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4 septembre 1971

Mais je vois aussi, n’est-ce pas ; j’essaye de faire Auroville comme un intermédiaire entre la vieille manière d’être et la nouvelle, et ils sont tous plongés... C’est-à-dire que la liberté qu’ils ont, ils s’en servent pour vivre d’une façon tout à fait ordinaire. Alors... c’est décourageant. Il y en a – il y en a quelques-uns –, c’est bien, mais la majorité, c’est de la sous-humanité, une humanité tout à fait animale. Alors...

On a assez à faire soi-même, hein, pour changer !

(…)

Ceux qui sont laissés libres, sont au-dessous de tout. Ils ont une vulgarité de conscience, effroyable – il n’y a pas d’aspiration, il n’y a pas de besoin de perfection, il n’y a rien du tout.

(…)

Mais j’avoue que... Sri Aurobindo, lui, m’a dit : «Ah! recommencer tout ça, toute l’enfance et toute cette inconscience – non.» Avant de s’en aller, il avait dit non. «Non, je reviendrai quand ça pourra être dans un corps supramental.»

(silence)

Mais il doit y avoir des corps qui doivent pouvoir durer à volonté. Il avait dit : «Le stade intermédiaire sera la durée de la vie à volonté.» Et ça, j’ai l’impression que c’est possible. Mais à condition que... il faut que le corps lui-même n’ait qu’une idée: la transformation. Qu’il soit comme cela [tranquille, concentré], alors... Je peux rester des heures – des heures comme cela – dans une espèce de contemplation réceptive, et ça passe comme une seconde. Ça, le temps, c’est curieux. N’est-ce pas, il y a une certaine contemplation réceptive, alors là... (geste suspendu dans un sourire), le temps n’existe plus.

Je sens... Je me sens sur le seuil d’un grand Secret... mais (Mère hoche la tête)... pas mental – pas des pensées. C’est... «quelque chose».

🔥

8 septembre 1971

Vraiment, c’est une période de transition pour le corps.

Le corps est en train de réaliser, devenir conscient de ce qui, en lui, l’empêche d’être immortel, et en même temps de ce qui, en lui, peut être immortel. Et il a eu des moments d’angoisse comme il n’en a jamais eus de toute sa vie – à propos de la mort, ce qui ne lui était jamais arrivé. Et il a compris que c’était sa constitution même qui faisait cela, et ce qu’il fallait qu’il change. Et je suis... comme au seuil d’une découverte extraordinaire, mais...

(silence)

Je pourrais dire ceci : le pourquoi de la mort, c’est devenu clair, et le comment de l’immortalité, c’est... (silence)... Tu sais, c’est une chose curieuse, l’impression qu’il y a (Mère fait le geste de palper) quelque chose à TOUCHER.

(…)

J’ai une curieuse impression que c’est une espèce de... comme des écailles, ou des écorces d’arbre, des écailles de tortue, qui fondent, et que le corps n’est pas lui-même comme cela (Mère fait un geste comme si le corps se gonflait et éclatait au soleil). Ce qui, pour l’homme, semble la matière, c’est... c’est comme quelque chose de racorni qui doit tomber parce que ça ne reçoit pas. Et dans ce corps-là (Mère touche la peau de ses mains), il essaye... ça essaye de... (même geste de gonflement ou d’épanouissement). Oh ! c’est curieux. C’est une sensation curieuse.

Si l’on pouvait durer assez longtemps pour que tout cela se fonde, alors ce serait le vrai commencement.1

1. Mère avait tout d’abord dit : «Alors ce serait fini», puis elle a changé : «Ce serait le vrai commencement» lorsque nous avons voulu publier ce fragment dans les Notes sur le Chemin.

🔥

18 septembre 1971

J’ai eu une impression assez forte, il y a quelques jours, que l’on était comme peuplé de fantômes, c’est-à-dire qu’il n’y a pas vraiment de difficultés ni de problèmes ni de résistances ni de rien du tout, mais il y a un tas de fantômes qui sont là, de vieilles choses, et c’est simplement la mémoire qu’on en a qui nous tire.

Oui, c’est vrai ! C’est vrai, j’ai eu la même expérience. C’est nous qui créons (nous, je veux dire tous les êtres humains), qui créons les problèmes.

Et puis il y a la mémoire. Le phénomène très ennuyeux, c’est la mémoire – la mémoire d’un tas de vieilles choses –, et c’est cela qui perpétue les vieux pouvoirs ; mais en réalité, il n’y a plus rien – il y a seulement la mémoire de ça.

Oui-oui, c’est ça. C’est tout à fait vrai.

(…)

Une expérience curieuse. C’est une expérience curieuse. Le corps sent qu’il n’appartient plus à la vieille manière d’être, mais il sait qu’il n’est pas encore dans la nouvelle et qu’il est... Il n’est plus mortel et il n’est pas encore immortel. C’est tout à fait curieux. Très curieux. Et quelquefois, on passe du malaise le plus effroyable au... à la merveille – c’est curieux. Une béatitude inexprimable. Et ce n’est plus ça, et ce n’est pas encore ça. Voilà. Bizarre (Mère hoche la tête).

(silence)

Il y a comme une espèce de promesse d’une Puissance formidable, et en même temps des signes d’une faiblesse – pas faiblesse : désorganisation. Désorganisation, et en même temps le sens d’une Puissance formidable. Alors les deux sont comme cela (geste en équilibre instable). C’est une désorganisation en ce sens que si je ne fais pas attention, je ne peux plus manger, par exemple. Il faut que je fasse attention, il faut que je sois tout le temps concentrée-concentrée pour pouvoir faire les choses. Quelquefois, plus un mot dans ma tête, rien ; quelquefois, je vois et je sais ce qui se passe partout.

C’est comme cela (même geste comme sur une crête).

Il faut que je fasse attention quand je suis avec les gens, autrement on croirait que je deviens folle ! (rires)

C’est vraiment curieux. Comme, en même temps, une impuissance totale et une puissance formidable. Et les résultats de la puissance formidable sont visibles parfois chez des gens ici et là, là : tout d’un coup, des choses miraculeuses se passent. Et en même temps... quelquefois, je ne peux même pas manger. C’est curieux. (Mère rit)

🔥

29 septembre 1971

C’était clair, très clair aujourd’hui, une forte Pression pour dire : la Victoire, c’est l’Harmonie ; la Victoire, c’est le Divin ; et pour le corps, la Victoire c’est la bonne santé. Tout-tout malaise et toute maladie sont un mensonge. C’est venu ce matin. Et c’était très CLAIR. C’était convaincant, tu comprends.

Alors, ça va.

C’est comme si, par la Pression, tout le Mensonge était ressorti (geste jaillissant d’en bas). Les choses les plus inattendues. Dans les gens, les choses, les circonstances. Et c’est vraiment... il n’y a pas d’imagination qui puisse égaler ça. C’est incroyable.

Mais c’est bon signe, non ?

Oh ! oui. Oh! oui... Seulement, il y a des apparences dans l’Ashram qui ne... (Mère hoche la tête), c’est comme s’il y avait un poison, n’est-ce pas, et qu’en pressant, le poison sortait pour s’en aller – et il sort !

Plus tard, on pourra en parler. Mais c’est vraiment intéressant, vraiment. Oui, c’est bon signe, c’est très bon signe.

Oui, ça veut dire que toutes ces forces qui pendant des millénaires étaient cachées dessous...

Oui.

... ont perdu leur refuge.

Oui, c’est ça. C’est ça.
On verra. Seulement on ne peut pas en parler encore – plus tard.
Incroyable, mon petit !
Mais un Pouvoir ! Pouvoir, oh !... (Mère ferme les yeux et sourit)

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