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Publié par Pascal

J'ai commencé à écrire sur le doute, et ce faisant je suis moi-même atteint d'un "doute" : un écrit, si long soit-il, ou quoi que ce soit d'autre pourra-t-il jamais persuader le doute éternel de l'homme qui est la sanction de son ignorance innée ?

Tout d'abord, pour couvrir convenablement le sujet, il faudrait écrire environ 60 à 600 pages, mais 6000 pages convaincantes ne convaincraient pas le doute. Car le doute existe pour lui-même ; sa vraie fonction est de douter toujours et, même quand il est convaincu, de continuer à douter ; ce n'est que pour persuader celui qui l'entretient de lui donner le vivre et le couvert qu'il prétend être un honnête chercheur de la vérité. C'est une leçon que j'ai apprise par l'expérience de mon propre mental comme du mental des autres ; la seule manière de se débarrasser du doute est de se munir de la discrimination comme détecteur de la vérité et du mensonge et sous sa sauvegarde d'ouvrir librement et courageusement la porte à l'expérience.

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J'ai tout de même commencé à écrire, mais je partirai non du doute mais de l'appel vers le Divin pris comme certitude concrète, tout aussi concrète que n'importe quel phénomène physique appréhendé par les sens. Il est certain que le Divin doit être une certitude, non seulement aussi concrète, mais plus concrète encore que tout ce qui est ressenti par l'oreille, l'œil ou le toucher dans le monde de la Matière ; mais c'est une certitude, non de la pensée mentale, mais de l'expérience essentielle.

Quand la Paix de Dieu descend sur vous, quand la Présence divine est là en vous, quand l'Ânanda se répand soudain sur vous comme une mer, quand vous êtes poussé, comme une feuille dans le vent, par le souffle de la Force divine, quand l'Amour s'épanouit en vous sur toute la création, quand la Connaissance divine vous inonde d'une Lumière qui illumine et transforme en un moment tout ce qui avant était sombre, douloureux et obscur, quand tout ce qui est devient une partie de l'Unique Réalité, quand la Réalité est tout autour de vous, vous sentez immédiatement, par le contact spirituel, par la vision intérieure, par la pensée illuminée et visionnaire, par la sensation vitale et même par le sens physique, partout vous ne voyez, vous n'entendez, vous ne touchez que le Divin.

Alors vous pouvez encore moins en douter ou le nier que vous ne pouvez nier ou douter de la Lumière, de l'air ou du soleil dans le ciel car de ces choses physiques vous ne pouvez pas être sûr, elles sont ce que les sens vous représentent, mais dans les expériences concrètes du Divin, le doute est impossible.

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Quant à la permanence, vous ne pouvez vous attendre à une permanence des premières expériences spirituelles dès le début — seuls quelques-uns l'ont et même pour eux la grande intensité n'est pas toujours là ; pour la plupart, l'expérience vient et ensuite se retire derrière le voile, attendant que la partie humaine soit préparée et rendue prête à supporter et à soutenir son accroissement et ensuite sa permanence. Mais en douter pour cette raison serait irrationnel à l'extrême. On ne doute pas de l'existence de l'air parce que le vent ne souffle pas toujours fortement, ni du soleil parce que la nuit s'interpose entre le crépuscule et l'aube.

La difficulté réside dans la conscience humaine normale qui reçoit l'expérience spirituelle comme quelque chose d'anormal et en fait de supranormal. Cette normalité faible et limitée trouve difficile tout d'abord de recevoir ne serait-ce qu'un contact de cette expérience supranormale plus grande et plus intense ; ou elle se dilue dans son propre tissu plus neutre d'expérience mentale ou vitale, et quand vient l'expérience spirituelle avec son propre pouvoir qui recouvre tout, très souvent elle ne peut la supporter, ou si elle la supporte, elle ne peut la retenir ni la conserver.

Cependant, lorsqu'une brèche décisive a été faite dans les murs édifiés par le mental contre l'Infini, la brèche s'élargit, parfois lentement, parfois rapidement, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de mur, et alors vient la permanence.

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Mais les expériences décisives ne peuvent pas être amenées, la permanence d'un nouvel état de conscience où elles seront normales ne peut pas être assurée si le mental interpose constamment ses propres réserves, ses jugements préconçus, ses formules ignorantes, ou s'il insiste pour parvenir à la certitude divine par les moyens qu'il emploierait pour atteindre la vérité très relative d'une conclusion mentale, par le raisonnement, le doute, l'investigation, et tout l'attirail de l'Ignorance tâtant et tâtonnant partout à la recherche de la Connaissance ; ces choses plus grandes ne peuvent être amenées que par l'ouverture progressive d'une conscience apaisée et tournée fermement vers l'expérience spirituelle.

Si vous demandez pourquoi le Divin en a disposé sur des bases si hautement inconfortables, la question est futile — car ce n'est rien d'autre qu'une nécessité psychologique imposée par la nature même des choses. Il en est ainsi parce que ces expériences du Divin ne sont pas des constructions mentales, ni des mouvements vitaux ; ce sont des choses essentielles, non des choses simplement pensées mais des réalités, non senties mentalement mais senties dans notre essence et dans notre substance véritablement sous-jacentes.

Sans aucun doute, le mental est toujours là et peut intervenir ; il peut et doit avoir sa propre manière de mentaliser à propos du Divin, ses pensées, ses croyances, ses émotions, ses reflets mentaux de la Vérité spirituelle, et même une sorte de réalisation mentale qui répète de son mieux une sorte d'image de la plus haute Vérité, et tout cela n'est pas sans valeur mais ce n'est pas concret, familier et indubitable. Le mental par lui-même est incapable de certitude ultime ; ce qu'il croit, il peut en douter ; ce qu'il affirme il peut le nier ; ce qu'il saisit, il peut le lâcher et en fait le lâche.

Cela est, si vous voulez, sa liberté, son noble droit, son privilège ; cela peut être tout ce que vous dites à sa louange, mais par ces méthodes du mental vous ne pouvez espérer (sauf en ce qui concerne les phénomènes physiques et encore...) arriver à quoi que ce soit que vous puissiez appeler une ultime certitude. C'est pour cette raison contraignante que la mentalisation ou l'investigation concernant le Divin ne peut, de son propre fait, amener le Divin.

Si la conscience est tout le temps occupée par de petits mouvements mentaux — surtout accompagnés, comme ils le sont d'ordinaire, par une horde de mouvements vitaux, désirs, idées préconçues, et tout ce qui vicie la pensée humaine — , sans même parler de l'insuffisance innée de la raison, quelle place peut-il y avoir pour un nouvel ordre de connaissance, pour des expériences fondamentales ou pour ces jaillissements ou ces descentes profondes et énormes de l'Esprit ?

Il est en vérité possible que le mental, au milieu de ses activités, soit pris soudain par surprise, submergé, balayé, alors que tout est inondé d'une ruée soudaine d'expérience spirituelle. Mais si ensuite il se met à interroger, à douter, à théoriser, à supposer ce que cela peut être et si c'est vrai ou non ; que peut faire le pouvoir spirituel, sinon se retirer et attendre que le mental cesse son ébullition ?

Nerium oleander – Laurier – Fleur simple, blanche.

Mental tranquille

La meilleure façon d'apprendre.

Le premier pas est d'avoir un mental tranquille. Acquérir le silence est le pas suivant ; mais la tranquillité doit être là d'abord. Et par mental tranquille, j'entends une conscience mentale au-dedans qui voit les pensées venir à elle, et se mouvoir, mais qui, elle-même, ne sent pas qu'elle pense, ne s'identifie pas avec les pensées et ne les appelle pas siennes. Des pensées et des mouvements peuvent traverser le mental, comme des voyageurs apparaissent, venus d'ailleurs, et passent à travers une contrée silencieuse ; le mental tranquille les observe, ou ne prend pas la peine de les observer, mais dans l'un et l'autre cas, il ne devient pas actif et ne perd pas sa tranquillité. (Lettres sur le yoga)

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Je poserai une simple question à ceux qui voudraient faire du mental intellectuel la mesure et le juge de l'expérience spirituelle. Le Divin est-il quelque chose de plus grand ou de plus petit que le mental ? La conscience mentale avec son investigation tâtonnante, son argutie sans fin, son doute insatiable, sa logique rigide, sans souplesse, est-elle quelque chose de supérieur ou même d'égal à la Conscience divine, ou est-ce quelque chose d'inférieur par son action et sa condition ?

Si elle est plus grande, alors il n'y a pas de raison de chercher le Divin. Si elle est égale, alors l'expérience spirituelle est tout à fait superflue. Mais si elle est inférieure, comment peut-elle défier, juger, faire comparaître le Divin comme un accusé ou un témoin devant son tribunal, le sommer de se présenter comme un candidat à un examen devant un jury d'examinateurs ou l'épingler comme un insecte sous le regard du microscope ?

L'animal vital peut-il tenir pour infaillible la mesure de ses instincts vitaux, de ses associations d'idées et de ses impulsions vitales, et par cela juger, interpréter et sonder le mental de l'homme ? Il ne le peut, parce que le mental de l'homme est un pouvoir plus grand travaillant d'une façon plus vaste, plus complexe, que la conscience vitale animale ne peut pas suivre.

Est-il si difficile de voir que, de la même manière, la Conscience divine doit être quelque chose d'infiniment plus vaste, plus complexe que le mental humain, pleine de pouvoirs plus grands, de lumières plus grandes, se mouvant d'une manière que le simple mental ne peut juger, interpréter ou sonder par la mesure de sa raison faillible et de sa demi-connaissance limitée ?

Le simple fait demeure, que l'Esprit et le Mental ne sont pas la même chose et que c'est dans la conscience spirituelle que le yogi doit entrer (dans tout cela je ne parle pas du tout du supramental), s'il veut être en contact permanent ou en union permanente avec le Divin. Ce n'est donc pas une fantaisie du Divin ou une tyrannie d'insister pour que le mental reconnaisse ses limitations, s'apaise, renonce à ses exigences, s'ouvre et se soumette à une Lumière plus grande que celle qu'il peut trouver à son propre niveau plus obscur.

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Cela ne signifie pas que le mental n'a aucune place dans la vie spirituelle ; mais cela signifie qu'il ne peut même pas être l'instrument principal, moins encore l'autorité au jugement de laquelle tout doit se soumettre, y compris le Divin. Le mental doit apprendre de la conscience plus grande qu'il approche, et non pas lui imposer ses mesures ; il doit recevoir l'illumination, s'ouvrir à une Vérité plus grande, admettre un pouvoir plus grand qui ne fonctionne pas selon des canons mentaux, se soumettre et permettre à sa demi-lumière et à sa demi-obscurité d'être inondées d'en haut jusqu'au moment où alors qu'il était aveugle il verra, alors qu'il était sourd il entendra, alors qu'il était insensible il sentira, et où, alors qu'il était décontenancé, incertain, interrogateur, déçu, il pourra avoir la joie, la plénitude, la certitude et la paix.

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Telle est la position que prend le yoga, position fondée sur une expérience constante depuis que les hommes ont commencé à chercher le Divin. Si elle n'est pas vraie, alors il n'y a pas de vérité dans le yoga et le yoga n'est pas nécessaire. Si elle est vraie, c'est sur cette base, du point de vue de la nécessité de cette conscience plus grande, que nous devons voir si le doute est d'une utilité quelconque pour la vie spirituelle.

Croire tout et n'importe quoi n'est certainement pas exigé du chercheur spirituel ; une crédulité aussi confuse et imbécile ne serait pas seulement non-intellectuelle, elle serait au dernier point non-spirituelle.

À chaque moment de la vie spirituelle, jusqu'à ce qu'on soit pleinement dans la lumière plus haute, il faut se tenir sur ses gardes et être capable de distinguer la vérité spirituelle de ses imitations pseudo-spirituelles ou de ses succédanés élaborés par le désir mental et vital.

Le pouvoir de distinguer entre les vérités du Divin et les mensonges de l'Asoura est une nécessité capitale du yoga.

La question est de savoir ce qui peut être mieux fait par la méthode destructrice et négative du doute, qui souvent tue le mensonge mais rejette aussi la vérité du même coup impartial, ou si un pouvoir de recherche plus positif, plus salutaire et plus lumineux peut être découvert, qui n'est pas contraint par son ignorance intrinsèque à faire face également à la vérité et au mensonge avec le stylet du doute et le gourdin de la négation.

Le manque de discrimination dans la croyance mentale n'est pas l'enseignement de la spiritualité ni du yoga ; la foi dont il parle n'est pas une croyance mentale brute, mais la fidélité de l'âme à la lumière qui guide au-dedans, une fidélité qui doit demeurer jusqu'à ce que la lumière la conduise dans la connaissance.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

Je ne demande à personne une "foi sans discrimination", tout ce que je demande est une foi fondamentale, sauvegardée par une discrimination patiente et tranquille — parce que ce sont elles qui sont propres à la conscience du chercheur spirituel et ce sont elles que j'ai moi-même utilisées ; j'ai découvert qu'elles retiraient toute nécessité au dilemme gratuit selon lequel "ou vous devez douter de tout ce qui est supraphysique, ou vous devez être entièrement crédule", et qui fait partie du répertoire de l'argument matérialiste. Vos doutes, je le vois, reviennent constamment à la charge en répétant cette formule, malgré mes dénégations — renforçant ainsi mon affirmation que le Doute ne peut être convaincu, parce que par sa nature même il ne veut pas être convaincu ; il continue toujours à piétiner le même terrain.

Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga

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