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Quelques Lettres sur le yoga de Sri Aurobindo 
pour guider notre compréhension et notre pratique :

Deux consciences

Il y a toujours deux consciences différentes dans l'être humain, l'une extérieure dans laquelle il vit ordinairement, l'autre intérieure et cachée dont il ne sait rien. Quand on fait la sâdhanâ, la conscience intérieure commence à s'ouvrir et on devient capable d'aller au-dedans et d'y avoir toutes sortes d'expériences. À mesure que la sâdhanâ progresse, on commence à vivre de plus en plus dans cet être intérieur et l'être extérieur devient de plus en plus superficiel.

Au début, la conscience intérieure semble être le rêve et la conscience extérieure la réalité de veille. Ensuite la conscience intérieure devient la réalité et beaucoup de sâdhak ressentent la conscience extérieure comme un rêve ou une illusion trompeuse, ou encore comme quelque chose de superficiel et d'extérieur.

La conscience intérieure commence à être un lieu de paix profonde, de lumière, de bonheur, d'amour, d'intimité avec le Divin ou la présence du Divin, avec la Mère.

On perçoit alors deux consciences, l'une intérieure, l'autre extérieure qui doit être changée en homologue et instrument de la première – celle-ci aussi doit s'emplir de paix, de lumière, d'union avec le Divin.

En ce moment, vous allez de l'une à l'autre et tous les sentiments que vous éprouvez pendant cette période sont tout à fait naturels. Vous ne devez pas vous en inquiéter du tout, mais attendre le plein développement de la conscience intérieure dans laquelle vous serez capable de vivre.

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Extérieur, intérieur et le plus profond (psychique)

Par être intérieur, je n'entendais pas l'être psychique ou l'être le plus profond. C'est l'être psychique qui ressent l'amour, la bhakti et l'union avec la Mère. Je parlais du mental intérieur, du vital intérieur, du physique intérieur ; afin d'atteindre le siège caché du psychique, on doit d'abord passer par là.

Quand on quitte la conscience extérieure pour aller au-dedans, on entre là. Certains sâdhak – la plupart – pénètrent d'abord dans le vital intérieur, d'autres dans le mental intérieur ou le physique intérieur ; le vital émotionnel est la route la plus directe, car le siège du psychique est juste derrière l'émotionnel dans le centre du cœur.

Il est absolument nécessaire pour atteindre le but de devenir conscient dans ces régions intérieures, car si elles ne sont pas éveillées, l'être psychique ne possède pas les instruments appropriés et suffisants pour ses activités ; il n'a alors comme moyens d'action que le mental extérieur, le vital extérieur et le corps, et ceux-ci sont trop petits, trop étriqués et obscurs.

Jusqu'à présent, vous n'avez pu entrer que dans la périphérie du vital intérieur et vous y êtes encore insuffisamment conscient. En y devenant plus conscient et en pénétrant plus profondément, on peut atteindre le psychique – le refuge sûr, nirâpada sthâna, dont vous parlez ; alors vous ne serez plus troublé par les visions et les expériences confuses du vital intérieur à sa périphérie.

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Discipline à suivre

Vous m'avez demandé quelle discipline il fallait suivre pour convertir la recherche mentale en une expérience spirituelle vivante. La première nécessité est de pratiquer la concentration de votre conscience au-dedans de vous. Le mental humain ordinaire a, en surface, une activité qui voile le vrai Moi.

Mais il y a une autre conscience, cachée au-dedans derrière la conscience de surface, où nous pouvons acquérir la perception du vrai Moi et d'une vérité plus vaste et plus profonde de la nature, où nous pouvons réaliser le Moi, libérer la nature et la transformer.

Tranquilliser le mental de surface et commencer à vivre au-dedans est le but de cette concentration.

Cette conscience véritable, distincte de la conscience de surface, a deux centres principaux, l'un dans le cœur (non pas le cœur physique, mais le centre cardiaque au milieu de la poitrine), l'autre dans la tête.

Par la concentration dans le cœur on s'ouvre vers le dedans et en poursuivant cette ouverture intérieure, en pénétrant profondément, on devient conscient de l'âme ou être psychique, de l'élément divin dans l'individu. Cet être dévoilé commence à venir au premier plan, à gouverner la nature, à l'orienter, elle et tous ses mouvements, vers la Vérité, vers le Divin, et à appeler en elle tout ce qui est au-dessus. Il apporte la conscience de la Présence, la consécration de l'être au Suprême, il fait descendre dans notre nature une Force, une Conscience plus grande qui attendait au-dessus de nous.

La concentration dans le centre du cœur, accompagnée de l'offrande de soi au Divin et de l'aspiration à cette ouverture intérieure et à la Présence dans le cœur, est le premier mode de concentration et, si on peut le pratiquer, c'est un début naturel ; car son résultat, une fois acquis, rend le chemin spirituel beaucoup plus aisé et sûr que si l'on commence d'une autre manière.

Cette autre manière consiste à se concentrer dans la tête, dans le centre mental.Si elle apporte le silence dans le mental de surface, elle ouvre au-dedans un mental intérieur plus vaste et plus profond qui est davantage capable de recevoir l'expérience et la connaissance spirituelles.

Mais une fois que l'on est concentré à cet endroit, il faut ouvrir la conscience mentale silencieusement vers le haut à tout ce qui est au-dessus du mental. Après un certain temps, on sent la conscience s'élever au-dessus ; elle monte enfin au-delà du couvercle qui l'a si longtemps tenue enfermée dans le corps et trouve au-dessus de la tête un centre où elle se libère dans l'Infini. Là, elle commence à entrer en contact avec le Moi universel, la Paix, la Lumière, le Pouvoir, la Connaissance, la Béatitude du Divin, à y pénétrer, à devenir tout cela et à en sentir la descente dans la nature.

Se concentrer dans la tête en aspirant à la tranquillité du mental et à la réalisation du Moi et du Divin au-dessus est le deuxième mode de concentration.

Il est important, cependant, de se souvenir que la concentration de la conscience dans la tête n'est qu'une préparation à l'ascension de cette conscience vers le centre qui se trouve au-dessus ; autrement on peut rester enfermé dans son propre mental et ses expériences ou, au mieux, atteindre seulement un reflet de la Vérité qui est au-dessus au lieu de monter dans la transcendance spirituelle pour y vivre.

Pour certains la concentration mentale est plus facile, pour d'autres c'est la concentration dans le centre du cœur ; certains sont capables de faire les deux alternativement, mais il est préférable, si l'on en est capable, de commencer par le centre du cœur.

L'autre aspect de la discipline concerne les activités de la nature, du mental, du moi-de-vie ou vital, de l'être physique. Ici le principe consiste à harmoniser la nature à la réalisation intérieure afin de ne pas être divisé en deux parties discordantes. Plusieurs disciplines ou méthodes sont possibles.

Dans l'une on offre toutes les activités au Divin, on appelle le guide intérieur et on demande que la nature soit prise en charge par un Pouvoir supérieur. Si l'on est ouvert à l'âme au-dedans, si l'être psychique vient au premier plan, alors il n'y a pas grande difficulté : cet état s'accompagne d'une discrimination psychique, d'une indication constante, et enfin d'une direction qui révèle toutes les imperfections et, tranquillement et patiemment, les élimine, introduit dans le mental et le vital les mouvements justes et donne aussi une forme nouvelle à la conscience physique.

Une autre méthode consiste à faire un pas en arrière en se détachant des mouvements de l'être mental, vital et physique, à ne considérer leurs activités que comme une formation habituelle de la Nature générale dans l'individu, formation qui nous est imposée par les fonctionnements du passé et qui ne fait nullement partie de notre être vrai ;

dans la mesure où nous réussissons, où nous nous détachons, où nous voyons le mental et ses activités comme n'étant pas nous, la vie et ses activités comme n'étant pas nous, le corps et ses activités comme n'étant pas nous, nous commençons à percevoir un Être intérieur en nous – mental intérieur, vital intérieur, physique intérieur – silencieux, calme, non lié, non attaché, qui reflète le vrai Moi au-dessus et peut être son représentant direct ;

de cet Être intérieur silencieux proviennent le rejet de tout ce qui doit être rejeté, l'acceptation de ce qui peut être gardé et transformé à l'exclusion du reste, une Volonté profonde qui tend vers la perfection ou un appel au Pouvoir divin pour qu'il fasse à chaque pas ce qui est nécessaire à la transformation de la nature.

Cet Être intérieur peut aussi ouvrir le mental, la vie et le corps à l'entité psychique intérieure et à son influence qui nous guide, ou à son gouvernement direct.

Dans la plupart des cas ces deux méthodes apparaissent simultanément et vont de pair, puis finissent par se fondre en une seule. Mais on peut commencer par l'une ou par l'autre, celle que l'on trouve la plus naturelle et la plus facile à suivre.

Enfin, dans toutes les difficultés où l'effort personnel est entravé, l'Instructeur peut intervenir et apporter l'aide nécessaire pour nous faire parvenir à la réalisation ou pour nous faire franchir la prochaine étape.

Rappelons qu'il ne s'agit pas de ce se concentrer avec force, en fronçant les sourcils. Notre concentration doit être une concentration douce, délicate, et s'il y a une certaine intensité, celle-ci doit être tranquille. 

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Est-ce de l'imagination ?

Si ces phénomènes étaient imaginaires, vous seriez capable de les reproduire exactement chaque fois que vous y pensez. L'idée qu'ils sont imaginaires appartient au mental physique qui ne peut croire à rien de supraphysique.

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Toutes les parties de l'être s'élargissent pour pouvoir progresser.

L'ampleur et le calme

Faute d'aspiration, garez au moins présente à l'esprit l'idée qu'il est nécessaire 

1. que le silence et la paix deviennent une immensité que pourrez réaliser comme le Moi ;

2. que la conscience silencieuse s'étende aussi vers le haut, afin que vous puissiez sentir sa source au-dessus de vous ;

3. que la paix, le silence, etc., doivent être présents à tout moment. 

Tout cela ne doit pas nécessairement venir à la fois, mais si vous concevez ce qui doit être, toute chute vers un état d'inertie pourra être évitée. 

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Le calme et l'ampleur sont le fondement de la conscience yoguique et la meilleure condition de la croissance et de l'expérience internes. Si un vaste calme peut être établi dans la conscience physique, occupant et remplissant le corps lui-même et toutes ses cellules, ceci peut devenir la base de sa transformation ; en fait, sans cette ampleur et ce calme, la transformation n'est guère possible.

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Ouverture à l'infini

Oui, c'était une très bonne expérience et votre sentiment à son égard était juste. Quand la conscience est étroite et personnelle ou enfermée dans le corps, il lui est difficile de recevoir quoi que ce soit du Divin ; plus elle s'élargit, plus elle peut recevoir. Vient un moment où elle se sent vaste comme le monde et capable de recevoir en elle le Divin tout entier.

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C'est une expérience de l'extension de la conscience. Dans l'expérience yoguique, la conscience s'étend dans toutes les directions : autour, au-dessous, au-dessus, et dans chacune elle s'étend à l'infini. Quand la conscience du yogi se libère, il vit sans cesse non pas dans le corps, mais dans cette hauteur, cette profondeur et cette largeur infinies. La base de sa conscience est un vide ou un silence infini, mais en eux tout peut se manifester : Paix, Liberté, Pouvoir, Lumière, Connaissance, Ânanda. Cette conscience est appelée d'ordinaire la Conscience du Moi ou Âtman, car elle est une existence pure ou un moi pur qui est la source de toutes choses et les contient toutes.

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Oui, [l'immensité] est ressentie comme un vaste espace substantiel plein de pouvoir, qui donne un sentiment d'unité libre, infinie, identique du haut en bas.

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Au début l'expérience de l'immensité, comme d'autres expériences, ne vient que de temps à autre. C'est seulement plus tard qu'elle devient fréquente et se prolonge jusqu'à ce que finalement elle s'installe et que la conscience reste toujours vaste.

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Vous devez chasser la peur de la concentration. Le vide que vous sentez descendre sur vous est le silence de la grande paix dans laquelle vous devenez conscient de votre moi, non comme le petit ego enfermé dans le corps, mais comme le moi spirituel aussi vaste que l'univers. La conscience n'est pas dissoute, ce sont les limites de la conscience qui sont dissoutes.

Dans ce silence, les pensées peuvent cesser pendant un certain temps, il peut ne rien y avoir d'autre qu'une grande liberté et une immensité sans limite, mais dans ce silence, dans cette immensité vide peuvent descendre la vaste paix d'en haut, la lumière, la béatitude, la connaissance, la Conscience supérieure dans laquelle vous sentez l'unité du Divin. C'est le début de la transformation et il n'y a là rien à redouter.

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S'ouvrir à l'infini à différents niveaux

Cette ouverture de la poitrine dans le vide (pas réellement le vide, mais l'Âkâsha infini du Chit universel et illimité) est toujours le signe d'une ouverture de l'être émotif à l'immensité du Divin universel.

Les sâdhak voient souvent l'image de l'Âkâsha en dhyâna.

Quand la conscience se libère, que ce soit dans le mental ou dans une autre partie de l'être, on a toujours cette impression de vide immense et infini. Du haut de la tête à la gorge se trouve le plan mental de l'être ; si une ouverture et un vide ou une immensité comme celle-ci s'y produisent, c'est le signe que l'être mental se libère dans l'Universel. De la gorge au ventre s'étend le vital supérieur ou région émotive. Au-dessous se trouve le plan vital inférieur.

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En conclusion ?

Nous avons là des indications très précieuses pour notre sadhana et nous pouvons remercier Sraddhalu de cette belle compilation. 

Lorsque notre conscience s'ouvre à cette conscience vaste, cette immensité,  cet universel, cet infini, elle peut avoir la sensation que nous sommes ridicules d'accorder tant d'importance à nos petites personnalités limitées. 

Ainsi nous pouvons refuser de dire des mensonges et choisir de toujours dire la vérité, et pourtant vivre dans une conscience mensongère. Notre vraie conscience n'est pas celle attachée à notre petit corps, notre petite vie, nos petites histoires, nos petites émotions, notre petit mental... notre vraie conscience est large, vaste, universelle.

Nous pouvons le croire et même le comprendre, mais tant que nous n'en avons pas l'expérience, la sensation, je crains que cette compréhension ne serve pas à grand chose. 

Il peut être TRÈS aidant de nous souvenir que l'aspiration vraie – celle qui est tout au fond de notre cœur– à LE POUVOIR de faire advenir les choses. Ainsi, nous pouvons nous dire que nous avons assez vécu dans cette conscience mensongère et aspirer à faire l'expérience de notre vraie conscience. Puissions-nous en avoir assez de vivre dans une conscience ignorante et mensongère et que nous aspiration pour la vraie conscience soit ferme et persévérante. 

Ce qui est vraiment curieux, quand on entre dans la conscience vaste, c'est ce sentiment d'étonnement, d'étrangeté, de ridicule. Cet attachement à notre petite personnalité de surface paraît tellement ridicule alors que nous pourrions être vaste, universel. Et dans cette conscience-là, toutes les différences de physique et de niveau de vie, de culture générale, de position sociale... auxquelles nous accordons tellement d'importance, s'estompent et deviennent dérisoires, ridicules.  

Et nous comprenons que notre regard sur les gens est faux. Quand nous croisons quelqu'un. Notre première impression se base sur le corps que nous voyons, cette tête qui nous revient ou nous revient pas. Ensuite, nous avons une sorte de sensation générale de l'état intérieur, énergétique, psychologique qui émane de la personne et qui s'accorde plus ou moins bien avec le nôtre. Nous jugeons volontiers les autres selon les critères de notre petite personnalité mais notre regard est lui-même tout à fait étriqué et superficiel ! 

Il nous arrive peut-être d'imaginer, ou de ressentir, ou de nous souvenir que la personne que nous croisons porte le Divin en elle, tout au fond de son cœur... mais je suppose que nous "imaginons" rarement que la vraie conscience de cette caissière au supermarché, que notre conjoint, notre collègue de bureau, notre voisine... est une conscience universelle et infinie. 

Si désormais nous nous regardions les uns les autres comme des êtres universels... que se passerait-il ? Je subodore spontanément que cela nous aiderait à le devenir... 

À la réflexion, cela me rappelle un Agenda dans lequel la Mère explique que nous sommes autant liés par ce que nous croyons de nous-mêmes que par ce que les autres pensent de nous. Nous voilà donc sur un autre sujet d'un grand intérêt mais cet article est déjà bien dense, alors restons-en là pour le moment car nous avons déjà fort à faire pour ASSIMILER ET INTÉGRER toutes les précieuses indications partagées ici. 

Belle sadhana à toutes et à tous

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