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Il est triste de constater qu'un livre aussi magnifique que La genèse du surhomme ait provoqué une telle tempête... mais à vrai dire... n'est-ce pas une preuve qu'il bousculait les fondations du vieux monde ?

Il n'est pas très agréable d'être en contact des vibrations de conflit... mais la lettre de Satprem est si instructive pour la pratique même de notre yoga que j'ai trouvé utile de publier sa lettre, ainsi que les Entretiens de Mère qui l'accompagnent. 

🔥

Rappel des circonstances

Agenda du 17 avril 1971

A. m’a dit qu’il avait beaucoup aimé ton livre.1

1. La Genèse du Surhomme.

Ah ! oui, bon !

C’est bien... J’étais contente pour lui ! (rires)

Mais tu sais, d’après les premiers échos qui commencent à venir, ça fait comme un schisme, ce livre !

Quoi ?

Comme un schisme, oui.

Comment ?

Eh bien, il semble y avoir toute une partie de gens jeunes, ouverts et enthousiastes qui voient la Possibilité nouvelle, et puis il semble qu’il y ait une autre «école», qui a fait beaucoup de tapasyâ [austérités] et qui croit beaucoup en la vertu de toutes sortes de disciplines, et qui dit : «Mais non ! ce n’est pas possible que ce soit comme cela !»

Aah !

Des gens qui croient en la vertu de la méditation, de la tapasyâ, des disciplines, etc., et puis «il faut faire beaucoup d’efforts» – alors, plus ils ont fait d’efforts, plus ils sont scandalisés par l'immédiateté de la Chose !

(Mère rit) Mais il est beaucoup plus difficile de faire ce que tu dis !2

Oui, en fait.

(Mère rit) Beaucoup plus difficile... Cela veut dire qu’ils ne comprennent pas.

C’est cela, exactement.

Ils ne voient que les mots.

2. Pour faire mieux comprendre en quoi consistait ce «schisme», nous publions en Addendum le texte d’une lettre que nous avons écrite à un lecteur enthousiaste et aberrant.

🔥

Le but de nos aspirations.

ADDENDUM

«Le schisme»

Le disciple avait donc reçu une lettre enthousiaste d’un lecteur de «La Genèse», qui lui disait ceci :

«Jusqu’en l’an de grâce 1969 [la descente de la Nouvelle Conscience], toutes les philosophies, toutes les religions, tous les “ismes”, toutes les spiritualités ne sont que des produits raffinés du “cercle mental” [selon La Genèse]. Toutes les expériences ne sont que des «plans supérieurs du mental». Ces «pics de l’Esprit» ne sont que des «paroxysmes de moi», p. 61; “nous devons nous désencombrer des sagesses du passé, des ascensions du passé, des illuminations du passé et de tout le tintamarre des vieilles saintetés de l’Esprit”, p. 29, etc.

Bref, tout ce qui s’est passé avant 1969 est une sublimation de la “vieille peau”, p. 28. C’est très clair. Ce Secret, certains l’ont touché : les rishis, les Égyptiens – le lecteur comprend qu’ils en ont eu l’intuition et non pas l’expérience.

Il en est de même pour Sri Aurobindo qui a “annoncé”, mais pourtant son yoga continuait le raffinement de la “bulle mentale»; le lecteur comprend donc qu’il ne connaissait pas la clef de ce yoga du surhomme et qu’en attendant, il enseignait le yoga intégral...»

L’aberration de ce lecteur enthousiaste est comme une démonstration à l’envers de ce que les «orthodoxes» reprochaient précisément à «La Genèse», c’est-à-dire d’avoir trahi Sri Aurobindo. Derrière ce prétendu «schisme», se cachaient, d’une part, ceux qui voulaient séparer Mère et Sri Aurobindo et trouvaient plus commode de philosopher que de faire concrètement le yoga, et d’autre part, à Vautre pôle, ceux qui trouvaient plus commode d’abandonner toutes les disciplines spirituelles pour vivre selon leur fantaisie. Deux pôles d’une même aberration. Voici donc la lettre que nous avons répondue à ce lecteur enthousiaste :

Pondichéry, le 6 avril 1971

Vous avez un fameux toupet de dire que Sri Aurobindo n’avait pas la clef du yoga du surhomme et que son yoga intégral était un raffinement de la bulle mentale ! Et où donc ai-je appris ce que j’écris, sinon de Mère et de Sri Aurobindo? Vous oubliez que c’est grâce à lui que ce yoga du surhomme est possible, que c’est lui qui l’a préparé, lui qui a fait descendre le grand flot de la Nouvelle Conscience afin que, au lieu de chercher là-haut la divine Vérité, les hommes puissent la vivre ici-bas et marcher dedans à chaque pas. Autant dire que Sri Aurobindo n’avait pas la clef de la porte qu’il a ouverte !

Son yoga est intégral parce que, au lieu de confiner la quête sur les hauteurs spirituelles, il nous a dit et répété qu’il fallait y mettre son corps aussi et faire descendre, dans son corps et dans sa vie, la Vérité spirituelle.

La voie de l’ascension et tous les autres chemins, les autres plans de conscience, font partie d’un développement intégral – pour ceux qui ont le temps et les capacités spéciales que cela exige. Mais l’heure n’est plus à ces excursions, puisque tout peut être trouvé ici – puisque, justement, Sri Aurobindo et Mère ont ouvert ce chemin d’ici.

Rappelez-vous, je vous prie, la déclaration de Mère : «Sri Aurobindo est venu nous dire : il n’est pas nécessaire de quitter la terre pour trouver la Vérité, il n’est pas nécessaire de quitter la vie pour trouver son âme, il n’est pas nécessaire d’abandonner le monde ni d’avoir des croyances limitées pour entrer en relation avec le Divin. Le Divin est partout, en toutes choses, et s’il est caché, c’est que nous ne nous donnons pas la peine de le découvrir.» (Entretiens, 13.8.1958)

Et encore ceci : «La vie spirituelle, pour beaucoup, c’est la méditation. Tant que cette sottise ne sera pas déracinée de la conscience humaine, la force supramentale éprouvera toujours une difficulté considérable à ne pas être engloutie dans l’obscurité d’une pensée humaine qui ne comprend rien (Entretiens, 17.4.1957)

Et si vous savez lire Sri Aurobindo et Mère, vous verrez qu’ils ont parfaitement décrits ce chemin d’ici et cette voie ensoleillée – la Genèse ne fait que mettre l’accent volontairement exclusif sur cet «ici», parce qu’il n’y a pas de temps à perdre, parce que tout le monde n’a pas les capacités spéciales pour faire des explorations en grand, parce que, enfin, nous sommes à l’Heure de Dieu – nous y sommes ! C’est là. Parce que, vraiment, il y a quelque chose de changé dans le monde depuis 1969.

Ce n’est pas le yoga de Sri Aurobindo qui est changé, c’est le yoga de Sri Aurobindo qui est en fleurs, si j’ose dire. Je ne pense pas que la fleur du flamboyant soit le contraire de l’arbre du flamboyant ?

Maintenant, vous faites une confusion complète entre le psychique et le spirituel. Le psychique, l’âme, le Feu dedans, Agni, n’appartient pas à la «bulle mentale» ni à aucune bulle : c’est le Divin dans la matière. C’est ce petit Feu-là qui ouvre la porte du grand Feu solaire de la Nouvelle Conscience. C’est lui, l’instrument du yoga du surhomme (quand je parle de ces gens qui tournent leur «bouton psychique», je prends ici ce mot au sens vulgaire et ridicule que les hommes lui donnent généralement quand ils cherchent des expériences visionnaires et occultes – pas au sens vrai). D’autres, à tous les âges, ont eu l’expérience du psychique, de ce Feu intérieur, mais à part les Rishis, nul ne s’en est servi pour transformer la matière ; les religions en ont fait une histoire purement dévotionnelle et «mystique».

Quant au «spirituel», il comprend tous les plans de conscience au-dessus du mental ordinaire. C’est la voie de l’ascension. Et c’est là que je dis et répète avec force, et par expérience, que ces grandes Expériences, dont on a fait des sommets spirituels, se situent dans la bulle mentale (y compris le surmental) : ce sont des sommets raréfiés où l’être se dilue dans une merveilleuse blancheur, immense, royale, sans un souffle de trouble, dans une paix éternelle – qui peut durer des millénaires sans que cela change un iota au monde, par définition.

Mais le spirituel n’est pas le supramental, et quand on touche au supramental, on dirait presque que c’est un tout autre Esprit tellement c’est dense, chaud, puissant, présent, incarné, et radieuse-ment solide en pleine rue. C’est cette Radiance-là que Sri Aurobindo et Mère sont venus tirer sur la terre – ils n’ont pas cessé de dire que leur yoga était nouveau, nouveau, nouveau –, et c’est par notre simple petit feu dedans que nous pouvons entrer en contact direct avec Ça, sans nous asseoir en lotus et sans quitter la vie. Quand on a touché Ça, les «hauteurs spirituelles» paraissent pâles.

C’est tout ce que j’ai à dire. Alors il n’est pas du tout besoin d’être un super-yogi pour entrer en contact, et ceux qui ont trouvé le nirvana ou que sais-je ne sont pas avancés d’un centimètre pour toucher Ça, parce que le fil conducteur de Ça n’est pas du tout là-haut ni en dehors, mais dans votre propre petite capacité de flamme.

Et si au lieu de couper les cheveux en quatre, vous vous lanciez sur le chemin, avec feu, vous découvririez peut-être que nous sommes à l’Heure de Dieu, en effet, et qu’une seule étincelle d’effort sincère, à votre niveau, ouvre des portes qui ont été fermées pendant des millénaires.

Satprem

🔥

J'ai mis en gras ce qui me semble particulièrement important mais chacun pourra y trouver d'autres indications précieuses pour lui. Mais j'aurais envie d'insister encore : est-ce que c'est vrai ? La question peut paraître provocante, un maque de foi en Satprem... mais sommes-nous obligés de le croire sur parole, sous prétexte qu'il le dit ? Évidemment non.

Ainsi nous n'aurions pas besoin de nous asseoir en lotus pour méditer, ni d’être un super-yogi et avec seulement notre simple petit feu dedans, notre propre petite capacité de flamme nous pourrions entrer en contact direct avec Ça, le supramental, la Nouvelle Conscience.

Ce qui m'intéresse, c'est de comprendre pourquoi nous ne l'avons pas encore expérimenté. La première réponse qui me vient est assez évidente : peut être que nous n'avons pas poussé notre petit feu intérieur à une température suffisante, ou qu'il ne brûle pas assez d'une façon constante.  

Faisons-le et nous verrons bien ce qui se passe. En tout cas, tant que nous ne l'aurons pas fait, il me semble assez gonflé de critiquer Satprem. 

Voyons maintenant les deux textes de Mère choisis par Satprem :

P.S. Pour que vous sachiez lire Mère, je vous envoie ci-joint deux textes d’Elle.

«On pourrait dire qu’il est beaucoup plus difficile de passer de la vie mentale à la vie supramentale que de passer d’une certaine émotion psychique dans la vie – quelque chose qui est comme une réflexion, une émanation lumineuse de la Présence divine dans la matière – à la conscience supramentale ; il est beaucoup plus facile de passer de cela à la conscience supramentale que de la spéculation intellectuelle la plus haute à toute vibration supramentale.

Peut-être est-ce le mot qui nous trompe ! Peut-être est-ce parce que nous appelons cela le “supramental”, que nous nous attendons à y arriver par une activité mentale intellectuelle supérieure, mais le fait est très différent. On semble aller, par cette activité intellectuelle très haute, très pure, très noble, vers une sorte d’abstraction froide et sans pouvoir, une lumière glacée qui est certainement très loin de la vie, et encore plus loin de l’expérience de la réalité supramentale.

Il y a, dans cette nouvelle substance qui se répand et agit dans le monde, une chaleur, une puissance, une joie si intense, que toute activité intellectuelle paraît froide et sèche à côté. Et c’est pourquoi, moins on parle de ces choses, mieux cela vaut. Un seul instant, un seul élan d’amour profond et vrai, une seule minute de communion profonde dans la Grâce divine, vous mène beaucoup plus près du but que toutes les explications possibles.»

Entretiens, 14.5.1958

Si j'avais à choisir un texte sur le psychique, parmi tous ceux qui existent, celui-ci semble vraiment d'une grande importance. 

*

«Il y a, dans l’autre hémisphère, une intensité et une plénitude qui se traduisent par un pouvoir différent de celui d’ici. Comment exprimer ? – on ne peut pas. Il semblerait que la qualité de la conscience elle-même change. Ce n’est pas quelque chose qui est plus haut que le sommet auquel nous pouvons atteindre ici, ce n’est pas un échelon de plus : nous sommes au bout ici, au sommet... C’est la qualité qui est différente, la qualité en ce sens qu’il y a une plénitude, une richesse, une puissance – ceci est une traduction n’est-ce pas, à notre manière –, mais il y a un “quelque chose” qui nous échappe... c’est vraiment un nouveau renversement de conscience.

Ainsi, concrètement, pour notre sadhana, au lieu de chercher, aspirer, nous concentrer "en haut", peut-être qu'il nous faudrait chercher "à côté". 

«Quand nous commençons à vivre la vie spirituelle, il se produit un renversement de conscience qui est pour nous la preuve que nous sommes entrés dans la vie spirituelle ; eh bien, il se produit un autre renversement de conscience quand on entre dans le monde supramental.

«D’ailleurs, peut-être que chaque fois qu’un monde nouveau s’ouvrira, il y aura encore un nouveau renversement de ce genre.

«C’est comme si toute notre vie spirituelle était faite d’argent, tandis que la supramentale est faite d’or, comme si toute la vie spirituelle d’ici était une vibration d’argent, pas froide mais simplement une lumière, une lumière qui va jusqu’au sommet, une lumière tout à fait pure – pure et intense –, mais il y a dans l’autre, la supramentale, une richesse et une puissance qui font toute la différence. Toute cette vie spirituelle de l’être psychique et de toute notre conscience actuelle, qui paraît si chaude, si pleine, si merveilleuse, si lumineuse à la conscience ordinaire, eh bien, toute cette splendeur paraît pauvre par rapport à la splendeur du monde nouveau.

«On peut très bien expliquer le phénomène de cette façon : des renversements successifs qui feront qu’une richesse de création toujours nouvelle se produira d’étape en étape et que tout ce qui précède paraîtra une pauvreté en comparaison. Ce qui, pour nous, par rapport à notre vie ordinaire, est une suprême richesse, paraît une pauvreté par rapport à ce nouveau renversement de conscience.»

Agenda 1, 15.11.1958

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