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Dans ces quelques extraits, beaucoup d'indications très précieuses pour notre sadhana...

2 octobre 1971

(Lettre de Satprem à André Malraux)

Monsieur,

Je suis très touché que vous ayez eu la bonté de me remercier de la «Genèse du Surhomme». Il y a quelque quinze ans, en cet Ashram, je faisais des classes de français aux jeunes disciples indiens, et j’essayais de leur dire qui était Malraux, dont j’admirais l’action – aujourd’hui, ils se rappellent et, comme moi, sont émus de votre intervention en faveur du Bangladesh.

Le problème est plus profond, bien sûr, comme vous le savez. Il s’agit de créer un nouvel Homme en cette fin du Cycle mental – c’est ce que nous tentons de faire ici avec la Mère et Sri Aurobindo. De grandes Forces sont à l’œuvre ici, humblement. Et je suis touché que cette «Genèse» ne vous ait pas laissé insensible. Son cri d’appel a bien besoin de vous et de votre capacité de saisir le Sens profond de notre crise humaine.

Que la Force de Sri Aurobindo et de Mère vous accompagne.

En toute fraternité dans la grande Œuvre à accomplir.

(…)

Je parle de moins en moins.

Oui, douce Mère...

Seulement, tout le temps la Force fait comme cela (geste de Pression implacable). Elle presse sur la matière pour la transformation.

Je ne sais pas, j’ai l’impression que l’heure approche où il va y avoir de grands changements dans le monde.

Oui, oui.

Des choses visibles.

Oui. Mais c’est très consciemment que la Force fait comme cela (même geste de pression), très consciemment. Dans le moindre détail, et puis sur tout l’ensemble, très consciemment.

Quand je suis comme cela (geste immobile, intériorisé), j’ai simplement la conscience de cette Force (même geste de pression), et alors quelquefois, un point (geste, comme un rayon qui se braque), un détail passe consciemment par... par la personnalité (je ne sais pas comment dire), et là, c’est... ça paraît tout-puissant : guérir quelqu’un, faire même attraper un voleur (!), des choses comme cela. C’est curieux.

C’est curieux.

Et de plus en plus (Mère touche ses mains) impersonnel.

🔥

6 octobre 1971

Moi, je suis pleinement d’accord pour tout ce que le Seigneur veut – quoi que ce soit, même les choses les plus difficiles. Pleinement d’accord comme cela (Mère ouvre les paumes de ses mains vers le haut) : ce que Tu veux, Seigneur, ce que Tu veux – c’est ma joie. Voilà.

C’est ma VIE. C’est l’essence de la vie en moi, dans le corps. Il est comme cela : ce que Tu veux – avec une joie, une joie qui... sans mélange.

Voilà.

🔥

13 octobre 1971

J’ai de plus en plus l’impression que l’on ne sait rien, que l’on ne peut rien, que l’on... Nous sommes vraiment... (geste impuissant) – que nous ne savons rien. Tout notre prétendu savoir, c’est...

Nous ne savons même pas notre propre destin.

Oui !

C’est lamentable.

(silence)

Et matériellement, dans la vie matérielle, on a l’impression d’être emmêlé dans une situation où toutes les solutions sont fausses.

Oui-oui, c’est cela exactement.

Alors on ne sait pas que faire. Dans la vie pratique, on ne sait pas quoi faire... Tu peux de tous les côtés te retourner, de tous les côtés c’est faux.

Oui, c’est faux.2

2. Par suite d’une panne du magnétophone, 
le reste de cette conversation a été noté de mémoire.

Alors ceux qui veulent vivre véridiquement, que doivent-ils faire pratiquement ? On est dans ce monde de fausseté – en soi et autour de soi – et si l’on veut intervenir dans les circonstances pour les rectifier, on est encore plus emmêlé dans ce nœud. Est-ce qu’il faut simplement se retirer et laisser faire, ou quoi ?

Moi, c’est ce que je fais de plus en plus (geste d’intériorisation). Je parle de moins en moins, parce que tout ce qu’on dit est faux.

(silence)

Par exemple, je dis «le Divin» – qu’est-ce que c’est, le Divin ? Moi, je ne sais pas – et je ne peux pas dire que je ne sais pas. Et même de dire cela est faux – ce n’est pas ça. Tout est pas ça. Ce n’est pas ça.

Même la vie matérielle est comme cela. Pour manger, par exemple, selon une certaine attitude (est-ce une attitude ? je ne sais pas, parce que la conscience est la même), mais la Même chose peut être ou absolument détestable et impossible à avaler, ou parfaitement bien...

Les circonstances matérielles elles-mêmes, les Mêmes circonstances peuvent avoir des conséquences tout à fait maléfiques et graves, ou tout à fait bénéfiques, selon... De quoi ça dépend ? C’est cela. Parce que la conscience est la même apparemment, on ne sait pas ce qui provoque le changement...

C’est-à-dire que toute la vie matérielle est... irréelle. Tu dis qu’il faut se battre, mais se battre contre quoi ? – Tout est un mirage. Nous ne savons pas ce que c’est, nous ne savons pas ce qu’IL Y A vraiment. De quoi ça dépend ?

Il y a quelque chose à découvrir.

Quelquefois, le corps est pris d’une douleur intolérable, à crier – et la minute d’après, tout est parfaitement bien. Et les conditions physiques sont les MÊMES, la conscience est la MÊME... De quoi ça dépend?...

Tu vois (Mère prend son front soudain comme si elle souffrait ou elle était prise dans une impossibilité), mieux ne pas parler.

(long silence)

Quelque chose... Quelque chose...3

3. Ces derniers mots étaient dits d’un ton si émouvant, 
comme si c’était à la fois une invocation, une douleur, une prière...

🔥

16 octobre 1971

Mais tout ce genre de pouvoirs qu’ils avaient sur les choses matérielles, tout cela ne te serait d’aucune utilité matériellement ?

D’aucune utilité – AUCUNE utilité.

Seulement, il m’a bien appris l’occultisme. À ce moment-là, j’étais vraiment très calée !... (Riant) Moi aussi, j’ai fait un nombre de miracles ! Mais je n’y attachais pas de valeur ni d’importance.

Et par exemple, ce pouvoir qu’avait Mme Théon d’absorber la vitalité, etc. – tu te souviens, quand elle mettait un pamplemousse sur sa poitrine ?...

Oui, oui.

Des choses comme cela ne seraient pas utiles non plus ?

Ça, oui. Ça pourrait être utile... Mais Théon ne pouvait même pas la protéger ! – elle a perdu un œil dans une expérience comme cela (je ne me souviens plus).

Oui, c’est un changement plus profond qu’il faut.

Oh ! oui.

(…)

J’imagine qu’il doit souffrir, cet homme. Il demande des conseils concernant :

«la technique psycho-mentale dont la pratique donnerait au “cerveau-centre” de l’activité des facultés psychologiques la maîtrise et l’autorité sur le “cerveau-centre” des fonctions neuro-physiologiques, en vue de diminuer et de vaincre la sensation de douleur et la souffrance physiconerveuse.»

(après un silence)

Je pourrais dire : il faut que les cellules du corps apprennent à ne chercher leur support QUE dans le Divin, jusqu’au moment où elles peuvent sentir qu’elles sont l’expression du Divin. C’est clair ?

Oui, douce Mère, c’est très clair.

C’est en effet l’expérience que j’ai maintenant. L’expérience (comme je l’ai dit) de changer l’effet des choses, je l’ai ; mais ce n’est pas mentalisé, alors je ne peux pas faire des phrases. Mais c’est vraiment que les cellules arrivent à sentir, d’abord qu’elles sont entièrement gouvernées par le Divin (ce qui se traduit par : ce que Tu veux, ce que Tu veux..., cet état-là), et puis une sorte de réceptivité (comment dire ?), ce n’est pas immobile, c’est... Probablement, on dirait une réceptivité passive (Mère ouvre les mains dans un sourire). Mais je ne sais pas comment expliquer.

(Mère ferme les yeux dans un sourire)

Tous les mots sont faux, mais on pourrait dire : «Toi seul existes» – n’est-ce pas, que les cellules sentent : «Toi seul existes.» Comme cela. Mais tout cela, c’est comme si ça durcissait – les mots durcissent l’expérience. C’est une espèce de plasticité ou de souplesse (souplesse confiante, très confiante) : ce que Tu veux, ce que Tu veux...

(…)

Tu sais, le «Cosmique» a eu une très intéressante action dans ma vie. J’étais tout à fait contre «Dieu» : la notion européenne de Dieu était pour moi tout à fait repoussante. Et en même temps naturellement, cela m’empêchait d’avoir aucune expérience. Et avec l’«enseignement cosmique» du dieu intérieur (c’était ça, l’idée de Théon : le dieu intérieur – Mère touche sa poitrine –, celui qui est au-dedans de chacun), brff ! (geste, comme si des murs s’écroulaient). L’expérience a été foudroyante. Je lui en suis très reconnaissante. Ça a été le moyen ; en suivant son indication et en cherchant au-dedans de l’être, derrière le plexus solaire, j’ai trouvé. J’ai trouvé, j’ai eu une expérience... une expérience absolument convaincante.

Pourtant, entre la poitrine et le plexus solaire, 
dans l'anatomie du corps,
il y a une dizaine de centimètres de différence, 
ce n'est pas du tout le même endroit. 
Continuons... 

Seulement, les gens vont trouver quelque force vitale et ils croient que c’est l’âme, alors... Il faut être très sincère, c’est la condition absolue. Il faut être très sincère, très sincère – non seulement il n’est pas question de tromper les autres, mais il ne faut pas se tromper soi-même, il faut être très sincère. Et alors, on trouve. On trouve, c’est une expérience absolument concrète.

C’est une expérience que j’avais eue avant de venir ici. Avant de venir, avant de connaître Sri Aurobindo, j’avais eu l’expérience. Alors c’était comme si les trois quarts du travail étaient faits... Je n’avais pas la connaissance mentale (la connaissance mentale n’était pas extraordinaire), mais elle est inutile pour l’expérience. Si l’on est sincère, on a l’expérience sans penser, on n’a PAS BESOIN de penser. Mais il faut être sincère.

Mais maintenant mon corps, c’est ça qu’il a, ce sont ces expériences-là qu’il a. Seulement les mots sont...

Dans une certaine attitude (mais ça, c’est difficile à expliquer ou à définir), dans une certaine attitude, tout devient divin. Tout. Et là, ce qui est merveilleux, c’est que quand on a l’expérience que tout devient divin, tout ce qui est contraire tout naturellement (suivant les choses : vite ou lentement, tout de suite ou peu à peu) disparaît.

Ça, c’est merveilleux. C’est-à-dire que de devenir conscient que tout est divin, est le meilleur moyen de rendre tout divin – tu comprends –, d’annuler les oppositions.

(…)

On pourrait dire que la guérison de tous les désordres physiques, c’est que les cellules deviennent convaincues – conscientes et convaincues – qu’elles sont l’expression du Divin, ou même qu’elles sont divines dans leur essence.

Justement dans la nuit d’hier à aujourd’hui, je suis restée des heures... (maintenant je dors très-très-très peu, je reste des heures dans une espèce d’état qui n’est pas le sommeil et qui n’est pas l’activité, qui est quelque chose d’assez nouveau), et dans cet état, le corps a eu conscience qu’il n’était rien, qu’il ne savait rien, qu’il ne pouvait rien, qu’il... une espèce de nullité presque totale. Il a eu cela pendant des heures.

Et alors, lentement, ça s’est changé... ça s’est changé dans une... quelque chose comme une sensation (ce n’est pas une sensation ordinaire, mais c’est quelque chose comme une sensation) ; le «rien» – le rien, la nullité totale – a commencé à sentir qu’elle n’existait que PAR le Divin ; et puis petit à petit, POUR le Divin, et... une espèce de paix... (Mère ferme les yeux avec un sourire), de paix... (puis elle ouvre tout d’un coup des yeux immenses) toute-puissante.

Et alors, tout ce qui était douloureux a disparu.

Paisible...

Seulement, le corps [de Mère] a un avantage dans la vie : c’est qu’il a été construit et conçu de telle façon qu’il ne désire pas les sensations agréables. Il ne désire pas (comment dire ?) oui, la sensation de plaisir, les choses agréables, ça lui est tout à fait indifférent – spontanément. Il n’a pas eu d’effort pour surmonter ses désirs, ça lui était toujours égal. Il protestait seulement contre la souffrance, et ça, ça disparaît totalement.

Maintenant, je crois que l’ego corporel est en train de disparaître. Alors ce sera parfait.

Vraiment, c’est tout à fait spontané – spontané et sincère : Toi, Toi, Toi... Ce que Tu veux, ce que Tu veux... ce que Tu veux.

🔥

20 octobre 1971

«Il faut s’en remettre au Divin, et cependant faire une certaine sâdhanâ pour se mettre en état – le Divin donne le résultat non pas à la mesure de la sâdhanâ, mais à la mesure de l’âme et de son aspiration. Ainsi, se tourmenter ne sert à rien – «Je serai ceci, je serai cela, que serai-je ?» Dites : “Je suis prêt à être non pas ce que je veux, mais ce que le Divin veut de moi” – tout le reste s’ensuivra.»

13.4.1935
Sri Aurobindo
Letters on Yoga, XXIII.582

(…)

(Lettre de Sri Aurobindo à C.R. Das,
son avocat dans l’«affaire de la bombe d’Alipore».)

Le 18 novembre 1922

Cher Chitta,

Il y a longtemps, presque deux ans, je crois, que je n’ai écrit à personne. J’étais tellement retiré et absorbé dans ma Sâdhanâ que les contacts avec le reste du monde étaient réduits à un minimum jusqu’à ces temps derniers.

...J’ai reçu confirmation d’une perception que j’avais toujours eue, mais moins clairement et moins dynamiquement alors, et qui est devenue maintenant de plus en plus évidente, à savoir que la vraie base de la vie et du travail est spirituelle, c’est-à-dire une nouvelle conscience qui doit se développer par le Yoga seulement. De plus en plus manifestement, je vois que l’homme n’arrivera jamais à sortir de la ronde futile que notre espèce continue de suivre, tant qu’il ne se sera pas élevé jusqu’à la nouvelle base. Je crois aussi que la mission de l’Inde est de remporter cette grande victoire pour le monde.

Mais de quelle nature exactement est le pouvoir dynamique de cette conscience supérieure ? Quelles sont les conditions pour que sa vérité soit efficace ? Comment la faire descendre, la mobiliser, l’organiser, l’appliquer à la vie ? Comment nos instruments actuels, l’intellect, le mental, la vie, le corps, peuvent-ils devenir le canal vrai et parfait de cette grande transformation ?

Tel est le problème que j’essayais de résoudre par mon expérience ; j’ai maintenant une base solide, une vaste connaissance et quelque maîtrise du secret. Mais pas encore sa totalité ni sa présence complète et impérieuse – par conséquent, je dois rester encore retiré. Je suis décidé à ne travailler dans le monde extérieur que quand je posséderai solidement et complètement ce nouveau pouvoir d’action; je ne veux construire que sur une base parfaite.

Cependant, je suis allé assez loin pour pouvoir entreprendre certain travail à une échelle plus vaste qu’avant: entraîner les autres à recevoir cette Sâdhanâ et à se préparer eux-mêmes comme je l’ai fait, car, sans cela, mon travail futur ne pourra même pas commencer. Beaucoup désirent venir ici et je peux les admettre dans ce but, mais je ne peux pas continuer si je n’ai pas les fonds suffisants pour entretenir un centre ici et au moins un ou deux autres à l’extérieur. J’ai donc besoin de ressources beaucoup plus vastes que celles dont je dispose à présent. J’ai pensé que votre recommandation et votre influence pourraient aider Barin à les recueillir pour moi...

Votre Aurobindo

On Himself, XXVI.436

🔥

27 octobre 1971

J’ai eu hier des expériences qui m’ont fait voir que l’habitude que l’on a de penser que «les choses s’arrangeront comme ça» au-dedans, qu’elles sont «en train de s’arranger», ça ne suffit plus. Il faut (Mère abat son poing dans la matière, comme une lame d’épée) : comme ça.

Kâli ?

Il faut un ABSOLU, tu comprends. Il faut que l’on n’accepte rien en soi qui dise : ça viendra, ça viendra...

J’ai eu une expérience... C’est bien, j’étais contente, j’étais très contente parce que cela exige une intégralité, n’est-ce pas – une sincérité, une intégralité absolues –, autrement... Mais l’expérience était terrible.

(long silence)

C’était une expérience physique, personnelle ?

(Mère fait oui de la tête. 
Silence)

(…)

«Il faut avoir la foi en le Maître de notre vie et de nos œuvres, 
même si pendant longtemps II se cache, 
car, à Son heure exacte, il révélera Sa Présence.» 

Sri Aurobindo

C’est ça ! c’est ça exactement ! C’est cela. Mais celles de «La Vie Divine» sont vraiment intéressantes :

« L’arbre de la connaissance avec ses fruits doux et amers est secrètement enraciné dans la nature même de l’Inconscience d’où notre être a émergé et sur laquelle il repose encore, tels le sol et la base de notre existence physique ; il a grandi visiblement à la surface avec les nombreuses ramifications de l’Ignorance qui constituent encore la majeure partie et la condition principale de notre conscience en sa difficile évolution vers une suprême conscience et vers une perception intégrale.

Tant que ce sol restera avec ses racines non trouvées et cet air nourrissant, ce climat d’Ignorance, l’arbre grandira, foisonnera et fera pousser sa double floraison et ses fruits de nature mélangée.

Il s’ensuit qu’il ne peut pas y avoir de solution finale tant que nous n’aurons pas changé notre inconscience en une conscience plus grande et fait de la vérité du Moi et de l’Esprit la base de notre vie, transformé notre ignorance en une connaissance plus haute. Tous les autres expédients seront seulement des moyens de fortune ou des chemins sans issue – une transformation complète et radicale de notre nature est la seule solution vraie. »

La vie Divine – Livre 2 – Chapitre 14 – page 669
L’origine et le remède du mensonge, de l’erreur et du mal

Je pense à ce qu’il dit là, ces «unfound roots» [ces racines non trouvées]... Quelle est cette racine-là, cette racine non découverte ?

Racine de quoi ?

Cette racine que l’on n’a pas trouvée. La racine de tout le mal, de l’Ignorance, de tout cela: «As long as there is this soil with the unfound roots in it and this nourishing air..., etc.» [tant que ce sol restera avec ses racines non trouvées et cet air nourrissant…]

(après un silence)

Moi, ce que j’ai trouvé avec l’expérience d’hier – ce que l’expérience d’hier m’a prouvé –, c’est que l’être physique, qui pensait être exclusivement tourné vers le Divin, l’est d’une façon... (comment dire ?) presque superficielle. C’est-à-dire qu’il est encore capable de sentir des événements comme «catastrophiques».

On m’a fait vivre toutes les possibilités qui pouvaient encore m’arriver, à ce corps, si les choses se mettaient de travers et que les hommes étaient justement poussés par cette force adverse. Et alors, j’ai vu à quel point (toutes les possibilités les plus effroyables, n’est-ce pas), j’ai vu à quel point le corps n’est pas... (geste imperturbable, immobile). Il a été pendant quelques heures vraiment, oh ! désorganisé, malade par l’horreur des possibilités.5 Et alors, il a pu offrir tout cela au Divin et dire, vraiment dire consciemment : «Ta Volonté.»

5. On entendait d’en bas les gémissements de douleur de Mère.

Mais il y avait cette espèce d’incapacité que nous avons de connaître vraiment la Volonté divine – surtout pour l’avenir, demain, ce qui va arriver immédiatement –, c’était effroyable. À quel point nous ne savons rien, nous sommes absolument ignorants !

Oui, c’est quelque chose que je sens très fort aussi. Je sens très fort aussi comme on ne sait pas – on ne sait pas !

C’était hier après-midi entre une heure et deux heures, je crois. Mais c’était effroyable, n’est-ce pas, c’était pire qu’un enfer – simplement la constatation de... à quel point on ne sait rien.

(silence)

J'ai plusieurs fois évoqué la douleur de l'ignorance,
cela fait plaisir d'avoir la confirmation que
ce n'est pas une lubie, une imagination.
Continuons...

Et c’était une expérience très complète, parce que ce n’était pas l’expérience d’une personne mais de l’humanité tout entière : j’ai vu d’une façon tout à fait concrète que tous les hommes qui ont CRU qu’ils savaient, qu’ils avaient l’Expérience [du Divin], eh bien, c’était... (geste flottant, juste au-dessus de la tête), c’était à mi-chemin pour ainsi dire. Si c’est seulement un peu plus haut que notre conscience ordinaire, tout de suite nous avons l’impression que nous avons touché au Divin.

Et cette expérience d’hier n’a pas abouti à la connaissance ; ça a abouti à... (Mère ouvre les mains dans un geste d’abandon).

Alors l’existence individuelle – l’existence – paraît une chose si atroce, si horrible !... (Mère halète)

Et en même temps, la conscience très claire que ce n’est pas seulement une existence dans un corps matériel : c’est l’existence personnelle, individuelle, et à travers tous les temps, qui continue comme cela (geste infini en avant). Alors la solution était (geste mains ouvertes) : se donner sans avoir l’ambition de savoir, s’unir sans avoir l’illusion de sentir l’union. Comme cela. Une abdication totale.

N’est-ce pas, la mort n’est pas une solution ! pas du tout. Il n’y a pas de solution, excepté... excepté si... quoi ? (Mère touche son corps, indiquant la transformation matérielle). Peut-être, quand on sera prêt – si l’on est prêt.

C’est... c’était inimaginablement atroce.

J’en suis sortie. Mais j’en suis sortie comme cela (geste mains ouvertes).

Un effort – un effort un peu plus sincère – et une réalisation un peu plus sincère : ce que Tu veux.

🔥

Mère – Darshan du 24 novembre 1971

Après tant de douleur, un douleur si présente,
ce mois d'octobre finit en beauté, dans une gloire...

30 octobre 1971

J’ai comme l’impression de savoir le pourquoi de la création.

C’était pour réaliser le phénomène d’une conscience qui, à la fois, aurait la conscience individuelle – la conscience individuelle que nous avons naturellement –, et la conscience du tout, la conscience (comment dire ?)... on pourrait dire globale. Mais les deux consciences s’unissent dans quelque chose... qui nous reste à trouver.

Une conscience à la fois individuelle et totale. Et tout ce travail, c’est pour que les deux consciences s’unissent dans une conscience qui soit cela à la fois. Et ça, c’est la réalisation prochaine.

(silence)

C’est pour nous que cela prend du temps (ce qui se traduit pour nous par le temps), comme si ça «se faisait», comme quelque chose qui est «à faire». Mais ça, c’est l’illusion dans laquelle nous sommes encore. Parce que nous n’avons pas... nous n’avons pas traversé l’autre côté.

Mais la conscience individuelle n’est pas du tout un mensonge, elle doit être associée à la conscience du tout de telle façon que cela fasse une autre conscience que, pour le moment, nous n’avons pas encore. Ce n’est pas qu’elle doive abolir l’autre, tu comprends ? Il doit y avoir un ajustement, un aspect différent, je ne sais pas... où les deux soient manifestées simultanément.

Par exemple, en ce moment, il y a toute une série d’expériences sur le pouvoir de création qui est latent dans la conscience individuelle, c’est-à-dire la capacité que les choses soient connues – connues ou ce que nous appelons voulues – dans la conscience individuelle avant qu’elles ne soient. Nous disons «nous voulons ça», mais c’est un intermédiaire,1 c’est la conscience qui est en route vers quelque chose où elle est à la fois la vision de ce qui doit être et la capacité de le réaliser.

Ça, c’est la prochaine étape. Après…

1.Mère veut dire une conscience intermédiaire ou un stade intermédiaire.

Alors, pour nous, c’est-à-dire pour la conscience individuelle, ça se traduit par le temps, le temps qu’il faut pour... Je ne sais pas comment dire...

Je sens ça comme cela : on n’est plus ça, on n’est pas encore ça, et il ne faut pas quitter ça pour être ça – il faut que les deux s’unissent et forment quelque chose de nouveau.

(long silence)

J’ai une très forte sensation d’avoir attrapé la vraie chose, comme si je pouvais (Mère serre son poing) tenir la queue de la vraie chose. Et ça, ça explique tout – tout-tout-tout. Et ça n’annule rien.

(Mère plonge longtemps)

C’est étrange comme tout d’un coup tout est devenu clair-clair-clair... Il n’y a plus de problème.

(Mère replonge dans un sourire)

Tu n’as rien à me dire ?

Je ne dois pas m’inquiéter ?

Non. Non-non! si tu savais, c’est merveilleux ! Tout, tous les problèmes ont été résolus tout d’un coup. Seulement, je ne peux pas dire.

Pas s’inquiéter.

C’est cent fois plus merveilleux que nous ne pouvons l’imaginer.

La question est de savoir si ça [le corps] va pouvoir suivre... Pour suivre, il faut non seulement que ça dure, mais que ça acquière une nouvelle force et une nouvelle vie. Ça, je ne sais pas. En tout cas, cela ne fait rien – la conscience est claire, et la conscience n’est pas soumise à ça (Mère désigne le corps). Si ça peut être utilisé, tant mieux, sinon... On a encore des choses à trouver.

Mais on a des choses à trouver ! La vieille routine est finie.

C’est fini.

C’est la plasticité de la matière qu’il faut trouver – que la matière puisse toujours progresser. Voilà.

Combien de temps il faudra ? Je ne sais pas. Combien d’expériences il faudra ? Je ne sais pas. Mais maintenant, le chemin est clair. Le chemin est clair.

Mon petit, tu m’as fait le plus merveilleux cadeau aujourd’hui que l’on pouvait faire !

(Rires) Ce n’est pas moi, douce Mère!

Mais ça a choisi aujourd’hui, ta fête, pour venir. C’est clair.

Alors, tu viendras un peu avant trois heures pour la musique de Sunil. (Se tournant vers Sujata) Naturellement, si elle veut, elle peut venir !

Nous sommes bien ensemble à tes pieds, douce Mère.

Oui, elle te complète bien.

(Le disciple pose son front sur les genoux de Mère)

🌹 🙏 💓

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