De la nécessité du conflit ?
J'étais tout content d'avoir trouvé une nouvelle pratique, toute simple, pour alimenter ma sadhana, en me mettant simplement en intériorisation devant la photo de Sri Aurobindo-Mère, et il se passait des choses intéressantes que j'ai raconté dans de précédentes confidences. Et puis boom, patatras, un vieux conflit est ressorti, mettant par terre toute ma sadhana, au point que je me suis racheté un paquet de tabac et que je me suis enquillé trois bières dans la soirée, alors que je passe parfois des mois sans fumer ni picoler.
Toujours ce même vieux conflit qui me pourrit la vie depuis l'adolescence, mais qui a sans doute des origines plus anciennes encore, et qui ressurgit avec force et fureur de temps en temps, au point de tout fiche par terre. Il paraît que c'est comme ça, que nous avons tous une sorte de conflit principal, une question fondamentale à résoudre...
Mais tout passe... et au bout de trois jours, je commence à revenir dans ma conscience habituelle. Je devrais m'estimer heureux car plus jeune, cela pouvait durer des semaines.
Je ne m'étendrai pas sur la nature de ce conflit, nous avons chacun les nôtres... et ce n'est pas cela qui est intéressant.
Ce matin au réveil, après avoir plutôt bien dormi, comme une masse, je me suis remis en position devant la photo de Sri Aurobindo-Mère et des choses intéressantes se sont passé.
Pour commencer, j'ai leur ai offert mon conflit, comme si je voulais le déposer entre leurs mains ou à leur pieds. Puisque de toute façon, par mes propres moyens, je n'ai jamais vraiment réussi à le résoudre, n'est-ce pas la meilleure chose à faire ?
Et puis, j'ai senti de mon cœur une aspiration à m'en remettre au Seigneur suprême, tout en haut, comme si je cherchais une connexion avec quelque chose d'Absolu. Je le mentionne parce que c'est rare que je sente cela. Souvent je me tourne vers le Divin, mais le Divin, c'est encore quelque chose d'un peu vague, chacun y met ce qu'il veut. Cette recherche de quelque chose d'Absolu... ne m'était presque jamais venue.Et j'ai senti que cela venait du cœur, sans doute du psychique parce que ce n'était pas émotif.
Faut dire que, franchement, après les trois jours que je venais de passer, je ne faisais pas le fier, c'est le moins que je puisse dire. Aussi, il y avait une profonde aspiration à trouver enfin une solution, ou au moins, à défaut, de comprendre la vraie nature de ce conflit.
Dans les extraits de l'Agenda 1971 que j'ai partagé récemment, une petite phrase de Mère m'est revenue en mémoire. Elle disait qu'il fallait laisser la décision au Divin. Eh bien, c'est cela que j'essayais de faire : par rapport à ce conflit, étant incapable le le résoudre, ni même de comprendre sa cause réelle, je laissais le Divin décider de ce qu'il convenait de faire.
J'ouvre ici une parenthèse. Quelque part, Mère a dit que ses paroles étaient dîtes dans un but précis, et que, sorti de ces circonstances, elles n'avaient aucun pouvoir. Je n'ai jamais vraiment compris ce qu'elle voulait dire car cela va à l'encontre de mon expérience. Il me semble au contraire que... assez souvent finalement... que certaines de ses paroles rayonnaient dans toutes sortes de circonstances. C'est embêtant car je n'ai plus d'exemples précis en tête.
Mais j'ai le souvenir, cent fois, d'avoir ressenti ce même étonnement, de reconnaître dans des événements tout à fait ordinaire de ma vie, ou dans l'actualité du monde, des phénomènes qui me semblaient sur le moment étonnement reliés avec une parole de Mère ou de Sri Aurobindo, mais surtout de Mère, qu'elle a pourtant prononcé dans des circonstances tout à fait précises.
C'est comme si, dans leurs paroles, il y avait telle ou telle vibration, et que parfois, cette même vibration, éclate dans toutes sortes d'événements, apparemment qui n'ont aucun rapport avec les circonstances dans lesquelles elles ont été dîtes.
Alors sans doute que Mère a dit cela pour... comment dire... pour mettre en garde les esprits dogmatiques qui ne cessent de dire : "Mère a dit ça, Mère a dit ça..."
Fin de la parenthèse.
Ceci dit, comme d'habitude... je n'ai reçu aucune réponse. Et je n'en sais toujours pas plus sur la nature de ce conflit ni sur sa résolution.
Ou plutôt, après quelques instants de silence intérieur, j'ai très vite compris que ce sentiment de ne pas recevoir de réponse venait du fait que nous ne recevons pas la réponse que nous attendons, et que nous ne comprenons pas la façon dont le Divin nous répond.
Car presque aussitôt, il s'est passé d'autres choses, tout à fait imprévues.
1. l'enveloppe subtile
Assis sur mon coussin de méditation, j'ai levé les bras au dessus de la tête, paumes vers le ciel, les doigts tournés vers l'intérieur. Et puis je me suis étiré vers le haut, comme si je voulais pousser le ciel. C'est d'ailleurs l'un des gestes d'une pratique de qi gong.
Et puis j'ai redescendu les bras sur les côtés en les gardant tendus et en gardant la même position des mains et arrivé tout en bas, j'ai pressé vers le bas, comme si je voulais pousser la terre, enfoncer mes mains et mes bras dans la terre.
Et puis à nouveau je suis remonté en passant par les côtés jusqu'à me retrouver dans la position initiale à pousser le ciel.
Et j'ai fait ce geste simple, banal plusieurs fois. Sauf que dans la descente et la montée sur les côtés, je poussais aussi comme si voulais m'élargir, pousser mes énergies dans l'immensité de l'univers tout autour de moi.
Il paraît que nous avons autour de nous différents corps subtils, différentes enveloppes... et cette pratique simple était comme élargir ces différents corps. Je dis "il paraît" car tant que je n'ai pas vraiment une expérience convaincante qui me le démontre, c'est encore une croyance.
Quelque chose m'a beaucoup surpris en montant et descendant sur les côtés. À certains endroits, c'était comme si mon enveloppe avait des trous ou des bosses. Les différences de sensations étaient tout à fait perceptible. Alors le but de cette pratique était peut-être de reconstituer cette enveloppe de protection autour de moi.
Quelque part dans l'Agenda, Mère conseille à Satprem de s’envelopper 12 fois dans la conscience de la Mère divine. C'est très bien mais elle n'explique pas comment faire, alors nous ne sommes pas beaucoup plus avancé.
2. Respirer à partir du bout des doigts
Dans un article précédent, je m'étonnais de me retrouver parfois pendant mes méditations avec les doigts des mains très écartés. Or, à un moment donné dans ces descentes et montées des bras sur les côtés, je me suis arrêté quelques instants à un endroit et j'ai eu une drôle de sensation, c'était comme si je respirais par le bout des doigts.
La médecine chinoise nous dit qu'au bout de chacun des doigts il y a des points qui correspondent à différents méridiens. Eh bien, c'était comme si l'air, l'énergie, la conscience de l'univers entrait par le bout des doigts et nourrissait ces méridiens.
À chaque inspiration, l'énergie de l'univers entrait en moi et à chaque expiration... c'était moins clair mais c'était comme si mon énergie se répandait dans l'univers.
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Toutes les parties de l'être s'élargissent pour pouvoir progresser.
Quand la conscience est étroite et personnelle
ou enfermée dans le corps,
il lui est difficile de recevoir quoi que ce soit du Divin ;
plus elle s'élargit, plus elle peut recevoir.
Vient un moment où elle se sent vaste comme le monde
et capable de recevoir en elle le Divin tout entier.
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga
Élargis-toi jusqu’à l’extrême limite de l’univers... et par-delà.
Prends sur toi, toujours, toutes les nécessités de progrès,
et résous-les dans l’extase de limité. Alors tu seras divin.
La Mère – Agenda du 13 novembre 1957
3. La colonne vertébrale
À un autre moment, je me suis retrouvé avec une main derrière la tête au niveau de l'occiput avec la paume vers la terre, et l'autre main dans le dos au niveau des vertèbres lombaires, et c'est comme s'il y avait une connexion entre les deux mains et que cela aidait à rétablir la circulation de l'énergie dans la colonne vertébrale.
4. Le point sensible et le ciel
À un autre moment, je me suis retrouvé avec une main en direction d'un point sensible dans l'abdomen, à une vingtaine de centimètres environ et l'autre main, avec le bras tendu au-dessus de la tête, la paume tournée vers le ciel. Et c'était comme si avec une main, je captais l'énergie du ciel et de l'autre, l'envoyait dans ce point sensible. Et cela travaillait en moi... mais sans doute aurait-il fallu que je maintienne ma concentration plus longtemps, et mine de rien, je commençais à être fatigué.
En conclusion
Il y a eu d'autres gestes spontanés et inspirés mais je ne m'en souviens plus.
Maintenant, ce ne sont que des mots, mais sur le moment, en méditation, tout cela était très vivant. Chaque geste était plein de sens.
Comme quoi, je n'ai pas eu la réponse que j'attendais, mais il y a eu une réponse.
Et j'en suis venu à me demander s'il n'y avait pas une certaine utilité au conflit car ce n'est pas la première fois qu'après une chute de la sadhana, qu'après une crise intérieure, il y ait des expériences intéressantes. C'est un curieux phénomène que je ne m'explique pas encore très bien. D'où ce titre avec un point d'interrogation sur la nécessité des conflits. Comme si le conflit était générateur de... quelque chose. C'est intéressant.
Tout cela est apparemment très personnel... et je me demande bien si cela pourra être utile à qui que ce soit, mais, au cas où, j'ai trouvé intéressant de le partager.
Bonne continuation à vous...
🙏 💓 🌹