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Parfois, nous sommes au supermarché devant le rayon des vinaigres, et il y en a tellement que nous ne savons plus lequel choisir. Parmi les milliers de pratiques corporelles, énergétiques, respiratoires, méditatives qui existent, je n'en connais que quelques dizaines, mais c'est suffisant pour que ces temps-ci, je ne sache plus quoi faire.

L'inconvénient est que cela peut entraîner une certaine passivité et me faire tomber dans le tamas, le principe d'inertie. 

L'avantage est peut-être que la sadhana repose moins sur ce que l'on fait que sur notre capacité à nous tourner vers la Divine Shakti, à la recevoir en nous et à laisser travailler en nous.

À moins que cela ne soit qu'une période d'intégration... pour préparer autre chose. 

Ce phénomène rejoint quelque chose que j'ai lu tout récemment dans l'Agenda du 18 décembre 1971 suite à une question très intéressante de Satprem et la réponse non moins intéressante de Mère :

Oui, mais pratiquement, il y a deux attitudes possibles vis-à-vis de cette force créatrice : ou bien d’être complètement passif et d’attendre (mais alors, est-ce que cette passivité n’est pas simplement une espèce d’inertie ?), ou bien de faire comme ceux qui créent, c’est-à-dire qu’ils appellent la Force et ils tirent. C’est-à-dire qu’activement, ils interviennent pour créer.

Il y a une troisième attitude. C’est la meilleure. C’est d’être très attentif ; au lieu d’être passif et inerte, d’être très attentif et très éveillé. Et alors, de sentir quand il y a l’Impulsion de faire une chose, et de la faire. Et ça, je l’ai mis en pratique ces jours derniers, et c’est la solution.

N’est-ce pas, la difficulté, c’est l’activité SANS LES LIMITATIONS PERSONNELLES – c’est étroitement mélangé dans notre conscience, et la passivité dont tu parles, c’est pour séparer les deux ; mais une fois qu’on a... je ne sais pas, la perception ou la sensation de l’état où l’on est complètement ouvert à l’Impulsion Divine, alors on peut permettre à l’action de revenir. Et ça, c’est la solution.

C’est très difficile à expliquer, mais j’ai eu l’expérience ces jours-ci (hier ou avant-hier ; c’est tout récent), l’expérience de cette attitude de réceptivité sans mélange – sans mélange de l’activité personnelle –, d’une activité dont l’impulsion vient seulement du Divin (pour cette guerre, pour les événements, c’est là que j’ai eu cette expérience, et c’est comme cela que j’ai compris). Seulement on ne peut pas expliquer.

(long silence)

Alors, les choses prévues, c’est une fédération de tous les États de l’Inde, et une autre chose prévue, c’est une conversion des États-Unis. Une fédération des États de l’Inde d’après L’idéal de l’unité humaine, comme elle est conçue et expliquée par Sri Aurobindo. Et la conversion des États-Unis, c’est dans la même idée, à travers justement la révélation de Sri Aurobindo. Mais cela prendra du temps.

Ça, c’est venu d’une façon impérative.

Et puis j’ai entendu quelque chose que Sri Aurobindo a écrit, disant que pour que le Supramental soit manifesté sur la terre, il faut que le mental physique le reçoive et le manifeste, et c’est justement le mental physique, c’est-à-dire le mental corporel, le mien, le seul qui me reste maintenant.

Et alors, il m’est venu d’une façon tout à fait claire que c’est pour cela que seul celui-là est resté. Et il est en train de se convertir d’une façon très rapide et très intéressante. Ce mental physique3 est en train de se développer sous l’influence supramentale. Et c’est justement cela que Sri Aurobindo a écrit, que c’était indispensable pour que le Supramental puisse se manifester d’une façon permanente sur la terre.4

Alors, ça va bien – ce n’est pas commode ! (Mère rit) Mais ça va.

3. Notons bien que la «terminologie» de Mère n’était pas fixée, probablement parce que l’expérience est en train de se vivre, mais presque toujours c’est du mental corporel qu’il s’agit, comme le montre encore la suite de cette conversation.

4. Peut-être Mère fait-elle allusion à ce texte de Sri Aurobindo :

«Il y a aussi un mental obscur, un mental du corps, des cellules mêmes, des molécules, des corpuscules. Haeckel, le matérialiste allemand, a parlé quelque part d’une volonté dans l’atome, et la science récente [Heisenberg], en présence des imprévisibles variations individuelles dans les activités de l’électron, est sur le point de s’apercevoir que ce n’est pas une métaphore mais l’ombre projetée par une réalité secrète.

Ce mental corporel est très tangiblement réel : par son obscurité, son attachement obstiné et mécanique aux mouvements passés, sa facilité à oublier, son refus du nouveau, il est l’un des obstacles principaux à la pénétration de la force supramentale dans le corps et à la transformation du fonctionnement corporel.

Par contre, une fois effectivement converti, ce sera l’un des instruments les plus précieux pour stabiliser la lumière et la force supramentales dans la Nature matérielle.»

(Lettres sur le Yoga).

Ne sachant que faire, j'ai repris mon visionnage des vidéos de Sraddhalu et je dois reconnaître que celle-ci est assez passionnante à plus d'un titre.

Dans l'introduction de cette vidéo, Sraddhalu cite deux passages de l'Agenda.

Le premier, à 8 mn 26 est juste la lecture de cette note du 27 mars 1963 (et non 26)

Les rishis védiques avaient soif d'Immortalité, le Bouddha voulait la Permanence, Jésus prêchait la Compassion. Sri Aurobindo a promis la Perfection et pour y arriver, le premier point nécessaire, ce qu'il faut aux hommes maintenant, c'est la Sécurité.

Le second, à 9 mn 30, est un passage de l'Agenda du 27 novembre 1962 (et non 1926)

Agenda du 27 novembre 1962

Un jour comme ça, j'ai vu (je ne sais pour quelle raison, je ne me souviens plus), j'ai vu le mobile de ces «ancêtres» qui ont écrit les Védas : c'était le besoin d'immortalité, ils étaient à la recherche de l’immortalité.

Puis, de là, je suis passée au Bouddha et j'ai vu ce qui avait mis en route le Bouddha : cette espèce de besoin de permanence, c'était simplement ça ; c'était la vision de l'impermanence des choses qui l'avait profondément troublé, et le besoin de la Permanence. Toute sa recherche, c'était pour trouver le Permanent (pourquoi était-il si anxieux d'avoir le Permanent ?)...

Il y a plusieurs choses comme ça, dans la nature, dans le besoin profond humain. Et alors j'ai vu, il y a un autre de ces besoins : celui de la Certitude qui est sécurité.

Je ne sais pas comment expliquer... Parce que j'avais l'expérience de la chose, j'ai vu que c'était un des besoins humains ; et je l'ai compris très fort parce que c'était ça qui m'avait donné, quand j'ai rencontré Sri Aurobindo, le sentiment d'avoir trouvé la Vérité nécessaire.

Dans la vidéo, au lieu du  mot "nécessaire", Sraddhalu dit "dont j'avais besoin". 

Et je ne me suis aperçue du fond de la chose que quand il a quitté son corps : juste à ce moment-là, au moment du passage. Alors toute la conscience physique a eu l'impression de l'écroulement de sa certitude et de sa sécurité. J'ai vu à ce moment-là (nous en avons parlé un an après avec Nolini, il a eu exactement la même impression), que c'était une expérience analogue à celle du Bouddha quand il a trouvé que tout était impermanent et qu'alors toute la vie s'écroulait... n'est-ce pas, et qu'IL fallait trouver autre chose.

Eh bien, à ce moment-là... Moi, j'avais déjà toutes mes expériences, mais avec Sri Aurobindo, les trente ans que j'ai vécus avec lui (un peu plus de trente ans), je vivais dans un absolu, et cet absolu était un absolu de sécurité – un sentiment de sécurité totale, même physique, même la plus matérielle. Un sentiment de sécurité absolue parce que Sri Aurobindo était là. Et ça me tenait, n'est-ce pas, comme ça (Mère fait le geste d'être portée): pas une minute ça ne m'a quittée pendant ces trente ans. Et je m'en suis aperçue (et c'était pour ça que je faisais mon travail avec une Base, n'est-ce pas, une Base d'absolu – d'éternité, d'absolu) quand il a quitté : tout d'un coup ça, ça s'est effondré.

Alors j'ai compris à ce moment-là que c'était l'une des nécessités de la vie (et il y en a plusieurs comme cela), et que c'est ça qui pousse l'être humain à sortir de l'état actuel pour en trouver un autre. Ces besoins sont... (comment dire ?) les graines, les germes de l'évolution. Ils font qu'on est obligé d'avancer.

Pendant tout le temps que Sri Aurobindo était là, je te l'ai dit, le progrès individuel se faisait automatiquement : tous les progrès que Sri Aurobindo faisait, je les faisais ; mais moi, j'étais dans un état d'absolu – un état d'éternité, d'absolu, avec le sentiment d'une sécurité ! pour tout. Rien-rien ne pouvait arriver de fâcheux, parce qu'il était là. Et alors tout d'un coup, quand il est parti – tombée dans un trou. Et c'est ça qui m'a projetée tout entière... (Mère fait un geste vers l'avant).

C'est-à-dire que j'ai compris pourquoi il est parti. Parce que toute l'évolution terrestre était immobilisée (on progressait, mais on peut progresser, ça ce n'est rien), mais au point de vue évolution terrestre, c'était tout arrêté. S'il y avait une permanence dans la vie, rien ne bougerait. Et ces besoins sont les graines de l'évolution. Alors j'ai vu ça : dans le passé, dans l'avenir, universellement. C'était très intéressant.

Et sans effort, sans tension, sans... comme des choses toutes naturelles. Tout le temps, il se passe des choses comme cela.

J'ai compris quand j'ai vu ça, je me suis dit : «Tiens ! si j'étais philosophe, on écrirait un gros livre là-dessus !» Ça m'a fait rire.

Parce que ce n'est pas UNE chose : il y en a des tas, tout le temps. Tout le temps, tout le temps il se passe des choses comme ça.

Le Seigneur s'amuse !

🌹

Le reste de la vidéo est tout aussi passionnant... 

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