyons et que nous affirmons, simplement parce que c’est l’habitude de les croire et de les affirmer, voilà une découverte assez intéressante.

Maintenant, vous allez regarder dans votre pensée et dans votre conscience toutes les choses que vous affirmez, sans preuves. Vous verrez !

28 mars 1958

🌸

Par quel livre commencer est une question qui revient souvent. Après avoir lu les expériences extraordinaires de Mère dans L'Agenda, si vivantes, après s'être abreuvé aux sources de connaissances infinies dont regorge La vie divine et La Synthèse des Yogas, après s'être émerveillé de la beauté de Savitri... il y aurait presque la tentation de croire que ce tout petit livre qui prétend nous aider à contrôler notre mental n'est pas une chose très importante. Et pourtant, il contient des trouvailles extraordinaires. Déjà, les Versets conjugués, les chapitres sur la vigilance, ceux sur la pensée m'ont vivement impressionnés, et je ne suis même pas à la moitié du livre.

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