Extraits Agenda 1971 (01/02)
16 janvier 1971
C’est ta perception des êtres et des événements qui a changé ? Ta façon de percevoir qui a changé ?
Oui, tout à fait – tout à fait. C’est très curieux...
Au fond, tout ce temps a été utilisé pour développer la conscience de l’être physique. Et cet être physique (Mère touche son corps), il semble vraiment qu’il ait été préparé pour une autre conscience parce qu’il y a des choses... ses réactions sont tout à fait différentes, son attitude est différente. J’ai passé par une période d’une indifférence totale où le monde ne représentait... ne signifiait rien. Et puis, petit à petit, est sorti de là quelque chose comme une nouvelle perception.
C’est seulement en cours de route.
(…)
En tout cas, l’une des choses, c’est que je me sens libérée de toutes les règles et obligations ! (rire général) Cela a été le principal résultat de tout cela. Tous les «il faut faire cela, il faut faire ceci...», partis !
Mais certainement, le principe de la nouvelle conscience, c’est que les choses se font à la minute où il faut, et puis c’est tout.
Oui, oui.
Il n’y a pas de plans et de prévisions.
Oui-oui, c’est cela.
(…)
Il y a eu toute une période où j’étais absolument inaccessible parce que je souffrais d’une façon continue, alors on ne vaut rien – continue-continue. On pourrait dire que je n’étais qu’un cri tout le temps. Ça a duré longtemps. Ça a duré plusieurs semaines (je n’ai pas compté). Petit à petit, alors, ça a alterné avec des moments de tranquillité où la jambe ne se faisait pas sentir. Et depuis deux ou trois jours seulement, ça a l’air de se remettre en ordre... N’est-ce pas, c’était tellement... c’était tout le problème du monde – un monde qui n’était plus que de douleur et de souffrance, et un grand point d’interrogation : pourquoi ?
J’ai essayé tous les remèdes que l’on emploie : changer la douleur en plaisir, supprimer la capacité de sentir, s’occuper d’autre chose... J’ai essayé tous les «trucs» – il n’y en avait pas un qui aille ! Il y a quelque chose dans ce monde physique tel qu’il est qui n’est pas... (comment expliquer ?) qui n’est pas encore ouvert à la Vibration Divine. Et c’est ce «quelque chose» qui fait tout-tout, tout le mal... La Conscience Divine n’est pas perçue. Et alors, il y a des quantités de choses imaginaires (mais très réelles dans la sensation), qui existent, et ça, la seule chose qui soit vraie, n’est pas perçue... Seulement, ça va mieux. Ça va mieux.
C’est vraiment intéressant. Je crois que quelque chose aura été fait au point de vue général (Mère fait le geste de triturer) ; ce n’était pas seulement la difficulté d’un corps ou d’une personne : je crois que quelque chose a été fait pour préparer la Matière à recevoir comme il faut, convenablement – c’est comme si ça recevait de travers, et ça a appris à recevoir de la vraie manière.
Ça viendra. Peut-être, je ne sais pas si ce seront des mois ou des années pour que la chose devienne... claire. Et alors ça pourra être guéri.
(…)
«Nous voulons être messagers de Lumière et de Vérité.
«Un avenir d’harmonie s’offre pour être annoncé au monde.»
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17 janvier 1971
Même au moment où, extérieurement, je souffrais comme cela et les gens pensaient que j’étais toute à ma souffrance, ça ne m’occupait pas. Je ne sais pas comment expliquer... Je voyais bien, ce pauvre corps n’était pas brillant, mais ça ne m’occupait pas ; c’était tout le temps l’impression de cette... cette Vérité qui doit être comprise et manifestée.
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27 janvier 1971
(Mère tend une note qu’elle a envoyée à un Aurovilien.)
«Ce sont les vieilles méthodes de yoga qui demandent le silence et la solitude.
«Le yoga de demain est de trouver le divin dans le travail et la relation avec le monde.»
😀 Alors je suis à côté de la plaque parce que j'ai l'impression que si je devais être davantage en relation avec des gens et avec le monde, je ne pourrais plus faire ma sadhana. Mais puisqu'il s'agit d'Auroville, il est aisé de comprendre pourquoi Mère dire cela. Et puis, qui, de nos jours, en occident, vit dans le silence et la solitude ? Si ça ce trouve, même les moines trappistes doivent de temps en temps aller sur internet.
(Puis une citation de Sri Aurobindo que Mère veut inclure dans le prochain Bulletin.)
Le pouvoir qui est à l’œuvre dans ce yoga est d’un caractère complet et minutieux et ne tolère finalement rien, grand ou petit, qui fasse obstacle à la Vérité et à sa réalisation.
Sri Aurobindo – Lettres sur le Yoga on Yoga
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3 février 1971
Moi, je dis toujours la même chose : une vie consacrée à l’union avec le Divin est la seule vie qui vaille d’être vécue...
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13 février 1971
(Mère lit son message pour la Radio indienne.)
«La vraie liberté est un mouvement ascendant, non un abandon aux instincts inférieurs.
«La vraie liberté est une manifestation divine.
«Nous voulons la vraie liberté pour l’Inde afin qu’elle puisse être un juste exemple pour le monde comme une démonstration de ce que l’humanité doit devenir.»
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17 février 1971
Quoi de neuf ?
Quoi de neuf ! C’est moi qui te demande quoi de neuf ?
Un état bizarre... Une sorte d’inexistence existante.
C’est bizarre.
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24 février 1971
Le corps a pris définitivement l’attitude de ne pas penser à lui-même parce que... il serait profondément dégoûté.
Mais je dois dire qu’il y a des jours où j’entends très bien, des jours où je vois très clair, des jours où je n’entends rien, des jours où je ne vois rien. Alors... c’est comme cela (geste onduleux).
C’est décentré (je ne sais pas comment dire), tout à fait décentré. Alors, si je regarde – si je regardais – avec la vieille conscience, ce serait plutôt... plutôt déplaisant, peut-on dire, mais la vieille conscience: partie. C’est quelque chose... quelque chose qui n’est pas une conscience individuelle, mais qui n’est pas non plus seulement une conscience collective : il y a «quelque chose» là-haut – ça, là –, qui voit, qui sait, qui décide, qui... Ça, là, ça va bien, ça n’a pas bougé – ça n’a pas bougé. Mais ça... (Mère désigne le corps)
Il y avait une appréhension pour le 21 d’aller au balcon,1 le sentiment que ce serait très difficile – ça n’a pas été très difficile, ça a été quelconque: ni facile, ni difficile... Les valeurs ne sont pas les mêmes.
Voilà.
1. Mère y est allée en marchant sans appui (après s’être entraînée tous les jours).
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Darshan du 21 février 1971